thumb|L'inhumation précipitée d'Antoine Wiertz (1854).

L'enterrement vivant est une action consistant à mettre en terre une personne encore vivante. Indépendamment des ensevelissements accidentels provoqués par des catastrophes ou des cataclysmes, des personnes peuvent être involontairement mises en bière et inhumées vivantes à la suite d'une erreur de diagnostic de leur décès. On regroupe dans cette catégorie les personnes qui ont été enfermées vivantes dans un cercueil ou déposées dans une morgue et dont le réveil a été constaté avant leur enterrement.

Il peut également s'agir d'un supplice mortel. La méthode peut également être employée au cours de massacres commis pendant des conflits ou individuellement par des meurtriers.

L'enfouissement peut aussi être volontaire, la mort n'étant pas le but recherché. C'est le cas lorsque des illusionnistes, yogis ou fakirs cherchent à réaliser des performances physiques, ou que l'on tente de faire croire à un décès.

Inhumation prématurée Histoire Dès l'Antiquité, des cas sont relatés par Asclépiade de Bithynie au , qui aurait découvert l'erreur au passage d'un convoi mortuaire. et par Plutarque de Chéronée concernant une personne qui revint à la vie au bout de trois jours, au moment où on la portait en terre.. Pline l'ancien écrivait vers l'an 77 : La peur d'être enterré vif s'est largement répandue à partir de la Renaissance. Dans sa comédie en cinq actes L'Étourdi ou les Contretemps créée en 1653, Molière, qui fait dire à Anselme : ., démontre que le problème était connu et source de préoccupations déjà à cette époque. Dans un ouvrage rédigé en 1751, Dom Augustin Calmet affirme : .. À l'appui de ses dires, il cite plusieurs exemples de personnes revenues à la vie alors qu'elles étaient considérées mortes et traitées comme telles. Parmi eux François de Civille, qui fut, selon ses propres écrits, au cours de sa vie . Durant la peste de 1558 à Dijon, Nicole Lentillet fut jetée dans une fosse commune dans laquelle elle survécut durant quatre jours avant d'en être tirée. Calmet cite également un garçon perruquier mort d'apoplexie en 1688 dont on entendit les plaintes trois jours après sa mort. Quand il fut enfin déterré, les médecins déclarèrent qu'il n'était mort que depuis deux heures seulement. Plus proche de nous, en janvier 1819 en Allemagne, le baron Hornstein aurait été enfermé vivant dans le caveau familial et retrouvé mort ensanglanté par des ouvriers au bout de deux jours.. Certains récits relèvent de la légende ou de la calomnie, tels ceux concernant l'empereur byzantin Zénon mort en 491Selon la légende, l'empereur Zénon victime d'une crise d'épilepsie aurait été enterré vif sur l'ordre de sa femme Ariane, prétendument éprise d'Anastase qu'elle choisit pour succéder à son mari défunt et qu'elle épousa dès son couronnement. Ariane aurait poussé l'horreur jusqu'à interdire qu'on ouvre le tombeau dans lequel Zénon . Quand on procéda enfin à son ouverture, on aurait découvert que le faux mort avait dévoré ses propres bras et jusqu'à ses brodequins. Ce récit, qui n'est pas rapporté dans les chroniques anciennes, apparait seulement au sous la plume de Georges Cédrène dit « Cedrenus » et est repris au par Jean Zonaras.., ou Jean Duns Scot mort en 1308 ., dont on a faussement prétendu qu'en ouvrant leurs tombeaux on avait constaté qu'ils s'étaient dévoré les bras.

Selon une étude publiée en 2013, le temps de survie dans un cercueil fermé est d'environ . Au-delà de ce délai, le manque d'oxygène provoque la mort.. Toutefois le calcul est basé sur le rythme normal de la respiration humaine, alors que le souffle d'une personne en situation de catalepsie est imperceptible.

Cette terreur, appelée taphophobie, débute au milieu du . et explose au , portée par la conjugaison de récits d'épouvante rédigés par des écrivains adeptes du romantisme noir tel Edgar Allan Poe, et par la relation de cas réels rapportés complaisamment dans les journaux.. De nombreux médecins d'alors ne peuvent qu'admettre leurs difficultés à diagnostiquer avec certitude un décès, notamment pour les états de mort apparente (tels que catalepsie, léthargie, coma, entre autres) et publient de nombreuses études sur la question. D'autant qu'on considérait à l'époque que les épidémies se propageaient par les miasmes diffusés dans l'air et qu'on s'empressait en conséquence d'enterrer les cadavres, ou présumés tels, le plus rapidement possible. Un article paru aux États-Unis en 1834 estime, qu'au cours de la terrible épidémie de fièvre jaune qui fit près de à Philadelphie en 1793., de nombreux malades ont été extraits de leur maison et enterrés alors qu'ils n'étaient pas encore réellement décédés.. Dans le Dictionnaire des sciences médicales en publié en 1818, on peut lire la description suivante :

France En France, la question a été posée par les autorités. Lors de sa séance du , l'Académie de médecine dénonce des inhumations prématurées, avant le délai légal, lors d'épidémies de choléra, comme ..

Elle fut abordée au Sénat dans sa séance du . Il y fut examiné une pétition qui signalait le danger des inhumations précipitées, faisant suite à plusieurs pétitions sur le même thème. Le rapporteur de la commission estimait que les dispositions prévues par le Code Napoléon (à savoir qu'une inhumation ne peut avoir lieu que après qu'un officier d'état civil, accompagné de deux témoins, a constaté le décès sur place, l'intervention d'un médecin n'étant requise qu'en cas de mort violente.) suffisent à éviter les incidents, mais le cardinal Donnet est intervenu pour déclarer notamment : Le cardinal avait justement vécu cette situation en 1826 : déclaré mort à la suite d'un malaise en prêche, il entendit son entourage préparer ses obsèques pour le lendemain et ne se réveilla qu'au son de la voix d'un ami d'enfance..

Hantées par ce risque, de nombreuses personnes demandent à ce qu'on s'assure de façon certaine de leur décès : Peu de temps avant son décès en 1799, George Washington a demandé à son secrétaire Tobias Lear de veiller à ce qu'il ne soit pas enterré avant au minimum trois jours après son décès, pour qu'il soit certain qu'il ne sera pas enterré vif.. Le 16 octobre 1849, la veille de sa mort, Frédéric Chopin, qui a perdu sa voix, écrit sur un papier : . , écrit le docteur Séverin Icard dans son testament en 1903Testaments d’originaux », in Chronique médicale, Paris, 1903, . , exige le compositeur Jules Massenet dans un codicille à son testament le .. Dans son testament, le philanthrope Auguste Blanpain de Renusson a demandé que son corps soit conservé pendant un mois dans une chapelle éclairée par une veilleuse et dont la clef resterait à l'intérieur. Cette dernière volonté n'ayant été découverte qu'après son inhumation, alors qu'un legs très important devait profiter à la commune de Bar-le-Duc, il fallut retirer le cercueil du caveau où il avait été déposé six jours plus tôtLe Radical, 27 février 1911, ..

Mort apparente et mort réelle

Celse, médecin romain de l'Antiquité, rédige aux alentours de l'an 100 De Arte medica, ouvrage dans lequel il mentionne le problème posé par le diagnostic du décès et cite un cas d'enterrement prématuré auquel la victime échappe de justesse..

Jusqu'au début du , le constat du décès d'un individu est fait en cherchant manuellement son pouls et en plaçant un miroir devant sa bouche pour détecter une trace de buée. Nombre de présumés morts n'étaient en fait qu'en léthargie ou plongés dans un coma passagerClaudio Milanesi, Mort apparente, mort imparfaite : Médecine et mentalités au , Collection « Bibliothèque scientifique », Payot, (1991) .. Dès 1800, à Paris, un arrêté de Frochot, préfet de la Seine, prévoit que les maires doivent faire appel à des officiers de santé pour constater les décès. Une circulaire du étend ce principe à toutes les communes, mais cette charge financière est telle que seules les grandes villes peuvent avoir des médecins vérificateurs assermentés et rétribués (appelés dans le langage courant « médecins des morts »).. Ce mode de vérification est resté dans le domaine réglementaire en France jusqu'au décret du qui impose l'établissement du certificat médical de décès par des médecins diplômés (souvent en pratique les médecins traitants).. La conservation des corps étant problématique, les inhumations étaient fréquemment pratiquées dans des délais très brefs. En période d'épidémie, les inhumations devenaient quasiment immédiates pour prévenir la contagion.

Ce qui précède pose le problème du moment où la mort peut être considérée comme certaine et irréversible : ..

Bien que, dans l'immense majorité des cas, le décès d'un individu soit flagrant et incontestable, il reste une marge d'incertitude qui est devenue faible dans les pays développés. De tous temps, les critères de base ont été l'absence de pouls et de respiration, auxquels s'ajoute l'absence totale de réactions à des sollicitations diverses. C'est généralement à ce stade que la mort est déclarée. Viennent ensuite le refroidissement du corps à raison d'environ 1 degré par heure, l'apparition progressive de la rigidité cadavérique au bout de trois à six heures et des lividités cadavériques.

Moyens de prévention Toutefois, quelles que soient les précautions prises par le corps médical pour s'assurer que le décès est incontestable, le risque infime d'être enterré vif pouvait demeurer inacceptable pour certains. De nombreux auteurs proposèrent leurs solutions. Dans une revue de 1837 on pouvait lire à ce sujet un surprenant commentaire sur un ouvrage récemment publié :

Délai d’expectative

Un des moyens pour éviter les conséquences d'actes trop précipités consiste à laisser un temps suffisant entre le constat du décès et la mise en bière fermée ou en alvéole frigorifique de façon à s'assurer dans la continuité de l'absence définitive de signes de vie. Dans les pays chauds, les premiers signes de décomposition apparaissent rapidement. En Europe, la plupart des pays ont adopté des dispositions légales interdisant l'inhumation avant 24 ou . En France, un délai d'expectative de a été imposé par l'article 77 du Code Napoléon dès 1804. En 1960, cet article qui était resté pratiquement inchangé, a été abrogé par un décret. ajoutant l'obligation de faire constater le décès par un médecin. En outre, lorsque le décès se produit en milieu hospitalier, ce qui est le cas le plus fréquent, le corps du défunt doit demeurer deux heures dans le service avant d'être conduit à la morgue.

Pour des raisons d'hygiène et de nuisances, il est impossible de laisser un corps à l'air libre jusqu'aux premières manifestations incontestables de sa décomposition.

Acte médical radical Pour rendre impossible un éventuel réveil intempestif dans un environnement confiné, plusieurs auteurs ont préconisé le recours à un acte rendant définitivement impossible tout retour à la vie : injection d'un poison violent tel que du cyanure de potassium., ouverture du cœur, sectionnement des artères carotides C'est le recours à cette dernière méthode, préconisée par le docteur Veyne en 1874 Veyne, Mort apparente et Mort réelle. Artériotomie. Moyen facile de rendre impossibles les enterrements prématurés, Paris, Delahaye, 1874. qu'exigea le compositeur Jules Massenet dans son testament.

Cercueil sécurisé 300px|thumb|Cercueil préservant la vieChristian H. Eisenbrandt(1843).