Le Böhlen ou Boehlen est un pétrolier est-allemand qui a fait naufrage au large de l'Île de Sein le , occasionnant le décès de 25 membres d'équipage et une marée noire sur les côtes du Finistère continental et l'Île de Sein, alors qu'il traversait une tempête. Trois autres personnes sont décédées dans les opérations de pompage et de nettoyage du fioul du Böhlen.

Le navire, lancé à Leningrad en 1961 avait pour sister-ships le Port Briac et le Port Maria, et naviguait sous pavillon de la RDA. Son naufrage survient moins de neuf mois après celui de lOlympic Bravery à moins de 40 km, et marque le début d'une série de catastrophes similaires en Bretagne, avec celles de lAmoco Cadiz (1978) du Gino (1979) et du Tanio (1980).

Naufrage Le , le Böhlen se rend de Maracaibo (Venezuela) à Rostock (Allemagne de l'Est) avec un chargement de de pétrole brut. Le navire traverse une tempête avec des rafales de vent à , occasionnant une houle de 7 à , et heurte des rochers sous la surface.

À 17 h 33, l'équipage demande assistance, signalant une forte voie d'eau, le navire est alors situé à 48° 10 N, 05° W.

L'équipage quitte rapidement le navire, mais les canots de sauvetage se brisent le long de la coque : 25 membres d'équipage sur les 36 à bord perdent la vie et le navire sombre rapidement, avant même l'arrivée des secours.

À 19 h 30, deux avions de patrouille repèrent trois canots. À 22 h 50, le Fort Ponchartrain, un cargo s'étant dérouté, sauve trois marins d'un premier canot. À 1 h 30 le , 5 autres personnes sont secourues par le Pacific, un remorqueur allemand. À 7 h 30 une autre personne est secourue par un hélicoptère Super-Frelon, et enfin deux autres sont secourues par le Patience, un navire d'un habitant de l'Île de Sein, à 8 h 30. Le lourd bilan du naufrage s'explique en partie du fait de défauts de communication : les marins-pêcheurs de l'Île de Sein n'ayant pas été prévenus de l'existence du naufrage, ils intervinrent seulement lorsqu'ils aperçurent une chaloupe vide à la dérive. Ainsi, sept bateaux de pêche sénans ramenèrent sur l'île deux rescapés et les corps englués de huit personnes, deux femmes et six hommes. déclare un marin sénan dans le journal local Mouez Enez Sun.

L'épave du Böhlen est localisée aux coordonnées 48° 11 N, 05° , soit environ à à l'ouest-nord-ouest de l'Île de Sein.

De nombreuses sources fixent la date du naufrage au , date à laquelle le pétrole arrive sur les côtes, mais le naufrage semble bien s'être produit le .

Marée Noire { "type": "FeatureCollection", "features": [

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] }L'ampleur de la marée noire occasionnée est difficile à estimer. de pétrole furent collectées manuellement sur le littoral, plusieurs autres milliers se sont dispersées dans l'océan.

Progression des nappes de pétrole Le à 8 h 30, les premières nappes de pétrole atteignent l'île de Sein. La pollution atteint ensuite les côtes du Cap Sizun, la baie de Douarnenez et la baie d'Audierne, et s'étendra, dans une moindre mesure, de Porstall au nord à la pointe de Penmarc'h au sud, et plus sensiblement à Crozon et au Conquet, touchant ainsi une large façade ouest du département du Finistère.

Le maire de l'île de Sein, Alain Leroy, s'exprime trois jours après le naufrage, dans le journal Ouest-France, contre l'utilisation de produits dispersants jugés nocifs.

Outre le fioul libéré directement lors du naufrage, l'épave semble relâcher continuellement du pétrole dans les semaines suivantes, et la pollution s'étend dans le temps malgré les efforts de ramassage. Après des explorations à l'aide de sous-marins, les plongeurs du navire Le Pélican estiment le (un mois après le naufrage) à par jour les fuites de pétrole de l'épave.

Dégâts sur l'écosystème Les dégâts sur l'écosystème marin finistérien sont importants. Dès un centre de soins pour oiseaux mazoutés est ouvert à Brest. Il accueille pingouins torda, guillemots de troïl, fous de bassan, goélands, etc. 268 oiseaux y furent recueillis entre et , dont 74 % d'alcidés. La courbe d'arrivées d'oiseaux au centre de soin décrit un pic important dans le mois qui suivit le naufrage du Böhlen, puis un plateau jusqu'en , ce qui correspond aux libérations de pétrole dans l'océan, qui fut continue jusqu'à cette date. En , 30 macareux moines furent découverts morts sur la plage des blancs-sablons au Conquet. Aucun comptage global d'oiseaux retrouvés morts n'a été entrepris. Proportionnellement à la quantité de pétrole libérée, les pertes en avifaune occasionnées par le naufrage du Böhlen sont plus importantes que celles engendrées par celui de l'Amoco Cadiz.

Le reste de la faune marine est également fortement impacté. Les crustacés comme les crabes et les langoustes, les poissons ainsi que la flore sont vulnérables face au pétrole. La photosynthèse devient impossible du fait de l'impact du pétrole sur les algues qui dépérissent, l'eau de mer manque ainsi d'oxygène pour les autres organismes.

Opérations de pompage La décision est prise de colmater plusieurs brèches mises en évidence dans la coque de l'épave. Sous la pression des pêcheurs et des acteurs du tourisme, il est décidé de pomper le pétrole encore dans les cuves, grâce au navire Pétrel spécialisé dans le forage, opéré par la Comex. La solution, inédite, consiste à aspirer le pétrole après avoir injecté de l'eau de mer à dans les cuves, pour augmenter sa fluidité. Les opérations débutent en et s'achèvent fin . La situation de l'épave à de profondeur et les conditions météorologiques compliquent le projet. Deux plongeurs meurent durant les opérations de pompage, qui permirent de pomper de pétrole des citernes de l'épave, sur les contenues avant le naufrage. Le pétrole pompé est directement brûlé sur le navire Pétrel occasionnant une pollution atmosphérique. Le coût des opérations de colmatage et de pompage est évalué à 143 millions de francs : 43 millions pour le colmatage et 100 millions pour le pompage. Le reste des coûts de la pollution (nettoyage, indemnisation des pêcheurs) est assuré à moitié par la marine nationale, et à moitié par les assurances du navire.

Ramassage et traitement des déchets Un soldat meurt emporté par la mer alors qu'il nettoyait les côtes à Plogoff.

de pétrole ramassé sur les côtes de l'Île de Sein furent enfouis le au sud de Quimper, au lieu-dit Toulven, et polluèrent des eaux souterraines utilisées par les agriculteurs locaux. Le pétrole fut alors déterré puis brûlé. Le , de pétrole furent déversées dans d'anciens blockhaus à Plogoff à proximité de la Pointe du Raz.

Sur la Presqu'île de Crozon sont stockés de pétrole du Böhlen à Morgat, au Portzic, à Postolonnec, ainsi qu'à la décharge de Kerloc'h à Camaret-sur-mer.

Les de pétrole pompé dans l'épave par le Pétrel sont brûlées sur place, occasionnant une pollution atmosphérique.

Notes et références

Voir aussi Liste des principaux déversements pétroliers

Source Site consacré au navire. Norman Hooke, Modern Shipping Disasters

Liens externes Film consacré au naufrage du Böhlen réalisé par Robert Kernez (Cinémathèque de Bretagne) Dossier sur l'accident du Boelhen (Site du CEDRE)

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