La commanderie d’Arville est une ancienne commanderie hospitalière de l'ordre de Saint-Jean de Jérusalem d'origine templière située au sud du Perche.
Description géographique La commanderie est située sur la commune de Couëtron-au-Perche (Arville) dans le département de Loir-et-Cher et la communauté de communes des Collines du Perche. Elle est située à 37 km de Vendôme, 11 km de Mondoubleau, 32 km de Châteaudun, 38 km de Nogent-le-Rotrou et 32 km de La Ferté-Bernard.
Historique
Une fondation ancienne mais imprécise La maison templière d’Arville a été fondée au sur des terres données par un seigneur à l’identité incertaine.
Le site, établi sur la pente d’une colline bordée par le ruisseau du Couëtron, est alors probablement recouvert d’une forêt. Les Templiers vont défricher la zone pour créer des zones de culture et de pâturage.
La présence des Templiers à Arville est confirmée à partir de 1169. Un défrichement de la forêt comprise entre les communes actuelles du Gault-du-Perche, de La Fontenelle et Arville est rédigé cette année-là : les chanoines de Notre-Dame de Chartres et Rahier de Montigny (seigneur local), à l’origine du projet, proposent de partager les revenus de la valorisation des terres avec les «Templarios de Arevilla»Cartulaire de Notre Dame de Chartres, t. II, n°82 cité par Pierre Marie Folliot, « Les templiers dans la baillie de Chartres – La juridiction de Sours et d’Arville » in Bulletin de la Société Archéologique d’Eure-et-Loir, n°96, p.83, avril 1983 – original consultable en ligne sur le site de l’ELEC cartulaires - consulté le 22/03/21.
Cette maison templière (domus ou praeceptoria) fait partie d’une commanderie au sens large, à savoir une circonscription administrative comportant une maison-mère et des maisons secondaires, elle-même incluse dans une circonscription plus grande, la Baillie de Chartres. Cette commanderie comprend a minima les maisons d’Arville, du Temple-près-Mondoubleau, mentionnée dès 1134Charte de confirmation du don de l’église Saint Pierre de Cormenon aux moines de Vendôme par le vicomte de Châteaudun, seigneur de Mondoubleau, le : l’acte est passé in domo militum de templo - C Métais, « Cartulaire de l’Abbaye Cardinale de la Trinité de Vendôme », t. II, ch.471, p. 262-264 (possiblement maison-mèreP-M. Folliot, 1983, p. 15), de MellerayConfirmation dans la possession de la maison de Mellerets pour les templiers d'Arville, 1199 – Bibliothèque Nationale de France Mss de Duchesne 20 et des MatherasP-M. Folliot, 1983, p.32Barthélémy de Vendôme fait don des terres des Materat vers 1195, Archives Nationales S 5001 B, n°26 (La Chapelle-Vicomtesse), ces deux dernières maisons étant manifestement moins conséquentes en termes de superficie.
L’église ainsi que la base du porche d’entrée actuel ont pu être construits dès le : si l’on s’en tient à la composition d’une maison templière de type couvent ruralA. Demurger, 2015, p. 163-164, un logis et des bâtiments agricoles devaient compléter l’ensemble, le tout enclos d’un mur.
Une véritable seigneurie Le domaine d’Arville s’est constitué par le biais de dons mais aussi d’achats, de ventes ou d’échanges pratiqués tout au long de l’histoire du site.
Les premiers dons reçus ont permis aux Templiers d’acquérir des droits importants, faisant de la maison templière d’Arville une seigneurie à part entière.
Les documents existants renseignent sur les droits des Hospitaliers de l'ordre de Saint-Jean de Jérusalem aux , et doivent, en théorie, être similaires à leurs prédécesseurs.
Ils possèdent ainsi les haute, moyenne et basse justice, leur permettant de juger tous les types de délits et de crimes. Ils peuvent lever des impôts en nature comme la dîme, le champart et le terrage sur leurs sujets. Ces derniers doivent également payer le cens et les rentes ainsi que les lods et ventes. Ils possèdent enfin des droits de pêche sur la rivière du CouëtronCe droit de pêche est toujours mentionné en 1784 - Bail de la commanderie d’Arville par le religieux Seigneur Frère Charles François Cacheleu de Baromesnil, chevalier de l'ordre de Saint Jean de Jérusalem et commandeur de Sours et Arville à Jean Lescene - 18 mai 1784 - ADLC 3 E 69 et un droit de péage sur la route faisant face à la maisonArrêt du Roi supprimant le droit de péage sur la route principale de la Commanderie, 15 juillet 1749 - Archives Départementales du Loir et Cher F 637.
Plusieurs moulins sont mentionnés aux dont notamment le moulin banal de la maisonPapier terrier de la terre et seigneurie d'Arville, fait à la requête du chevalier Jean d'Annoy, commandeur de la commanderie de Sours et Arville, 1511 - AN S 5432 et Papier terrier de la terre, seigneurie et commanderie d’Arville, annexe de celle de Sours, fait à la diligence du chevalier François du Moncel de Martinvast, commandeur, 1694-1695, p. 26 - AN S 5435 : un frère meunier (molendinarius) est cité comme témoin dans un acte à Arville en 1209Don de l'hospice Osanne par la collégiale de Saint Aignan d'Orléans à la commanderie d'Arville, juillet 1209 - AN S 5000 . Il faut attendre une mention au pour voir apparaitre un four banal à ArvilleTerrier de 1511 - AN S 5432, contrairement à la maison du Temple-près-Mondoubleau qui en possède un au début du Nouveaux droits acquis par la commanderie sur les seigneurs de Mondoubleau, juin 1205 - AN S 5001B, n°5..
Un domaine exploité avec soin Les terres défrichées accueillent des cultures céréalières : du méteil (mélange de seigle et de blé) et de l’avoine sont signalés en 1495. Le pâturage est attesté par la présence d’un cheptel de vingt vaches et de dix porcs à Arville en 1176Hugues IV, vicomte de Châteaudun, donne aux Templiers du Temple-Près-Mondoubleau et d’Arville le droit de passage de leurs 20 vaches et 10 porcs sur son parc de Mondoubleau, 1176 – AN S 5001 A2, pièce n°7.
L’exploitation de ce domaine assure l’autosuffisance de la maison et donne des excédents reversés au Trésor du Temple à Paris : ces fonds servent ensuite à financer l’action des Templiers en Terre sainte. On garde la trace de quelques dépôts de ces excédents par le « preceptor de arrideville » en , février et pour un total de et , somme assez conséquente témoignant de la prospérité de la commanderie à la fin du L. Delisle, 1889, p. 176-198–209..
L'organisation humaine de la maison d'Arville Les Templiers d’Arville sont, comme dans l’ensemble des maisons templières, différenciés par leurs fonctions au sein de l’établissement : un frère commandeur (praeceptor ou magister) pour diriger le site, un frère chapelain (capellanus) officiant comme prêtre à la chapelle de la maison ainsi que comme curé de la paroisse d’ArvilleJ. Michelet, 1841, p.84, un frère clerc (clericus) assistant le frère chapelain et des frères servants ou de métier. Ces derniers occupent des fonctions diverses qui attestent bien de la fonction agricole du site comme des vignerons (vineator) en 1176Don de la maison templière de Saint-Calais à Marguerite de Saint Calais et son époux, le vicomte Hugues IV, 1176 – AN S 5001 A2, pièce n°7, un charretier (quadrigarius), un cuisinier (coquus), un garde (excubia) ou encore un meunier (molendinarius) en 12091209, don de l'hospice Osanne - AN S 5000 A, n°10. La présence de frères chevaliers n'est pas mentionnée dans les documents existants cette quasi-absence de chevaliers est observée régulièrement dans les commanderies d’Occident, ces derniers étant plus présents en terres de combat comme en Orient ou en Espagne et au PortugalAlain Demurger, 2015, p.123.
Un total de sept Templiers est recensé à Arville en 1209 : cet effectif a toutefois très bien pu varier au fil des années, ce qui ne permet pas d'en tirer des conclusions définitives sur la période d'occupation du site. Des laïcs (famuli) pouvaient être présents sur le site, comme ce fut le cas dans d’autres maisons templières : le procès-verbal de saisie en 1307 de la maison de Baugy, dans le diocèse de Bayeux, dévoile la présence de vingt-sept hommes et femmes laïcs employés aux tâches agricolesAnthony Luttrel et Léon Pressouyre (dir.), 2002, p. 96. Ces « hommes » des Templiers d'Arville sont l’objet de contentieux avec la noblesse locale. Il faut ajouter également les laïcs qui se « donnent » à l’Ordre : Random de Cornouailles et son épouse Culvende lèguent ainsi leurs biens et leurs personnes en 1270 aux Templiers suivant les us et coutumes d’ArvilleAN S 5003 B2, n°2. Ces donats ou donnés appartiennent à une catégorie bien spécifique d’hommes et de femmes, servant les Templiers sans toutefois pouvoir bénéficier de l’habit et des fonctions religieusesÉ. Magnou, 1961. pp. 377-397.
Une histoire faite de dons et de conflits récurrents Les dons faits aux Templiers d’Arville sont nombreux et témoignent d’une certaine popularité aux sur le territoire. Ainsi, le comte de Blois, Thibault V, donne aux Templiers d’Arville en 1185 les gages des duels de ses hommesBNF Mss de Duchesne, 20, folio 230. En 1199, Regnaud, seigneur d’Alluyes, donne des charretées de bois dans la forêt de Montmirail et confirme le don de la maison de Melleray. Dernier exemple, le chanoine Albert d’Ormoy donne ses droits sur l’hospice Osanne de Chatonville en 1209AN S 5000 A, n°10.
Mais les Templiers entretiennent également des relations parfois tendues avec la noblesse locale. Geoffroy V, vicomte de Châteaudun va parfaitement cristalliser ces tensions.
Ce dernier autorise en 1205 et après plusieurs années de conflit la possession d’un four banal à la maison du Temple-près-Mondoubleau, permettant également la sortie de leurs hommes hors des limites de la seigneurie de Mondoubleaujuin 1205 : Nouveaux droits acquis par la commanderie sur les seigneurs de Mondoubleau, AN S 5001 B, n°5.
En 1212, le même Geoffroy V accorde, après de nombreuses plaintes, quarante cinq arpents du bois de Bouchet aux Templiers de la maison des Matheras, se réservant toutefois le gibier y vivant pour la chassemars 1212 : Transaction entre le vicomte de Châteaudun et les templiers au sujet du bois du Bouchet – AN S 5001 B, n°37.
Le , ce dernier se fait excommunier par l’abbé de Sainte Geneviève30 mai 1216 : Excommunication de Geoffroy V – AN S 5000 A, n°34. Il lui est reproché d’avoir peu de temps auparavant maltraité des hommes des Templiers, de leur avoir confisqué du matériel et d’avoir fait arrêter et emprisonner d’autres de ces hommes dans les geôles du château de Mondoubleau. Sommé de réparer ses méfaits par les commissaires spéciaux du Pape en 1217mars 1217 : Sentence des commissaires spéciaux du pape qui condamne Geoffroy V pour les torts causés aux Templiers - AN M 14, n°36, Geoffroy V consent à dédommager les Templiers après d’âpres négociations en 1218, levant par là-même son excommunicationnovembre 1218 : Transaction entre Geoffroy V et les Templiers – AN S 5000 A, n°33.
La dévolution des biens aux Hospitaliers L’arrestation des Templiers le par le roi Philippe le Bel entame une longue procédure qui aboutit à la dissolution de l’Ordre en 1312 : l’ensemble des possessions sont dévolues à l’ordre des Hospitaliers de l'ordre de Saint-Jean de Jérusalem par le pape Clément V.
La commanderie existante va alors être réorganisée et renommée en commanderie du Pays ChartainA-M. Legras, R. Favreau, , p. 318–320 puis, probablement à partir du , de Sours et d’Arville : la maison-mère ou Chef est établie à Sours, près de Chartres, tandis qu’Arville devient un simple membre, une maison secondaire. Sont également attachés à cette nouvelle commanderie les domaines suivants : les maisons du Temple-près-Mondoubleau, de la Boissière (proche de Châteaudun) et l’hôpital d’AblainvilleE. Mannier, 1998, p. 136. Les maisons de Melleray et des Matheras sont rattachées à Arville pour devenir de simples possessions.