L’histoire de l'environnement ou histoire environnementale est une sous-discipline de l'histoire qui étudie les interrelations et les interactions entre l'homme et son environnement. C'est donc un domaine de recherche qui s'est constitué au coeur des échanges entre sciences naturelles et sciences humaines.
L'histoire environnementale est proche notamment de la biogéographie historique. Les milieux scientifiques parlent aussi d'écologie rétrospective.
Les historiens se basent sur des sources très variées, allant des archives politiques aux coupes glaciaires. De plus, l'histoire de l'environnement renferme une panoplie de thématiques, allant de l'histoire des forêts à l'étude de l'environnement sonore. Elle se caractérise également par une approche très pluridisciplinaire et transversale.
L'histoire de l'environnement est une préoccupation récente. Ce champ théorique émerge aux États-Unis au début des années 1970 et s'exporte dans le reste du monde au cours des années qui suivent. Cette discipline apparaît en conjonction avec la montée des mouvements écologistes et des nouvelles préoccupations humaines de l'environnement. Pour les périodes les plus récentes elle parle de l'anthropocène et de la grande accélération.
Histoire et concept L'histoire de l'environnement est un courant historiographique né aux États-Unis dans les années 1960 et 1970Massard-Guilbaud, G., Communication donnée à l’Assemblée générale de l’AHCESR le 6 novembre 2010 (consulté le 23 novembre 2017).. À cette époque, on observe une prise de conscience écologiste dans les principaux États européens : ainsi, Georges Pompidou, inspiré par une visite aux États-Unis, instaure en 1971 le premier ministère français de l’environnementÀ ce sujet, voir Serge, A., dir., La politique française de l’environnement. Rapport d’activité de 1971 du ministère chargé de la protection de la nature et de l’environnement, Paris, 1972.. Aujourd’hui encore, les préoccupations environnementales représentent la source d'inspiration majeure aux historiens environnementalistes et leur fournissent de nouveaux sujets d’étude.
Le livre de Roderick Nash, Wilderness and the American Mind publié en 1967, est considéré comme le texte fondateur de l’histoire de l'environnementNash, R., Wilderness and the American Mind, Yale, 2001.. C’est d’ailleurs cet auteur qui, dans un article de la revue Pacific Historical Review, utilise pour la première fois l’expression : « histoire de l’environnement »Nash, R., American Environment History. A New Teaching Frontier, dans Pacific Historical Review, t. 41, 1972, p. 362.. Pour autant, c'est plutôt dans Conservation and the Gospel of Efficiency : The Progressive Conservation Movement, 1890-1920 écrit par l’historien Samuel Hays et publié en 1959 que certains repèrent l’acte de naissance de l’histoire de l'environnementHays, S., Conservation and the Gospel of Efficiency , Cambridge, 1959.. Toutefois, les spécialistes estiment que cet ouvrage relève plus d’une étude d'histoire politique que d’un véritable travail en histoire de l’environnement. D’autres remontent encore plus loin et estiment que de savants antiques tels qu'Hippocrate pratiquaient déjà une sorte de recherche en histoire environnementaleHughes, J., What is Environmental History ?, Cambridge, 2006, p. 1-5.. Néanmoins, cette idée ne fait pas consensus au sein des historiens et il en va de même pour l'approche plaçant l’École des Annales comme l’influence majeure de l’apparition de l’histoire de l’environnement mondialWorster, D., dir., The Ends of the Earth: perspectives on modern environmental history, Cambridge, 1988.. De nos jours, l'histoire de l'environnement s'inscrit de plus en plus dans les cadres universitaires, lui permettant de toucher un nombre croissant de chercheursParmentier, I., Avons-nous notre passé derrière nous ? L'histoire de l'environnement hier, aujourd'hui, demain dans Etopia, Revue d'écologie politique, 2013, t. 13, p. 179..
Pour ce qui concerne les premières questions de recherche en histoire environnementale, elles se centraient essentiellement sur la thématique de la conservation de la nature. Depuis lors, le domaine de recherche a été élargi à de nombreux autres sujetsRome, A., Conservation, Preservation, and Environmental Activism. A Survey of the Historical Literature (consulté le 28 novembre 2017)., qui seront détaillés plus bas.
Enfin, le mot « environnement » dispose lui aussi d’une histoire. Ce terme trouve sa source dans l’ancien français avant de passer dans la langue anglaise vers 1825. À cette époque, « environnement » désigne l’ensemble des choses qui entourent l’être vivant. Il est notamment employé dans les travaux de l’historien français Jules Michelet. Depuis 50 ans, la définition de ce terme s’est affinée et désigne aujourd’hui tout ce qu’il y a autour de l’Homme. L’environnement renvoie donc au milieu ambiant et inclut, par exemple : les objets matériels, les êtres vivants, le climat…Delort, R., Qu’est-ce que l’histoire de l’environnement, http://www.ac-grenoble.fr/histoire/didactique/general/blois2001/environnement.pdf, consulté le 27 novembre 2017..
Le concept d'environnement est un élément important pour comprendre l'histoire environnementale. Ce concept peut être perçu comme une entité, dans un espace et un temps donnés, où des facteurs biologiques, chimiques, physiques et sociaux sont susceptibles d'avoir un effet direct ou indirect, instantané ou lent sur l'espèce humaine et ses activités, ainsi que sur la faune et la flore.
Autrement dit, il s'agit du milieu qui conditionne le mode de vie de la société et qui englobe les valeurs naturelles, sociales et culturelles qui existent dans un lieu à un moment donné.
Méthodes et sources
Approche chronologique et géographique L’histoire de l’environnement a la particularité de chercher à anéantir les cloisonnements classiquement utilisés en histoire. Ainsi, l’observation d’un phénomène tel que, par exemple, la pollution d’un fleuve, ne peut se faire que par l’emploi d’une échelle géographique plus étendue que celle des simples frontières d'États. Il en va de même pour les limites chronologies, qui ne peuvent coïncider avec les limites généralement admises (périodes historiques, siècles…), les phénomènes pouvant couvrir des périodes de temps très larges. Toutefois, l’histoire environnementale peut également s’intéresser à des échelles locales et à des laps de temps plus courtsVoir Krech, S., McNeill, J. et Merchant C., dir., Encyclopedia of world environmental history, New-York, 2004..
Ainsi, de nombreux historiens se centrent sur l’histoire locale, en lui donnant une perspective régionale. Cependant, cette approche locale est devenue de plus en plus rare au sein de l'histoire de l'environnement, à la suite de la prise de conscience grandissante de l’importance du climat et des phénomènes climatiques qui en découlent. L’histoire de l’environnement peut donc englober des travaux de micro-histoire mais aussi des travaux de macro-histoireDéveloppé dans Hughes, What is Environmental History ?, Cambridge, 2006..
Importance d'une approche multidisciplinaire Bien que l’approche multidisciplinaire soit difficile à mettre en œuvre, la complexité et la diversité des sujets d’étude de l’historien de l’environnement l’amènent à s'appuyer sur des disciplines aussi variées que la géographie, la sociologie, la démographie, l’éthologie, la biologie, la climatologie, la météorologie, la sismographie, la pédologie, la géologie ou les sciences vétérinaires par exempleDelort, R., Qu’est-ce que l’histoire de l’environnement (consulté le 27 novembre 2017).. Ce phénomène, assez inédit dans les différents courants historiographiques, s'explique par le fait que ces disciplines sont susceptibles d’amener un lot important d’informations et de données qui permettent à l’historien environnementaliste une meilleure compréhension et une étude plus précise de son sujetA ce sujet, voir par exemple le Réseau Thématique Pluridisciplinaire (RTP) en Histoire de l'Environnement, fondé en 2010 au CNRS..
Éventail de sources L’histoire de l’environnement mobilise des sources aussi nombreuses que variées. Ainsi, elle a non seulement recours aux sources historiques « classiques » telles que les discours des hommes politiques ou les archives au sens large du thème, mais elle peut également se référer à des sources issues d’autres sciences, telles que la toponymie, l'hydronymie, la génétique, les coupes glaciaires (E. Le Roy Ladurie)Le Roy Ladurie, E., Histoire du climat depuis l’an mil, t.1-2, Paris, 2009., le relevé des secousses sismiques (P. Alexandre)Alexandre, P., Kusman, D. et Canelbeeck, T., Le tremblement de terre du 18 septembre 1692 dans le nord de l’Ardenne (Belgique). Impact sur le patrimoine architectural (consulté le 03/12/17). ou l’observation du paysageA ce sujet, voir Godard, G. et Hotyat, M., Les sources de l'histoire de l'environnement : le siècle, Chapitre 12 : Paysages et modifications de l'espace appréhendés grâce aux nouvelles sources d'information consulté sur http://julienas.ipt.univ-paris8.fr/vgodard/pub/publicat/ghff03.pdf le 08/12/17. par exemple. Toutefois, il est évident que pour disposer d'informations climatiques pour les époques plus reculées, où les instruments de mesure n'existaient pas encore, les historiens doivent parfois se baser sur les égo-documents tels que les journaux intimes.
Réseaux Les chercheurs en histoire environnementale sont assez isolés : il y en a rarement plus d'un ou deux au sein de la même institution. C’est pour cette raison que les historiens s’organisent en réseaux d’histoire de l’environnement, qui leur permettent de faire circuler la recherche en partageant leurs travaux et en organisant des rencontres nationales voire internationales. Congrès, colloques et autres évènements scientifiques sont pour l'histoire environnementale d’une richesse et d’une utilité indispensable car ils permettent de propager la recherche hors de ses frontières régionales ou nationales, mais aussi de donner une légitimité internationale à ce domaine de rechercheVoir Parmentier, I., Avons-nous notre passé derrière nous ? L'histoire de l'environnement hier, aujourd'hui, demain dans Etopia, Revue d'écologie politique, 2013, t. 13, p. 179-194.. Enfin, les réseaux permettent également la parution d'ouvrages collectifs, d'actes de colloques ou de revues de plus grande ampleur, qui contribuent également à la dynamisation du courant. Ci-dessous, des exemples de réseaux en lien avec l'histoire environnementale :
Internationaux
Association for East Asian Environmental History (AEAEH) – 2011 Association of South Asian Environmental Historians (ASAEH) – 2007 Australian & New Zealand Environmental History Network – 1997 European Society for Environmental History (ESEH) – 1999 Nordic Environmental History Network (NEHN) – 2009 Quelques Arpents de neige (Québec, Ontario, USA) – 2003 Sociedad Latinoamericana y Caribeña de Historia Ambiental (SOL-CHA) – 2006 Society for Croatian Economic and Environmental History – 2005
Nationaux
American Society for Environmental History (ASEH) – 1977 Association pour l'histoire de la protection de la nature et de l'environnement (AHPNE) - 2008 Histoire de l’environnement – Réseau interdisciplinaire (HEnRI) – 2008 Irish Environmental History Network – 2009 Network in Canadian History and Envorionment (NiCHE) – 2007 Rede Brasileira de História Ambiental (RBHA) – 2007 Réseau Thématique Pluridisciplinaire (RTP) CNRS « Histoire de l’Environnement » - 2010 Réseau universitaire de chercheurs en histoire environnementale (RUCHE) – 2008 Società Italiana di Storia Ambientale (SISAm) – 2021
Thématiques
Association d’Histoire des Sociétés Rurales – 1993 Association for the Study of Literature and Environment (ASLE) – 1992 Australian Forest History Society – 1988 Australian Garden History Society – 1980 British Agricultural History Society – 1952 Climate History Network – 2010