Red Cardell est un groupe français de rock indépendant, originaire de Quimper, en Bretagne.

Il est composé de Jean-Pierre Riou, Pierre Sangra, Hibu Corbel et Fred Lucas. Salué par la critique musicale comme l'un des meilleurs groupes breton de son temps, Red Cardell apparaît comme un des piliers du rock celtique, enraciné et novateur à l'instar d'Alan Stivell et Dan Ar Braz, ayant réussi à concilier avec un style personnel les musiques actuelles et traditionnelles.

Inclassable, le combo Finistérien qui revendique être né du rock alternatif tout en affirmant sa culture bretonne, s'inscrit dans la chanson avec des textes poétiques en français surtout, parfois en anglais et occasionnellement en breton. Red Cardell croise depuis sa genèse ses nombreuses influences et se définit comme un groupe de musique populaire, ouvert sur le monde. La bande est formée en par Jean-Pierre Riou (chant, guitares) et Jean-Michel Moal (accordéon), tous deux membres de Penfleps, avec Ian Proërer (batterie), membre de Link, puis Christophe Poignant (basse) vient compléter la formation avant d'être remplacé par Patrick Goyat en fin d'année.

À la suite du départ de ce dernier fin 1994, Red Cardell redevient le trio originel jusqu'à l'arrivée en 2001 de Manu Masko comme nouveau batteur. À partir de 2006 et l'album Naître puis du Banquet de cristal en 2008, des musiciens devenus proches au fil des rencontres sont régulièrement invités, le trio devenant ainsi un collectif. En 2011, la formation intègre Mathieu Péquériau (harmonica, washboard) quelques mois avant que Jean-Michel Moal ne se mette en retrait du groupe quelques années. À partir de 2012, ils sont rejoints sur scène par deux musiciens additionnels : Ronan Le Bars (cornemuse, flûtes) et Pierre Stéphan (violon) et se produisent également dans un spectacle commun nommé Fest-Rock avec le Bagad Kemper. En parallèle les cinq membres de l'équipe participent à l'ensemble The Celtic Social Club dans la même période.

En , Jean-Pierre Riou et Jean-Michel Moal, cofondateurs du groupe en 1992, se retrouvent après quatre années de séparation. Ils sont accompagnés pour ce nouveau quatuor par le batteur Hibu Corbel et le multi-instrumentiste Pierre Sangra qui produit l'album Un monde tout à l'envers. Fin 2016, la bande s'entoure de cinq artistes venant des cinq continents pour l'album et le spectacle Bienvenue. En , au moment où sort leur vingtième album Courir, Jean-Michel Moal tire sa révérence après vingt deux ans d'activité au sein de Red Cardell. Le bassiste et claviériste Fred Lucas intègre dès lors la formation qui poursuit de concert sa collaboration avec le Bagad Kemper avec le spectacle Nerzh en 2019 et enregistre l'album acoustique Climatik en 2021 et l'album Bordel en 2024.

Avec un parcours jalonné de vingt trois albums, dont cinq enregistrés en public, le groupe finistérien est essentiellement une formation scénique dans l'esprit des jam bands avec plus de deux mille concerts depuis ses débuts, surtout en France et dans une dizaine de pays en Europe, dont plusieurs tournées en Ukraine et Allemagne et aussi des concerts aux États-Unis, Canada, Antilles et Australie. Le succès commercial de Red Cardell n'est cependant pas comparable à celui d'artistes en contrat avec une des majors de l'industrie musicale. Après une signature pour le premier album par le label néerlandais Arcade Records le groupe collabore par la suite avec des labels indépendants bretons : N'Less, Cirré Jaune, Avel Ouest, Keltia Musique, Coop Breizh et Arfolk, parfois en coproduction avec son propre label Kas Ha Bar.

Suivi depuis plus de trente ans par un public fidèle, la formation reçoit une reconnaissance professionnelle en obtenant des récompenses pour quatre de ses albums avec des critiques élogieuses de la part de la presse spécialisée, participe à des grands événements populaires qui représentent la Bretagne, est accueilli en création par des scènes nationales ou conventionnées et bénéficie du soutien de la première marque internationale d'instruments de musique.

Histoire Origines (1986–1992) En 1986, Jean-Pierre Riou alors âgé de vingt-trois ans, et ses amis Jean-Jacques Baillard, Gilles Lozach et Jean-Luc Jaouan, fondent à Morlaix un groupe de rock blues répondant au nom légumier de « Karroth Rapées ». Rejoints en 1988 par le guitariste Jacques Pellen, ils se produisent dans les nombreux cafés-concerts existants en Bretagne à l'époque et donnent cent vingt concerts en trois ans. Comme Dan Ar Braz, « le garçon baigne tout jeune dans la dualité bombarde-rock'n'roll » pour reprendre une citation du journaliste Alain-Gabriel Monot pour la revue ArMen en 2013.

En , un concert improvisé entre Jean-Pierre Riou et Jean-Jacques Baillard (batteur des Karroth Rapées et multi-instrumentiste participant à de nombreuses expériences) avec Farid Aît Siameur (chanteur Kabyle chantant en berbère et résidant en pays Bigouden), les décident de fonder un groupe ensemble. Accompagnés du bassiste Micky Runarvot (Les Chaussettes noires, Isabelle Aubret, Jacques Brel), ils enregistrent en septembre l'unique album de Penfleps (« Têtes Parlantes » en breton, clin d'œil aux Talking Heads), dénommé . Distribué sous forme de cassette par Keltia Musique, l'enregistrement est commercialisé en . En , l'accordéoniste quimpérois Jean-Michel Moal (Ar Penseerien, Paule Chamard) rejoint la formation et marque le début d'une collaboration avec Jean-Pierre Riou qui perdurera au sein de Red Cardell.

Comme le fait remarquer le journaliste Ronan Gorgiard : . À l'apogée de la scène rock alternative en France, ils partagent l'affiche avec Mano Negra, Noir Désir, Les Négresses vertes, Pigalle et OTH, mais aussi avec les écossais The Silencers, les chanteurs bretons Youenn Gwernig, Alan Stivell et Denez Prigent, ainsi qu'avec d'autres courants musicaux comme le hip-hop, représenté par MC Solaar et NTM.

En 1992, la « fusée » se scinde en deux : Farid Aît Siameur et Jean-Jacques Baillard lancent Taÿfa, avec Jacques Moreau (percussions) et Alain Guilloux (basse), les derniers arrivés chez Penfleps. De leur côté, Jean-Pierre Riou et Jean-Michel Moal, accompagnés de Patrick Kiffer et Philippe Bargain de l'équipe du Ker Opus, le bar-concert de Langolen (Finistère), respectivement manager et tourneur du groupe, se mettent en quête de nouveaux musiciens pour poursuivre la route ensemble.

Formation (1992) thumb|alt=Ian Proërer|Ian Proërer, cofondateur et batteur du groupe jusqu'en 2001, tire sa révérence après quatre albums studio et .

En , avec l'arrivée de Ian Proërer, ancien batteur des groupes quimpérois Axton Pryte et Link (managés par Philippe Bargain de 1984 à 1989), et de Christophe Poignant, bassiste lorientais, le nouveau groupe est formé. Après quelques derniers concerts en été, sous le nom Penfleps pour honorer les contrats, la bande prend définitivement le nom de Red Cardell, « fumier rouge » en anglo-breton. Red est aussi un mot breton qui signifie « courir ». Pour certains, il proviendrait du nom d'un propriétaire de ranch, qui se fait assassiner au début du western , un film de 1944 avec John Wayne. Sur les pas de Stivell, ils souhaitent intégrer la musique traditionnelle bretonne dans l'univers du rock, en associant le mouvement des (Sonerien Du, Diaouled Ar Menez) au courant rock porté par la scène rennaise (Marquis de Sade, les Nus).

Les membres du groupe résident à Quimper et répètent à proximité en pleine campagne bretonne à Langolen au cœur du pays , au Ker Opus le club-concert créé par leur manager mosellan Patrick Kiffer (ancien bassiste d'Atoll, Barbara, Michel Delpech et aussi Stivell époque Dan Ar Braz). Dans celle localité qui devient un des hauts lieux du rock en Bretagne, la formation a l'occasion de côtoyer les principaux groupes de la scène alternative du moment, dont ceux de Boucherie Productions pour la scène française et des artistes américains (Luther Allison, The Fleshtones, Theo Hakola) et britanniques (Doctor Feelgood, The Inmates, Yargo) qui sont programmés tous les week-ends dans cette salle du bout du monde.

Après les concerts de l'été, Patrick Goyat, lui aussi lorientais, remplace Christophe Poignant à la basse. Ils entrent alors en studio, avec José Nédélec, pour enregistrer une cassette démo trois titres. Cette carte de visite sonore permet à leur tourneur de décrocher des dates aux quatre coins de l'Hexagone (Pau, Dunkerque, Lyon, Mulhouse) et au groupe de croiser sur la route les Naufragés et Les Sheriff de Montpellier, les angevins Happy Drivers, les Toulousains Fly and the Tox ou le texan Calvin Russell et les Britanniques Sons of the Desert et même Les Pires de Lannion.

Rouge (1993–1994) Le premier album, Rouge, enregistré et mixé en janvier et , par Johannes Uwe Teichert, au studio Square, à Bruxelles, sort en juillet chez Arcade le label Néerlandais. En est extrait un single, qui deviendra la chanson emblématique de Red Cardell, et , un titre en breton, écrit avec la complicité de Bernez Tangi, poète originaire de Carantec et chanteur de Storlok, considéré comme le premier groupe de rock breton. Sur la jaquette du CD, il est annoté que l'album est dédié à Bernard Hinault. Ce premier opus, qui repose sur une dichotomie entre des textes en anglais engagés, parfois violents et noirs, et une musique colorée entraînante, se vend à , essentiellement en Bretagne.

Dans l'esprit indépendant du rock alternatif, le groupe auto-produit ses premiers albums et gère seul sa communication. Début 1994, Philippe Bargain part pour d'autres contrées, après trois ans à organiser les tournées et accompagner sur la route Penfleps puis Red Cardell, remplacé par Jo Barré pour le réglage des instruments et du matériel de scène. Quelques mois plus tard, Patrick Goyat quitte la formation, et devient ensuite le bassiste du groupe Ouf ! La puce.

Douleur (1995–1996) thumb|upright|alt=Jean-Michel Moal et Jean-Pierre Riou|Jean-Michel Moal à l'accordéon et Jean-Pierre Riou à la bombarde. Le duo est souvent comparé à un couple de sonneurs de fest-noz ou à un tandem du rock façon Jagger/Richards.

En 1995, les trois musiciens du trio originel, Riou, Moal et Proërer, poursuivent les concerts en France, dont une première participation au festival des Vieilles Charrues en Bretagne et à la Foire aux vins d'Alsace, ainsi qu'en Suisse (Genève) et en Allemagne (Freiburg). Puis, ils entrent au studio Impuls, à Herent, en Flandre belge, aux côtés de Stephan Kraemer (Fishbone, Slade, Yann Tiersen, Gojira, Axelle Red), qui produit et joue aussi des claviers sur plusieurs titres de l'album Douleur. Celui-ci sort en , sous le label rennais N'Less Music, qui réédite leur premier album Rouge, accompagné d'un cédérom. La chanson Fantômes servira de générique aux émissions Culture Breizh et Breizh O Pluriel, sur France Bleu . Dans Parliament II, succédant à l'interprétation en introduction du morceau par Philippine Riou (la fille de Jean-Pierre) de La Jument de Michao (clin d'œil au groupe Tri Yann), un rap parle avec douleur de l'incendie qui a ravagé le symbole politique qu'est le parlement de Bretagne à Rennes, dans la nuit du 4 au 5 février 1994.

À l'été 1996, le groupe est de retour à l'affiche du Festival des Vieilles Charrues puis des Eurockéennes de Belfort, devant , et se fait applaudir par près de aux Jeudis du port, à Brest. En Pologne, l'album , de la chanteuse Renata Przemyk, sorti chez Sony Music en 1996, devient double disque de platine. Elle y interprète trois titres des bretons, dont son premier single, Zero (Odkochaj nas), reprise de Kas Ha Bar, qui reste plusieurs semaines dans le hit-parade polonais.

3 (1997–1998)