Alliance est un réseau de renseignement de la résistance intérieure française pendant la Seconde Guerre mondiale. Fondé par Georges Loustaunau-Lacau, officier proche de l'extrême-droite, il est composé principalement d'officiers (en grande partie de l'Armée de l'air), mais également de cadres de l'administration, et recrute dans les milieux politiques de droite. Créé au sein du régime de Vichy, il se rattache en premier lieu à l'Intelligence Service, puis aux services giraudistes après le débarquement en Afrique du Nord. Il est finalement rattaché aux services du Comité français de libération nationale, lors de la fusion de l'ensemble des services de renseignement français libres.
En , Jacques Bridou fut parachuté en France sur ordre du MI6 pour évincer Georges Loustaunau-Lacau de l'organisation. Son fondateur étant rapidement empêché d'exercer son commandement, c'est Marie-Madeleine Méric, alors son second, qui en prend la tête, de jusqu'en , date à laquelle elle part pour Londres. Son adjoint, Léon Faye devient le chef opérationnel à partir de ce moment jusqu'à son arrestation en ; leur successeur, Paul Bernard, est pris en . Méric reprend la tête du réseau depuis Londres, répartissant l'opérationnel entre le nord (Jean Roger), le sud-ouest (Henri Battu) et le sud-est (Helen des Isnards) . Après , le réseau, à nouveau sous l'autorité globale de Méric revenue en France, travaille à la libération de la France au sein des forces alliées.
Réseau couvrant l'ensemble du territoire métropolitain français durant la quasi-totalité de la guerre, Alliance compte jusqu'à permanents, revendiquant à la fin de la guerre plus de , dont qui perdront la vie durant la guerre. C'est le plus grand réseau dépendant de l'Intelligence Service sur le territoire français ; c'est également le plus grand réseau commandé par une femme durant cette période, et plus du quart de ses membres sont également des femmes. Par leurs noms de code, inspirés pour la majeure partie de noms d'animaux, ses agents sont surnommés par les services allemands « l'Arche de Noé ».
Les autorités allemandes d'occupation confient la lutte contre le réseau et ses agents aux services de contre-espionnage de l'Abwehr (Abwehr IIIF) de Lille puis de Dijon. Trois procès, se déroulant devant la Cour martiale du , sont organisés pour juger les membres principaux du réseau qui ont été arrêtés ; tous sont condamnés à mort ou mourront en déportation. L'ordre de faire disparaître entièrement le réseau entraîne l'exécution des condamnés, ainsi que le massacre, dans les derniers mois de la guerre, de la quasi-totalité des prisonniers arrêtés ou condamnés en tant que membres de l'Alliance, dont une centaine au camp de concentration de Natzweiler-Struthof.
Historique Préludes En 1936, Georges Loustaunau-Lacau, officier de la promotion Montmirail de Saint-Cyr, héros de la Première Guerre mondiale et major de l'École supérieure de guerre est l'instigateur des réseaux « Corvignolles », service de renseignement militaire anticommuniste. Il a été également membre du cabinet Pétain au ministère de la Guerre, remplaçant le colonel de Gaulle comme « officier de plume » du ministre. Cherchant à obtenir l'union des mouvements de droite nationaliste et d'extrême-droite contre le Front populaire, il crée l'Union militaire française (UMR), et anime un groupement anticommuniste, anti-allemand et antisémite, « La Spirale », sous le pseudonyme de « Navarre ». Ce groupement publie deux périodiques, l'un anticommuniste et l'autre anti-allemand, qui sont finalement rassemblés dans L’Ordre national. Il confie le secrétariat général du groupe de publications à Marie-Madeleine Méric, journaliste alors à Radio Cité, et son adjointe directe pour ce qui est du renseignement et de l'activité clandestine de « La Spirale ».. En 1938 et 1939, grâce au travail de Berthold Jacob, qui enquête sur le sujet depuis 1933, L’Ordre national publie les ordres de bataille de l'armée d'Hitler, ce qui valut à l'équipe de Loustaunau-Lacau un succès d'estime (ou une certaine jalousie) auprès des services officiels.
La Croisade thumb|Bon point à l'effigie du Maréchal Pétain distribué par la Légion française des combattants (1940-1944). L’Ordre national est par Marie-Madeleine Méric après la mobilisation de Loustaunau-Lacau (à la tête du 123 régiment d'infanterie) et du rédacteur en chef. Loustaunau-Lacau quant à lui, accuse le commandement de trahison lorsqu'il voit de ses yeux l'impréparation des troupes au front. Il est incarcéré à la forteresse de Mutzig pour son insubordination et évite d'être fusillé pour sa mutinerie. Le , il est libéré, et repart presque aussitôt au front, en donnant l'ordre à Méric et à d'autres collaborateurs de le retrouver plus tard dans le sud, à l'abri de l'avancée allemande pense-t-il. Loustaunau-Lacau est grièvement blessé et fait prisonnier au lazaret de Châlons-sur-Marne ; ses amis et leurs contacts d'Oloron-Sainte-Marie évaluent la possibilité de renseigner les Britanniques des concentrations de troupes ennemies. Après son évasion, Loustaunau-Lacau les rejoint fin août. Devant les propositions de rejoindre Londres, il préfère Vichy pour mettre en place le réseau : Son but est d'aller directement à la source pour se renseigner et prendre des contacts extérieurs pour agir. Ce premier groupe reçoit le nom de « Croisade ».
Loustaunau-Lacau propose aux autorités de Vichy la création d'un centre d'accueil pour les démobilisés, les évadés et autres réfugiés ou anciens combattants. Il loue l'hôtel des Sports ; son projet étant accepté par Pétain, il met en place son équipe. Dans le même temps et à sa demande, il est nommé délégué général de la Légion française des combattants, dans laquelle il espère trouver les meilleurs éléments pour ses projets. Il compte également grâce à cette fonction pouvoir atteindre sans souci la zone occupée, dans laquelle il n'a pour le moment aucun contact, et demande à Marie-Madeleine Méric de mettre au point le futur réseau, lui devant rester insoupçonnable par prudence. Même si Méric n'est pas très enthousiaste de lui servir de chef d'état-major clandestin, elle accepte par défaut, Loustaunau-Lacau ayant confiance en elle pour cette tâche.
thumb|gauche|upright=0.75|Colonel Groussard, chef du Centre d'informations et d'études.
L'hôtel accueille les réfugiés pendant la journée et permet l'organisation de rencontres clandestines pendant la nuit, par le biais de ses chambres inoccupées. Parmi les personnalités qui viennent y établir des contacts se retrouvent le capitaine Brouillard, le colonel Groussard, Pierre Fourcaud (envoyé par de Gaulle), Jacques Doriot, Charles Maurras, Eugène Deloncle. Le gendre d'Albert Sarraut, Jean Roger, fait également partie des premières rencontres de la « Croisade ». Ces échanges sont facilités par la nécessité pour l'armée française de recréer de toutes pièces ses services de renseignements, les archives du ayant été capturées durant la débâcle. Loustaunau-Lacau fait le bilan de ces premiers contacts : deux filières pour transmettre les renseignements aux Britanniques s'offrent au réseau. La première est représentée par Fourcaud (« Foudroyant »), dont il assure le retour sur Londres via la complicité du colonel Baril, du SR-Armée. L'autre est représentée par Pierre Dupuy, diplomate canadien envoyé pour tâter le terrain vichyssois. Il envoie également à Londres comme ambassadeur personnel Jacques Bridou, le frère de Marie-Madeleine, bilingue et récemment marié à une Anglaise. Le but de Loustaunau-Lacau, en établissant ces contacts avec Londres, est double : tout d'abord informer les Britanniques de la création du réseau, et en même temps assurer de Gaulle de sa coopération pour la poursuite des combats. Il pense nécessaire d'établir un commandement clandestin en France, pour prendre les décisions sur le terrain ; de plus, il compte informer directement les services britanniques, tout en souhaitant recevoir ses moyens d'actions via les services gaullistes. Un manifeste, intitulé « La Croisade », est confié à Fourcaud et Dupuy (ou simplement à Dupuy) pour qu'il soit diffusé par tracts jetés d'avion. Les premiers renseignements à passer sont confiés à Fourcaud, avec notamment toutes les précisions concernant les camps d'aviation allemands près de la ligne de démarcation.
La Patrouille Recrutement vignette|Organisation de l'armée d'armistice en zone libre. Durant ces contacts et à partir de leurs moyens personnels, Marie-Madeleine Méric prépare le terrain : quadrillage de la zone non-occupée en secteurs pour acheminer le courrier et observer les Allemands, préparation des filières de passage de la ligne de démarcation et d'évasion vers l'Espagne, orientation des nouveaux arrivants. Parmi ceux-ci, elle recrute trois aviateurs baptisés « Patrouille Bleu-Blanc-Rouge », dont le chef est Maurice Coustenoble (alias « Bleu »). Déjà très actifs sur le terrain pour prendre contact avec leurs camarades de l'armée, ils aident Méric à mettre sur pied les nouveaux secteurs et rechercher des agents de liaison et des opérateurs-radio, en prévision de la livraison de postes-radio. Le général Pierre Baston, chargé officiellement par Pétain de superviser les activités du « centre d'accueil », anime d'apparentes soirées afin de prévenir la méfiance des autorités ; il s'arrange pour que les agents sédentaires du PC travaillent à des statistiques pour le cabinet du Maréchal, leur donnant ainsi une occupation d'apparence légale. Tout en déchargeant Méric de toutes les tâches en relation avec leur couverture, il l'informe également de la réputation plus que douteuse de « Rouge ».
thumb|gauche|Mers-el-Kébir : le cuirassé Bretagne en train de couler (75 % de son équipage est tué). Méric prend contact, par Henri Schaerrer, avec des marins marseillais (Jean Boutron, officier sur le Bretagne coulé à Mers el-Kébir, et ancien supérieur de Schaerrer dans la marine marchande, Gabriel Rivière et Émile Audoly, lieutenants de vaisseau). Schaerrer est chargé de la « patrouille » de Marseille, que Méric va inspecter : elle y découvre l'« Amicale des marins de France », fondée par Boutron dans le but de dissimuler une action contre les Allemands. Marseille est une ville favorable à l'action clandestine : la vieille ville accueille dans ses ruelles toutes sortes d'activités discrètes, et la police y est réputée pour son anglophilie et son anti-nazisme relatif. Elle profite d'un passage à Monaco pour recruter Charles Bernis, as du renseignement et vieil ami de Loustaunau-Lacau. Bernis pense que Pétain essaye de jouer un double-jeu, et n'a pas l'air particulièrement ravi d'être sous les ordres d'une femme, mais il accepte de rentrer dans le réseau et commence par inculquer les notions du renseignement à ces néophytes. Il insiste particulièrement sur le fait que la France sera bombardée par les troupes alliées et que leur travail sera de donner les renseignements les plus précis possibles, afin de préserver la population civile. Au niveau technique, il préconise l'utilisation par les agents de cartes renseignées, ainsi que la transcription des informations reçues en évitant toute interprétation. La centrale-renseignement installe son PC à Pau (dirigé par Bernis), à la fois près de la frontière espagnole pour faciliter le passage du courrier et de la ligne de démarcation pour le contact avec la zone occupée.