Alice de Battenberg (en allemand : et en grec moderne : / ), princesse de Battenberg puis, par son mariage, princesse de Grèce et de Danemark, est née le au château de Windsor, au Royaume-Uni, et morte le au palais de Buckingham, dans ce même pays. Belle-mère de la reine , c'est une princesse anglo-allemande entrée dans la famille royale de Grèce par son mariage avec le prince André. Devenue religieuse après la mort de son époux, elle fonde une éphémère communauté hospitalière orthodoxe.

Arrière-petite-fille de la reine Victoria, Alice de Battenberg souffre de surdité congénitale, mais l'éducation que lui donne sa mère lui permet de surmonter son handicap et d'apprendre à lire sur les lèvres en quatre langues différentes. La princesse grandit en Allemagne, au Royaume-Uni et à Malte, où son père, officier de la , est fréquemment stationné. Après avoir épousé le prince André de Grèce et de Danemark en 1903, elle vit en Grèce jusqu'au bannissement de la famille royale après la Première Guerre mondiale et la guerre gréco-turque de 1919-1922.

En 1930, Alice, convertie à l'orthodoxie grecque, connaît une crise mystique qui conduit à son internement en Suisse. Libérée de sa clinique fin 1932, elle choisit de vivre séparée de son mari et de sa famille jusqu'en 1937, année où sa fille Cécile, l'époux de celle-ci et leurs enfants périssent dans un accident d'avion à Ostende. Réconciliée avec sa famille, mais toujours séparée de son époux, Alice revient finalement vivre à Athènes en 1938 et y reste pendant toute la Seconde Guerre mondiale. Alors que presque tous les autres membres de la famille royale choisissent la voie de l'exil, la princesse organise des soupes populaires et abrite chez elle une famille juive, ce qui lui vaut de recevoir, de façon posthume, le titre de « Juste parmi les nations » en 1993.

Une fois la guerre terminée et devenue veuve du prince André en 1944, la princesse continue à vivre en Grèce, où elle fonde une communauté monastique, qui périclite dès 1959. Après l'instauration de la dictature des colonels en 1967, Alice quitte toutefois son pays pour s'installer auprès de son fils Philip, marié à la reine depuis 1947. La princesse passe ainsi ses dernières années au palais de Buckingham, où elle meurt deux mois après avoir perdu sa fille Théodora. D'abord inhumée à Windsor, la dépouille d'Alice est finalement transférée à l'église Sainte-Marie-Madeleine de Jérusalem en 1988.

Famille vignette|redresse|alt=Photographie noir et blanc montrant un homme barbu en uniforme de marin et une femme portant une robe vue de trois-quarts.|Louis de Battenberg et Victoria de Hesse-Darmstadt, parents d'Alice (1883). Issue de la maison de Battenberg, une branche morganatique de la maison de Hesse, Alice est la fille aînée de Louis de Battenberg (1854-1921), prince de Battenberg puis marquis de Milford Haven, et de son épouse la princesse Victoria de Hesse-Darmstadt (1863-1950). Par son père, elle descend du prince Alexandre de Hesse-Darmstadt (1823-1888) et de sa femme Julia Hauke (1825-1895), princesse de Battenberg. Par sa mère, elle est la petite-fille du grand-duc et de la princesse Alice du Royaume-Uni (1843-1878).

Les 6 et , la princesse Alice épouse civilement puis religieusement à Darmstadt, en Allemagne, le prince André de Grèce (1882-1944), fils du roi (1845-1913) et de son épouse la grande-duchesse Olga Constantinovna de Russie (1851-1926).

De cette union naissent cinq enfants : Marguerite de Grèce (1905-1981), princesse de Grèce et de Danemark, qui épouse le , à Langenbourg, le prince Gottfried de Hohenlohe-Langenbourg (1897-1960). D'où postérité ; Théodora de Grèce (1906-1969), princesse de Grèce et du Danemark, qui épouse le , à Baden-Baden, le margrave Berthold de Bade (1906-1963), héritier du trône de Bade. D'où postérité ; Cécile de Grèce (1911-1937), princesse de Grèce et de Danemark, qui épouse le , à Darmstadt, le grand-duc Georges-Donatus de Hesse-Darmstadt (1906-1937), prétendant au trône de Hesse-Darmstadt. D'où postérité éteinte en 1937 et 1939 ; Sophie de Grèce (1914-2001), princesse de Grèce et de Danemark, qui épouse en premières noces, le , à Cassel, le prince Christophe de Hesse-Cassel (1901-1943) puis, en deuxièmes noces, le , à Salem, le prince Georges-Guillaume de Hanovre (1915-2006). D'où postérité des deux unions ; Philippe de Grèce (1921-2021), prince de Grèce et de Danemark, qui devient Philip Mountbatten, duc d'Édimbourg, avant d'épouser la future reine (1926-2022) le . D'où postérité.

Biographie Une jeunesse anglo-allemande Naissance et entourage familial vignette|redresse|gauche|alt=photographie en noir et blanc montrant un groupe de trois femmes accompagnées d'une petite fille.|Quatre générations royales en 1886 : Alice (bébé), sa mère Victoria (sur les genoux de laquelle elle est assise), sa grand-tante Béatrice (derrière) et son arrière-grand-mère Victoria (à gauche). La princesse Alice voit le jour le dans la « chambre des tapisseries » du château de Windsor, en présence de son arrière-grand-mère, la reine Victoria du Royaume-Uni. C'est cependant sur les terres de la maison de Hesse qu'elle est baptisée, à Darmstadt, le . Ses parrains et marraines sont ses trois grands-parents survivants (, Alexandre de Hesse-Darmstadt et Julia Hauke), deux de ses tantes (Élisabeth Feodorovna de Russie et Marie d'Erbach-Schönberg), ainsi que la reine Victoria.

Alice grandit au sein d'un foyer uni, qui s'élargit progressivement avec les naissances de la princesse Louise (en 1889), du prince George (en 1892) et du prince Louis (en 1900). La petite fille partage son enfance entre la Hesse (où ses parents héritent du château d'Heiligenberg en 1888), la Grande-Bretagne (où les Battenberg sont régulièrement conviés par la reine Victoria) et l'île de Malte (où Louis de Battenberg est fréquemment stationné en tant qu'officier de la marine britannique). Alice effectue en outre plusieurs séjours dans d'autres régions d'Europe, comme le Schleswig-Holstein (chez sa tante la princesse Irène), la côte d'Azur (avec la reine Victoria) et la Russie (chez sa tante la tsarine Alexandra Feodorovna).

Proche de ses parents, Alice l'est également de sa grand-mère paternelle, Julia Hauke, avec laquelle elle entretient une relation privilégiée. La reine Victoria joue aussi un rôle primordial dans la vie de la petite fille, qui conserve d'elle le souvenir d'une aïeule aimante. Parmi les tantes d'Alice, la grande-duchesse Élisabeth Feodorovna occupe également une place importante, à la fois à cause de l'affection qu'elle lui démontre et de l'image de grande bonté qui ressort d'elle. Parmi ses oncles, Ernest-Louis de Hesse-Darmstadt est celui dont la présence est la plus importante durant son enfance et son adolescence.

Fréquemment en contact avec sa parentèle britannique, Alice participe aux grands événements qui ponctuent la vie de la famille royale. En 1887, elle se rend ainsi au jubilé d'or de la reine Victoria. En 1893, elle est demoiselle d'honneur au mariage du duc d'York (futur ) et de la princesse Marie de Teck. En 1897, elle est conviée au jubilé de diamant de la reine Victoria. Enfin, en 1901, elle est présente aux funérailles de la vieille souveraine.

Entre découverte de la surdité et éducation vignette|redresse|alt=Photographie en noir et blanc montrant une femme debout entourée de deux petites filles (à gauche) et d'un homme assis tenant un petit garçon sur ses genoux (à droite).|Les Battenberg en 1895. De gauche à droite apparaissent Louise, Alice, Victoria, George et Louis. Considérée par sa famille comme une enfant particulièrement jolie, Alice démontre, dès son plus jeune âge, un fort caractère. Ainsi, un jour que la reine Victoria lui tape sur la main parce qu'elle refuse de la saluer, Alice frappe son arrière-grand-mère en retour, ce qui met la souveraine dans une colère noire.

Victoria de Hesse-Darmstadt remarque, dès 1887, que sa fille met du temps à apprendre à parler et s'inquiète de sa prononciation défaillante. Quelque temps après, Julia Hauke identifie l'origine du problème de sa petite-fille et l'emmène passer des examens auditifs. Les médecins lui diagnostiquent alors une surdité congénitale, causée par l'étroitesse de ses trompes d'Eustache. Malgré son handicap et grâce au soutien de sa mère, qui passe de longues heures à travailler avec elle, Alice parvient cependant à apprendre à lire sur les lèvres et à parler anglais et allemand. Plus tard, elle réussit également à maîtriser le français et le grec moderne. Au fil des années, la surdité d'Alice s'atténue quelque peu mais elle ne parvient jamais à percevoir davantage que des sons épars, comme le bruit d'un coucou ou les pas d'un groupe de soldats dans la cour d'un château.

L'éducation d'Alice est d'abord supervisée par sa mère, qui lui apprend à lire et à écrire en allemand et en anglais. À l'âge de , l'enfant est toutefois confiée aux soins d'une tutrice, Miss Robson. À partir de 1898, sa formation est complétée par Textor, la directrice d'une , qui lui fait notamment découvrir le théâtre. Peu avant son mariage, la princesse s'initie en outre à la littérature anglaise, à l'histoire de la musique et au piano avec différents professeurs privés.

Princesse de Grèce et de Danemark Fiançailles et mariage vignette|redresse|gauche|alt=Photographie en noir et blanc d'un jeune couple, le mari assis et la femme debout.|André et Alice en 1903. En , Alice fait la connaissance d'André de Grèce, quatrième fils du roi des Hellènes , lorsqu'elle se rend à Londres avec sa famille pour le couronnement de son grand-oncle, le roi . Rapidement, les deux jeunes gens se séduisent et une idylle se développe entre eux. Des années plus tard, Alice raconte ainsi à l'un de ses petits-fils, le prince de Galles, que, lors de leur première rencontre, André lui est apparu comme .

La date du couronnement ayant été différée à cause des problèmes de santé du roi, Alice et André retournent dans leurs pays respectifs début juillet. Ils se retrouvent cependant un mois plus tard lorsque le sacre est finalement organisé. En dépit de la réticence des Battenberg, qui jugent leur fille trop jeune pour le mariage, Alice et André profitent de leurs retrouvailles pour se promettre l'un à l'autre.

Contraints de se séparer à nouveau à la mi-août, Alice et André échangent une correspondance nourrie durant dix mois. Le couple se retrouve finalement à Londres en et ses fiançailles sont annoncées officiellement le 10, avec l'approbation d'. À l'époque, Alice a tout juste et André en a vingt-et-un. L'annonce de leur engagement n'est donc pas sans causer de surprise, d'autant que ni l'un ni l'autre ne possède une quelconque fortune personnelle. Après un mois passé ensemble, André part le à Darmstadt, où le roi des Hellènes l'a autorisé à servir quelque temps dans le de dragons. Rentrée en Hesse fin juillet, Alice a le plaisir de retrouver son fiancé à plusieurs occasions avant leur mariage. vignette|La princesse Alice dans sa robe de mariée, 1903. Célébrée à Darmstadt début , l'union d'Alice et d'André réunit de nombreuses personnalités du gotha. Parmi les invités, on compte le grand-duc Ernest-Louis de Hesse (qui met à disposition des Battenberg et de leurs convives le Vieux Château et le Vieux Palais), le roi et la reine des Hellènes, le tsar et son épouse la tsarine Alexandra Féodorovna et la reine du Royaume-Uni Alexandra, ce qui fait naître des commentaires envieux en Europe. Le mariage donne lieu à trois cérémonies : la première civile, organisée dans l'intimité le , et les deux autres protestante (à la chapelle du Vieux Château) puis orthodoxe (à la chapelle russe de Mathildenhöhe) le ..

Installation en Grèce vignette|alt=Photographie en noir et blanc d'un groupe de douze personnes d'âges et de sexes différents et d'un chien.|Le roi et la reine Olga entourés de leurs enfants et petits-enfants (1904).|gauche