Les relations entre la Russie et l'Iran (Perse) ont officiellement commencé sous le règne des souverains séfévides en 1592. La Perse ne constituait pas à cette époque un enjeu entre les différentes puissances coloniales, ce qu'elle sera ensuite.

Histoire des relations russo-iraniennes Ère pré-Pahlavi thumb|Le chah Souleiman et ses courtisans, Ispahan, 1670. Peint par Ali Qoli Jabbador. Depuis son acquisition par le tsar , ce tableau est conservé à l'Institut d'études orientales de Saint-Pétersbourg (Russie). Noter, en haut à gauche, deux silhouettes géorgiennes avec leur nom et un négociant hollandais.

Les relations entre la Russie et l'Iran devinrent vraiment consistantes lorsque l'empire safavide, affaibli, fit place à la dynastie Qadjar, qui dut rapidement s'employer à gérer la tourmente interne, alors que des puissances coloniales rivales cherchaient à s'implanter de manière durable dans la région, stratégiquement située sur la route des Indes. Les Portugais, les Britanniques et les Hollandais rivalisaient dans le Sud et Sud-Est de la Perse, dans le golfe Persique alors que la Russie impériale n'avait aucun rival au Nord et pouvait fondre plus au sud pour établir sa domination sur les territoires du Nord de la Perse.

Miné par des querelles politiques internes, le gouvernement qadjaride se trouva incapable de faire face au défi d'affronter et même de repérer la menace au Nord que représentait la Russie impériale. La cour royale affaiblie et en faillite sous Fath Ali Chah Qadjar fut forcée de signer le célèbre traité de Golestan en 1813, suivi d'un second, le traité de Turkmantchaï en 1828 après l'échec d'Abbas Mirza dans sa tentative de sécuriser le flanc septentrional de la Perse.

Au cours de deux guerres contre la Perse, la Russie impériale continua sa percée au sud. Avec les traités de Turkmantchaï et de Golestan sur les frontières occidentales, la mort inattendue d'Abbas Mirza en 1823, et l'assassinat du grand vizir de Perse, Mirza Abolqasem Qa'im Maqam, la Perse perdit son ancrage traditionnel en Asie centrale en faveur des armées du tsar Nasser Takmil Homayoun. Kharazm: What do I know about Iran? 2004. Les armées russes occupèrent la côte d'Aral en 1849, Tachkent en 1864, Boukhara en 1867, Samarcande en 1868 et le khanat de Khiva et la région de l'Amou-Daria en 1873. Le traité d'Akhal devait achever le dépeçage de la Perse en faveur de la puissance émergente que devenait la Russie impériale. Celle-ci, en effet, redoutait l'avancée britannique dans le contexte du Grand Jeu qui convoitait la Perse et l'Asie centrale pour consolider ses positions aux Indes britanniques.

Survient alors un renversement de situation, lorsque les Russes signent avec les Anglais la convention anglo-russe de 1907 qui sépare l'Iran en deux zones d'influence: pour la Russie au nord et pour la Royaume-Uni, mettant fin pour un temps au Grand Jeu. Les frontières entre les deux Empires se stabilisent.

thumb|left|upright=0.65|Photographie du colonel Liakhoff qui bombarda à la demande du chah l'Assemblée nationale iranienne (Majles) en 1911. Tabriz, Qazvin, et plusieurs autres villes turcophones du nord furent occupées par la Russie impériale. Le gouvernement central de Téhéran n'avait même plus le pouvoir de choisir ses ministres sans l'approbation des consulats anglais et russes. Morgan Shuster dut démissionner car la cour royale subissait d'énormes pressions britanniques et russes. Le livre de Shuster « The Strangling of Persia (L'étranglement de la Perse) Morgan Shuster, The Strangling of Persia: Story of the European Diplomacy and Oriental Intrigue That Resulted in the Denationalization of Twelve Million Mohammedans. raconte en détail ces événements et critique sévèrement la Grande-Bretagne et la Russie impériale. Ceci ajouté à toute une série d'événements cruciaux, tels que la répression par la brigade cosaque persane commandée par des officiers russes de l'insurrection de la mosquée Goharshad de Machhad en 1911, afin de défendre la dynastie qadjare finissante, et le bombardement de l'Assemblée nationale perse par le colonel Liakhoff, provoqua une explosion de ressentiment anti-russe dans tout le pays, tandis que les Anglais accaparent le pétrole dans le sud du pays en 1908 en fondant l'Anglo-Persian Oil Company (ancêtre de la British Petroleum).

Ère Pahlavi thumb|right|upright|Couverture du périodique français Le Petit Journal de 1916 montrant l'entrée des alliés russes à Ispahan. Le déclenchement de la Première Guerre mondiale renforce les craintes de la Grande-Bretagne et de la Russie de voir les provinces turcophones de la Perse se tourner vers l'Empire ottoman, allié de l'Empire allemand, mais cette omniprésence de la Russie impériale dans le nord de la Perse et de l'Angleterre dans le sud provoque l'apparition du Mouvement constitutionnaliste du Gilân (province du Nord-Ouest), qui débute en 1914 et qui prône l'indépendance totale de l'Iran. La rébellion, dirigée par Mirza Koutchak Khan, voit s'affronter les « rebelles » iraniens et l'Armée russe, mais elle est perturbée par la révolution d'Octobre, en 1917.

Après 1919, Moscou confirme son engagement en Iran, mais d'abord à la marge, en aidant à la création au nord du pays d'une République socialiste soviétique perse en 1920 qui ne dure que peu de temps. Ensuite l'influence de l'URSS ne s'exerce plus de façon directe, si ce n'est dans certains cercles intellectuels marxistes ou nationalistes locaux. Le champ est laissé libre à la Grande-Bretagne seule, jusqu'en 1941 (date de l'entrée en guerre de l'URSS après l'invasion de son territoire par la Wehrmacht).

En août-, en pleine guerre mondiale, la Grande Bretagne et l'Union soviétique envahissent l'Iran dans une opération conjointe dite « opération Countenance » pour s'emparer des puits de pétrole, vitaux pour la défense des Alliés et empêcher les forces de l'Axe de s'en emparer. À cette occasion, Reza Chah, accusé malgré sa neutralité proclamée d'être trop proche de l'Allemagne nazie, est dépossédé de son trône et exilé par les Britanniques en Afrique du Sud tandis que son fils Mohammad Reza Pahlavi prend sa succession.

L'URSS, qui occupe conjointement le pays avec la Grande-Bretagne depuis 1941, décide de la formation d'une république de Mahabad en 1945, qui ne dure que quelques mois et tarde à évacuer ses troupes (en 1946). Cette république est, au départ, aidée par le gouvernement soviétique de Moscou et se déclare indépendante. Son président, Qazi Muhammad, nie cependant toute allégeance à Moscou, ce qui ne dupe pas les Britanniques. Finalement, les Britanniques, craignant l'influence soviétique, aident le gouvernement central de Téhéran à mater la révolte kurde dès le retrait des troupes soviétiques. Qazi Muhammad, fondateur du Parti démocratique du Kurdistan, est pendu par le gouvernement central de Téhéran en 1946. Au même moment, se crée une république autonome portant le nom de Gouvernement populaire d'Azerbaïdjan, présidée par Jafar Pishevari (membre du Tudeh), soutenue par l'URSS, sur le territoire de l'Azerbaïdjan iranien. Cette crise porte le nom de crise irano-soviétique et fut l'un des éléments déclencheurs de ce qui allait devenir la guerre froide.

Cet épisode fut le prélude à l'ingérence américaine dans la politique intérieure iranienne, les Américains redoutant l'influence soviétique et amenant l'Iran dans le bloc anti-soviétique, en dépit des efforts du nouveau chah prônant la neutralité. À la conférence de Téhéran en 1943 où Franklin Delano Roosevelt, Winston Churchill et Joseph Staline dessinent l'Europe d'après-guerre, aucun des hommes d'État ne se dérange pour le jeune chah qui n'apparaît même pas, l'indépendance du pays n'étant que de façade.

Après-1979 Après la Révolution iranienne, les relations entre l'Union soviétique et l'Iran alternent entre rapprochement pragmatique et méfiance idéologique.. Moscou accueille favorablement la chute du chah et espère initialement que la révolution affaiblira l'influence américaine au Moyen-Orient. L'Iran se retire du pacte de Bagdad, réduit fortement la présence américaine et adopte une politique antisioniste, ce qui constitue un gain stratégique pour l'URSS. Cependant, la doctrine iranienne du et les soupçons historiques envers la Russie limitent rapidement le rapprochement..

Sous le gouvernement provisoire de Mehdi Bazargan, les Soviétiques reprochent aux dirigeants iraniens leurs tentatives de normalisation avec les États-Unis (rencontre Bazargan-Brzezinski à Alger, rencontre Yazdi-Vance à l'ONU), tandis que Téhéran dénonce les deux derniers articles du traité d'amitié russo-persan de 1921, l'attitude soviétique envers les minorités ethniques iraniennes, l'intervention croissante en Afghanistan et le soutien de Moscou à l'Irak baasiste. Malgré le soutien soviétique lors de la crise des otages de 1979-1981, l'Iran condamne l'invasion soviétique de l'Afghanistan, boycotte les Jeux olympiques de Moscou et qualifie l'URSS d'..

La guerre Iran-Irak favorise néanmoins un rapprochement temporaire entre 1980 et 1982. L'embargo occidental, la destruction du port de Khorramchahr et les besoins militaires iraniens renforcent la coopération économique avec l'URSS. Le commerce bilatéral augmente fortement et l'Iran échange du pétrole contre des biens soviétiques. Des armements soviétiques parviennent indirectement à l'Iran via des États alliés de Moscou, comme la Syrie, la Libye, la Corée du Nord et des pays du bloc de l'Est. Le rapprochement est également favorisé par l'éviction des modérés iraniens (Bazargan, Bani Sadr), ainsi que par l'influence croissante de factions radicales, davantage favorables à l'URSS..

À partir de 1982-1983, les relations se dégradent de nouveau. L'URSS reprend ses livraisons d'armes à l'Irak, craignant qu'une victoire iranienne ne favorise le panislamisme. L'amélioration des relations économiques de l'Iran avec l'Europe occidentale réduit également sa dépendance envers Moscou. Parallèlement, les divergences idéologiques s'accentuent : l'Iran poursuit son opposition à la présence soviétique en Afghanistan et le régime islamique renforce son anticommunisme..

En 1983, Téhéran expulse dix-huit diplomates soviétiques accusés d'espionnage, puis interdit le Parti communiste après la découverte d'infiltrations soviétiques dans l'armée et l'administration iraniennes. Les dirigeants du parti sont arrêtés et contraints à des aveux publics. Malgré cette crise, les deux États maintiennent une coopération économique et cherchent à éviter une rupture totale. À partir de 1984, la crainte commune d'une intervention américaine dans le golfe Persique entraîne une légère détente, sans toutefois mettre fin à la froideur persistante des relations irano-soviétiques.

Après la guerre, et la chute de l'empire soviétique, les relations diplomatiques et commerciales entre Moscou et Téhéran s'améliorent et l'Iran décide même d'entamer une coopération militaro-technique avec la nouvelle Russie. Au milieu des années 1990, la Russie avait déjà accepté de continuer à aider à développer le programme nucléaire iranien et projetait de finir la construction du site du réacteur nucléaire de Bouchehr, commencé par les Allemands et qui avait pris vingt ans de retard. En échange, l'Iran fortement engagé dans la défense des droits nationaux des peuples musulmans (Liban, Palestine) fut très silencieux en ne condamnant pas les première et seconde guerre de Tchétchénie iran-press-service.com Iran reiterates Chechnya war is Russia's Internal Affair, 6/12/1999 (consulté le 29 août 2006)..

Relations actuelles

En 2005, la Russie était le partenaire commercial de l'Iran, 5,33 % des exportations vers l'Iran provenant de Russie Iran to buy five TU 100-204 planes from Russia. Les relations commerciales entre les deux pays dépassent 2 milliard de dollars.