La bataille de Lissa est une bataille navale de la campagne de l'Adriatique qui eut lieu le , au large de l'île de Lissa (actuellement Vis, en Croatie), durant les guerres napoléoniennes. Elle se solda par une victoire britannique.

Situation générale

Les antécédents

L'île de Lissa est occupée en 1807 par les Britanniques, qui en mesurent pleinement l'importance stratégique. Idéalement située le long des côtes de la Dalmatie, elle permet de contrôler le trafic maritime en Adriatique. En 1810, les Anglais y ont installé une base et des dépôts qui leur permettent d'y entretenir une petite flotte de guerre, et de servir d'abri aux navires corsairesPetits navires siciliens et napolitains notamment. qui menacent les communications maritimes entre l'Italie et la côte dalmate (occupée par Napoléon). Le royaume d'Italie, soutenu par la France, se lance tardivement dans la création d'une flotte qui lui permettra de contrebalancer la Royal Navy. À Venise et à Ancône, les chantiers amorcent la construction de frégates. Des officiers français sont dépêchés sur place et participent activement à la mise sur pied de ces unités. Mais en mer, les frégates anglaises HMS Amphion et HMS Active obtiennent de tels succès qu'un premier « raid » est prévu contre l'île de Lissa.

Premier raid contre Lissa

Le , le capitaine de vaisseau Bernard Dubourdieu prend le commandement d'une expédition, première véritable sortie de la « flotte combinée franco-italienne », qui comporte une phase terrestre à objectifs limités. Elle comprend : Les frégates françaises Favorite et Uranie (40 canons) La frégate italienne Corona (40 canons) Les corvettes italiennes Bellona et Carolina (32 canons) Les bricks armés Iéna et Mercure (16 canons) Ne rencontrant aucune opposition (les frégates anglaises se sont aventurées vers le sud), les navires touchent Lissa le matin du et y débarquent des détachements de soldats italiens, qui capturent à quai un certain nombre de voiliers et détruisent dépôts et magasinsLa population et les quelques éléments de la marine du port s'étaient réfugiés dans les collines environnantes. Cette première action, à comparer aux raids des futurs commandos qui se développeront bien plus tard, est un succès total ; les Franco-Italiens se retirent dans l'après-midi, ramenant en Italie les prises capturées au port.

Vers une occupation définitive de Lissa

Revenus de leur surprise, les Britanniques réagissent et renforcent leur présence en Adriatique. Le vaisseau de 74 canons HMS Montagu est envoyé sur place, de même que la frégate HMS CerberusCette frégate était déjà affectée à la division de l'Adriatique aux côtés des HMS Amphion et HMS Active, mais se trouvait en transit vers Malte au moment du raid d'octobre 1810. Cet apport non négligeable leur permet de reprendre la supériorité dans Adriatique pendant l'hiverIl est important de noter que la division navale franco-italienne ne souhaitait pas l'affronter directement, ne possédant elle-même aucun vaisseau de ligne.

Préparatifs de l'attaque

Le capitaine de vaisseau Dubourdieu, commandant de la division combinée franco-italienne, profite de cette période hivernale pour entraîner quelque peu ses équipages, mais sans tenter de sortie d'envergure. Il organise patiemment la seule opération qui semble pouvoir retourner la situation concernant la possession de l'Adriatique : la capture définitive de l'île de Lissa, qui priverait les Anglais de leurs seuls ports en Adriatique. Le vice-roi d'Italie, Eugène, donne son approbation au plan.

La division navale rassemblée pour l'occasion est conséquente : Les frégates françaises Favorite, Flore, Danaé (40 canons) La frégate italienne Corona (40 canons) Les corvettes italiennes Bellona et Carolina (32 canons) Le brick armé Principessa Augusta (16 canons) La goélette Principessa di Bologna (10 canons) Le chébec Eugenio (6 canons) L'aviso Lodola (2 canons) La courrière Gazelle (1 canon) L'ensemble, représentant 11 naviresLa frégate Uranie et les bricks armés Iéna et Mercure ne participent pas à cette expédition. Le brick Mercure en particulier, est fréquemment cité comme étant présent lors de la bataille de Lissa, dans les écrits anglais…, 259 canons et près de , est rassemblé à Ancône. Il est prévu - le moment venu - que les navires se portent sur Lissa et y débarquent un bataillon d'infanterie italien, qui s'y implantera solidement afin d'empêcher le retour au port des navires anglais. Privée de ses mouillages, la Royal Navy devrait se retirer vers Malte.

Au début du mois de , une information d'importance parvient à Dubourdieu : le HMS Montagu s'est retiré de l'Adriatique. Cette menace maintenant effacée, les préparatifs se précisent contre Lissa. L'armée de terre fournit le du Régiment d'infanterie de ligne italien, commandé par le chef de bataillon Cirot. Renforcé d'une batterie d'artillerie à pied et de matériels de fortification, ce détachement important totalisant 575 hommes (voir le tableau de répartition des troupes au bas de l'article) débarquera dans l'îleL'île de Lissa n'est d'ailleurs pas fortifiée par les Anglais, qui n'y ont pas installé de troupes de l'armée. sous le commandement du colonel Alexandre Gifflenga, l'un des aides de camp du vice-roi d'Italie Eugène.

Le soir du , les troupes italiennes embarquent à bord des frégates et des corvettes. La flotte franco-italienne se met au vent et fait voile vers Lissa. Le capitaine de vaisseau Bernard Dubourdieu a hissé sa marque à bord de la frégate La Favorite.

Reconnaissance

Dans la nuit du 12 au , les navires se regroupent à une quarantaine de kilomètres au nord-ouest de l'île de LissaLe Précis de l'invasion des États romains par l'Armée napolitaine indique une distance d'environ 25 milles marins.. La Favorite réduit sa voilure pour permettre aux autres unités de rejoindre. Ce délai va permettre d'opérer une reconnaissance vers Lissa afin d'y constater la présence éventuelle de navires de guerre et, dans le meilleur des cas, de vérifier l'état d'encombrement des quais et du mouillage pour préparer le débarquement. À cet effet, deux navires vont être envoyés vers Port Saint-Georges, le principal port de l'île : La goélette Principessa di Bologna, qui après avoir approché suffisamment la côte, y enverra son canot. La courrière La Gazelle, provisoirement prise en remorque par la goélette, et qui accompagnera ensuite le canot jusqu'à l'entrée du port. La reconnaissance est « découverte » par les Britanniques vers deux heures du matin et ne peut finalement pas renseigner efficacement la flotteOn entend des coups de canon jusqu'à La Favorite, navire amiral de Dubourdieu. À son retour, la reconnaissance déclare notamment « n'avoir rencontré aucune barque ni avoir vu aucune lumière dans l'île »., qui s'est remise lentement au vent vers trois heures et demie, «  une grande voile ayant été repérée » en direction de l'îleC'est à l'aide d'une lunette de nuit qu'un premier navire - apparemment ennemi - est repéré devant Lissa. Il s'agit de l'HMS Active..

La bataille thumb|La bataille de Lissa, les derniers moments de la bataille. La Danaé passe entre deux frégates anglaises. Au fond, La Favorite, échouée et incendiée par son équipage.Lithographie de Henri Merke selon une œuvre de George Webster, en 1812

Organisation de l'attaque

Au matin du , les navires franco-italiens se présentent devant l'île de Lissa. Les grosses unités se sont regroupées en deux divisions de constitution égale (deux frégates et une corvette par division): Les frégates La Favorite, La Flore et la corvette Bellona Les frégates La Danaé, Corona et la corvette Carolina

Les autres navires sont organisés en deux groupes d'approche, destinés à entrer dans les deux ports de l'île de Lissa pour reconnaître (voire capturer) les bâtiments qui pouvaient s'y trouver.

Mais il devient rapidement évident que la grande voile, repérée dans la nuit, est anglaise. Alors que le soleil se lève, on en découvre d'autres sur l'horizon : trois, puis quatre voiles. Une escadre britannique protège Lissa.

La Royal Navy à Lissa

La division navale anglaise commandée par le captain William Hoste, se prépare effectivement à défendre Lissa. L'officier britannique ne dispose que de quatre navires qu'il dispose en ordre de bataille « serré » : La frégate HMS Active (38 canons) La frégate HMS Amphion (32 canons) La frégate HMS Cerberus (32 canons) La corvetteLes catégories de classement de navires dans la Royal Navy sont assez différentes du système français. Le HMS Volage souvent donné pour être une frégate, correspond, en taille et en armement, à la catégorie française des corvettes. HMS Volage (22 canons)

Le mythe de Nelson

Etrangement, l'amiral Nelson, vainqueur malheureux de la bataille de Trafalgar six années plus tôt, va influencer les deux partis lors de la bataille de Lissa :

Admirateur de l'amiralL'Amiral Nelson avait confié le commandement du HMS Amphion au captain Hoste en septembre 1805, avant la bataille de Trafalgar. Envoyé en mission diplomatique à Alger, celui-ci manqua la grande bataille où périt l'amiral. La mort de Nelson provoqua d'ailleurs une vive émotion en Angleterre., le captain William Hoste, commandant de la flotte britannique en Adriatique, fait hisser les couleurs de l'Angleterre à tous les mats et lance les pavillons de signal indiquant aux navires de sa formation « REMEMBER NELSON »En 1805, l'amiral Nelson avait fait lancer les pavillons indiquant la phrase devenue célèbre « L'Angleterre attend de chacun qu'il fasse son devoir ». (voir article détaillé). Ce signal est accueilli par un "hourra" général, issu de l'équipage des quatre navires anglais, décidément prêts à accepter le combat.

De son côté, et bien que les relations soient moins précises sur les intentions du commandant de la flotte française à ce moment-là, le capitaine de vaisseau Bernard Dubourdieu adopte (peut-être inconsciemment) le même schéma d'attaque que celui de la flotte anglaise lors de la bataille de Trafalgar : il concentre ses navires en deux lignes d'attaque et va chercher à rompre la ligne adverse, afin de la réduire ensuite en deux tronçonsEn général, les batailles navales font preuve de moins d'originalité, les navires s'alignent en parallèle et se canonnent classiquement, jusqu'à la victoire..

L'attaque de La Favorite et de la

Les Français attaquent de manière désordonnée à partir de . La Favorite, navire amiral de Dubourdieu, se trouve en pointe et devient rapidement la cible exclusive des 4 navires anglais qui lui présentent alors leurs flancsCette disposition favorise grandement l'utilisation de leurs canons, alors que La Favorite, faisant face pour avancer, ne peut utiliser les siens..

Engagée trop rapidement, la frégate cherche à traverser la ligne de bataille anglaise entre l’Amphion et l’Active, mais les navires britanniques sont tellement proches l'un de l'autre que cette manœuvre lui est impossibleÀ Trafalgar, les navires français étaient beaucoup trop espacés et les deux pointes anglaises avaient pu facilement traverser la ligne franco-espagnole.. Vers , étant pratiquement bord à bord avec leurs adversaires, les Français tentent alors l'abordage pour essayer d'exploiter leur arrivée si soudaine devant les navires anglaisIl y a un supplément important de fantassins à bord de La Favorite, ce qui incite les officiers français à tenter l'abordage. ; la frégate fait barre à tribord et se range contre l’Amphion mais au dernier moment cette dernière ouvre le feu avec ses caronades : un tir à mitraille meurtrier balaye le pont de La Favorite, massacrant les troupes qui se préparaient à l'assaut. Les pertes sont très lourdes : le capitaine de vaisseau Dubourdieu est au nombre des tués.