L’Austrasie (Ostar-rīki, royaume de l'Est, en vieux-francique, ōstar- et -rīhhi en vieux haut allemand, *aus-ter- et *rīkja en proto-germanique.) est un royaume franc (ou Teilreich) de l'époque mérovingienne. Ce royaume couvre, outre le nord-est de la France actuelle, le reste des bassins de la Meuse et de la Moselle, jusqu’aux bassins moyen et inférieur du RhinMichel Parisse, Metz, capitale d'Austrasie (450-925) (dir. François-Yves Le Moigne), Histoire de Metz, éd. Privat, 1986, 67-87. et peut être considéré comme le berceau de la dynastie carolingienneRégine Lejan: Austrasien - Versuch einer Begriffsdefinition. In: Die Franken. Wegbereiter Europas. Catalogue de l'exposition du Reiss-Engelhorn-Museen 8 septembre 1996 - 6 janvier 1997, Philipp von Zabern, Mainz, 1996 ()..
Limites géographiques L’Austrasie était limité au nord et à l'est par le Rhin, au sud par le plateau de Langres et la plaine de la Saône (royaume de Bourgogne) et à l'ouest par l'Escaut (royaume de Neustrie)
L’Austrasie comprend ce qui est aujourd'hui : La Champagne La Lorraine L'Alsace Les 2/3 est de l'actuelle Belgique Le sud des actuels Pays-Bas (Brabant, Zélande, Limbourg et Gueldre) l'actuel Luxembourg Une partie variable de l'ouest de l'Allemagne comprenant au moins la Rhénanie la Suisse .
Contexte historique L'Austrasie, comme son nom l'indique, est le royaume des Francs orientaux constitué à partir de l'ancien territoire des Francs Ripuaires, et créé de fait en 511, à la mort de Clovis, lorsque le territoire de celui-ci est partagé entre ses fils. Il est d'abord désigné comme Royaume de Reims, puis comme Royaume de Metz, du nom de ses capitales, puis est nommé pour la première fois Austrasie à la fin du par Grégoire de ToursGrégoire de Tours, Histoires des Francs, livre V, 14., sous le règne de , fils unique de et Brunehilde.
Le royaume est d'abord dirigé par Thierry (ou Theudoric) (c. 492-534), puis par son fils Thibert Ier (ou Théodebert Ier), et son petit-fils Thibaut (ou Theudebald). L'ancien royaume de Clovis, augmenté du royaume de Bourgogne, est réunifié par , vers 555, puis de nouveau partagé entre ses fils à sa mort. L'Austrasie échoit alors en 561 à . Souhaitant se rapprocher de ses immenses possessions rhénanes, Sigebert s'installe à Metz et y épouse Brunehilde en 566. Ce mariage est évoqué dans le livre de Grégoire de Tours, et dans un poème de Venance Fortunat. La princesse y est alors présentée sous un jour favorable. Un long conflit dynastique va opposer Sigebert à son frère , souverain de Neustrie. Ce conflit ne se terminera qu'en 613, avec l'exécution de Brunehilde et de leurs petits-enfants par , fils de Chilpéric.
règne alors sur l'ensemble du royaume franc, et confie le royaume d'Austrasie à son fils , de 622 à 632. fixe la Loi ripuaire, ou , inspirée par la Loi salique, et l'applique à l'ensemble du territoire austrasienRudolf Sohm: Über die Entstehung der Lex Ribuaria, Verlag Hermann Böhlau, Weimar, 1866 ().. En 629, il succède à son père, comme roi des Francs.
La famille aristocratique des Pépinides prend alors une importance croissante, gouvernant à travers la fonction de maire du palais et fondant de nombreux monastères, dans le cadre de la christianisation du royaume, et pour asseoir son pouvoir. Après le procès de CannstattMadeleine Châtelet : Le haut Moyen Âge en Alsace, in Bilan scientifique de la région Alsace, Hors série 2/2, Service régional de l'archéologie, DRAC Alsace, 2006 ()., en 746, l'Austrasie absorbe le royaume Alaman, comprenant la majeure partie de l'Alsace, de la Suisse alémanique, du Bade-Wurtemberg en Allemagne et du Vorarlberg en Autriche.
alt=Regnum Francorum divisé au |vignette|Regnum Francorum divisé au |440x440px
Les Pépinides fondent ainsi la dynastie carolingienne : l’Austrasie disparaît finalement en 751 avec le dernier roi mérovingien, pour être intégrée dans le grand royaume franc, réuni par Pépin le Bref et son fils Charlemagne.
Politique et territoire thumb|upright|Carte des royaumes francs; les conquêtes en Germanie sont datées.
Royaume des Francs de l'est thumb|upright|Carte de l'ancien royaume d'AustrasieÀ la mort de Clovis en 511, le royaume franc qu'il avait conquis fut partagé entre ses fils.
Théodoric, plus connu sous le nom de , reçut en part d’héritage le royaume de l’Est, appelé aussi Austrasie. Les limites en sont mal connues, il s’agirait d'un territoire qui comprenait la Belgique première et la Belgique seconde, ce qui correspond aujourd'hui à la Lorraine, la Rhénanie, l'Alsace, la Champagne, la Belgique et la partie septentrionale des actuels Pays-Bas.
L’Austrasie incluait le territoire des Francs rhénans; en 534, un certain Mundéric, probable descendant du roi Sigebert le Boiteux, tenta de s'emparer du royaume, mais fut vaincu par ThierryChristian Settipani, Les Ancêtres de Charlemagne, 1989, pages 95-96.
fixe sa résidence principale à Reims. De 534 à 547 : Thibert Ier (Théodebert Ier) Il est considéré comme le plus brillant des successeurs de et s’empresse de montrer son indépendance, frappant sa propre monnaie. L'empereur romain Justinien Ier lui envoie des ambassadeurs. Mais il meurt tôt, en 547/548. De 547 à 555 : Thibaut Ier son fils Thibaut meurt en 555, laissant pour six ans l’est au pouvoir de , fils de . Le « roi de Soissons » va réunir tous les royaumes francs sous un seul sceptre. De 555 à 561 : Chlothaire ou Reconstitution du royaume de Clovis au profit de .
Règne de Sigebert et Brunehaut vignette|Mariage de Sigebert et Brunehaut, miniature d'un manuscrit des Grandes Chroniques de France, . À la mort de en 561, le royaume est à nouveau réparti entre ses quatre fils. reçoit en héritage la partie orientale du royaume, avec Reims pour capitale. Son frère hérite de la Neustrie. En 566, Sigebert épouse Brunichildis, (Brunehilde ou Brunehaut), la fille du roi des Wisigoths, à Mettis (Metz), dont il fait sa capitale. Chilpéric souhaita alors lui aussi une alliance royale ; il répudia ses précédentes épouses, et obtint la main de Galswinthe, sœur de Brunehaut. Très vite lassé, il la fit étrangler. Ce fut le début d'un faide qui dura jusqu'en 613.
Après l'assassinat de Sigebert, tombé sous le coutelas des assassins guidés par l’intrigante Frédégonde, l'épouse de , Brunehilde doit gérer seule le pays, ce qu’elle fait avec toute son énergie en secondant son fils (575-597), puis son petit-fils, (597-612). Brunehilde dirige avec une grande fermeté ; ses préférences et ses rêves (notamment celui de reconstituer le grand empire romain d’Occident), malgré l’amitié marquée du grand évêque Grégoire de Tours, lui valent l’inimitié de ceux qu’elle voudrait réduire : les leudes austrasiens, dont Arnoul de Metz et Pépin de Landen dit l’Ancien. Finalement, un complot, initié par le fils de sa rivale Frédégonde, la fait tomber aux mains des Neustriens, après des luttes sanglantes entre les deux royaumes ; elle mourra en 613, attachée vivante à la queue d’un cheval furieux. , roi de Neustrie, s’empare du pouvoir. De 575 à 597 : et la régente Brunehilde. En 577, « Entrevue au pont de pierre « Pompierre » : Gontran, roi de Bourgogne, s’allie avec les Austrasiens et adopte . En 587, « Traité d'Andelot » : Le , Gontran, privé d’héritier mâle, promet de léguer à la totalité de ses domaines, ce qui rétablit la paix dans le royaume. De 597 à 612 : (ou ) et la régente Brunehilde. Lutte sans merci entre les deux rivales : Frédégonde, la reine de Neustrie, et Brunehilde, la reine d’Austrasie, qui voit son pouvoir contesté par les colombaniens et les leudes Austrasiens qui supportent mal de voir une femme aux rênes du royaume. Ces complots débouchent sur un traquenard dans lequel tombera l’ancienne arienne, qui se voit accusée par ceux qui l’ont trahie de tous les maux : régicide et infanticide. En 613 : et son frère Corbus sont exécutés : saignés et fracassés contre un rocher. Leur frère Mérovée ne doit son salut qu’au fait d’être tondu par son parrain (pour les Francs, « l'esprit » de chef guerrier - le mund - est symbolisé par le port de la longue chevelure), ce qui lui vaut la vie sauve et de finir sa vie dans un monastère colombanien.
Déclin des Mérovingiens De 613 à 622 : vignette|upright|Exécution de la reine Brunehilde. Après l’exécution de Brunehilde, et l’assassinat de , s’empare du pouvoir. De 622 à 639 : (né entre 604 et 609, mort le ) , désormais « roi des Francs » confie l’Austrasie à son fils , appuyé sur l'efficace Arnoul de Metz, son mentor, futur évêque de Metz à partir de 612. Le fils d'Arnoul, Ansegisel, épouse Begga, la fille de Pépin de Landen dit l’Ancien, dont sont issus les carolingiens. À la mort de son père , part pour Paris, nouvelle capitale, pour y devenir le roi de tous les Francs. De 634 à 656 : part donc devenir « roi des Francs » et confie , son fils âgé de , à ses leudes Austrasiens, notamment Otto (Otton, Othon), « domesticus » (officier du palais faisant partie de la cohorte des antrustions) ; est éduqué par Pépin de Landen et l'évêque Kunibert de Cologne. La mort de Pépin l’Ancien en 639 porte les germes d'un conflit annoncé pour sa succession comme maire du palais, entre son fils et Otto. , âgé de moins de dix ans, doit faire face à une guerre contre le duc rebelle Radulf, qui mène les Thuringes à la révolte ; contre toute attente, victime d'un traquenard, l'armée austrasienne, pourtant renforcée par les troupes d'Auvergne, subit un sérieux revers, et Radulf se proclame roi de Thuringe, après avoir signé un traité d'alliance avec les Wendes. Le petit roi Sigebert doit même demander l'autorisation de repasser le Rhin à son vainqueur : le pouvoir royal, fragilisé, laisse la place à toutes les tentations. Un an et demi plus tard, en 642, réussissait à faire assassiner Otto en armant le bras du duc Alaman Leutharius, et se proclamait « maire du palais »... Un maire du palais bien fourni en terres, ce qui faisait que sa puissance était sans commune mesure. , lui, n'était qu'un fils naturel contesté de et de Raintrude, sa concubine, « fruit des désirs frénétiques, donc diaboliques, de son père Dagobert », ainsi que le considérait l'évêque missionnaire Amand de Maastricht. Dès lors, c'est , l'ambitieux fils de Pépin de Landen, qui à la mort de son père, en 643, gouverne de fait L'Austrasie, au nom de . De 656 à 662 : Grimoald, audacieux et sans limites, essaie même de substituer sa descendance à celle des Mérovingiens en faisant adopter Childebert par . (mais n'aurait-il pas « encouragé », perversion suprême, sa propre femme à entrer dans le lit de , ce qui ferait donc de Childebert le vrai fils de ?). Childebert devient donc « Childebert l'Adopté ». Le coup de maître semble avoir réussi, car , fort pieux, est surtout intéressé par la fondation de monastères et d’églises (abbaye de Stavelot, Saint-Martin devant Metz). De 662 à 675 : , fils de Mais , est marié avec Himenechilde (ou Emnechilde), qui lui donne, contre toute attente, un fils légitime , qui naît vers 646. Dès lors, pour que le masque tombe, il faudra faire preuve de patience : attendre que décède en 656, pour que s'empare de , le fasse tondre (ce qui lui enlève sa qualité royale), et l'exiler dans un couvent irlandais. Les leudes Austrasiens ne semblent pas accepter cet état de fait : tenus à l'écart depuis une vingtaine d’années, ils complotent, s'emparent de , qu'ils livrent à , « le roi des Francs de Neustrie », qui le fait jeter en prison en 657 ; meurt entre le et le , assassiné sur ordre de , le successeur de . Le corps de celui-ci est à peine en terre, que l'évêque de Tours, Chrodobertus fait enlever son épouse, dont on nous dit qu’il l'oblige à prendre le voile, après l'avoir fait passer dans son lit... Passons sur quelques autres épisodes de ces luttes à répétitions, comme celui qui vit Vulfetrude, la fille de Grimoald, respectable abbesse de Nivelles, se faire voler toutes les terres qui appartenaient à son abbaye. En fin de compte, la branche mâle des Pépinides avait donc échoué.