La cathédrale Saint-Gatien de Tours est une cathédrale catholique romaine, située à Tours dans le Vieux-Tours, en Indre-et-Loire. Dédiée à saint Gatien, le premier évêque de Tours, elle est le siège de l'archidiocèse de Tours et la cathédrale métropolitaine de la province ecclésiastique de Tours.
Elle a été classée monument historique par liste de 1862.
Existence d'une première cathédrale Une première cathédrale Saint-Maurice a été édifiée de 337 à 371, par Lidoire, évêque de Tours de 337 à 371 et prédécesseur de Martin. Incendiée en 561, elle est restaurée par Grégoire de Tours et dédicacée en 590. Du fait de son emplacement, à l'angle sud-ouest du castrum, et de son orientation à l'est, l'accès se faisait, sinon au travers de l'enceinte tardo-antique, du moins en baïonnette depuis la voie traversant la cité ; une telle configuration est rareElle se retrouve également à Soissons après que la cathédrale est rebâtie et agrandie au ..
La cathédrale est reconstruite au cours du deuxième quart du et incendiée en 1166, lors des luttes entre Louis VII de France et Henri II d'Angleterre, comte d'Anjou. On ne connaît pas le plan de cet ancien édifice.
Cathédrale actuelle vignette|upright=0.6|La nef et le chœur.
vignette|upright=0.7|Déambulatoire.
Géographie Lors de sa création, la cathédrale actuelle était située presque au débouché du pont franchissant la Loire contrôlé par le château de Tours, sur la route reliant Paris au Sud-Ouest de la France.
Histoire La cathédrale Saint-Gatien actuelle a été construite entre 1170 et 1547, remplaçant l'édifice roman. La première campagne a concerné le croisillon sud et les tours, dès 1170. La reconstruction du chœur est traditionnellement placée entre 1236 et 1279. Plus récemment, la datation des parties basses a été envisagée vers 1220-30, la pose de la charpente des vitraux du triforium vers 1245-55. Ce chantier aurait alors joué un rôle important dans la définition d'un style ligérien propre au sein du courant gothique..
C'est la nef qui a demandé le plus de temps pour son édification. L'architecte Simon du Mans reconstruit le transept et entame la nef, dont six travées, bas-côtés et chapelles sont édifiés au — les deux premières travées correspondent à celles de l'ancienne cathédrale romane et remontent au .
La nef n'est achevée qu'au par les architectes Jean de Dammartin, Jean Papin et Jean Durand, grâce aux libéralités accordées par Charles VII et le duc de Bretagne Jean V. À l'occasion de l'édification du bâtiment actuel, la nef a donc été allongée vers l'ouest et les tours encadrant l'entrée sont élevées en dehors de l'ancienne cité, accentuant la particularité de l'édifice mentionnée supra ; l'enceinte tardo-antique est visible en coupe à l'arrière des tours depuis le nord. En 1356, la cathédrale reçoit le nouveau vocable de Gatien.
Avec la façade s'achève le grand projet de reconstruction de la cathédrale, commencée deux siècles plus tôt. Sa construction s'étend du début du au milieu du . Elle est l'un des rares grands chantiers religieux français de cette période. Son parti très élancé est assez inhabituel, étant structuré par les grandes lignes verticales des deux tours, mais peu recoupé horizontalement, comme dans les façades harmoniques du gothique classique. Elle est surtout remarquable par l'opulence de sa décoration sculptée. Plusieurs architectes se succèdent, mais ce sont les choix de Jean de Dampmartin entre 1430 et 1470, qui s'avèrent déterminants. Après un ralentissement, le soutien financier de certains chanoines et l'influence à Rome du cardinal de Bourdeilles, archevêque dans les années 1470, va permettre de trouver les fonds nécessaires à la poursuite du chantier..
Les grandes statues des piédroits ont été perdues, détruites en grande partie au cours des guerres de religion, en 1562. Mais la cathédrale reste une des plus extraordinaires créations du gothique flamboyant dans son aspect le plus exubérant, véritable dentelle de pierre sans guère d'équivalent, chef-d'œuvre décoratif de premier plan. Les tours sont élevées dans la première moitié du : la tour nord a été édifiée en 1507 par Pierre de Valence, et la tour sud entre 1534 et 1547 par Pierre Gadier.
Classement au titre des monuments historiques La cathédrale fait l'objet d’un classement au titre des monuments historiques par la liste de 1862..
Caractéristiques vignette|left|Plan de la cathédrale de Tours. Longueur totale : Largeur : Largeur du transept : Hauteur sous les voûtes : ( à Chartres) Hauteur sous les bas-côtés : Hauteur de la tour nord : Hauteur de la tour sud :
Sa construction ayant été particulièrement lenteCe qui a entraîné la création d'un dicton local : pour mentionner quelque chose de particulièrement long et difficile à achever (dicton de même valeur que )., elle présente un ensemble très complet d'architecture religieuse française du . Ainsi, la base et les contreforts des tours sont d'époque romane, l'ornementation générale est du pur gothique, rayonnant et flamboyant, et les sommets des deux tours sont dans le style Renaissance du début du .
Façades
Vitraux Sur le plan architectural, Saint-Gatien, pourtant très bel édifice, n'est peut-être pas reconnue comme une des cathédrales gothiques majeures de la France. Mais elle possède un joyau exceptionnel : sa collection de vitraux. Les plus beaux, éblouissants, ornent les chapelles du déambulatoire et les fenêtres hautes du chœur. C'est un des plus parfaits ensembles du (vitraux à médaillons) existant en Europe, complet, intact, multicolore, très varié. Il faut ajouter les deux roses du transept, du , ainsi que ceux de la nef et de la façade, du . Un autre beau vitrail du orne une des chapelles du bas-côté sud. C'est aussi une sorte de conservatoire des vitraux tourangeaux, le chapitre ayant acquis à la fin du et au début du des vitraux provenant des églises détruites de la ville, comme Saint-Julien et Saint-Martin. Ils se trouvent aujourd'hui surtout dans les déambulatoires..
Entre 1841 et 1863, l'atelier Lobin est chargé de restaurer et remonter les vitraux anciens. Certains panneaux, jugés incompatibles avec le projet de restauration, passèrent dans le commerce d'art. Un ensemble sur la Création fut racheté en 1916 et placé dans une chapelle latérale sud. D'autres ont été identifiés dans certains musées américains.
À l'occasion de la restauration du bras nord du transept, lancée en 2009, il a été décidé de mettre en place des vitraux dans les quatre grandes fenêtres du bras du transept, qui en étaient dépourvues. À la suite d'un concours de 2011, le projet choisi a été celui de Gérard Collin-Thiébaut, artiste vivant en Franche-Comté, et du maître verrier Pierre-Alain Parot installé en Bougogne. Ces verrières contemporaines développent et renouvellent la thématique liée à saint Martin.
Mobilier de la cathédrale actuelle
Généralités On peut voir dans la cathédrale le tombeau de deux des enfants de Charles VIII et d'Anne de Bretagne, morts en bas âge. Ce tombeau, en marbre de Carrare, est de pur style Renaissance. Les deux gisantsLes deux gisants sur la table noire sont vêtus de robes semées de fleurs de lis et de dauphins, accompagnés de quatre angelots qui soutiennent les coussins et les armoiries des princes. sont de l'école de Michel Colombe sur un soubassementSarcophage constitué d'un socle et de deux registres, le registre inférieur sculpté de guirlandes, rubans, tondi et anges portant des blasons, le supérieur de rinceaux, scènes allégoriques et d'ornements qui annoncent la « Renaissance tourangelle ». Les quatre angles sont composés de formes zoomorphes (tel le coq symbole de la Résurrection) et phytomorphes. Les petits côtés sont ornés de deux médaillons en marbre noir, le premier portant les inscriptions en lettres gothiques suivantes :
« Charles huitiesme, roi pieux et excellent Eut de Anne, reyne et duchesse en Bretagne Son premier fils nommé Charles Orland Lequel régna, sans mort que rien n'épargne Trois ans, trois moys, Dauphin de Viennoys Comte d'Yois et de Valentionois Mais l'an cinq cens moins cinq il rendit l'âme À Amboise, le seziesme du moys De décembre, puis fut mis soubz la lame. »
La gravure du second est : « Par Atropos, qui les cueurs humains fend D'un dard mortel de cruelle souffrance En dessoubz gist Charles, second enfant Du roy Charles, et de Anne, reyne de France Lequel vesquit Dauphin de Viennoys Comte d'Yois et de Valentionois Vingt et cinq jours, puis lès Tours du Plessis En octobre mourut le deux du moys Mil quatre cens avec nonante et six. ». réalisé par l'Italien Girolamo Paciarotto, dit « Jérôme Pacherot », c'est-à-dire la même combinaison que pour le grand tombeau du duc François II de Bretagne à la cathédrale de Nantes, mais ici l’œuvre, toujours de grande qualité, est plus petite, plus modeste et l'intervention de Michel Colombe lui-même pas attestée. Ce monument se trouvait en 1506 dans la collégiale Saint-Martin avant d'être démantelé à la Révolution puis remonté en 1814 à Saint-Gatien où il est restauré une première fois en 1834..
La cathédrale possédait quatre tapisseries d'Aubusson du , classées aux Monuments historiques en 1892Arrêté de classement au 8 juin 1892. Archives nationales, cote F/19/7904., volées dans la nuit du 27 au La Vérité française, 29 mars 1903.Archives nationales, restauration de la cathédrale de Tours, F/19/7904. par Alexandre JacobAndré-François Ruaud, Arsène Lupin, une vie, 2012, page consultable sur Google Books : La Présentation au Temple, L'Adoration des Bergers, La Fuite en Égypte, Jésus au milieu des docteurs.
Depuis 2011, la cathédrale abrite un grand tabernacle du en chêne plaqué d'ébène et d'ivoire, ayant appartenu à une chartreuse, puis au carmel de Créteil qui l'a donné à l'État dans les années 1950. Il ornait depuis 1963 la chapelle du château de Chambord, mais le domaine désirait ne se remeubler qu'en objets liés à son histoire. Le tabernacle a été transféré et rénové à la cathédrale Saint-Gatien. Un soubassement et une grille de protection ont été ajoutéshttp://www.draccentre.culture.gouv.fr/userfiles/files/Tabernacle17022011.pdf. Il est désormais exposé dans une des chapelles du déambulatoire.
Polychromie des murs
La redécouverte de peintures murales dans la chapelle de la Vierge en 1873. et des sondages archéologiques menés en 1993 permettent de reconstituer l'histoire des peintures murales qui recouvraient l'intérieur de la cathédrale.
Les traces de peintures les plus anciennes indiquent que les murs furent entièrement recouverts d'une couche de chaux blanche. Une couche d'ocre jaune à faux-joints blancs recouvrait l'ensemble. Quelques lignes de peinture noire venaient souligner certaines modénatures.
À la fin du Moyen Âge la partie basse des colonnes fut recouverte de peinture rouge et verte à motifs floraux. Ce décor comportait vraisemblablement des applications métalliques. Clefs de voûte et départs d'ogives étaient peints en rouge, vert ou bleu. À l'époque moderne, des décors végétaux de couleur brune furent appliqués sur certaines surfaces. En 1787, afin d'éclaircir l'édifice, l'Italien Borrany repeint l'ensemble des murs, sans faux-joints. En 1844 eut lieu un nouveau blanchissage des murs avec faux-joints rouges.
Lors de la restauration du chœur en 1994, il fut décidé de restaurer, et parfois de rétablir, la polychromie la plus ancienne, à fond ocre et faux-joints clairs.
Les orgues thumb|Les grandes orgues. Le buffet d'orgues aurait été offert par l'archevêque Martin de Beaune au mais cette tradition n'est pas documentée. Il est placé au fond du bras sud du transept sur une tribune en bois, comme celui de la Cathédrale du Mans.
Endommagé pendant les guerres de Religion, il a subi ensuite plusieurs restaurations et même au une véritable reconstruction, sans doute vers 1620. Le style du buffet actuel est d'ailleurs assez caractéristique de cette époque. Les nombres de jeux et de tuyaux sont inconnus. Composition