Stéphanie Clotilde Louise Herminie Marie Charlotte de Saxe-Cobourg et Gotha, duchesse en Saxe, princesse de Belgique, née le au château de Laeken et morte le à l'abbaye territoriale de Pannonhalma, dans le comitat de Győr-Moson-Sopron, en Hongrie, est une princesse de Belgique et, par mariage, archiduchesse héritière d'Autriche-Hongrie.

Seconde fille du roi des Belges et de la reine Marie-Henriette, elle se marie à Vienne le avec l'archiduc Rodolphe d'Autriche, héritier de l'Empire austro-hongrois. Seule une fille naît de cette union en 1883 : Élisabeth-Marie. Le mariage de Stéphanie, contracté sur des bases politiques, mais n'empêchant pas l'estime mutuelle des conjoints, devient rapidement fragile. Rodolphe, dépressif et déçu par la politique, multiplie les liaisons extraconjugales et contracte une maladie vénérienne qu'il transmet à sa femme qui en devient stérile avant d'avoir donné le jour à un héritier mâle. L'archiduc-héritier trouve la mort en 1889, à Mayerling, dans des circonstances restées aussi scandaleuses que mystérieuses. Stéphanie, veuve à , demeure à la cour des Habsbourg-Lorraine.

En 1900, elle se remarie avec un comte hongrois, Elemér Lónyay, et est dès lors exclue de la maison impériale et royale d'Autriche-Hongrie. Cependant, cette seconde union, conclue en raison de sentiments réciproques, lui apporte quelque apaisement. Après la mort de son père, en 1909, Stéphanie se joint à sa sœur aînée Louise pour réclamer à la justice belge la part d'héritage dont elles estiment toutes deux avoir été dépouillées.

Jusqu'à la Seconde Guerre mondiale, le comte et la comtesse Lónyay passent paisiblement leur vie au château d'Oroszvár en Slovaquie. En 1935, Stéphanie publie ses mémoires, intitulés Je devais être impératrice. En 1944, elle déshérite sa fille, qui avait divorcé pour vivre avec un député socialiste et qu'elle n'avait plus vue depuis 1925. L'arrivée de l'armée soviétique, en , à la fin de la guerre, contraint le couple à quitter son château pour se réfugier à l'abbaye territoriale de Pannonhalma, en Hongrie, où, le , Stéphanie, âgée de quatre-vingt-un ans, meurt d'une congestion cérébrale. Elle repose dans la crypte de l'abbaye de Pannonhalma.

Biographie Premières années vignette|redresse|gauche|alt=Au premier plan, Marie-Henriette, coiffée d'une couronne de fleurs, le cou entouré d'un fin ruban sombre, porte une robe à crinolines et se croise les mains, son bras gauche étant accoudé sur une balustrade à colonnes recouverte d'un manteau militaire et derrière laquelle se tient Léopold revêtu d'un uniforme militaire à épaulettes et tenant un képi de la main droite.|Léopold et Marie-Henriette, duc et duchesse de Brabant, par Louis-Joseph Ghémar en 1864.

Contexte familial et naissance Stéphanie de Belgique est le troisième enfant du futur roi des Belges et de la reine Marie-Henriette, couple mal assorti et malheureux. L'union de ses parents a été décidée, en 1853, en raison de motifs exclusivement politiques afin d'assurer à la Belgique une maison alliée puissante, par le roi et les Habsbourg, sans consulter les principaux intéressés que presque tout oppose. Le marié n'est guère attiré par la vie de famille et se passionne pour les questions politiques et économiques du royaume sur lequel il s'apprête à régner, tandis que la mariée est une jeune femme versée dans la religion et aux centres d'intérêt limités à l'équitation, aux chiens et à la musique.

Stéphanie de Belgique naît au château de Laeken le et est ondoyée le jour de sa naissance. Le , elle est baptisée, lors d'une cérémonie qui dure une heure, dans la chapelle du château de Laeken et reçoit comme parrain son oncle maternel l'archiduc Étienne et comme marraine sa tante maternelle par alliance, l'archiduchesse Clotilde, avant que soit donné un grand déjeuner de gala de ..

Stéphanie a une sœur et un frère aînés : Louise, née en 1858, et Léopold, né en 1859. Le , le roi , grand-père paternel de Stéphanie et fondateur de la dynastie belge, meurt après un règne de . Son fils, le père de Stéphanie, accède au trône sous le nom de .

Un drame familial et dynastique vignette|redresse|alt=Un garçon de neuf ans, costume sombre, coiffé d'un chapeau melon est assis sur un poney à la robe claire.|Le prince Léopold sur son poney , photographié en 1868 par Louis-Joseph Ghémar. Au printemps 1868, Léopold, héritier du trône, bientôt neuf ans, est sujet à un refroidissement à la suite d'une chute dans l'étang du parc de Laeken. Son état se dégrade rapidement : le médecin diagnostique une péricardite aiguë. En été, il paraît se rétablir, mais sa toux persiste. Le médecin préconise l'ablation de la luette et réalise cette intervention chirurgicale avant que son jeune patient se rende en convalescence à Ostende. Marie-Henriette s'isole à Spa pour se reposer, tandis que le roi, retenu par les affaires d'État, et ses deux filles demeurent à Laeken. En , Léopold, souffrant d'hydropisie, est ramené à Laeken. Marie-Henriette ne quitte dès lors plus son chevet. Après avoir reçu les derniers sacrements en , le jeune malade paraît mieux, mais son état empire de nouveau jusqu'à ce que la mort l'emporte le ..

Dans ses mémoires, Stéphanie écrit : . L'enfance de Stéphanie est, dès lors, marquée par ce deuil : .

Au début de l'année 1871, des épidémies de typhus et de variole sévissent à Bruxelles. La reine porte, sans se soucier de la contagion potentielle, des secours aux familles atteintes. Le , la princesse Stéphanie, qui n'a pas encore sept ans, contracte le typhus au grand désarroi de ses parents, qui craignent de voir mourir un second enfant. Durant de longues semaines, la fillette est inconsciente, fiévreuse et souffre beaucoup. Ses proches la préparent à la mort. Son père vient souvent la voir, sa mère et la fidèle Toni Schariry, une bonne d'enfant d'origine allemande, engagée peu après la naissance de Stéphanie, pleurent à son chevet. La petite princesse n'est sauvée que par les soins d'un médecin ardennais inconnu, mais à qui le couple royal avait accordé ses entrées, qui préconise des bains froids. La fièvre diminue et en , Stéphanie est considérée comme rétablie. Après la guérison de leur fille, Léopold et Marie-Henriette l'emmènent avec sa sœur en convalescence à Biarritz, en effectuant une halte à Paris.

Le roi nourrit l'espoir d'avoir un second fils et reprend donc une vie intime avec la reine ; mais, après une fausse couche en , c'est encore une fille qui naît le : Clémentine, le dernier enfant du couple royal. Stéphanie relate à propos de ses parents : .

Instruction et éducation vignette|redresse|alt=Tenant les rênes d'un attelage à deux chevaux, Marie-Henriette, et sa fille Louise, toutes deux vêtues de clair portent un petit chapeau, derrière le landau se tient un piqueur coiffé d'un haut-de-forme.|La reine Marie-Henriette et sa fille Louise conduisant un attelage. Photo de Géruzet frères, vers 1874. À partir de 1874, Stéphanie, nantie jusqu'ici d'une gardienne d'enfant est placée sous la direction de la gouvernante de sa sœur Louise, mademoiselle Legrand. Stéphanie écrit : . Stéphanie bénéficie de l'enseignement à domicile de professeurs qui lui dispensent des cours variés au fil de son éducation : français, anglais, allemand, néerlandais et hongrois pour les langues, tandis que des leçons de mathématiques, d'équitation, d'histoire, d'histoire de l'art, de religion, de botanique, de rhétorique lui sont également données.. Cependant, le niveau d'instruction des princesses n'est pas très élevé : .

Si l'instruction de Stéphanie est quelque peu rudimentaire, la discipline est stricte : . Louise et Stéphanie doivent elles-mêmes épousseter leur chambre au mobilier rudimentaire. Parfois, elles rejoignent le roi et la reine au moment de leur petit-déjeuner. À leur table, ornée de fleurs, se trouvent des friandises auxquelles les princesses n'ont pas le droit de goûter. Lorsque Stéphanie est punie, elle doit se mettre à genoux sur des pois secs ou demeurer enfermée durant des heures, dans l'obscurité, entre des portes doubles. Stéphanie et Louise déjeunent et dînent avec leurs parents après que leur gouvernante a fait son rapport sur leur conduite à la reine. Lorsque le roi fait son entrée dans la salle-à-manger, les princesses se lèvent et s'inclinent avant de lui baiser la main qu'il porte ensuite sur leur tête, sans un mot. Seule Toni témoigne une affection constante à la jeune princesse. Les jours de fête, Pâques, Saint-Nicolas et Noël, constituent les seuls moments où Stéphanie et ses sœurs sont choyées.

Archiduchesse héritière d'Autriche-Hongrie Projets matrimoniaux Alors que sa sœur aînée Louise a épousé en 1875 un cousin fortuné de son père, le prince Philippe de Saxe-Cobourg-Gotha, officier autrichien et ami de l'archiduc héritier Rodolphe d'Autriche, la princesse Stéphanie poursuit ses études et s'occupe volontiers de sa sœur cadette Clémentine car le départ de Louise laisse un vide immense à Laeken.

Marie-Henriette prend l'habitude d'emmener fréquemment Stéphanie en excursion afin de veiller à son éducation. Stéphanie effectue sa première communion le et apparaît officiellement pour la première fois à la cour. Quelques mois plus tard, Louise et son mari se rendent à Bruxelles. Stéphanie trouve sa sœur aînée qui s'est muée en une bien différente de la jeune fille qu'elle connaissait. vignette|redresse|alt=Portrait en noir et blanc à mi-corps de profil droit de Sissi portant une toque en fourrure de laquelle s'échappent de longs cheveux tressés.|L'impératrice Élisabeth d'Autriche s'était rendue plusieurs fois à Bruxelles afin de surveiller la croissance et l'évolution de Stéphanie. Au cours de l'hiver 1878-1879, en route pour Londres, l'impératrice d'Autriche Élisabeth (dite « Sissi »), mère de l'archiduc Rodolphe, s'arrête à la cour de Bruxelles. Stéphanie, qui a seulement , lui est présentée. Déjà des rumeurs concernant son mariage bruissent en Europe. et Marie-Henriette espèrent marier leur seconde fille à un souverain régnant ou à un prince héritier. Le premier candidat évoqué est le roi d'Espagne , mais cette éventualité est presque aussitôt démentie.

Lors de l'hiver 1879-1880, l'impératrice d'Autriche revient à Bruxelles. Elle se laisse convaincre par les arguments de la cour de Vienne qui incitent les princes héritiers à se marier jeunes afin d'assurer rapidement une descendance. Stéphanie fait partie des rares princesses catholiques répondant aux critères imposés par l'empereur pour devenir l'épouse de Rodolphe, l'archiduc héritier de l'Empire austro-hongrois. Au cours d'un voyage en Belgique en , l'archiduc Rodolphe demande la princesse Stéphanie en mariage, au grand plaisir du roi et de la reine des Belges. La joie du couple impérial est plus mesurée. Stéphanie se rappelle : .

Stéphanie avait entendu parler de Rodolphe pour la première fois à la fin d'un cours de littérature dispensé par sa gouvernante Fanny Brossel. Après avoir lu l'histoire de Guillaume Tell, l'enseignante décide d'entretenir son élève de la puissance et de la grandeur de la maison de Habsbourg-Lorraine et illustre ses propos en lui montrant une gravure publiée dans un magazine représentant l'archiduc Rodolphe en costume de chasse. C'est de la sorte que Stéphanie découvre les traits de celui qui deviendrait son fiancé.

Fiançailles et mariage avec Rodolphe vignette|gauche|redresse|alt=Photo en noir et blanc d'un couple de fiancés, à gauche, la jeune fille, esquissant un léger sourire, porte une longue robe claire aux jupes bouffantes et enlace de ses mains le bras de son fiancé portant un uniforme à épaulettes et un sabre, son visage est impassible.|Fiançailles de Stéphanie et Rodolphe photographiés par Louis-Joseph Ghémar à Bruxelles en mars 1880. Les fiançailles sont officialisées le . Stéphanie n'a que seize ans. Rodolphe s'est rendu à Bruxelles accompagné d'une suite officielle de , à laquelle il faut ajouter sa maîtresse du moment. À son précepteur, l'archiduc confie : .