Le pont de l'île de Ré est situé en Charente-Maritime et a été ouvert à la circulation le . Le pont relie l'île de Ré au continent par une courbe de mètres de longueur culminant à au-dessus de la mervoir Le pont sur StructuraeBases de données des ouvrages d'art du conseil général de Charente-MaritimePonts et viaducs remarquables d'Europe - Marcel Prade - Collection Art et Patrimoine - 1990. Il va du lieu-dit La Repentie, proche du port de La Pallice au nord-ouest de La Rochelle, à la pointe de Sablanceaux à Rivedoux-Plage sur la rive orientale de l'île de Ré.

Il est le deuxième plus long pont de France métropolitaine derrière le pont de Saint-Nazaire et devant le pont de l'île d'Oléron.

Histoire Ce pont est destiné à assurer la continuité territoriale entre le continent et l’île de Ré. Sa maîtrise d'ouvrage et sa maîtrise d'œuvre ont été assurées par le département (sans recourir à un concessionnaire) et il est classé dans la voirie départementale. L'ouvrage résulte d'une décision du conseil général de la Charente-Maritime datant de 1980, et d'un arrêté d'utilité publique signé par le préfet de Charente-Maritime le .

Sa construction a été décidée à la suite de l'augmentation exponentielle du trafic des bacs entre La Pallice et Sablanceaux. De passages en 1947, on était passé à passages en 1957 puis passages en 1967. C'est l'entreprise Bouygues qui a été choisie pour la réalisation de l'ensemble.

Le projet est financé par le conseil général de la Charente-Maritime, pour un coût total s'élève à 385 millions de francs (58,7 millions d'euros), et plus de 600 millions de francs avec les voies d'accèsMagazine du conseil général de la Charente-Maritime , . Un tunnel a été pendant un temps envisagé, mais bien que moins long (), il serait revenu à 620 millions de francs (94,5 millions d'euros).

Controverses Le pont de l'île de Ré a été l'objet d'une vive controverse, se déplaçant de tribunaux en émissions de télévision (ce qui valut notamment son éviction de TF1 à Michel Polac"Droit de réponse" : l'agora citoyenne / Martine Delahaye (consulté le 6 juin 2012)). Lors de l'élaboration du projet, des voix se sont élevées contre l'idée de relier l'île au continent par un pont, et ont œuvré jusqu'au bout pour arrêter le projet.

Aussi, lorsque les travaux ont débuté, un recours a été déposé au tribunal administratif. Cependant, en raison de la vitesse à laquelle ont été menés les travaux et des lenteurs de la justice française, le pont était déjà achevé lorsque le juge administratif a statué sur les demandes tendant à l'arrêt des travaux (fin ). Le pont n'a pas été démoli car il était dès lors protégé par son statut d'ouvrage public.

Alors que certains cherchaient à préserver leur île à n'importe quel prix, les autres, de loin les plus nombreux, voyaient les avantages que pouvait leur apporter un lien fixe, notamment pour une grande partie de Rétais allant travailler quotidiennement sur le continent, pour les enfants scolarisés dans les collèges et lycées de La Rochelle et pour les évacuations sanitaires urgentes. En effet, les bacs qui assuraient précédemment le passage entre Ré et le continent (en général de 6 heures du matin à minuit) présentaient d'importantes contraintes : outre l'attente à l'embarquement (jusqu'à plus de six heures l'été) et la durée de la traversée (entre 45 min et 1 h 30 au total selon les heures pour une traversée de ), ils devaient rester à quai lorsque la mer était trop mauvaise. Si une évacuation sanitaire d'urgence devait être effectuée, il était nécessaire de faire venir un hélicoptère du CHU de Poitiers, un tel mode de transport n'étant pas à l'époque disponible à La Rochelle. Pour ces raisons, le pont a apporté un confort indispensable aux insulaires.

Construction

La construction, confiée à l'entreprise Bouygues débute le et la pose du dernier voussoir a lieu le ; elle met en œuvre des techniques de pointe. L'utilisation d'une plateforme maritime a permis aux équipes de travailler par tous les temps. Les fondations comportent des pieux en béton de deux mètres de diamètre et ancrés sur une douze mètres de profondeur, d'une inclinaison de 20 degrés, forés dans le calcaire des fonds marins et qui servent d'appui aux piles, des cylindres de de diamètre. Les piles sont faites en béton armé.

Les études de cet ouvrage ont été conduites par Pham Xuan Thao ; le chantier était dirigé par Charles-Étienne Perrier, et Michel Placidi coordonnait l'ensemble de cet ouvrage complexe.

La technique mise en œuvre est la méthode de construction en encorbellement par voussoirs préfabriqués, permettant au pont de progresser de plus de par jour. Une centrale à béton fabriquait les voussoirs sur place à La Repentie/La Pallice. Un engin nommé poutre de lancement et mesurant de long, conçu par Pierre Richard, directeur scientifique de Bouygues, prenait appui sur deux piles et déposait des voussoirs sur une troisième; il les assemblait ensuite en formant des demi-arches de façon symétrique par rapport à cette pile, la progression de l'ensemble se faisant dans le sens continent-île de Ré.

L'utilisation de poutres-caissons (l'intérieur des voussoirs est vide) permet le passage des approvisionnements en eau et en électricité de toute l’île, ainsi que l’inspection de l’ouvrage.

Achevé relativement rapidement en à peine, il a été inauguré le .

Description

Le pont de l'Île de Ré, inauguré en 1988, est le deuxième plus long pont de France métropolitaine avec ses de longueurSite du Conseil National des Ingénieurs et des Scientifiques de France, derrière le pont de Saint-Nazaire, inauguré en 1975 et faisant ..

Le pont de l'Île de Ré est constitué de six viaducs distincts reliés entre eux par des joints de chaussée. L'ensemble de l'ouvrage présente un rayon de courbure horizontale de mètres.

center|thumb|750px|Vue en plan schématique center|thumb|800px|Élévation de l'ouvrage

Les viaducs sont composés de poutres mono-caisson (en un seul bloc) réalisées en béton précontraint. Ils sont constitués de 29 travées s'appuyant sur un ensemble de 28 piles. Il y a 23 travées de de long, encadrées de travées de longueur variable de part et d'autre. Les voussoirs sont liaisonnés par des câbles de précontrainte, permettant ainsi au pont de résister aux charges appliquées, à la dilatation thermique, aux contraintes causées par le vent, ou aux phénomènes sismiques (le dernier en date ayant eu lieu le ). Le tablier du pont est libre et posé simplement sur des patins fixés sur chaque pile.

Les piles du pont sont prévues pour résister au choc des plus gros navires lancés à pleine vitesse pouvant passer sous l'ouvrage.

Selon l'ancien député de l'île, Alain de Lacoste-LareymondiePréface du Secret du Phare des Baleines, la forme en cloche du pont dans sa partie centrale a été imposée par la Marine nationale – soit au-dessus de la mer – pour permettre le passage des navires de guerre et la courbe du pont sur presque toute sa longueur permet de contourner une fosse particulièrement profonde présente sur le trajet axial La Pallice – Sablanceaux.

L'élévation du pont, à savoir la coupe de l'ouvrage dans son axe longitudinal, est représentée ci-après. Ce schéma a été établi d’après les plans de l’ouvrage détenus par le Conseil général de Charente-Maritime.

center|thumb|600px|Élévation de chacun des six viaducs

Le tirant d'air au point le plus haut, à savoir la distance entre la ligne d'intrados du pont et la ligne des plus hautes eaux, est de pour quatre travées navigables. Large de , le tablier offre deux voies de circulation ( de voies routières), une piste cyclable à double sens d'un côté et une autre réservée aux piétons de l'autre ().

Le pont a nécessité pour sa construction de béton, tonnes d'acier et 796 voussoirs pesant de 80 à . center|upright=3.5|thumb|Le pont depuis la pointe de Chauveau - Rivedoux-Plage

Exploitation Trafic Le trafic initialement prévu était évalué à véhicules par jour en basse saison et véhicules par jour les mois d'été, soit entre 5 et 6 millions de véhicules par an. Le trafic en 1989 est en fait entre trois et quatre fois inférieur à cette prévision ( véhicules). La barre des 2 millions a été dépassée en 1996, et celle des 2,5 millions en 2000. En 2007, la circulation routière, en hausse de 1,91 % par rapport à 2006chiffres du conseil général de la Charente-Maritime, a dépassé les trois millions de véhicules ( véhicules).

En 2008, 45 millions d'entrées ont été enregistrées depuis l'ouverture. Le , le record des passages sur une journée, qui datait du , a été porté à véhiculesLe Phare de Ré du 22 juillet 2009.

Péage vignette|gauche|Le pont depuis La Repentie/La Pallice, au premier plan le péage.

Jusqu'en , la traversée du pont était soumise à un péage : les Rétais disposaient alors d'un tarif préférentiel, avant qu'ils n'accèdent à la gratuité totale à partir de cette date.. Les résidents secondaires, les travailleurs non insulaires ou saisonniers disposaient alors d'un accès à un tarif réduit. Seuls des usagers n'entrant dans aucune de ces catégories payaient un tarif plein. En 2006, les tarifs ainsi pratiqués étaient pour une berline de mi-juin à mi-septembre et hors saison, dont une écotaxe de .. Les piétons et les vélos bénéficient de la gratuité depuis le début.

Cependant, à l'approche de l'échéance menant à la suppression du péage prévue pour 2012, de nombreux Rétais et certains résidents issus du continent s'opposèrent à cette éventualité, craignant que la gratuité du passage n'aggrave l'afflux massif d'automobiles appartenant à des promeneurs et vacanciers venant du continent. En effet, avant 2012, l’île était déjà saturée par la circulation automobile principalement durant les week-ends de chassé-croisé important. La commune de Rivedoux-Plage est traversée obligatoirement par tous les véhicules entrant ou sortant de l’île. Ils entravent la circulation des habitants, pénalisant également les services de secours (police, pompiers, ambulances…), de 16 à 21 heures. À ces périodes, le temps de sortie de l’île est généralement de plus de deux heures pour un véhicule venant d’une autre commune. Cette situation est également vécue sur l'autre grand pont du département, à l'île d'Oléron.

thumb|Péage du pont de l'île de Ré Répondant aux craintes des îliens, le , l'Assemblée nationale a voté l'amendement et le sous-amendement 141, déplafonnant le montant de l'écotaxe et la maintenant pour le passage du pont de l'île de Ré au-delà du Journal Sud Ouest du 23 septembre 2009.

Depuis cette date, le péage a été supprimé, mais les non-insulaires ou non-propriétaires d'une résidence sur l'île (tarif particulier) doivent s'acquitter, à la barrière de péage du pont, d'une écotaxe., servant non plus à rembourser les frais de construction de l'ouvrage, mais pour soutenir à parts égales : une contribution à la protection des espaces naturels de l’île baptisée « CAP RE » répartie entre les dix communes insulaires. ; l'entretien du pont et le développement des transports en commun sur l'île financé par conseil départemental. Les véhicules sont répartis en cinq catégories disposant chacune d'une tarification différente. De plus, la tarification des véhicules de classe 1 et 2 diffère selon la saison (du au pour la « saison haute » et le reste de l'année pour la « saison basse »). La gratuité reste appliquée pour les piétons, les vélos et motos inférieures à . Les utilisateurs de la navette électrique « RespiRé » du réseau interurbain de la Charente-Maritime, circulant entre Belvédère (La Rochelle) et Sablanceaux (Rivedoux-Plage) du au , ne payent qu' le trajet (celui-ci est gratuit durant le week-end de Pâques).