Lassassinat de John F. Kennedy, trente-cinquième président des États-Unis, a lieu le vendredi à Dallas (Texas) à CST, soit UTC. Le cortège présidentiel traverse à vitesse réduite le centre de la ville. Lorsque la voiture présidentielle, décapotée, passe sur Dealey Plaza, John F. Kennedy est mortellement blessé par des tirs d'armes à feu.
Une heure et demie après la fusillade, un homme, Lee Harvey Oswald, est arrêté dans un cinéma pour avoir tué un policier, J. D. Tippit. Identifié comme un des employés du dépôt de livres scolaires, bâtiment d'où on a tiré sur le cortège selon des témoins, et au cinquième étage duquel on a retrouvé un fusil à lunette lui appartenant, il est considéré par la police de Dallas comme le principal suspect de l'assassinat du président. Deux jours après seulement, lors de son transfert à la prison de Dallas, il est à son tour assassiné par Jack Ruby, propriétaire d'une boîte de nuit.
Afin de dissiper les doutes et interrogations concernant un complot d'assassinat, le nouveau président Lyndon B. Johnson nomme une commission d'enquête chargée de faire la lumière sur les faits. Les conclusions de la commission Warren, établissant la seule culpabilité d'Oswald dans l'assassinat, n'empêchent pas les contestations et critiques qui se focalisent sur la non prise en compte de témoignages et de pièces du dossier, ainsi que sur la théorie de la balle unique, selon laquelle une seule balle aurait causé trois blessures en traversant le corps de Kennedy et du gouverneur texan John Bowden Connally.
Les conclusions officielles sont également remises en cause lors de l'enquête du procureur Jim Garrison, ce qui aboutit à un procès retentissant mettant en accusation l'homme d'affaires Clay Shaw pour conspiration d'assassinat. En 1976, une seconde commission d’enquête, le House Select Committee on Assassinations, est chargée de réexaminer les pièces et éléments sur l'assassinat de John Kennedy. Tout en confirmant l'essentiel des conclusions du rapport Warren, elle conclut cependant à la présence d'un second tireur et par conséquent à la probabilité d'un complot.
L'assassinat du président Kennedy suscite un nombre important d'ouvrages soutenant soit les conclusions du rapport de la commission Warren, soit l'hypothèse de plusieurs tireurs, et est l'objet de plusieurs romans et films (dont le plus connu est JFK d'Oliver Stone, fondé en grande partie sur l'enquête de Jim Garrison).
Contexte
Élection et popularité
John Fitzgerald Kennedy, né en 1917, accède à la présidence des États-Unis en 1960, en réussissant tout d'abord à s'imposer face aux ténors du Parti démocrate, tels que les sénateurs Hubert Humphrey, Lyndon B. JohnsonLyndon B. Johnson devient par la suite son colistier puis son vice-président, et finalement son successeur. et Adlai Stevenson, puis en battant de justesse le candidat républicain, Richard Nixon.
Malgré cette victoire à l'arraché (à propos de laquelle un rapport du FBI de fait état du soutien financier accordé au candidat démocrate par des membres de la mafia de Chicago dont Joe Fischetti, un associé de Sam Giancana.), Kennedy devient rapidement un président très populaire quoique controversé.
Sa popularité est due à sa jeunesse, sa maîtrise des médias, son dynamisme (il crée notamment le concept de Nouvelle Frontière qui donne un objectif aux États-Unis : envoyer un Américain sur la Lune) et les espoirs de paix qu'il semble incarner dans les temps troublés de la guerre froide. Le couple qu'il forme avec son épouse Jackie, ainsi que son approche simple et directe, achèvent de faire de Kennedy l'incarnation des espoirs d'une génération qui veut sortir de la guerre froide.
Critiques sur sa politique intérieure et extérieure
Sa politique, aussi bien étrangère qu'intérieure, est perçue par les conservateurs comme « molle » à l'égard du communisme. Pourtant, entré en fonction en , Kennedy lance en un important programme d’armement et se déclare prêt à s'opposer à la progression du communisme.
Kennedy accepte l'exécution du plan d'invasion de Cuba préparé par la CIA mais l'opération, connue sous le nom de débarquement de la baie des Cochons, est un fiasco retentissant qui entraîne le limogeage d'Allen Dulles, directeur de la CIA. C'est lui, avec les exilés cubains, qui paie le prix fort de cet échec. La droite américaine rend Kennedy directement responsable de la situation, pour avoir refusé le soutien aérien de l'United States Air Force lors du débarquement.
Fin , la crise des missiles de Cuba est l'occasion de montrer qu'il peut résister fermement à l'Union soviétique.
Au Viêt Nam, considéré comme un point chaud de la lutte contre l'avancée du communisme, il permet le renversement de Ngô Đình Diệm, hostile à l'intervention directe des États-Unis, par une clique de généraux corrompus, alors que, d'autre part il semble envisager la possibilité d'évacuer les conseillers militaires de l'armée en 1964.
Sur le plan intérieur, le point le plus novateur de la politique de l'administration Kennedy est le processus de déségrégation raciale.
Lorsqu'en , Kennedy entame sa campagne en vue de sa réélection par un voyage au Texas, il est un président très populaire, mais sa politique est dénoncée par la droite réactionnaire et certains représentants le considèrent comme un traître. Il compte des ennemis d'un bord à l'autre de l'échiquier politique, de Castro aux Cubains anti-castristes et à la CIA, qui ne lui pardonnent pas l'épisode de la baie des Cochons, en passant par la mafia qui commence à souffrir des coups de boutoir du département de la Justice sous les ordres du procureur général, Robert Kennedy, sans oublier les nombreux groupes d'extrême droite comme la John Birch Society.
Dallas alt=Kennedy : Wanted for Treason|vignette|Affiche de propagande accusant Kennedy de trahisonTraduction:.
En 1963, Dallas est un bastion de la droite radicale américaine, qui hait profondément Kennedy pour sa mollesse apparente contre les communistes intérieurs et extérieurs ainsi que pour sa position sur les droits civiques.. Les magnats locaux sont opposés à ses positions sur la redistribution et l'intervention étatique dans l'économie..
Le , Adlai Stevenson, ambassadeur auprès des Nations unies, est pris à partie par des extrémistes, recevant des crachats et même un coup de pancarte d'une manifestante. Des chants haineux sont également récités.... Cet incident l'incite à conseiller à Kennedy d'annuler son voyage.. D'autres observateurs, également au fait du climat régnant à Dallas, envoient le même avertissement, tels que Billy Graham, Ralph Yarborough et William Fulbright. Cependant, le président ne veut pas passer pour un lâche..
Le jour même de la visite de Kennedy, des affiches l'accusant de trahison sont collées dans Dallas. et le Dallas Morning News publie un article, bordé de noir, critiquant violemment la politique de Kennedy..
Faits Voyage à Dallas Le président Kennedy choisit de visiter Dallas le dans le cadre d’une tournée électorale de deux jours au Texas, État du Sud qui lui résiste. Le motif de cette tournée est la levée des fonds pour la campagne présidentielle démocrate et la préparation de sa réélection lors du scrutin de 1964. Le à , le président accompagné de son épouse, la Première dame Jacqueline (en dépit de son état dépressif consécutif de la mort de son fils Patrick le ., John Fitzgerald ayant réclamé la présence de son épouse dont la popularité doit l'aider à rallier cet État important) quittent la Maison-Blanche à bord de l'hélicoptère Marine One pour se rendre à la base aérienne Andrews Air Force Base d'où ils embarquent dans l'avion présidentiel Air Force One qui les emmène à San Antonio. vignette|Le président John Kennedy prenant un bain de foule le matin du à Fort Worth. Le président défile dans la ville puis se rend dans le comté de Brooks pour y inaugurer une base américaine de médecine aéronautique. Enfin, il prononce un discours au Rice Stadium de Houston, le couple passant la nuit à l'Hotel Texas. Dès sa sortie de cet hôtel de Fort Worth le matin du , Kennedy prend un bain de foule puis embarque dans Air Force One à destination de Dallas. À sur l'aérodrome Dallas Love Field, le couple Kennedy apparaît en haut de la passerelle..vignette|Arrivée à l'aéroport de Dallas du couple présidentiel. Jackie, en recevant de l'épouse du maire de Dallas un bouquet de roses rouges assorti à son tailleur, verra rétrospectivement dans cette gerbe rouge un signe prémonitoire, car elle avait été accueillie les trois fois précédentes au Texas par des roses jaunes symboles de cet État.. Le cortège présidentiel de Dallas, parti à de l'aérodrome, doit traverser la ville et amener le président au pour un déjeuner. La voiture est une Lincoln Continental décapotable de 1961.. Dans la voiture du président, outre lui et son épouse Jacqueline Bouvier Kennedy, Première dame des États-Unis, dans son tailleur rose poudré, ont pris place le gouverneur du Texas, John Bowden Connally et son épouse Nellie, ainsi que deux agents du Secret Service (département chargé de la sécurité présidentielle), Roy Kellerman et Bill Greer (conducteur)André Kaspi, « Kennedy assassiné », émission Au cœur de l'histoire sur Europe 1, 11 mars 2013.. Le vice-président Lyndon B. Johnson et son épouse Lady Bird Johnson, sont également présents dans le cortège, dans une voiture située derrière celle du président et du gouverneur.
Dallas est considérée comme une destination relativement risquée car peu acquise aux idées de KennedyVoir notamment le rapport de la Commission Warren. : elle est l'une des plus grandes villes du Texas, un État où la ségrégation raciale était appréciée jusqu'à ce que Kennedy y mette fin en 1962 ; le Texas faisait partie des États confédérés ayant combattu lors de la guerre de Sécession pour le maintien de l'esclavage ; c'est pourquoi le voyage du président Kennedy est important et symbolique.
Il s'agit de montrer après les émeutes qu'il reste le président aussi bien du Nord que du Sud ; Kennedy sait le voyage risqué, et se demande plusieurs fois s'il faut vraiment le faire. Son épouse Jackie l'en persuade : le Texas est certes un État sudiste hostile aux Kennedy, mais passe pour moins réactionnaire que les États du Sud situés à l'est du Mississippi (l'Alabama, par exemple), et l'un de ses deux sénateurs n'est autre que le vice-président démocrate Lyndon B. Johnson. Ainsi, Kennedy, malgré quelques doutes, peut être rassuré. Caractéristique de cette atmosphère chargée, un journal local publie, le jour du déplacement de Kennedy, un encart critiquant le président avec une grande violenceÉdité par l'American Fact-Finding Committee, une émanation de l'association raciste John Birch Society. L'encart est reproduit ici., et Adlai Stevenson, ambassadeur des États-Unis aux Nations unies a été agressé lors d’une manifestation au début du mois.
C'est pourtant une ville amicale que le cortège présidentiel traverse, acclamé par une foule enthousiaste, avec très peu de manifestations hostiles. Le président Kennedy, alors en campagne, avait réclamé que sa voiture circule lentement ( au moment de l'assassinat) et soit décapotée (toit en plexiglas transparent amovible de la Lincoln), faisant même arrêter le convoi à deux reprises pour serrer des mains.
Assassinat vignette|Dealey Plaza. Itinéraire du cortège. Vers la fin du trajet, le cortège et la voiture du président Kennedy quittent Main Street et tournent à droite sur Houston Street. Après quelques dizaines de mètres, le véhicule présidentiel négocie un virage serré à gauche sur Elm Street, contournant ainsi Dealey Plaza. À ce moment, Nellie Connally, soulagée comme tous les occupants par l'accueil fait au cortège, fait remarquer au président qu’il ne pourra pas dire que Dallas ne l’aime pasTémoignage de Connally devant la Commission Warren..