Hyacinthe Camille Odilon Barrot, né le à Villefort (Lozère)Archives départementales de la Lozère, registre paroissial de Villefort, baptêmes et mariages 1791-1792, EDT 198 GG4. et mort le à Bougival (Yvelines), est un homme d'État français, président du Conseil en 1848-1849 sous la présidence de Louis Napoléon Bonaparte.
On lui attribue la célèbre phrase pour définir la déconcentration : « C'est le même marteau qui frappe mais on en a raccourci le manche », à la suite du décret du 25 mars 1852 sur la décentralisation administrative.
Biographie Jeunesse Odilon Barrot est le fils de Jean-André Barrot, homme de loi et député de la Lozère à la Convention nationale qui n'a pas voté en faveur de la mort de Louis XVI. Il est le frère de Ferdinand Barrot et d'Adolphe Barrot.
Il effectue ses études secondaires au Prytanée militaire alors installé à Saint-Cyr, puis au Lycée Napoléon (actuel lycée Henri-IV) à Paris.
Il fait des études supérieures de droit.
Débuts professionnels (1811-1815) Odilon Barrot est reçu avocat et admis au barreau en 1811. Il travaille dans le cabinet d'un ami de son père, l'ancien conventionnel Jean Mailhe, avocat au Conseil d'État et à la Cour de cassation. Lorsque celui-ci est proscrit comme régicide en 1814, il obtient les dispenses nécessaires et lui succède dans cet office. Selon Loménie, « un goût dominant pour les régions arides du droit strict à un âge où l'on aime de préférence les débats passionnés et les émotions de cour d'assises révélait déjà cette aptitude de théoricien qui distingua particulièrement M. Odilon Barrot. »cité par le Dictionnaire des parlementaires.
Sous les Cent-Jours, il élève contre le rétablissement de l'Empire une protestation qui est son premier acte politique. ibidem
La Seconde Restauration Mais la Seconde Restauration, et particulièrement la Terreur blanche, ne tarde pas à susciter son désenchantement. Il rallie les rangs de l’opposition et devient bientôt l’un des membres influents du parti libéral. Il se lie avec ses principales figures comme Benjamin Constant, La Fayette, le général Foy et plusieurs des plus célèbres orateurs de l’époque et épouse d'ailleurs la fille de l'un d'entre eux, Guillaume-Xavier Labbey de Pompières.
Des protestants d'une petite ville du midi ayant refusé de tapisser la façade de leurs maisons pour les processions de la Fête-Dieu, avaient été condamnés à une amende par le juge de paix. Odilon Barrot les défend en 1818 devant la Cour de cassation et, dans un plaidoyer qui fit sensation, lance : .
Durant la même période, il défend également Wilfrid Regnault, impliqué par des rancunes politiques dans une affaire d'assassinatEn 1817, Wilfrid Regnauld fut accusé d'avoir assassiné Marguerite Jouvin à Amfreville-la-Campagne (Eure). Voir : Étienne Pellerin, « Le crime d'Amfreville-la-Campagne », Bulletin de la Société de l'histoire d'Elbeuf, 1991, , ; Armand Le Corbeiller, La sombre destinée d'un jacobin, Saint-Wandrille, Éditions de Fontenelle, 1946., et plaide dans le procès du lieutenant-colonel Caron. Ce dernier, condamné à mort, sera finalement gracié par le roi Louis XVIII (à la suite d'une campagne de presse menée par le député Benjamin Constant) et sa peine commuée en une détention de vingt ansSite retronews.fr , Journal des débats du samedi 4 avril 1818, page III.
En 1820, s'étant opposé à une loi selon laquelle toute personne pouvait être arrêtée et détenue sur un simple mandat signé par trois ministres, il est traduit devant une cour de justice, mais acquitté.
Odilon Barrot est également franc-maçon depuis 1827, membre de la loge de Paris « Les Trinosophes », fondée par Jean-Marie Ragon de Bettignies. Il a participé à la création de l'éphémère loge « Les Trois Jours » à Paris.
Bien que très lié à La Fayette et d'autres, il ne prend aucune part à leurs projets pour renverser le gouvernement, mais, en 1827, il rejoint l'association connue sous le nom de « Aide toi, le ciel t'aidera », où il retrouve Audry de Puyraveau, Béranger, Barthe, Duchâtel, Blanqui, Carrel et Guizot. Il en devient le président et s'efforce de la maintenir dans les voies d'une opposition pacifique et parlementaire. Il préside le banquet (le fameux banquet des Vendanges de Bourgogne) donné par la société aux 221 députés qui ont signé l'adresse parlementaire de mars 1830 à , lui exprimant leur défiance envers le ministère choisi par leur souverain.
La Monarchie de Juillet vignette|gauche|Portrait d'Odilon Barrot, huile sur toile d'Ary Scheffer.
Après les ordonnances du 26 juillet 1830, Odilon Barrot rejoint la Garde nationale alors réinstaurée par les révolutionnaires, et prend une part active à la révolution de 1830. Élu par ses pairs comme premier secrétaire de la commission municipale, qui s'est installée à l'hôtel de ville et s'est constituée arbitrairement en un gouvernement provisoire, il reçoit l'ordre de transmettre à la Chambre des députés une protestation précisant les exigences que les Libéraux veulent imposer au nouveau roi avant de l'accepter. Il soutient l'idée d'une monarchie constitutionnelle en faveur du duc d'Orléans, contre les Républicains, dissuadant La Fayette de proclamer la République dont la présidence lui était offerte par un groupe de jeunes démocrates emmenés par Pierre Leroux.
Avec le maréchal Maison et Auguste de Schonen, il est l'un des trois commissaires choisis par Louis-Philippe pour accompagner Charles X, hors de France. Il est d'abord très mal accueilli par le roi déchu mais finit par réussir assez complètement dans sa mission pour que celui-ci, dans un certificat, reconnaisse les « attentions » et les « respects » qu'il avait eus pour lui et pour la famille royale.
À son retour il est nommé préfet de la Seine. lui valent d'être , et de fréquents conflits s'élèvent entre lui et les ministres doctrinaires, Guizot et Montalivet. Il est révoqué en .
Le , il est élu député de l'Eure par le collège de département, et réélu le simultanément dans le de l'Eure (Verneuil), le de l'Aisne (Chauny) et le du Bas-Rhin (Strasbourg) puis, successivement, en 1834, 1837, 1839, 1842 et 1846. Le gouvernement de Louis-Philippe était loin de satisfaire ses désirs de réforme et il ne cesse de réclamer qu'on « élargît les bases de la monarchie », en même temps qu'il proteste de sa loyauté envers la dynastie car il défend l'idée d'une royauté entourée d'institutions républicaines, et est devenu le chef de l'opposition dynastique (monarchistes constitutionnels de gauche : parti du mouvement).
Il combat vivement le ministère Perier, est chargé du rapport sur le rétablissement du divorce, rédige avec Cormenin, au nom des gauches, le célèbre Compte-rendu dont l'insurrection démocratique des 5 et est la conséquence directe et, après la défaite des républicains, s'élève, quoique monarchiste, contre les représailles et les mesures d'exception. Le jour qui suit la manifestation de à l'occasion des funérailles du général Lamarque, il se fait indirectement le porte-parole des démocrates dans une entrevue avec Louis Philippe, qu'il rapporte longuement dans ses Mémoires (Voir l'article Insurrection républicaine à Paris en juin 1832). Par la suite, dans ses plaidoiries devant la Cour de cassation en faveur d'un des émeutiers, il demande et obtient l'annulation du jugement prononcé par le conseil de guerre, devant qui le gouvernement a fait déférer les inculpés en se fondant sur une ordonnance qui avait mis Paris en état de siège.
Il défend le droit d'association (), demande l'amnistie pour les insurgés de Lyon et combat vainement les lois de septembre (1834-1835), joignant constamment à ses revendications en faveur de la liberté l'assurance de son dévouement à la monarchie constitutionnelle.
En , il fait partie des vingt-sept fondateurs de la Société française pour l'abolition de l'esclavage dont il devient le vice-président.
Il est aussi l'un des principaux actionnaires du journal d'opposition Le Siècle, lancé le par Armand Dutacq, le plus gros tirage de la presse de l'époque.
« Nonobstant toutes ses colères à la Chambre, écrit Eugène de Mirecourt, il entretenait au fond de son cœur, pour le roi citoyen, une sympathie pleine de tendresse. De son côté, Louis-Philippe ne gardait pas rancune au chef de la gauche. Il ne se trompait point au mobile qui le faisait agir. »
Son opposition, comme celle des députés qui suivent ses inspirations, ne désarme que durant les deux ministères Thiers en 1836 et 1840. Il fait alors partie de la majorité. En revanche, il lutte avec force contre le ministère Molé, qu'il réussit à renverser au bout de deux ans en formant une coalition restée célèbre (1839). Il combat également le troisième ministère Soult et Guizot, qui en est l'homme fort, s'efforçant de rapprocher l'opposition dynastique, le centre gauche et le Tiers Parti et appuyant de sa parole et de ses votes toutes les propositions faites contre le ministère. Il vote contre l'indemnité Pritchard et est l'auteur d'un très grand nombre de propositions et d'amendements contre la corruption politique, contre l'envahissement de la Chambre par les députés fonctionnaires, etc.
La mort en 1842 du duc d'Orléans, qui affichait des convictions libérales, est un rude coup pour le parti d'Odilon Barrot, qui cherche dès lors à au cas où le comte de Paris viendrait à succéder à son grand-père.
En 1846, Odilon Barrot fait un voyage au Proche-Orient, mais revient à temps pour prendre part aux préliminaires d'une nouvelle révolution. Partisan de la réforme électorale, il est en 1847 l'un des organisateurs de la célèbre « campagne des banquets » pour la réforme électorale, qui contribue à provoquer la révolution de 1848. Il assiste à seize de ces réunions et, quand le gouvernement voulut y mettre un terme, dépose au nom de la gauche une résolution de mise en accusation du ministère, chap. 7, p. 158.
Il est ainsi (malgré lui) l'un des artisans de la chute de la royauté, car il n'a pas prévu la force du torrent à laquelle son éloquence a préparé la voie et il se cramponne toujours au programme de 1830. Le , appelé trop tardivement à former un ministère, chap. 10, il semble alors soutenir la régence de la duchesse d'Orléans devant la chambre ; il tente vainement, en se montrant à cheval sur les boulevards, de calmer l'effervescence générale et l'envolée républicaine. Malgré les sollicitations de Adolphe Crémieux, il refuse d'entrer dans le nouveau Gouvernement provisoire.
La Deuxième République vignette|Odilon Barrot vu par Honoré Daumier.
Le mouvement révolutionnaire étant allé jusqu’à la proclamation de la République, que Barrot n'avait pas souhaitée, il tente de l'entourer d'institutions conservatrices. Président du conseil général de l'Aisne et élu par ce département à l'Assemblée constituante le ( sur 14 par sur et ), il prit cette fois place à droite.
Il est désigné par la majorité pour présider la commission d'enquête sur les évènements du et sur les journées de juin. Il prend une part active aux débats constitutionnels et essaie de faire prévaloir le bicamérisme (). Il vote pour le maintien de l'état de siège, contre l'abolition de la peine de mort, contre l'incompatibilité des fonctions, contre l'amendement Grévy, contre le droit au travail, pour la proposition Rateau, pour l'expédition de Rome, contre la suppression de l'impôt du sel et de celui des boissons.