Le taquet correspond, dans sa simplicité primitive d'emploi dans l'art de la charpente ou de la menuiserie, tôt associé à l'art de la navigation fluviale et maritime, à une pièce de bois taillée, qui sert à stabiliser un montage, à tenir provisoirement en place ou immobiliser un objet souvent lourd. Il s'agit souvent d'une pièce de bois ou de métal qui fait partie d'un dispositif de fixation, de maintien, d'arrêt, de limite ou de contrôle. La pièce peut être de diverses formes et en matière variée selon le dispositif, plus ou moins complexe.

Les taquets les plus communs, notamment pour les usages domestiques, peuvent être acquis en magasins spécialisés, grandes surfaces de bricolage ou quincaillerie. En technologie et en mécanique, le taquet peut se réduire à un élément de mécanisme (souvent une pièce basculante) assurant un verrouillage, un arrêt ou un contrôle de mouvement.

Mot technique d'origine dialectale Ce substantif masculin est issu des dialectes normanno-picards, c'est-à-dire des parlers picards et normands encore très proches à la fin de l'époque médiévale. Il provient de l'ancien normand estaque, issu du francique stakka signifiant poteau, ici poteau d'attache, d'arrêt ou de limite. Ce terme dialectal qui a la même origine que l'ancien français estache ou l'anglais stake, et s'apparente au verbe français attacher, s'est simplifié en taque, mot attesté en moyen français dès 1392Pol Corvez, . La forme diminutive picarde tacquiet est attestée en 1459 dans les archives hospitalières de Béthune..

Son emploi en langue française est rare avant le Dictionnaire Le Robert.. Emile Littré mentionne ce mot polysémique dans son dictionnaire de la langue française, paru en gros volumes entre 1873 et 1878, proposant une autre étymologie savante regroupant abusivement tous ces multiples emploisLe Dictionnaire Littré propose quatre significations : terme de marine, terme de menuiserie, piquet d'arpentage, terme de fauconnerie.. Selon le maître, il s'agit d'un diminutif de l'ancien français "tac" provenant d'un terme allemand, signifiant "clou, pointe", qu'il rapproche de l'espagnol "taco", clou, chevilleL'étymon allemand proposé serait similaire à celui de taque (plaque métallique, au pouvoir vibrant - potentiellement sonore - ou de fonte noire - inertie thermique -) comme au mot français "tache".. Cette approche, oubliant le rôle fondamental d'attache, a le mérite de rappeler le vieux verbe français taquer, signifiant "battre, frapper, fouler, presser" avant le , qui a incontestablement eu une influence sur l'emploi moderne du mot taquet, notamment en imprimerieMarcel Lachiver, , entrée taquer (verbe). Dans le Morvan, le tisserand taque sa toile. Dans l'Yonne, taquer les échalas de vigne signifie les enfoncer à coups de maillet. Le verbe en pays messin s'assimile même à l'action vigoureuse de pétrir le pain. Marcel Lachiver n'a aucune peine à trouver d'autres mots de même racine apparente. Dans le Mâconnais, un taquier, à l'origine un cloutier ou fabricant de clous, était un charpentier de bateau. Le diminutif lyonnais taquerot est un morceau de bois pour frapper. Une terre taquée (Jura) ou taconnée (Est de la France) est une terre bien trop durcie et impropre à la culture, d'abord fortement tassée par des pluies après labour, puis soumise à un soleil ardent.. Cette idée de frapper est incontestablement présente dans diverses acceptions secondaires et anciennes du mot "taquet", pour l'essentiel appartenant à un second registre lexical, différent du registre dévoilé dans ce développement qui correspond au dispositif et à l'attache primitive en boisLire l'article qui couvre sommairement l'ensemble des significations..

Son usage dans la marine semble plus précoce, sans doute par les constructeurs de bateaux ou charpentiers de marine qui innovent dès la fin du . Ainsi les "taqués" figurent dans les comptes du clos des galées de Rouen en 1384. En 1643, le lexique marin français, grâce à l'opus sur l'Hydrographie de Georges Fournier, enregistre le mot taquet, un diminutif de taque ou du vieil estaquePol Corvez, ibidem. Ce mot racine ne doit pas être confondu, comme le croit Emile Littré, avec les larges plaques en fonte à inertie thermique ou "taques" de cheminées, autre terminologie technique, mais originaire du nord de l'Allemagne. Le taquet ou taquet de bitte permet de tourner et frapper les amarres, les haubans et autres manœuvres.

Le français, langue militaire et diplomatique, scientifique et littéraire investit massivement des champs techniques triviaux à l'époque contemporaine. Le terme français du nord-ouest envahit le monde des chantiers, du bâtiment et des transports, des mines et des travaux publics, des ateliers et des usinesTrésor de la langue française informatisé ou TLFi en ligne. L'écrivain exilé Victor Hugo rend hommage à la vieille langue de la mer, des marins de Jersey, Aurigny et Guernesey, pratiquée encore dans les années 1820, dans une énumération d'un lexique hégémonique au troisième chapitre de son roman Les Travailleurs de la mer rappelant sa disparition dans le courant du siècle : "taquets (on disait bittons)"Victor Hugo, Les travailleurs de la mer, en particulier chapitre III, La vieille langue de la mer, citation page 79..

Le mathématicien Charles Delaunay, dans son cours élémentaire de mécanique théorique et appliquée, mentionne a minima trois types de taquets, le taquet de trémie du moulin à farine en meunerie, les petits taquets des machines à colonnes d'eaux, les taquets des machines à vapeurCharles Delaunay, , en particulier "Trémie de meunerie" , "Machines à colonnes d'eau simples", , et "Bouliers de machines à vapeur", ..

D'une manière générale, dès qu'une description rigoureuse d'une machine, d'un montage technique, d'un dispositif de sûreté spécifique est entreprise, l'auteur spécialiste a souvent recours à ce terme technique, parfois accolé à un autre terme technique qui le précise encore mieux, ainsi s'expliquent les dizaines d'occurrence de taquets dans La Grande Encyclopédie dont la société de rédaction est dirigée par Marcellin BerthelotSi l'encyclopédie ne prétend pas couvrir le champ de la technologie de manière exhaustive, l'article "taquet d'arrêt" curieusement tronqué ou resté à l'état d'ébauche, est limité à une courte présentation de quelques taquets de chemin de fer, parmi lesquels figure le taquet d'arrêt de chemin de fer. Une partie "taquet (marine)" aurait dû être publiée, comme le suggère le renvoi vide à l'article "taquet(s)" à partir de l'article safran simplement mentionné.. Ainsi, outre le court article "taquet d'arrêt (chemin de fer)", les articles intitulés : aiguille d'éperon (marine), baguette (baguette de fusil), coques de navire (usage de taquet de jonction), courbes (charpenterie de marine), crible (cribles à mouvement alternatif), croc de marine, échappement (barrages mobiles), évite-molette (mines), extraction (mines), lancement de bateau, liure (marine), machine à vapeur (régulateur à boules de Watt), molette (mines), moteur (moteur éolien), pneumatique (physique, pompe à mercure), pompes (pompes à taquets), pont (maçonnerie de voute)...

Le traducteur francophone du roman de Jack London, Les vagabonds du rail, utilise le terme pour qualifier les deux pièces parfois étroites, placées au-dessus des tampons entre deux voitures ferroviairesLes vagabonds du rail, classique du , bibliothèque électronique du Québec, paragraphe 9, .. Ainsi la phrase montrant l'instabilité du voyageur entre deux wagons en déplacement dans un long virage : "le vagabond se tient debout un pied sur chacun des taquets...".

Multiples champs techniques Le taquet peut correspondre à un simple coin de bois utilisé pour caler un meuble, en menuiserieMarcel Lachiver, Dictionnaire du monde rural, Les mots du passé, Fayard, 1997, 1816 pages, entrée "Taquet", . Marcel Lachiver décrit en premier abord le taquet comme un terme de menuiserie et un mot d'arpentage (piquet de repère).. La pièce de bois peut servir à placer ou maintenir l'encoignure d'un gros meuble ou d'une armoire. Elle peut servir à maintenir, caler et fixer des éléments d'un meuble.

Variété des montages en menuiserie, huisserie, techniques anciennes et modernes De multiples taquets associés à différents montages existent, à l'image des sept taquets traditionnelles de la caisse du violon en lutherie ou des taquets d'étagère du système 32. Le lexique menuisier a aussi conservé le taquet d'escalier et le taquet d'échelle. Le premier est un ensemble composé de deux pièces en équerre, dont l'une est réglable à hauteur voulue pour assurer les travaux dans les escaliers. Le second comprend deux pièces métalliques articulées et fixées sur les barreaux d'une échelle, pour y monter et travailler en toute quiétude. Dans le bâtiment et les travaux publics, le taquet d'échelle est un petit plateau pliant se fixant sur une échelle et servant de support.

En huisserie comme en technique mécanique, il peut s'agir d'une pièce de bois ou de métal servant d'arrêt ou de butée, voire d'une petite pièce mobile servant de butée ou de verrouMarcel Lachiver, , mentionne que le terme, à Calais et dans la région du Hainaut, est synonyme de verrou.. Ce morceau de bois ou de métal qui tourne autour d'un axe ou coulisse le long d'un axe maintient une porte close ou un grand portail fermé. Le taquet, synonyme de loquet peut désigner un simple bouton qui cale par exemple la porte arrière d'une voiture. Une fenêtre à guillotine est conçue avec son taquet.

Les soutiens qui maintiennent la barre en place dans les disciplines sportives de saut, par exemple en athlétisme ou au concours de saut hippique, sont nommés couramment taquets. Les forestiers de l'Anjou mettaient sur taquets les planches récemment coupées afin de les faire sécherMarcel Lachiver, ibidem.. Le taquet est ici un petit bout de bois isolant les unes des autres les planches provenant des arbres débitésMarcel Lachiver, , mentionne aussi l'usage en Anjou, sous cette même appellation, d'un petit crochet, sorte de pince de bois à deux branches, servant à fixer le linge mis à sécher, sur une corde..

Les artistes utilisent divers taquets, dispositifs de fixation, pour sécher leurs peintures et dessins. Parmi ces dispositifs, citons l'élégant taquet français. Fruit de l'art mécanique perfectionné du , l'art des marionnettes les plus simples dispose de taquets de positionnement, en particulier pour la tête que le manipulateur veut souvent garder expressive.

Bâtiment, charpente et couverture En charpente et en couverture, le taquet désigne une petite pièce de bois, un petit bout de bois qui soutient l'extrémité d'un tasseau. Ce bout de bois peut aussi porter une barre qu'on ne peut arrêter avec des clous. Dans certains montages de charpentier, le taquet peut être une cheville supplémentaire de fixation. Les charpentiers du Bas-Maine attachaient au solive des pièces de bois, nommées taquets, destinées à retenir le râtelier, dans les étables. Les charpentiers de marine, confrontés au défi quotidien de réaliser des "courbes" ou pièces de bois courbées, à partir d'arbres de moins en moins longs ou en bois tors ou tordus, pris comme bois de marine, se servaient de taquets de mise en forme, transmettant la pression ou la contrainte mécaniqueArticle "Courbe", La Grande Encyclopédie, . Sur un chantier de bateau, le terme taquet désigne un dispositif d'arrêt, maintenant en place le navire en construction.