La National Association for the Advancement of Colored People (en français : Association nationale pour la promotion des gens de couleur), en général désignée par son sigle NAACP, est une organisation américaine de défense des droits civiques. Elle a été fondée en 1909 à la suite du Niagara Movement, qui avait été créé en 1905 par W. E. B. Du Bois. En 1910, la NAACP lance un mensuel, le magazine The Crisis, son principal organe de presse.
Dans son domaine, elle est l'une des organisations les plus anciennes et les plus influentes aux États-Unis.
Sa mission est « d'assurer l'égalité des droits politiques, éducatifs, sociaux et économiques de tous les citoyens et éliminer la haine raciale et la discrimination raciale ». Son nom, conservé par tradition, constitue l'un des derniers exemples d'utilisation de l'expression « gens de couleur ».
La NAACP décerne chaque année les « Image Awards for achievement in the arts and entertainment » (Prix de l'Image pour une réussite exemplaire dans le domaine des arts et du divertissement), ainsi que la Médaille Spingarn qui récompense un Afro-Américain pour ses contributions remarquables.
Histoire
Difficultés historiographiques pour aborder la NAACP gauche|vignette|Portrait photographique de Walter White. gauche|vignette|Portrait de Roy Wilkins photographié alors qu'il est reçu à la Maison-Blanche. La NAACP est l'organisation la plus importante et la plus ancienne pour la défense des droits civiques. Elle est fondée en 1909 par un groupe de réformateurs sociaux blancs et d'intellectuels afro-américains. Après la Seconde Guerre mondiale la NAACP comprend environ qui sont à jour de leur cotisation. Pour de nombreux Afro-Américains, le sigle NAACP est le symbole du refus d'être considérés comme des « citoyens de seconde classe ». En revanche pour de nombreux suprémacistes blancs, présents principalement dans les États du sud des États-Unis la NAACP est un groupe d'extrémistes, d'agents de l'étranger ayant pour but de subvertir la ségrégation raciale, garantie des relations « harmonieuses » entre les ethnies. Même si la NAACP fait figure d'arrière-garde depuis l'adoption de différentes lois fédérales comme celle des années 1960 prohibant toutes les lois et réglementations ségrégatives sur l'ensemble des États-Unis, il demeure que la NAACP reste l'organisation afro-américaine la plus importante. Pour l'historien spécialisé dans l'histoire de la NAACP, il est difficile d'estimer son rôle quant à la conquête de la liberté et de l'égalité des droits civiques en faveur des Afro-Américains, il demeure que la NAACP est le parent pauvre de l'historiographie des droits civiques. Avis partagé par l’historien qui fait remarquer, non sans étonnement, qu'il n'y a pas un seul historien qui a écrit un livre consacré à la NAACP, contrairement à d'autres mouvements destinés à la promotion des Afro-Américains comme le Student Nonviolent Coordinating Committee (SNCC), le Congress of Racial Equality (CORE), la National Urban League (NUL) ou la Southern Christian Leadership Conference (SCLC). Il faut attendre 1990 pour que soient publiés des livres importants sur l'histoire de la NAACP. Un autre exemple est le foisonnement de livres consacrés à Martin Luther King, certes son rôle est prééminent, mais pourquoi omettre le rôle des leaders de la NAACP comme Walter White ou Roy Wilkins, ils ne bénéficient pas de notices qui leur seraient consacrés au sein du Black Leaders of the Twentieth Century publié sous la direction de John Hope Franklin et August Meier (historien). L'une des causes de cette négligence est probablement l'image d'une association légaliste et bureaucratique, attachée à un libéralisme démocratique, se détournant des véritables aspirations de la majorité des Afro-Américains. Dans l'Encyclopedia Of American Political History la NAACP est rarement citée. L'universitaire reproche à la NAACP d'avoir rejoint les rangs de l'anticommunisme et dans la foulée d'avoir abandonné une politique de réforme sociale fondée sur les droits de l'homme pour prendre des positions proches de la droite républicaine, cela durant les années de la guerre froide. Or comme la suite le démontre la NAACP a joué un rôle décisif quant à l'obtention des lois en faveur de l’égalité des droits civiques, notamment en pratiquant le lobbying auprès des élus du Congrès, dès 1942, elle crée une agence permanente à Washington (district de Columbia) dirigée par , ce dernier a obtenu la déségrégation au sein des forces armées américaines, il a largement contribué à la rédaction et la promulgation du Civil Rights Act de 1957, puis du Civil Rights Act de 1964, du Voting Rights Act de 1965 et enfin du Civil Rights Act de 1968 mettant fin à la ségrégation sur l'ensemble des États-Unis.
Le Niagara Movement
Prémices gauche|vignette|Portrait photographique de William Monroe Trotter vignette|Portrait photographique de W.E.B. Du Bois par James E. Purdy. En 1904, une réunion se tient au Carnegie Hall de New-York, où sont présents les tenants de la politique de compromis de Booker T. Washington et les tenants qui s'y opposent, groupe principalement animé par dirigé par W. E. B. Du Bois, William Monroe Trotter, et . Le but de cette réunion est d'établir un terrain d'entente. Les négociations ayant échoué W. E. B. Du Bois, et William Monroe Trotter se réunissent en pour élaborer une stratégie visant à contrer la politique de Booker T. Washington. Ils obtiennent le ralliement de et de C.E. Bentley. Ensemble ils programment un meeting qui se tiendra dans l'ouest de l'État de New York.Y sont conviés plus d'une cinquantaine d'hommes d'affaires et de professionnels afro-américains connus pour leurs opinions anti-Booker T. Washington. C'est en cherchant un lieu adapté à cette réunion et préservé des espions de Booker T. Washington que W. E. B. Du Bois choisit un hôtel, le Erie Beach Hotel situé sur le versant canadien des chutes du Niagara.
Réunion fondatrice gauche|vignette|Portrait photographique de John Hope (professeur). Du au , près d'une quarantaine d'intellectuels et hommes d'affaires afro-américains fondent le Niagara Movement. Ce mouvement se donne pour mission de traiter le problème de l'égalité des droits civiques mise à mal principalement par les États du sud des États-Unis avec la promulgation des lois dites Jim Crow et notamment, issue de ces lois, la pratique des literacy tests, mis en place pour empêcher les citoyens appartenant aux minorités afro-américaines, hispaniques et latino-américaines et amérindiennes de s'inscrire sur les listes électorales.
W. E. B. Du Bois est élu secrétaire général du Niagara Movement. La réunion se clôture avec l’adoption d'une déclaration de dix-neuf principes fondateurs de l'action du mouvement, principes visant principalement à repérer et lutter contre les préjugés racistes et l'état de pauvreté des Noirs, et en faveur du droit de vote, de la liberté d'expression, de l'abolition des classes sociales fondées sur l'appartenance ethnique et la couleur de peau, de l'abolition des lois Jim Crow dans les transports publics, de la reconnaissance de la dignité des travaux dits « manuels » et du droit d'envoyer les enfants suivre une scolarité digne de ce nom. Le point le plus important est la préconisation de recours au système législatif en vigueur pour faire avancer l'égalité des droits civiques.
À partir du mois de , W. E. B. Du Bois crée le Moon Illustrated Weekly, hebdomadaire qui diffuse les buts et missions du Niagara Movement , afin de gagner du terrain auprès de l'opinion américaine.
Le « Niagara Movement for Civil Rights » dépose ses statuts en sans rencontrer d'opposition de la part du gouvernement fédéral de Washington.
Seconde réunion (1906) Une seconde réunion du Niagara Movement se tient du au au de la bourgade de Harpers Ferry dans l'État de Virginie-Occidentale, village connu pour le raid de John Brown commis en 1859. La nouveauté de cette réunion est l'adhésion des femmes au mouvement malgré les réserves de William Monroe Trotter. De nombreuses personnalités y prononcent des discours, telles que le procureur de la Virginie Occidentale , le directeur de publication de , le pasteur , ou Mary Clifford, fille de . R. Clifford, qui donne une conférence sur l'acception des femmes au sein du mouvement. La réunion se clôt après un pèlerinage nocturne au Fort de John Brown.
Troisième réunion (1907) vignette|Portrait photographique de Clement G. Morgan. En 1907, une troisième réunion se tient à Boston dans l'État du Massachusetts. Lors de cette réunion, des oppositions émergent, notamment entre des membres fondateurs comme William Monroe Trotter et qui critiquent la mainmise de W. E. B. Du Bois sur le mouvement.
Quatrième réunion (1908) En 1908, une quatrième réunion du Niagara Movement se tient dans la ville d'Oberlin, dans l'État de l'Ohio. Lors de cette réunion, certes de nouveaux venus viennent rejoindre le mouvement mais Mary White Ovington et Fredrick McGhee manquent à l'appel et William Monroe Trotter quitte le mouvement en pour fonder la National Negro American Political League, qui est rejointe par de nombreux adhérents du Niagara Movement. Malgré ses efforts, W. E. B. Du Bois ne peut mettre fin à l'hémorragie.
Émeutes raciales de Springfield (1908) gauche|vignette|Portrait photographique de William English Walling. Les émeutes raciales de Springfield, dans l'État de l'Illinois, qui se déroulent du 14 au , et lors desquelles deux Afro-Américains sont lynchés et cinquante autres blessés, soulignent la nécessité de disposer rapidement d'une organisation qui rassemble l'ensemble des voix américaines souhaitant mettre fin à ce genre d'horreur. D'autant que ces émeutes viennent après d'autres, comme celles de l'insurrection de Wilmington de 1898, l', les lynchages de la ville de Pierce City dans l'État du Missouri en 1901, les émeutes d'Atlanta de 1906 dans l'État de la Géorgie pour ne citer que les plus meurtrières. Le journaliste qui s'est rendu à Springfield pour y mener une enquête approfondie appelle ses lecteurs du à se mobiliser pour dénoncer l'horreur des lynchages et assassinats qui sont autant de mépris envers la mémoire d'Abraham Lincoln et de sa sépulture. Son appel est entendu par Mary White Ovington.
Naissance de la NAACP Après des échanges de courriers entre Mary White Ovington et William English Walling, ils conviennent d'une réunion dans la résidence new-yorkaise de William English Walling qui se tiendra le , date qui coïncide avec le centième anniversaire de la naissance du président Abraham Lincoln. Entre-temps, ils sont rejoints par . Le groupe décide la tenue d'une conférence sur la question de la « race » afin de créer une association comprenant des membres aussi bien noirs que blancs. Les premiers à répondre présents à ce projet sont , l'évêque de l'Église épiscopale méthodiste africaine de Sion, William Henry Brooks de l'Église épiscopale méthodiste africaine , W. E. B. Du Bois, Oswald Garrison Villard. Ils lancent une proclamation The Call qui est un brûlot contre les discriminations raciales, la privation hors la loi du droit de vote, pamphlet adressé aussi bien envers les racistes des États du sud qu'envers l'indifférence des habitants des États du nord. The Call est signé par une soixantaine de réformateurs sociaux comme Jane Addams, John Dewey, Florence Kelley, Lilian Wald, Lincoln Steffens et parmi les signataires il y a les tenants de l'abolition des pratiques du lynchage comme Ida B. Wells, Francis James Grimké et Mary Church Terrell, la fondatrice de la National Association of Colored Women's Clubs.
En même temps, le organise une réunion à New York du au , la plupart des trois cents participants sont des philanthropes et des réformateurs sociaux blancs, mais W. E. B. Du Bois, Ida B. Wells, Mary Church Terrell et William Monroe Trotter, le rédacteur en chef du , prennent la tête des Afro-Américains présents.