La commanderie de Coulommiers, communément des Templiers voire de Malte, est une ancienne commanderie templière puis hospitalière située dans la commune de Coulommiers, dans la région naturelle de la Brie et le département de Seine-et-Marne en région Île-de-France.
Elle constitue un des ensembles de commanderie les mieux conservés de France et le plus complet au nord de la Loire. Elle est inscrite à l'inventaire des monuments historiques en 1932 et classée depuis 1994.
Localisation La commanderie est située sur une colline dominant au nord la ville haute de Coulommiers, le Montbillard. Elle se trouve à environ au sud-est de Meaux et à l'est de Paris. Située en hauteur, à l'écart de la ville historique et sur des axes de commerces (foires de champagne et rivière du Grand Morin) elle est construite à la fois comme un monastère, une ferme et une maison forte.
Historique Aux origines : les moines soldats et fermiers La commanderie de Coulommiers a été fondée comme autres du même type en France par l'ordre mi-religieux mi-militaire du Temple. Créé en 1127 afin d'assurer la protection des pèlerins vers Jérusalem et la Terre sainte il nécessitait à la fois un réseau important d'hommes rompus aux armes des ressources financières importantes basées sur les revenus agricoles et les donations de fidèles pour alimenter ses activités militaires en Orient et la protection entre l'Europe et la Palestine.
À l'image des futurs réseaux de banques ou de relais de poste, ils construisent un réseau de "Maisons du Temple", des fermes monastères puissantes et riches dont on trouvait une douzaine d'exemples sur le seul territoire de la Seine et Marne.
À Coulommiers, la commanderie fut fondée entre 1172 et 1173https://quartiers-de-demain.archi.fr/sites/default/files/2024-11/fiche-de-site_Coulommiers_v3.pdf sur des terres offertes par Henri, comte palatin de Troyes en Champagne.
Elle est en effet mentionnée dans un acte de confirmation de donation du comte Henri écrit à une date comprise entre le et le . Par contre cette maison du Temple n'est pas mentionnée dans les rôles des fiefs du comté de Champagne vers 1172. La fondation a eu lieu entre ces dates.
Sa principale activité était la culture des céréales : froment et avoine en particulier.
La vie au sein de la communauté de Coulommiers était secouée par des contentieux avec le comte Thibaud IV (comte de Champagne de 1201 à 1253) qui s'inquiétait fortement de la montée en puissance de l'Ordre et notamment de sa richesse. Il en vint à adresser une requête au roi afin d'interdire aux Templiers d'acheter des biens sans autorisation du comte. Ce qui fut accepté.
À la tête de la Commanderie, un commandeur dirige, tel un abbé ou un seigneur, la communauté, ses travaux et ses comptes. Il rend compte à un provincial qui lui-même rend compte au Grand Maître basé selon les époques en Terre sainte à Saint-Jean-d'Acre ou bien à Paris dans l'Enclos du Temple.
+ Quatre noms de commandeursqui nous sont parvenus Nom du commandeur Dates Raimbaud, chevalier Arnould mort avant septembre 1268 Robert le Frison vers 1267-1291 Rémi, sergent vers 1300-1307
La fin de l'Ordre et l'arrivée des Hospitaliers left|thumb|Coulommiers, Gravure de Claude Chastillon, 1600. De 1155 à 1132 et au gré des croisades et pèlerinages, les dons sont nombreux et la commanderie devient de plus en plus riche et puissante. Un mouvement renforcé par sa situation sur la route commerciale des foires de champagne qui voit passer vins, fromages, épices et autres tissus précieux.
De nombreux actes notariés attestent durant tout le des donations de terre, prés, vignobles et bois faites aux Templiers de Coulommiers par des nobles de la région. Ils acquièrent aussi les moulins d'Ouches, d'Aulnoy et de la porte du château de Coulommiers. En 1308, le domaine comptaient de terre qui rapportaient . Cette surface correspond à actuels. Les Templiers de Coulommiers possédaient également la grange de Bibartaut située à au nord-ouest et qui devint une commanderie indépendante.
Cependant, la puissance politique, morale et financière du Temple fait de l'ombre à la Couronne, par ailleurs appauvrie. Le vendredi , le Roi Philippe le Bel fait arrêter sur des prétextes fallacieux simultanément tous les Templiers de France et s'empare de leurs biens, la Commanderie de Coulommiers ne fait pas exception. Une légende indique qu'avant l'arrestation des templiers, certains chevaliers de la maison du Temple de Paris auraient fui avec le trésor des templiers et l'auraient caché à la commanderie de Coulommiers. Cette hypothèse est jugée plausible par des historiens, la commanderie de Coulommiers étant l'une des plus importantes d'Ile-de-France à l'époque.
Lors de l'arrestation des Templiers, il n'y avait plus que quatre frères dans la commanderie. Parmi eux, Jacques le Verjus de Rebais-en-Brie, âgé de , Lambert de Cormelles, âgé de et le frère sergent Rémi qui était le précepteur. La Commanderie fut confiée au prévôt de Coulommiers, Gillon Barillat, en 1308 par Philippe le Bel et les moines emprisonnés à Melun.
L'ordre du Temple est dissous en 1311 et la commanderie fut dévolue aux Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem sur ordre du pape .
Les registres mentionnent alors de terre () de prés et labours, des bois, des vignes, des ponts à péages ainsi que trois moulins avec droits banaux (utilisation ouverte à tous moyennant le paiement d'une taxe).
La Commanderie du Temple devient Commanderie de l'Hôpital (par référence à ses nouveaux occupants) et était réunie avec la commanderie de Maison-Neuve et celle de Bibartaut. François de Commenges (Comminges) est connue comme commandeur en 1722.
La commanderie passe à la Bourgogne, puis revient à la France right|upright|thumb|Détail de la gravure, montrant la commanderie surplombant la ville. En 1420 au gré des conquêtes et guerres féodales médiévales, les Bourguignons s'emparent de Coulommiers et de sa Commanderie. Rien ne change dans son activité et ce jusqu'au retour sous le giron de la couronne de France en 1449.
En 1479, elle est rattachée à celle de Paris et ses commandeurs deviennent Grands Prieurs de France. C'est de cette époque que date la reconstruction du logis comme un palais abbatial valorisant la fonction de son occupant.
À la Révolution : saisie en bien national Lorsque éclate la Révolution, la commanderie continue ses activités et la région n'est pas particulièrement affectée par les fièvres révolutionnaires, la région restant plutôt favorable au Roi. Cependant, en 1794 et à la faveur de l Terreur, elle est saisie, pillée, puis vendue au titre de bien national, à Pierre Josse, un cultivateur, qui transforma le logis en logement des fermiers et la chapelle en grange à foins.
La chapelle fut désacralisée et transformée en grange à paille et à foin. La commanderie changea de nom et fut appelée la « ferme de l'Hôpital ».
Une ferme briarde typique menacée par le béton vignette|Photographie aérienne de la commanderie et de ses alentours, le . La commanderie de l'Hôpital, devient la ferme de l'hôpital, une ferme briarde typique et bourgeoise avec ses foins, ses cochons, ses vaches et leur lait, sa basse-cour, sa grange, ses écuries, un abreuvoir... un rôle qu'elle va assurer pendant jusqu'en 1964.
Vendue plusieurs fois et subdivisée entre divers propriétaires au cours des elle est rachetée par la municipalité en 1964, après le départ des derniers fermiers en vue d'un grand projet d'urbanisation des terres qui condamne la fonction agricole et prévoit la destruction de ses bâtiments.
Cependant, si les champs sont devenues un quartier HLM, une cité scolaire, sportive et administrative, avec ironie de l'histoire la construction en 1978 de l'hôpital de l'est francilien en face de la ferme de l'Hôpital (qui désignait dans ce cas l'ordre des hospitaliers qui l'avait occupé), la ferme est sauvée de justesse en 1966 par l'association locale des "Amis du musée du papier".
Le site, est, depuis 1990, animé, entretenu et restauré par des bénévoles qui ont obtenu son classement en Monument Historique assurant ainsi sa protection définitive. L'association ATAGRIF (Ateliers de Techniques Anciennes) perpétue la protection et la mise en valeur du site, en y organisant des activités pédagogiques tout au long de l'année : chantiers de restauration, stages de formation aux techniques anciennes, centre de loisirs pour les enfants, expositions, concerts, visites et conférences autour de la période médiévale.
Jean Schelstraete est connu sur le site autant pour avoir contribué à l'organisation du sauvetage de la commanderie de Coulommiers par les chantiers de bénévoles et pour avoir écrit en 1968 l'unique ouvrage consacré exclusivement à l'histoire de la commanderie de Coulommiers. Cet ouvrage dresse l'historique général de la commanderie depuis sa fondation jusqu'à nos jours, décrit l'ensemble des lieux et raconte le commencement des chantiers de restaurations du site. La commanderie est ainsi restaurée depuis quarante ans par des bénévoles lors de chantiers internationaux, dans le cadre de l'Union Rempart. L'architecte en chef est Hervé Baptiste.
Description left|300px L'ensemble architectural s'organise autour d'une grande cour rectangulaire mesurant environ par . Un petit appentis perpendiculaire à l'axe de l'ensemble, sépare la basse cour (à l'origine en terre battue) ceinturée par des granges, de la cour d'honneur, jadis pavée, qui regroupe les bâtiments principaux (par exemple, la chapelle).
Basse-cour Grange aux dîmes right|thumb|Grange aux dîmes. Refermant la cour à l'ouest, cette grange d'origine templière était bâtie initialement à l'extérieur de la cour en face de la porte primitive de la commanderie. Il s'agissait d'un vaste grenier de de long qui permettait de remiser la récolte de céréales de l'année. Les maçonneries en pierre des champs sont renforcées aux pignons par cinq contreforts en grès. La moitié supérieure du bâtiment restait vide afin d'assurer l'aération nécessaire au stockage des grains. Très sombre, cette grange ne possédait à l'origine qu'une seule ouverture à l'est, vers la cour, c'est-à-dire une large porte à deux battants pour entrer les charrettes. Le sol primitif était en terre battue. La charpente traditionnelle en chêne est posée sur des dés en grès taillé. Elle a été reconstruite par les Hospitaliers au . La toiture à deux pans, en tuiles plates, était à l'origine en chaume comme tous les autres bâtiments, hormis la chapelle.
Petite grange et charreterie Probablement édifiées entre les , en remplacement de bâtiments plus anciens qui abritaient les caves du , ces anciennes grange et charreterie font aujourd'hui office de logis des bénévoles et d'atelier de taille de pierre.
Anciennes porcheries Seul bâtiment perpendiculaire à la cour, il devait être, à l'origine, beaucoup plus vaste et devait servir avec un accès au potager et aux caves. Au , ce bâtiment fut formé pour l'élevage de porcs et recouvert d'un toit de chaume.
Anciennes écuries Ce long ensemble de bâtiments, fermant la cour au nord, devait, jadis être les anciennes écuries. Selon la Règle du Temple, chaque chevalier disposait de 3 chevaux, dont un destrier pour le combat et deux sommiers pour le transport. Transformé en salle polyvalente, cet ensemble a perdu son caractère et est inaccessible à la visite.
La Cour d'Honneur Logis du Commandeur thumb|left|Vue extérieure du logis. Le logis est situé à l'est de la cour d'Honneur. C'est un vaste bâtiment constitué de trois niveaux : un rez-de-chaussée, un étage et des combles sous charpente.
Il comprenait un cellier, une cuisine équipée d'une cheminée monumentale, un réfectoire au rez-de-chaussée, et probablement deux dortoirs à l'étage, séparés par une cloison. Deux tours octogonales d'escalier servaient d'accès dans les angles est.