de Grèce (en grec moderne : ), roi des Hellènes et prince de Danemark, est né à Tatoï le et mort à Athènes le . Troisième et dernier fils de , il règne de 1947 à 1964.
Le futur grandit à une époque où la Grèce connaît une forte période d'instabilité. Après avoir connu un premier exil avec ses parents en 1909-1911, le prince assiste au durant la Première Guerre mondiale et au renversement subséquent de son père, le roi , en 1917. De retour dans son pays après un second exil (1917-1920), il est le témoin d'une nouvelle crise causée par la défaite militaire de la Grèce face à la Turquie en 1922. Dès 1924, la république est proclamée à Athènes et Paul prend une nouvelle fois le chemin de l'étranger. Privé de sa nationalité grecque, il reçoit un passeport danois et vit successivement en Roumanie, au Royaume-Uni et en Italie.
Désormais sans fonction ni position, Paul traverse treize années de relative oisiveté durant lesquelles il s'initie au piano, effectue une longue croisière incognito en mer Égée, fréquente les clubs britanniques et travaille aussi comme simple apprenti-mécanicien dans l'industrie aéronautique. Sa situation évolue avec la restauration de son frère, le roi , sur le trône de Grèce fin 1935. Le souverain n'ayant pas d'enfant, Paul retrouve alors le rang de diadoque et se voit pressé de se marier afin de consolider la dynastie. Fiancé à la princesse Frederika de Hanovre en 1936, il l'épouse deux ans plus tard, ce qui n'est pas sans déclencher l'émotion des chancelleries occidentales, qui redoutent qu'avec ce mariage, le prince ne devienne une marionnette de l'Allemagne nazie.
Le déclenchement de la Seconde Guerre mondiale prouve toutefois que ces craintes sont sans fondement et que ni Paul ni Frederika ne sont prêts à faire alliance avec Hitler. Après avoir servi sur le front épirote en 1940-1941, le diadoque quitte la Grèce avec sa famille lors de l'invasion de son pays par les forces de l'Axe. Soutenant le gouvernement grec en exil (présidé par ), Paul passe la guerre entre Londres et l'Égypte tandis que son épouse et ses enfants trouvent refuge en Afrique du Sud. À la fin de la guerre, la Grèce connaît des divisions politiques qui entraînent une terrible guerre civile, interdisant à la famille royale de rentrer dans son pays avant 1946.
L'année suivante, meurt et son frère monte sur le trône sous le nom de . Dès le début, le règne du souverain est marqué par la guerre froide et par l'opposition entre communistes et conservateurs. La guerre civile terminée en 1949, Paul travaille à reconstruire son pays et à renforcer les liens de la Grèce avec le bloc occidental (États-Unis, Royaume-Uni) et ses voisins directs (Turquie, Yougoslavie). Cette politique de rapprochement atteint cependant ses limites après l'éclatement de la crise chypriote. À partir de 1950, le pays connaît un boom économique et le tourisme se développe. Pourtant, les tensions politiques restent vives d'autant que Paul n'hésite pas à s'opposer au gouvernement élu et à se montrer parfois autoritaire.
meurt d'un cancer de l'estomac en 1964, non sans avoir eu auparavant la joie de voir son fils sacré champion olympique en voile (1960) et de marier sa fille aînée avec le futur (1962).
Famille
vignette|gauche|alt=Photos de la famille royale de Grèce en 1914|La famille royale hellène vers 1914. Au centre, on peut voir la reine Sophie et le roi avec, autour d'eux, de gauche à droite, les futurs rois , et ainsi que les futures reines Hélène de Roumanie et Irène de Croatie.
est le troisième fils du roi (1868-1923) et de son épouse la princesse Sophie de Prusse et d'Allemagne (1870-1932), elle-même fille de l'empereur allemand (1831-1888) et de sa femme la princesse royale Victoria du Royaume-Uni (1840-1901).
a donc la particularité généalogique d'être à la fois l'arrière-petit-fils du roi (1818-1906), surnommé , et de la reine Victoria du Royaume-Uni (1819-1901), surnommée .
Le , épouse, à Athènes, la princesse Frederika de Hanovre (1917-1981), fille du duc souverain Ernest-Auguste de Brunswick (1887-1953) et de son épouse la princesse Victoria-Louise de Prusse et d'Allemagne (1892-1980). À travers sa mère, la princesse est donc la petite-fille du Kaiser (1859-1941) tandis que, par son père, elle descend de la dynastie anglo-allemande des Hanovre.
Du mariage de Paul et de Frederika naissent trois enfants : Sophie de Grèce (1938), princesse de Grèce et de Danemark, qui épouse, en 1962, le futur roi (1938) ; (1940-2023), roi des Hellènes et prince de Danemark, qui s'unit, en 1964, à la princesse Anne-Marie de Danemark (1946) ; Irène de Grèce (1942-2026), princesse de Grèce et de Danemark, qui est restée célibataire.
Biographie Premières années Petite enfance
vignette|alt=Photo des enfants du roi Constantin Ier|Les enfants du roi en 1905. De gauche à droite, on peut voir la princesse Hélène, la princesse Irène (bébé), le prince Georges, le prince Alexandre et le prince Paul. Seule manque ici la princesse Catherine.
Le futur naît au palais de Tatoï, non loin d'Athènes, le . Comme tous les enfants du diadoque Constantin et de la princesse Sophie, l'enfant grandit dans la capitale grecque, entre la villa de ses parents (sur l'avenue Kifissías), le palais du diadoque (actuel palais présidentiel), et Tatoï, résidence secondaire de ses grands-parents paternels.
Quatrième d'une fratrie de six enfants, Paul est particulièrement choyé par ses parents et par ses aînés, dont il est un peu le préféré. Cela ne l'empêche cependant pas de faire parfois les frais des bêtises de ses frères et sœurs. À trois ans, il manque ainsi d'être tué par le prince Alexandre qui le projette violemment d'une carriole pour enfants en lançant celle-ci à toute vitesse dans les jardins du palais royal.
Membre d'une famille cosmopolite, qui plonge ses racines en Allemagne, au Danemark et en Russie (voir la généalogie), Paul a pour langue maternelle l'anglais et il n'apprend le grec moderne qu'en seconde langue. Sa mère, la princesse Sophie, est en effet une anglophile convaincue, qui a hérité de sa propre mère, l'impératrice Victoria, un grand amour de la culture britannique.
Éducation Troisième fils du diadoque Constantin, le prince Paul n'est pas destiné à monter un jour sur le trône hellénique et il reçoit donc une formation un peu plus sommaire que celle destinée à ses deux aînés. Son éducation est supervisée par des précepteurs étrangers (notamment le Hoenig, chapelain poméranien de sa mère) et par des professeurs d'université grecs choisis par son grand-père, le roi . À la demande de Sophie, la formation de Paul est par ailleurs complétée, entre 1911 et 1914, par des cours d'été à la Saint Peter's Preparatory School for Young Gentlemen d'Eastbourne, un internat à la mode qui attire alors les enfants de la bonne société britannique. Élève moyen dans les matières académiques, le prince s'y illustre surtout par son aptitude dans les disciplines manuelles, comme le travail du bois.
Le diadoque destinant son troisième fils à la marine, des pourparlers sont engagés avec le gouvernement britannique pour permettre à Paul d'intégrer la Royal Navy en tant que cadet à l'Académie de Dartmouth ou à celle d'Osborne. Mais, malgré l'enthousiasme du jeune garçon, qui s'intéresse très tôt à la mer, le projet ne peut être concrétisé du fait de l'éclatement de la Première Guerre mondiale.
Du aux guerres balkaniques
vignette|gauche|alt=Photo du château de Friedrichshof|Friedrichshof, résidence de la princesse Marguerite de Prusse et refuge des princes de Grèce en exil. En 1909, Paul a sept ans quand un groupe d'officiers grecs, réunis dans la , organise un coup d'État contre le gouvernement de son grand-père, le roi : c'est le . Bien que se déclarant monarchistes, les membres de la Ligue, dirigée par Nikólaos Zorbás, demandent au souverain de démettre ses fils de l'armée. Officiellement, il s'agit de protéger la famille royale des jalousies que pourraient faire naître ses amitiés avec certains militaires. Officieusement, la réalité est tout autre : les insurgés rendent en effet le diadoque responsable de la cuisante défaite subie par la Grèce face à l'Empire ottoman en 1897 et considèrent que la famille royale monopolise indûment les plus hauts postes de l'armée.
Dans ce contexte mouvementé, les fils du monarque sont contraints de démissionner de leurs charges militaires afin de lui épargner la honte de devoir les renvoyer. Cibles des critiques les plus acerbes, Constantin et son épouse doivent par ailleurs quitter précipitamment la Grèce avec leurs enfants et la famille trouve alors refuge auprès des Hohenzollern, en Allemagne. Le petit Paul passe ainsi plusieurs mois dans le château de sa tante Marguerite de Prusse, à Kronberg.
L'exil de la famille princière ne prend fin qu'en 1911, lorsque le nouveau Premier ministre grec Elefthérios Venizélos rend aux Glücksbourg leurs grades dans l'armée. Peu de temps après, en 1912-1913, éclatent les guerres balkaniques, à l'issue desquelles le royaume de Grèce parvient à doubler la superficie de son territoire. Durant ces conflits, et malgré son jeune âge (il a alors onze ans), Paul sert pour la première fois dans la marine hellénique en tant que cadet.
La Première Guerre mondiale et ses conséquences
Le et le renversement de
vignette|alt=Photo d'Elefthérios Venizélos.|Elefthérios Venizélos, chef de l'opposition à la famille royale (1919).
Devenu roi après l'assassinat de en 1913, le père de Paul cherche à maintenir la Grèce dans une position de neutralité durant la Première Guerre mondiale. Le nouveau monarque considère en effet que son pays n'est pas prêt à participer à un nouveau conflit un an tout juste après la fin de la deuxième guerre balkanique. Mais, formé en Allemagne et lié au Kaiser dont il est le beau-frère, est rapidement accusé de soutenir les puissances centrales et de souhaiter la défaite des Alliés. Bientôt, le souverain rompt avec son Premier ministre, Elefthérios Venizélos, qui est quant à lui convaincu de la nécessité de soutenir les pays de la Triple-Entente pour rattacher les minorités grecques de l'Empire ottoman et des Balkans au royaume hellène. Protégé par les pays de l'Entente, et par la République française en particulier, l'homme politique crétois forme, en , un gouvernement parallèle à celui du monarque à Thessalonique. Le centre de la Grèce est alors occupé par les forces alliées et le pays est en passe de sombrer dans la guerre civile : c'est le . En dépit de ces difficultés, aggravées par les ennuis de santé du souverain, refuse de modifier sa politique et doit faire face à l'opposition toujours plus nette de l'Entente et des vénizélistes.
Finalement, le , Charles Jonnart, le Haut-Commissaire de l'Entente en Grèce, ordonne au roi de quitter le pouvoir. Sous la menace d'un débarquement allié au Pirée, le souverain accepte de partir en exil, sans toutefois abdiquer officiellement. L'Entente ne souhaitant pas instaurer la république en Grèce, l'un des membres de sa famille doit lui succéder. Or, le diadoque Georges est jugé tout aussi germanophile que son père parce qu'il a lui aussi été formé en Allemagne. Il est par ailleurs considéré comme peu malléable, alors que c'est un souverain fantoche que les ennemis de Constantin veulent mettre sur le trône. Après quelques hésitations, c'est finalement l'autre frère de Paul, le prince Alexandre, que Venizélos et l'Entente choisissent comme nouveau roi des Hellènes.
À peine monté sur le trône, la famille royale quitte le palais d'Athènes. Dès le lendemain, les Glücksbourg gagnent le petit port d'Oropos et prennent le chemin de l'exil. C'est la dernière fois que Paul et sa famille sont en contact avec , désormais otage des vénizélistes.
Un deuxième exil entre la Suisse et l'Allemagne