LAcadémie française est une institution culturelle française dont la mission est de , qui a pour fonction de tenir à jour un dictionnaire de référence du français, le Dictionnaire de l'Académie française, et d'approuver la publication au Journal officiel d'équivalents francophones de termes techniques étrangers dans la langue française. Elle se compose de quarante membres élus par leurs pairs et est la première des cinq académies de l'Institut de France.

L'Académie française est fondée en et officialisée en par le cardinal de Richelieu. La mission qui lui est assignée à l’origine, précisée par lettres patentes de le , est de travailler à . Ainsi l' de ses statuts lui attribue la mission d'élaborer un Dictionnaire de l'Académie française, dont la première édition est publiée en 1694 et la neuvième en 2024. Suivant ce même article, elle doit aussi composer une Grammaire de l'Académie française (qui ne connait que deux éditions en 1932 et 1933), ainsi qu'une Rhétorique et une Poétique. Ces deux derniers projets n'ont jamais été entrepris. Elle attribue également des prix littéraires, dont le plus renommé est le Grand prix de littérature de l'Académie française.

L'Académie française rassemble des personnalités qui ont illustré la langue française : poètes, romanciers, dramaturges, critiques littéraires, philosophes, historiens, scientifiques, et, par tradition, des militaires de haut rang, des hommes d’État et des dignitaires religieux.

Il n'existe aucune condition de titres ou de nationalité pour entrer dans la Compagnie, sinon celle d'avoir illustré la langue française. Une limite d'âge fixée au anniversaire est en place depuis le .

L'utilité de l'Académie française, qui n'a plus d'autorité normative mais seulement morale aujourd'hui, est parfois contestée. Sa légitimité est aussi remise en question : un seul linguiste a compté parmi les membres (qui sont pour la plupart écrivains), Gaston Paris, mort en 1903. Les critiques concernent également l'éthique de l'institution, qui offre de nombreux avantages à ses membres.

Histoire

À l'origine, les réunions d'un groupe de lettrés Les origines de l'Académie se trouvent dans les réunions informelles d'un groupe littéraire, le « cercle Conrart », qui se rassemblait depuis 1629 au de la rue Saint-Martin, domicile de Valentin Conrart, protestant calviniste et néanmoins conseiller de et habitué de l'hôtel de Rambouillet où se rencontraient déjà ces hommes de lettres. Ces réunions littéraires secrètes (comme auparavant l’Académie de musique et de poésie fondée en 1570 par Jean-Antoine de Baïf et Joachim Thibault de Courville sous le règne de et qui, tout en restant secrète, devient en 1574 l’Académie du palais sous ) inspirent au cardinal de Richelieu, dont les idées prennent un caractère de grandeur, le projet de créer l'Académie française en transformant ces réunions en une compagnie littéraire sous l'autorité royale, prenant pour modèle l’ fondée à Florence en 1582 et ayant déjà publié son en 1612.. Les registres des réunions sont tenus par Conrart dès le .Sur le site de l'Académie française, parmi les « grandes dates », on peut lire : et ..

Constitution en Académie à l'instigation de Richelieu vignette|redresse|left|Le cardinal de Richelieu, premier de l'Académie. Portrait de Philippe de Champaigne.

Les statuts sont élaborés durant toute l'année 1634., statuts à caractère prescriptif visés par Richelieu en 1635.Statuts et règlements , sur le site de l'Académie.. Conrart en dresse les lettres patentes signées par le (date traditionnellement attribuée pour la naissance officielle de l'Académie française) et enregistrées par le Parlement de Paris en 1637.. Les statuts et règlements sont signés le . Treize nouveaux membres, appelés jusqu’en 1636 du nom d’« Académistes » (« académiciens » à partir du ), sont admis à siéger avec le groupe initial des neuf membres. Valentin Conrart en devient le premier secrétaire perpétuel de 1634 à 1675, Richelieu est nommé de ces lettrés au départ quelque peu rétifs (depuis le protectorat de , chaque chef de l'État français demeure le protecteur de l'Académie, approuvant ou non l'élection d'un membre)Paul Pellisson Histoire de l’Académie française depuis son établissement jusqu’en 1652 (1653). Réédition : Slatkine , Paris, 1989. Disponible sur Gallica , .. Un des premiers travaux de cette Académie est d'arbitrer la querelle entre Georges de Scudéry et Pierre Corneille concernant Le Cid. En 1637, sur l'insistance de Richelieu, Jean Chapelain rédige Les sentiments de l'Académie Française sur la tragi-comédie du CidJean Chapelain, Les sentimens de l'Académie françoise sur la tragi-comédie du Cid, d'après le manuscrit de la main de Chapelain conservé a la Bibliothèque nationale, correction, introduction et notes de George Collas, 1912...

Le livre Histoire de l'Académie françoise. (premier volume paru en 1653) écrit par un de ses membres, Paul Pellisson (le second de l'abbé d'Olivet relatant son histoire est paru en 1729), rédigé à partir des registres de l'Académie française et sous l'influence des académiciens (d'autant plus que Pellisson souhaite intégrer la compagnie), est la source unique sur la fondation de l'Académie. Pellisson considère qu'elle n'a aucune finalité savante ou finalité politique , mais son récit omet que le cercle Conrart réunit des hommes de plume, de grands aristocrates et a aussi pour vocation de s'échanger des informations pour offrir au groupe une position privilégiée sur l'espace socio-politique de l'époqueNicolas Schapira, Un professionnel des lettres au : Valentin Conrart, une histoire sociale, éd. Champ Vallon, 2003, .. De plus, l'Académie donnant son avis sur les œuvres littéraires (voir son intervention dans la « querelle du Cid »), Richelieu y voit un moyen de contrôle sur la vie intellectuelle et littéraire française. Dans sa volonté de rassembler, Richelieu veut que la langue française soit l'affaire des représentants des divers domaines du savoir (ecclésiastiquesLettrés de l'époque, ce sont souvent des cadets de famille à qui on ne peut donner l'héritage et la fonction militaire. Ils atteignent sur les en 1712., militaires , diplomates, puis écrivains et philosophes sous qui menace de supprimer l'Académie qui prend son indépendance grâce aux Lumières) et décide que l'Académie s'ouvre à quarante membres égaux et indépendants, donc qu'elle ne soit pas subventionnéeHélène Carrère d'Encausse, Des siècles d'immortalité - L'Académie française 1635-…, Fayard, 2011, 401.

vignette|Les membres de l'Académie française venant offrir à leur Dictionnaire en 1694.

Le caractère officiel de cette compagnie de étant établi, elle se réunit d’abord chez ses membres, puis chez le chancelier Pierre Séguier, rue du Bouloi, à partir de . Elle est hébergée à la mort de Richelieu en par Anne d'Autriche grâce à l'intervention de l'académicien Vincent Voiture, interprète de la reine mère. ; elle est transférée au Louvre en sur les conseils de Colbert, qui, par ailleurs, pèse sur le choix de nouveaux académiciens, favorisant par exemple l'avocat Jean-Louis Bergeret au détriment de Gilles Ménage, éminent grammairien, historien et écrivain, qui a le soutien du secrétaire perpétuel François-Séraphin Régnier-Desmarais et d'autres membres de l'Académie..

Le discours de réception de Jean de La Bruyère le , qui est dans la même veine que Les Caractères, critique plusieurs académiciens, si bien qu'un article est ajouté aux statuts de la Compagnie qui prévoit que le discours soit dorénavant soumis à une commission d'académiciens avant sa prononciation..

En paraît la première édition du Dictionnaire de l'Académie française.

Le règlement est réformé en 1752..

Parenthèse révolutionnaire et installation quai de Conti En 1793, par décret daté du , la Convention supprime toutes les académies royales ( selon la formule de Chamfort), y compris l'Académie française, et confirme l'interdiction d'élire de nouveaux membres pour remplacer ceux décédés. Pendant la Terreur, l'abbé Morellet sauve les archives de l'Académie en les cachant chez lui. En 1795, par décret daté du , ces Académies sont remplacées par une seule entité : l'Institut de France, dont la loi Daunou arrête l'organisationLa séance solennelle de rentrée des cinq académies perpétue la tradition célébrant cette loi par une séance plénière se tenant le mardi le plus proche du ..

En 1803, par arrêté du , le Premier consul Bonaparte décide de restaurer les anciennes académies, mais simplement comme classes (divisions) de l'Institut de France. La seconde « classe de langue et littérature françaises » correspond à l'ancienne Académie française. Bonaparte avait en 1800 opposé un refus à son frère Lucien, alors ministre de l'Intérieur et rêvant d'être académicien, qui lui avait suggéré de restaurer l'AcadémieLettre du Premier consul à son frère Lucien Bonaparte, datée du ..

En 1805, l'Académie s'installe enfin au collège des Quatre-Nations , où elle demeure toujoursL'histoire, sur le site de l'Académie..

Au cours du En est élu le lexicographe Émile Littré. Félix Dupanloup, chef de file des conservateurs à l'académie, se montre farouchement opposé à sa candidature et quitte son fauteuil.

Émile Zola présente 25 candidatures, sans pour autant parvenir à se faire élire..

À travers les conflits du

Le patriotisme issu de la Première Guerre mondiale favorise l'élection de cinq maréchauxSur les huit maréchaux de la Première Guerre mondiale., dont le premier est Hubert Lyautey en 1912, suivi de Joseph Joffre, Ferdinand Foch, Philippe Pétain et Louis Franchet d'Espèrey.. Le , le maréchal Foch et Georges Clemenceau reçoivent tous deux une motion de félicitations de la part de l'académie et sont élus, sans qu'ils posent de candidature, la même année.

Pendant la période de l'entre-deux-guerres, l'Académie française est au faîte de son lustre tant par le prestige de ses maréchaux et de ses écrivains que par la jeunesse relative de ses récipiendaires. Marc Fumaroli compare Paul Valéry avec Voltaire et cette période avec le faste que la compagnie a connue à la fin du règne de in .Pour le duc de Castries, la période de de l'Académie française où elle couvre les vingt dernières années du . Voir ..

Sous l'Occupation, certains membres de l'académie s'engagent dans la collaboration (Charles Maurras, Abel Bonnard, Abel Hermant et le maréchal Pétain). Élu provisoirement secrétaire perpétuel en 1942, Georges Duhamel fait suspendre les élections, comme en 1790, évitant ainsi la subordination de l'académie au régime de VichyHélène Carrère d'Encausse, « Le mystère de l'Académie : pouvoir intellectuel, pouvoir politique », discours prononcé lors de la séance publique annuelle, le .. Une légende veut que François Mauriac soit l'âme de la Résistance académique. À la Libération, le monde intellectuel est dans les mains du Comité national des écrivains, qui est actif dans l'Épuration et souhaite supprimer l'académie. Georges Duhamel défend avec succès la cause de l'institution auprès du général de Gaulle, la loi d'indignité nationale prévoyant que toute personne frappée d'indignité nationale et appartenant à un corps constitué soit automatiquement exclue, excluant de fait les collaborateurs de l'académie.

Si les fauteuils abritant une personne accusée de collaboration ne reçoivent plus la présence de leur hôte, ils ne sont remplacés qu'après la mort de celui-ci. Il est fait exception à Abel Bonnard et Abel Hermant, qui sont exclus de l'Académie et dont les sièges sont pourvus de leur vivant.