Publius Valerius Publicola ou Poplicola est un nom prestigieux qui est porté par de nombreux et illustres membres de la gens patricienne des Valerii, dont les origines se confondent avec celles de la République romaine en 509 av. J.-C.
Dès les premières années de la République, Publius Valerius Publicola est attesté comme consul du nouveau régime, par quatre fois : en 509 av. J.-C., en remplaçant Lucius Tarquinius Collatinus, puis en 508, 507 et 504 av. J.-C. Il meurt en 503 av. J.-C.
Il faut préciser que comme la plus grande partie des hommes et des institutions de cette époque romaine, la réalité de son existence historique et de ses actions nous échappent, nos sources lacunaires présentant par ailleurs des récits et des traditions considérablement réécrits et déformés.
La place exacte du légendaire Publius Valerius Publicola n'est cependant plus discutable, contrairement à celles de Brutus, Collatin et Lucretius, après la découverte d'une inscription sur un bloc de tuf (le lapis Satricanus) réutilisé dans les fondations réalisées pour la reconstruction du temple de Mater Matuta de Satricum vers 480 av. J.-C... Y sont mentionnés un homonyme qui était de surcroît contemporain, Popliosio Valesiosio (Publii Valerii) et ses hommes de main, suodales, qui offrent une dédicace à Mars. Les spécialistes qui ont étudié la paléographie de ce texte le datent autour de 500 av. J.-C.Mauro Cristofani , La Grande Roma dei Tarquini , Rome, 1990, pp.23-24
Biographie selon la tradition
Tite-Live, dans son Histoire romaine, Livres I et II et Denys d'Halicarnasse, dans ses Antiquités romaines, Livres IV et V, relatent les légendes et les faits de la fin de la royauté et du début de la République. Plutarque et Aurelius Victor, quant à eux, ont écrit tous deux une biographie de Publius Valerius Publicola, respectivement dans Les Vies parallèles des hommes illustres et les Hommes illustres de la ville de Rome.
Son ascendance
Selon Plutarque, il serait le descendant d'un des premiers Valerii, qui, peu après la fondation de Rome, seraient à l'origine de la réconciliation entre Sabins et Romains, et de la paix signée entre ces deux peuples. Denys d'Halicarnasse confirme qu'il serait un descendant des Sabins venus à Rome avec Titus Tatius, qui partagea le trône de Rome avec Romulus.
L'instauration de la République (-509)
Selon Plutarque, sous la tyrannie, il s'acharne à défendre la justice et à aider ceux qui en ont besoin, usant de son éloquence et de sa richesse. Denys d'Halicarnasse le décrit comme un « homme d'action et prudent » ou encore comme « un homme estimable tant en louange qu’admirable pour beaucoup d'autres qualités, mais particulièrement pour sa manière sobre de vie »
Alors que Sextus Tarquin a violé Lucrèce, qui s'est ensuite suicidée, les quatre hommes se jurent de renverser la royauté et la tyrannie des Tarquins. Spurius Lucretius Tricipitinus, le père de Lucrèce, Lucius Tarquinius Collatinus, le mari, Lucius Junius Brutus et Publius Valerius. Selon Tite-Live, Lucrèce se suicide en présence des quatre hommes, après leur avoir fait jurer de la venger. Denys d'Halicarnasse donne une version quelque peu différente : Seuls son père, Spurius Lucretius Tricipitinus, dans les bras desquels elle meurt, et Publius Valerius sont présents. Ce dernier prévient son mari, Lucius Tarquinius Collatinus et Lucius Junius Brutus, et leur apprend les terribles nouvelles : le viol et le suicide.
Selon la légende, ils sont tous les quatre consuls en l'an 1 de la République, Lucius Junius Brutus et Lucius Tarquinius Collatinus en début d'année, et Publius Valerius Publicola et Spurius Lucretius Tricipitinus suffects, après la mort du premier et l'exil du second.
Les quatre hommes exposent le corps de Lucrèce sur le Forum Romanum, haranguent le peuple de Rome, et prononcent l'exil du roi par la Lex Iunia de Tarquiniis exilio multandis. L'instauration de la République, selon la légende, a lieu.
Publius Valerius laisse Lucius Junius Brutus prendre le commandement de la République naissante, mais est indigné qu'il ne soit pas choisi comme collègue lorsque l'on décide que deux hommes gouverneront la ville, et non un. Lucius Tarquinius Collatinus est élu comme collègue de Lucius Junius Brutus. Il se retire de la vie publique, indigné qu'on puisse croire qu'il aspire à la royauté, mais il est le premier à jurer qu'il ne ferait rien en faveur des Tarquins et qu’il les combattrait de toutes ses forces pour le maintien de la liberté.
Quelque temps plus tard, des ambassadeurs des Tarquins veulent s'adresser au peuple pour tenter de le séduire. Les consuls, Brutus et Collatin, ne contestent pas, mais Publius Valerius s'y oppose, de peur que le peuple, craignant plus les méfaits de la guerre à ceux de la tyrannie, abandonne la liberté pour la paix.
L'exil de Collatin et le complot pour rétablir Tarquin (509)
Selon Tite-Live, le peuple supplie Collatin d'abdiquer de sa charge car la royauté ne peut disparaître qu'avec la famille des Tarquins. Ce dernier abdique finalement de sa magistrature convaincu par son beau-père Spurius Lucretius Tricipitinus, et s'exile loin de Rome avec tous ses biens, de peur qu'on les réquisitionne. Brutus fait alors voter un senatus consulte bannissant tous les membres de la famille des Tarquins.
Selon Plutarque et Denys d'Halicarnasse, Collatin n'abdique pas tout de suite. Des ambassadeurs de Tarquin, sous quelques obscurs prétextes de restitution de fortune, restent à Rome plus que de raison et corrompent certaines familles de sénateurs dans le but de rendre à Tarquin son trône. Publius Valerius, dont la porte est ouverte à tous, a vent du complot visant à mettre à mort les consuls, car l'esclave témoin a peur de la réaction des deux consuls qui ont des parents dans la conspiration. Il confond les conjurés, dont les fils de Brutus qui sont mis à mort par leur père lui-même. Mais l'autre consul, Collatin, laisse les autres conjurés libres de préparer leur défense, et s'oppose vivement à Valerius selon Plutarque, à Brutus selon Denys d'Halicarnasse.
D'après Plutarque, Lucius Junius Brutus met fin à la discorde et tous les conjurés sont mis à mort. Lucius Tarquinius Collatinus, dont le nom est odieux au peuple, et dont les derniers événements l'ont rendu peu populaire, choisit d'abdiquer de son consulat et de partir en exil.
Selon Denys d'Halicarnasse, Brutus accuse son collègue Collatin d'être du côté des tyrans, les Tarquins, et souhaite que le peuple vote pour la condamnation à mort des conjurés, malgré l'opposition de Collatin, et le peuple est furieux contre ce dernier. Alors Spurius Lucretius Tricipitinus demande la permission d'intervenir devant le peuple, une première pour un citoyen privé, et convainc Collatin de s'exiler et Brutus de laisser noblement partir son collègue. Le premier accepte de quitter la ville et s'exile à Lavinium tandis que le second, pour le remercier, fait voter un don pour l'exilé auquel il participe.
Tite-Live, quant à lui, signale la conspiration pour tuer les consuls après l'exil de Collatin, et vise donc Brutus et Valerius. Ces derniers sont mis au courant, et les conjurés, dont les enfants de Brutus, sont mis à mort, et l'esclave est récompensé par l'octroi de la citoyenneté.
Son premier consulat, suffect (509) Son élection
À la suite de l'exil de Lucius Tarquinius Collatinus, les comices centuriates, réunies par Lucius Junius Brutus, l'élisent consul suffect en 509 av. J.-C., car il a aidé à chasser les rois de Rome.
Avec son collègue Lucius Junius Brutus, ils présentent trois mesures : ils complètent le sénat décimé par Tarquin le Superbe en élevant des plébéiens au patriciat qui deviennent ainsi membres de l'assemblée, de nouveau composée de 300 sénateurs ; ils partagent les biens du tyran entre tous les citoyens romains ; ils divisent les terres de l'ancien roi et les distribuent à ceux qui ne possèdent rien, tout en réservant le Champ de Mars aux entraînements militaires. Ils accordent aussi une chance à tous les exilés qui ont suivi les Tarquins de revenir à Rome en toute impunité et sous une amnistie générale jusqu'à une date limite. Ensuite, s'ils ne sont pas revenus, ils accaparent leurs biens.
La bataille contre Tarquin et triomphe
Il doit faire face avec son collègue à une union étrusque pour rétablir Tarquin sur le trône. Les deux consuls mènent l'armée romaine. Lucius Junius Brutus s'élance à la tête de la cavalerie contre les ennemis tandis que Valerius commande l'infanterie. Brutus et Arruns Tarquin, fils de Tarquin le Superbe, s'entretuent.
La bataille tourne au massacre pour les deux camps lorsqu'un orage éclate, les armées de Tarquin et Valerius doivent arrêter momentanément les combats, persuadés, au vu des pertes, qu'elles ont été vaincues. On dit qu'alors une voix d'une divinité s'élève pour dire que les Toscans ont perdu un homme de plus que les Romains, les hommes de Publius Valerius reprennent courage et prennent le camp ennemi. Près de soldats seraient morts, autant d'un camp que de l'autre.
Publius Valerius obtient le droit de triompher, rend les honneurs à son collègue défunt, et prononce son oraison funèbre.
Détruit sa villa au nom du peuple romain
Toujours selon la légende, après avoir été glorifié par le peuple, Publius Valerius est haï, en proie à des « soupçons et des accusations odieuses ». Il n'a en effet pas encore ordonné d'élection pour se donner un collègue (Aurelius Victor parle du non-remplacement du suffect de Brutus, Spurius Lucretius Tricipitinus, alors que les autres auteurs parlent du non remplacement de Brutus), s'attribuant ainsi l'autorité suprême, et se fait construire une somptueuse villa imprenable. Il se comporte en tout point comme un roi.
Blessé par ces accusations, Publius Valerius détruit en une nuit sa villa, dormant maintenant chez des amis, n'ayant plus de toit. Il se présente devant le peuple, et réfute une à une les accusations portées contre lui, et une fois son discours terminé, fait édifier sa maison à l'endroit le plus bas de la ville, là où se situera plus tard le temple de la Victoire.
Denys d'Halicarnasse ajoute qu'il aurait dès ce moment-là choisi un nouveau collègue, Spurius Lucretius Tricipitinus, mais qui meurt peu après, et ensuite Marcus Horatius Pulvillus. Seulement après, il aurait fait détruire puis reconstruire sa villa au plus bas de la ville et il aurait instauré le fait qu'un consul à l'intérieur de la ville soit entouré de licteurs ne portant que des baguettes et non des haches, comme hors des murs.
On lui attribue son surnom, Publicola
Il dépose ses faisceaux aux pieds du peuple, reconnaissant et honorant ainsi la souveraineté suprême du peuple, et ainsi il recouvre la confiance entière du peuple, et reçoit alors le surnom du Publicola, selon Plutarque, alors que Tite-Live et Aurelius Victor écrivent qu'il reçoit ce surnom après une série de lois favorables au peuple. Les études récentes sur l'onomastique de Publicola, cependant, ont contribué à démystifier ce mythe, en faveur d'une interprétation plus probable du cognomen comme un nom composé signifiant « celui qui prend soin de l'armée ».
Profitant de sa popularité retrouvée, et de l'autorité suprême, il fait voter plusieurs lois avant de se donner un collègue, pour en garder le seul mérite :
droit d'appel devant le peuple d'une sentence d'un magistratCicéron, De la République, Livre II, 31Valère Maxime, Des faits et des paroles mémorables, Livre IV, 1, ou d'un consulJustinien, Digeste, Livre I, 2 : Lex Valeria sur l'appel au peuple (Lex Valeria de provocatione) ; tout aspirant à la royauté serait déclaré sacer, c'est-à-dire voué aux dieux infernaux et condamné à mort : Lex Valeria condamnant la tyrannie (Lex Valeria de sacrando) ; droit de tuer tout homme qui aspirerait à la tyrannie et impunité pour l'auteur du meurtre : Lex Valeria condamnant la tyrannie (Lex Valeria de sacrando) ;