(en russe : Княжна Ирина Александровна Романова), née le à Peterhof (Empire russe) et morte le à Paris (), est une princesse de Russie.

Biographie Famille et jeunesse thumb|left|200px|La princesse Irina Alexandrovna de Russie et sa famille. Irina Alexandrovna est la fille aînée du grand-duc Alexandre Mikhaïlovitch, petit-fils de l'empereur Nicolas , et de la grande-duchesse Xenia Alexandrovna, fille de l'empereur Alexandre III. Elle naît au début du règne de son oncle Nicolas II.

thumb|La princesse Irina Alexandrovna (au milieu), avec ses cousines les grandes-duchesses Tatiana Nikolaïevna (à gauche) Olga Nikolaïevna à droite en 1909.|gauche

En raison de désaccords politiques avec le tsar Nicolas II, à partir de 1906, ses parents font de nombreux séjours dans le sud de la France. Son père y entretient une liaison amoureuse avec une femme et propose à maintes reprises le divorce à son épouse, qui lui oppose toujours son refus. Sa mère a également des relations extra-conjugales. Les parents tentent de cacher leur union malheureuse à leurs sept enfants.

Irina Alexandrovna est une jeune fille timide aux yeux d'un bleu profond, des cheveux de couleur sombre. Elle a une enfance heureuse. Elle est souvent appelée « Irène », traduction d'« Irina » en français, et sa mère la surnomme parfois « Baby Rina ».

Fiançailles et mariage thumb|left|200px|La princesse Irina Alexandrovna de Russie et le prince Félix Feliksovitch Ioussoupov en 1914. Le futur époux de la princesse Irina Alexandrovna de Russie, le prince Félix Felixovitch Ioussoupov, est l'héritier de la famille Ioussoupov, une des plus riches de Russie.

Dans ses Mémoires publiés en 1952, il raconte que, un jour, montant à cheval, il rencontra une très belle jeune fille accompagnée d'une dame âgée. . En 1910, il est invité par les parents d'Irina Alexandrovna, lorsqu'il remarque sur la piste des cavaliers : . De nouveau en 1913, Félix Ioussoupov rencontre Irina Alexandrovna : . Le prince Ioussoupov écrit qu'Irina, peut-être parce qu'elle avait grandi avec tant de frères, ne montrait aucun des artifices ou du manque d'honnêteté qui la dissuadait d'avoir des relations avec d'autres femmes.

Cette même année, la famille Ioussoupov demande pour son héritier la main d'Irina Alexandrovna aux parents de la princesse, qui acceptent. Ce mariage satisfait les deux parties : la famille Ioussoupov, soucieuse de la respectabilité de son fils unique connu pour ses frasques, et le grand-duc Alexandre, qui vise à assurer à sa fille le plus beau parti de Russie.

Irina Alexandrovna n’ignore rien sur le passé du prince Félix Feliksovitch, à l'inverse de ses parents et de sa grand-mère, l’impératrice douairière Maria Feodorovna. Lorsqu’ils ont vent de ces rumeurs, ils veulent annuler le mariage. La plupart de ses rumeurs proviennent du grand-duc Dimitri Pavlovitch, l’un des cousins de la princesse : selon certains bruits circulant à Saint-Pétersbourg, ce dernier aurait eu une relation amoureuse avec le prince Félix Feliksovitch. Le grand-duc Dimitri Pavlovitch porte également un grand intérêt à la princesse Irina mais elle lui préfère le prince Félix Feliksovitch. Ce dernier est en mesure de convaincre les parents de la princesse.thumb|left|Irina Alexandrovna de Russie et son époux vers 1915.|281x281px Ni le prince ni Irina ne semblent s'être opposés aux conditions morganatiques du mariage : « Tous les membres de la dynastie qui épousaient une personne n'étant pas de sang royal étaient obligés de signer un document renonçant à leurs droits au trône. Bien qu'Irina soit située très bas dans la ligne de succession, elle devait se conformer à cette règle avant de m'épouser ; mais cela ne semblait pas l'inquiéter beaucoup ». C'est le mariage mondain de l'année et le dernier événement de ce type dans la haute-société russe avant la Première Guerre mondiale. Le mariage a lieu le en l'église du palais Anitchkov à Saint-Pétersbourg. La cérémonie est célébrée en grand apparat. Âgée de dix-neuf ans, Irina Alexandrovna ne porte pas la traditionnelle robe de cour russe mais une robe du . Coiffée d'une tiare sertie de diamants et de cristal de roche commandée à Cartier, la princesse est recouverte d'un voile ayant appartenu à Marie-Antoinette d'Autriche. Les invités au mariage le couple commentent favorablement le couple formé par Félix et Irina : « Quel couple incroyable, ils sont si séduisants. Quelle allure ! Quelle prestige ! » s'exclame un invité. Elle est reçue par son oncle le tsar, qui la conduit à l'autel, et par son épouse l'impératrice Alexandra Feodorovna, qui lui offrent en cadeau de mariage vingt-neuf diamants bruts, de trois à sept carats. Le jeune couple reçoit également un large assortiment de pierres précieuses offert par d'autres invités. Après la révolution russe, ils réussissent à emporter un grand nombre de ces joyaux, qui sont utilisés pour leur permettre de vivre en exil.thumb|Le prince Felix Feliksovitch Ioussoupov et la princesse Irina Alexandrovna de Russie avec leur fille, Irina Feliksovna Ioussoupova, en 1916.|294x294px L'unique enfant du couple, la princesse Irina Feliksovna Ioussoupova naît le . Son père écrit : . La grande-duchesse Xenia Alexandrovna de Russie s'inquiète tant pour l'accouchement de sa fille que l'impératrice Alexandra Feodorovna écrit : . Appréciant son prénom, la princesse Irina Alexandrovna de Russie désire le transmettre à son premier enfant.

Première Guerre mondiale Le jeune couple est en voyage de noces en Europe et au Moyen-Orient lorsque le premier conflit mondial éclate. Après l'ouverture des hostilités, la princesse Irina Alexandrovna et son époux sont brièvement détenus à Berlin, où la jeune princesse demande à sa cousine, la Kronprinzessin Cécilie de Mecklembourg-Schwerin, d'intercéder auprès de son beau-père, le kaiser Guillaume II d'Allemagne. L'empereur d'Allemagne refuse de leur accorder la permission de partir mais leur offrit le choix de trois résidences pour la durée du conflit. Le père de Félix Feliksovitch Ioussoupov fait appel à l'ambassadeur d'Espagne afin de permettre à son fils et sa belle-fille de quitter le sol allemand pour regagner Saint-Pétersbourg via deux pays neutres, la Finlande et le Danemark. En partant, ils sont insultés par la foule qui les appelle, entre autres, « cochons russes ».

Au cours de la Première Guerre mondiale, le prince Félix Feliksovitch Ioussoupov convertit l'une des ailes de son palais de la Moïka à Saint-Pétersbourg en hôpital pour les soldats blessés. Il évite le service militaire en utilisant la loi exemptant l'unique fils d'une famille de prendre part à un conflit armé. Il entre à l'École des Cadets et suit des cours de formation pour officiers mais n'a aucunement l'intention de se joindre à un régiment de l'armée impériale de Russie. La cousine de la princesse, la grande-duchesse Olga Nikolaïevna de Russie, amie très proche dans leur enfance, a des paroles dédaigneuses pour le prince Ioussoupov. Après une visite au couple le , la grande-duchesse adresse cette lettre à son père Nicolas II de Russie : « Félix est franchement un civil dans l'âme, tout vêtu de marron, allant et venant dans sa chambre recherchant des étagères avec quelques magazines et ne faisant pratiquement rien, il donne l'impression désagréable d'un homme désœuvré dans ces moments là ».

Assassinat de Raspoutine

La princesse Irina Alexandrovna de Russie et le prince Félix Feliksovitch Ioussoupov connaissent les rumeurs salaces circulant à propos de Raspoutine provoquant la détérioration de la situation politique en Russie impériale en générant des émeutes, des manifestations politiques et des violences. Le prince Felix Feliksovitch Ioussoupov et ses co-conspirateurs le grand-duc Dimitri Pavlovitch de Russie et le membre de la Douma Vladimir Mitrofanovitch Pourichkevitch prennent la décision d'assassiner Raspoutine afin de l'empêcher de détruire la Russie. Malgré son aversion pour Raspoutine, afin de tenter de gagner la confiance du « starets », le prince lui rend visite. On suppose que le prince lui demande de l'aide pour surmonter ses tendances homosexuelles afin de vivre une union harmonieuse avec son épouse ou inversement que c'est la princesse Irina qui a besoin des dons de guérisseur de Raspoutine.

Toutefois, à l'époque, la princesse séjourne en Crimée. Elle n'ignore rien du complot visant à éliminer Raspoutine, sa participation est même envisagée : « Vous aussi vous devez y prendre part, écrivait-il avant le meurtre, DM (Dmitri Pavlovitch) sait tout et il est avec nous. Cela se passera à la mi-décembre lorsque DM sera de retour ». Fin , la princesse Irina adresse cette lettre à son époux : « Je vous remercie de votre lettre insensée. Je ne comprenais pas la moitié. Je vois que vous avez décidé quelque chose de sauvage. S'il vous plaît soyez prudent et ne vous mêlez pas d'une affaire louche. La chose la plus horrible est que vous avez décidé de tout sans moi. Je ne vois pas comment je pourrais y prendre part aujourd'hui, puisque tout est arrangé. En un mot soyez prudent. Je vois par votre lettre que vous êtes enthousiaste et prêt à monter un mur... Je serai à Petrograd le 12 ou 13 donc ne faites rien sans moi sinon je ne viendrai pas du tout ».

Le prince lui répond le : « Votre présence ici est essentielle pour la mi-décembre. Le plan que j'ai écrit a été développé dans le détail et les trois quarts sont réalisés, ne manque plus que le final et votre arrivée est attendue. L'assassinat est le seul moyen de sauver la situation presque désespérée... vous servirez d'appât, bien sûr pas un mot à personne » La peur saisissant la princesse Irina Alexandrovna, elle se retire du projet le : « Je sais que si je viens je tomberai malade, je ne sais ce qui se passe en moi, j'ai envie de pleurer tout le temps. Mon humeur est terrible. Je n'ai jamais été comme ça auparavant. Je ne sais pas ce qu'il adviendra de moi. Je ne vais pas traîner à Petrograd. Au lieu de cela venez ici. Pardonnez-moi, mon cher, pour vous avoir écrit de telles choses. Mais je ne peux pas continuer plus, je ne sais pas ce qui se passe, peut-être de la neurasthénie. Ne vous fâcher contre moi, s'il vous plaît ne soyez pas en colère. Je vous aime énormément. Je ne peux pas vivre sans vous. Que Dieu vous protège ». Une nouvelle fois, le , la princesse Irina Alexandrovna adresse une lettre à son époux dans laquelle elle lui expose son pressentiment après une conversation avec leur fille âgée de vingt et un mois : « Une chose incroyable s'est passée avec le bébé. Quelques nuits auparavant, elle ne dormait pas bien et ne cessait de répéter :"La guerre, nourrice, la guerre !" Le lendemain, elle a posé la question : "La guerre ou la paix" ? Et Baby répondit "Guerre"! Le lendemain je lui ai dit de dire la paix elle me regarda et répondit la guerre. C'est très étrange. » La demande de la princesse reste vaine. Son époux et les co-conspirateurs continuent de projeter l'assassinat de Raspoutine sans elle.

Désirant rencontrer Irina Alexandrovna, Raspoutine se rend dans la nuit du 16 au au palais de la Moïka à Saint-Pétersbourg, où il tombe dans le piège tendu par le prince Félix Feliksovitch Ioussoupov, le député de la Douma et le grand-duc Dimitri Pavlovitch de Russie. Cela lui est fatal. La princesse est ce soir-là au palais Youssoupoff à Koreiz.

Après l'assassinat du staretz, Nicolas II de Russie exile le prince Félix Feliksovitch et le grand-duc Dimitri Pavlovitch. Le premier part à Ratnikoe, son domaine familial dans la province de Koursk, le second est exilé en Perse. Seize membres de la famille impériale signent une lettre dans laquelle ils demandent au tsar de reconsidérer sa décision en raison du faible état de santé du grand-duc Dimitri, mais Nicolas II refuse d'examiner la pétition, et la renvoie à l'expéditeur avec cette note écrite de sa main au bas de la lettre : « Personne n'a le droit de tuer sur son propre jugement ».