Yves Guyot, né le à Dinan et mort le à Paris, est un homme politique, journaliste, essayiste et économiste français. C'est un républicain anticlérical et un libéral, partisan farouche du libéralisme politique, du libéralisme économique et du libre-échange.

Il a été un conseiller municipal de Paris, un député et un ministre de gauche sous la République, avant 1914. Directeur d'un quotidien parisien, Le Siècle, de 1892 à 1903, il a collaboré à de nombreux périodiques et a animé plusieurs associations.

Biographie Famille Né le à Dinan, Côtes-du-Nord, il est le fils de Prosper Guyot, avocat à Rennes, et d'Héloïse Marie Daubès, fille d'un soldat de l'Empire. Son grand-père paternel Yves-Julien Guyot, avocat au barreau de Rennes en 1789, maire de Ercé-près-Liffré (1793-1802), conseiller général des Côtes-du-Nord et juge de paix achète en 1793 le château du Bordage à Ercé-près-Liffré. Marié le à Paris arrondissement à Héloïse Louise Fontane, fille d'un charpentier, ils ont deux filles, Héloïse Marie et Yvonne Estelle.

Il est autorisé à prendre le nom de famille d'Yves-Guyot au lieu de Guyot par un jugement du tribunal civil de Dinan du .

Formation et début de carrière Après avoir suivi ses études secondaires à Rennes, et avoir obtenu une licence de droit, il s'installe à Paris en 1864 . Il devient agent général de la Société d'encouragement de la locomotion aérienne au moyen du plus lourd que l'air et secrétaire de rédaction de L'Aéronaute, revue fondée par Nadar. Il collabore à divers journaux dont Le Courrier français et La Pensée nouvelle. Il publie son premier livre en 1867, L'Inventeur, qui inaugure une longue série d'ouvrages traitant de sujets divers.

Engagement dans le camp républicain À l'instigation de Léon Gambetta dont il a fait la connaissance en 1867 et comme la loi de 1868 sur la presse supprime l'autorisation préalable pour les périodiques, il accepte de diriger le journal nîmois l'Indépendant du Midi à partir d' C'est alors un opposant du Second Empire finissant. Ses articles et son militantisme lui valent trois condamnations, dont une peine de prison d'un mois, , , ,. Evincé du journal à l'été 1869 car jugé trop combatif, il attaque en justice le gérant du journal . Il collabore au journal Les Droits de l'homme, publié à Montpellier, et tente de lancer en 1869 un journal de la dans le Gard . Il rejoint ensuite à Paris les milieux républicains et va mener de front une carrière de journaliste, de publiciste et d'homme politique. Il est ainsi secrétaire d'un actif foyer de propagande républicaine, le comité antiplébiscitaire de la rue de la Sourdière, opposé au plébiscite du 8 mai 1870. Parallèlement, il est admis en à la Conférence Molé-Tocqueville. Du fait de son action en faveur de la République, il est arrêté en et brièvement emprisonné. Il est en prison au moment du 4 septembre 1870 , . Selon Jean-Claude Wartelle en revanche, il participe à la journée du 4 septembre. . Il a été le témoin des deux sièges de Paris et de ce qu'il appela plus tard dans son livre La tyrannie socialiste (1893) de la Commune, son . Pour autant, il a été un partisan de la conciliation entre Communards et Versaillais. Il est en effet membre de la Ligue d'union républicaine des droits de Pariset membre du Comité de l'équilibre républicain, dont il cosigne le manifeste électoral d'. Ce manifeste affirme qu'il faut et qu'il .

Le journaliste

Il collabore au quotidien parisien Le Rappel lors de sa fondation, comme secrétaire de la rédaction. Mais ce journal est suspendu en en vertu de la loi sur l'état de siège. Soutenu financièrement par le banquier radical Jules Mottu, il fonde alors et dirige à partir de La Municipalité, qui est l'organe des républicains radicaux du nouveau conseil municipal parisien. Il collabore également à d'autres journaux de gauche comme Le Radical (1871-72) et plus tard La Lanterne, de 1878 à 1889. Secrétaire particulier de l'industriel chocolatier et député républicain Émile-Justin Menier qu'il a rencontré en 1873, il a été rédacteur en chef de journaux financés par ce dernier: la revue bimensuelle la Réforme économique lancée en puis le quotidien racheté en 1876 Le Bien public. . Selon Guyot, ce journal réclame l'extension des libertés politiques, s'intéresse aux réformes économiques, est et étudie toutes les questions. Émile Zola est son critique dramatique. Il a collaboré au Voltaire, qui a pris la suite de ce quotidien en 1878. Il a auparavant collaboré en 1876-1877 à un éphémère journal de combat, Les Droits de l'homme, avec ses amis Sigismond Lacroix, un ancien du Radical comme lui, et Henry Maret. Un journal financé par Menier, même s'il s'en défend, et situé plus à gauche que le Bien public dont le ton est modéré malgré une équipe journalistique radicaleBernard Logre, Jozon-Menier, récit d'une campagne électorale: les élections législatives de 1876 dans l'arrondissement de Meaux, Éditions Amatteis, 1986. Cf. le témoignage d'Edmond Lepelletier, qui collabora aux deux rédactions comme Guyot ou Lacroix: Edmond Lepelletier, Émile Zola: Sa vie, son œuvre, 1908: Un extrait dans wikisource. Ce quotidien radical critique les républicains modérés comme Gambetta et attaque le gouvernement, . Les adversaires de Menier et de Guyot soulignent les lignes éditoriales différentes sinon contradictoires entre le Bien public et les Droits de l'homme pourtant rédigés par les mêmes hommes, .

Guyot fait partie en 1881, à sa fondation, du comité de l'Association des journalistes républicains . Il lui est arrivé auparavant de présider le banquet mensuel de la presse républicaine. Comme nombre de journalistes de l'époque, ses articles l'amènent à se battre en duel. Par exemple contre l'ancien préfet de police Louis Andrieux.

D', à , il est le directeur politique du quotidien Le Siècle. Il considère un journal . De à , il met en place une formule originale: l'éditorial et les articles de réflexion quittent la et sont placés en page, afin - . Mais la formule ne plaît pas aux lecteurs, .

Il collabore en parallèle, de à l'été 1895, au quotidien républicain modéré Le Matin, qui l'a embauché en raison de ses convictions antisocialistesLe Matin, 20 novembre 1893, , Le Matin, 31 janvier 1894, . De au tout début de l'année 1898, il collabore au Journal des débats; il y dirige la partie économiqueLe Journal, 2 janvier 1898, , Le Radical, 3 janvier 1898, . Le Figaro l'annonce en février 1896 comme le nouveau directeur de ce quotidien (). L'information est relayée par des journaux comme La Lanterne ou Le Matin. Le Siècle du 16 avril, en une seule ligne, note que Guyot demeure le directeur politique de ce journal. Le Radical annonce qu'une note communiquée à l'agence Havas déclare qu'Étienne Bandy de Nalèche reste directeur et que Guyot entrerait aux Débats comme simple collaborateur (Le Radical, 21 février 1896 ). Il continue de collaborer au Siècle après 1903. Il y tient une chronique économique hebdomadaireEn général le mardi, en page une ou deux. et signe presque chaque semaine des articles de fond, sur des questions essentiellement socio-économiques. Il cesse cette collaboration en Le Temps, 17 février 1909.

Quelques mois plus tard, en novembreLa Revue du mois, 1910, , il succède à Gustave de Molinari à la tête du Journal des économistes, lié à la Société d'économie politique. Il demeure le rédacteur en chef de ce périodique libéral jusqu'à son décès.

Il a été enfin le directeur à partir de 1911 de l'Agence économique et financière, qui deviendra plus tard L'Agefi. C'est alors une agence dotée d'un service télégraphique et téléphonique, spécialisée dans l'actualité économique. Elle fait paraître aussi un bulletin quotidien - c'est encore une autre tribune pour Guyot, qui y signe des éditoriaux - et des suppléments hebdomadaires. L'agence a été constituée en société anonyme au capital d'un million de francsL'agence a été fondée en 1911 par Henri et Georges Coulon: . Elle n'est mentionnée dans la presse de l'époque qu'à partir de 1912 : Le Temps, 10 septembre 1912, , Le Figaro, 13 septembre 1912, , Le Temps, 20 septembre 1918 ( publicité ), , , Nomenclature des journaux, revues, périodiques français, 1926-27, , .. À ce titre, il est cité par Boris Souvarine dans sa campagne dans L'Humanité fondée sur les archives de l'économiste libéral Arthur Raffalovitch - c'est un proche de Guyot; il collabore au Journal des économistes - au sujet de « l'abominable vénalité de la presse » et des emprunts russes d'avant-guerre: il a accepté en 1914 de publier dans son bulletin et dans un supplément des informations en provenance du ministère des finances russe, moyennant des abonnements souscrits par ce ministère. Le supplément russe de l'agence est de même subventionné par les Russes durant la Première Guerre mondiale.

L'homme politique : de l'extrême gauche radicale au centre-droit

Il est élu conseiller municipal de Paris, du quartier Saint-Avoye (), de 1874, ( il est soutenu par le comité républicain démocratique du arrondissement ) à 1878 - il annonce fin qu'il ne représente pas, espérant être élu député à Bordeaux. La loi interdit alors à un conseiller municipal de Paris d'être député.. Il parvient à se faire réélire conseiller municipal en , dans le quartier de Notre-Dame ( arrondissement), . Il préconise alors la laïcisation de l'enseignement primaire. Réélu en , il est en revanche battu en , , .

Après un premier échec à Bordeaux en - il était le candidat du parti radical, , et un second en à Paris contre le ministre Pierre Tirard,, il est élu député du de Paris en 1885 sur une liste patronnée par la presse radicale - La Lanterne notamment - et par Georges Clemenceau. Il siégea d'abord au sein de l'Extrême gauche en puis en dans le groupe parlementaire de la Gauche radicale..

Il est désigné en 1887 rapporteur général du budget et élu vice-président de la commission du budget l'année suivanteRadical, il n'a pas été élu président, battu par Maurice Rouvier: .. Il devient en 1889 ministre des Travaux publics dans le second gouvernement de Pierre Tirard . Son beau-frère Paul Sébillot est son directeur de cabinet. Tirard est son ancien rival mais le cabinet qu'il constitue, mis en place trois semaines après la victoire du général Boulanger à Paris, a pour but de combattre le boulangisme. Or Guyot est hostile au boulangisme et soutient le système parlementaire.. , écrivait-il en 1888Y. Guyot, Le boulangisme, 1888.. La majorité des radicaux refuse de collaborer avec le gouvernement Tirard, condamne la participation de Guyot à ce gouvernement. Le propre journal de Guyot, La Lanterne, le désavoue. .

Il est réélu en au scrutin uninominal contre un boulangiste modéré . Il est alors patronné par le comité républicain radical socialiste de l'arrondissement, même s'il fait désormais figure de radical modéré, .. Il conserve son portefeuille ministériel durant trois années, jusqu'en 1892, dans le quatrième gouvernement de Charles de Freycinet. Il a la charge des transports et d'aucuns moquent son goût pour les inaugurations de ponts ou de voies ferrées partout en France, qui donnent lieu à des banquets, des discours, des remises de médailles, , Un regard plus positif sur ces voyages en province : .. Albert Millaud du Figaro s'en fait une spécialité dans des saynètes amusantes, , , , , .