Mireille Balin est une actrice de cinéma française, née le à Monte-Carlo (Monaco) et morte le à Clichy.

Une des comédiennes les plus en vue du cinéma français dans les années 1930, elle incarne les aventurières ou les femmes fatales, notamment aux côtés de l'acteur Jean Gabin dans Pépé le Moko et Gueule d'amour et du chanteur Tino Rossi dans Naples au baiser de feu.

Dans la vie, elle a des liaisons avec le boxeur Victor Young Perez, l'homme politique Raymond Patenôtre, ses compagnons à l'écran Jean Gabin et Tino Rossi puis, sous l'Occupation, avec le patron de presse collaborationniste Jean Luchaire et l'officier allemand attaché à l'ambassade de son pays à Paris, Aloïs (dit « Birl ») Deissböck. Elle est violée en à Monaco par un groupe de résistants qui seront jugés et condamnés quatre ans plus tard. Elle est ensuite brièvement arrêtée par les autorités françaises qui tentent sans succès de l'inculper. Sa carrière est néanmoins brisée, devenue dépressive et alcoolique, poursuivie par le fisc, Mireille Balin meurt dans l'anonymat et la misère à .

Biographie Origines et études Mireille Balin naît le dans la clinique de Monte-Carlo à Monaco, sous le nom d'état civil de Blanche Mireille Césarine Balin., d'un père sergent, Charles Balin, un temps typographe à la Tribune de Genève (métier qu'il reprendra après son divorce), et d'une mère florentine., Annita Locatelli, blanchisseuseLoïc Gautelier, Mireille Balin, Les passagers du rêve, Paris, 2019..

Ses parents habitent dans un quartier ouest de Monaco.. La famille déménage rapidement à Genève, avant de revenir s'installer dans un quartier populaire du Cap-d'Ail fin , Charles Balin étant mobilisé.

Tenant à ce que leur fille reçoive une bonne éducation, ses parents l'inscrivent en 1917 à l’école paroissiale de Saint-Honoré-d'Eylau, à Paris, ville où ils viennent eux-mêmes s'installer en 1918. Jusqu'à ses , c'est une élève modèle, mais à partir de ses , on la voit .. Elle y manifeste des dispositions pour les langues étrangères : italien, anglais et allemand. Elle suit aussi des cours de piano : . et d'équitation.

À sa sortie de pension en 1928, ses parents ayant divorcé, Mireille va vivre avec sa mère rue de la Tombe-Issoire dans le et doit rapidement travaillerMichel Azzopardi, Le Temps des vamps : 1915-1965 : cinquante ans de sex-appeal, L'Harmattan, 1997, 484 pages, chap. 4 (« Splendeur et misère d'un mannequin nommé Mireille Balin »), ..

Mannequinat La jeune femme travaille un temps comme vendeuse, puis est recrutée en 1929 comme secrétaire par le couturier Jean Patou, mais on l'oriente vers l'activité plus rémunératrice de mannequin de cabine (la présentation des vêtements aux clientes) : . Elle gardera de ce métier .. Désormais, sa photo est publiée sur des cartes postales, des affiches de publicité (pour du savon et des machines à écrire), puis dans des revues de mode, ce que découvrent avec stupeur ses parents qui pensaient qu'elle était encore simple secrétaire.

La jeune vedette mène dès lors une vie mondaine : on la voit à La Coupole, au Fouquet's, chez Maxim's aux côtés du jeune boxeur prodige originaire de Tunisie, Victor Young Perez, dit « Mâchoire de Béton »Né le 18 octobre 1911 dans le quartier juif de la Hara à Tunis, le boxeur poids mouche franco-tunisien Victor Younki, dit Young Perez, devait être arrêté le 21 septembre 1943 à Paris par la Milice, interné à Drancy, déporté à Auschwitz puis tué lors de l'évacuation du camp. Voir Philippe Assoulen, Les champions juifs dans l'Histoire, Éditions Imago, 2009, 192 p., n. p. (livre électronique Google)., qu'elle a rencontré à la fête donnée en 1931 pour célébrer son titre de champion du monde et avec qui elle entretiendra une relation sentimentale en 1932. En , elle rencontre Raymond Patenôtre, richissime patron de presse, député, sous-secrétaire d'État à l'Économie nationale — et futur ministre —, avec qui elle noue une relation passionnée.

Débuts cinématographiques En 1933, Mireille Balin fait ses débuts au cinéma dans la version française du Don Quichotte de Georg Wilhelm Pabst, dont l'attention a été attirée sur elle par le réalisateur Jean de Limur, ami de Raymond Patenôtre : elle y incarne Maria, la nièce du héros campé par la célèbre basse russe Fédor Chaliapine. Bien que pensant cette expérience sans lendemain, elle se rend à Nice pour tenir ce petit rôle, malgré son absence de formation artistique. Mais, le film tourné, elle reçoit de nouvelles propositions : sa carrière cinématographique est lancée, elle fait ses adieux aux maisons de couture.

La même année, Claude Moulins lui propose le rôle de Lilette de Charzay, fille de châtelain, dans Vive la compagnie, film où elle est aux côtés de Noël-Noël, Raymond Cordy et Paulette Dubost et qui obtient un beau succèsFiche de Vive la Compagnie ! sur cinememorial.com.. Puis elle s'impose dans Le Sexe faible de Robert Siodmak, où elle joue le rôle de Nicole, une vendeuse de prêt-à-porter, aux côtés de Pierre Brasseur, Victor Boucher, Betty Stockfeld et Marguerite MorenoFiche de Le Sexe faible sur imdb.com.. Elle tient un petit rôle dans Adieu les beaux jours d'André Beucler, auprès des vedettes que sont Brigitte Helm et Jean GabinFiche de Adieu les beaux jours sur andrebeucler.com..

En 1934, elle emménage au 47, rue Spontini, dans le . Elle joue dans Si j'étais le patron, film de Richard Pottier, sur un scénario de Jacques Prévert, avec Max Dearly et Fernand Gravey. Le film remporte un grand succès.

La même année, dans On a trouvé une femme nue, de Léo Joannon, elle est Denise, demoiselle enterrant sa vie de jeune fille et qui, abandonnée nue dans la rue, se réfugie malencontreusement chez son futur mari, qu'elle ne connaît pas encore. Elle doit se déshabiller devant la caméra et refuse d'être doublée, ce que n'aurait pas supporté Raymond Patenôtre : , lui aurait-il lancé.. Mais si la rupture est consommée en 1936 avec l'homme politique, c'est surtout parce que l'actrice est consciente d'être surtout décorative dans sa vie :

Début 1935, elle est la pieuse Marie Ortès, l'héroïne de Marie des Angoisses, mélodrame religieux de Michel Bernheim, avec Pierre Dux et Françoise Rosay. Le film s'inspire de la fin d'un roman de Marcel Prévost de 1932, Marie-des-Angoisses, qui décrit les rapports entre des amis, français et espagnols, sur un demi-siècle.. Il semblerait que Mireille Balin a enregistré les chansons du film (Polydor, 1935), d'après l'article de Doringe., qui en est la seule mention.

En 1936, elle est Cora, la veuve d’un riche marchand, dans Le Roman d'un spahi du même cinéaste, d'après le roman de Pierre Loti publié en 1881. Par ce film, elle , qu'elle

En 1936, Julien Duvivier lui confie le rôle de l’aventurière Gaby Gould dans Pépé le Moko ; elle y retrouve Jean GabinVisages familiers du cinéma français (partie 1), Mireille Balin, moncinemaamoi.blog, 25 mars 2017.. Le film est une grande réussite et consacre l'actrice comme vedette : , écrit Marcel AchardMarcel Achard, « La semaine à l'écran », Marianne, 10 février 1937..

Jean Grémillon la choisit alors pour tenir le rôle de Madeleine Courtois, femme fatale entretenue, face à Jean Gabin, dans Gueule d'amour, film au scénario de Charles Spaak d'après le roman éponyme d’André Beucler. Jean Gabin y joue le rôle d'un séducteur qui est détruit par sa passion pour une aventurièreTest 4, « Gueule d’amour » : Gabin, séducteur fracassé, nouvelobs.com, 10 novembre 2018.. Le film, sorti en 1937, est un énorme succès. La liaison de la comédienne avec Jean Gabin, entamée lors du film précédent, prend fin peu de temps après le tournage.

En 1937, Mireille Balin enchaîne avec Naples au baiser de feu d'Augusto Genina, aux côtés du chanteur de charme Tino Rossi, de Michel Simon et de Viviane Romance. Ce mélodrame obtient, lui aussi, un immense succès, amplifié par l'idylle du couple vedette dans la réalitéCollectif, Antoinette Fouque, Mireille Calle-Gruber, Béatrice Didier, Le Dictionnaire universel des créatrices, Éditions des femmes, 5022 pages, n. p. (rubrique « Balin, Mireille »). : l'actrice, tout auréolée de son succès dans Pépé le Moko et Gueule d'amour, avait rencontré Tino au Carlton de Monaco pour préparer le tournage de Naples au baiser de feu« Mireille Balin, la terrible vamp avait cédé à son charme corse », dans Paris-match, 1793-1805, 1983, : il n'y avait pas eu de coup de foudre, mais ils décriront tous deux, dans leurs vieux jours, la relation qui s'installe ensuite entre eux comme l'amour de leur vie.

Séjour éclair à Hollywood Fin 1937, Mireille Balin signe un contrat avec la Metro-Goldwyn-Mayer et part pour les États-Unis à bord du paquebot Normandie, en compagnie de Tino Rossi, dont la chanson Vieni, Vieni est restée 28 semaines durant numéro un au Top Tune of the Week, la bourse étatsunienne des chansonsVline Buggy, Claude François, j'y pense et puis j'oublie, Archipel, 2018, 240 pages.. Mais les films qu'on lui propose sont atterrants (une reprise de Pépé le Moko qui fait également fuir Duvivier, la reprise du rôle de Greta Garbo dans La Chair du diable).

Et, alors qu'elle est d'Hollywood qui veut , le médecin du studio recommande finalement : elle reprend le bateau pour la France avec Tino Rossi sans avoir tourné un seul film.

Retour à Paris De retour à Paris, elle emménage avec lui boulevard Suchet. Après avoir tourné dans La Vénus de l'or, de Charles Méré et Jean Delannoy, elle achète une villa à Cannes, qu'elle baptise Catari, titre d'une chanson de Tino Rossi. Elle tourne ensuite dans Terre de feu, de Marcel L'Herbier, puis dans Capitaine Benoit, de Maurice de Canonge. Elle mène une vie mondaine, dorée, ponctuée par ses scènes de jalousie avec son amant.

En 1938, elle joue dans Menaces, film d'Edmond T. Gréville, aux côtés d'Erich von Stroheim, John Loder et Ginette Leclerc. Elle y campe Denise, une vendeuse de maison de couture venue remettre un cadeau à un réfugié autrichien, logeant dans un hôtel du quartier Latin avec d'autres réfugiés (l'action se situe en , quelques jours avant les accords de Munich).

À sa sortie en 1940, le film est interdit et brûlé par l'occupant allemand à cause de la présence de Stroheim, autrichien d'origine, juif et anti-nazi notoire, mais des techniciens du laboratoire LTC réussissent à en enterrer des copies et le film pourra ressortir à la Libération..

Tourné en 1939, Macao, l'enfer du jeu, de Jean Delannoy, d'après un roman de Maurice Dekobra, voit Mireille Balin interpréter une danseuse de cabaret, aux côtés, à nouveau, d'Erich von Stroheim. Le film est également interdit par les Allemands en juin 1940 pour la même raison que Menaces. Il ne sort que deux années plus tard, sous le titre L'Enfer du jeu et amputé des scènes tournées avec Stroheim, ce dernier étant remplacé par Pierre RenoirJean Delannoy, censé détruire la première version, parvient à sauver le négatif, et seule cette version, en accord avec Pierre Renoir, est conservée..

Début 1940, Mireille Balin est sur les plateaux de Cinecittà pour Les Cadets de l'Alcazar d'Augusto Genina, film médiocre mais résolument pro-franquiste (il est commandité par Mussolini), ce qui comptera dans les graves ennuis qu'elle aura à la Libération.

Vie à Paris sous l'Occupation Durant son long séjour parisien sous l'Occupation, Mireille Balin achète, avenue d'Iéna, un nouvel et bel appartement ayant vue sur la SeineDaniel Arsand, Mireille Balin ou la beauté foudroyée, Lyon, La Manufacture, 1989, 76 p. (livre électronique Google non paginé)..

Elle participe ensuite, en compagnie de Tino Rossi, à des galas de bienfaisance pour les prisonniers de guerre. En 1941, elle fait avec lui la couverture de la revue VedettesAlan Riding, Et la fête continue : la vie culturelle à Paris sous l'Occupation, edi8, 2002, 44 p., n. p. : mais sa liaison avec le chanteur prend fin en . Elle officialise cette rupture par une longue confession publiée par la revue Ciné-Mondial : .

« La garce au cœur noir »