alt=Unité d'insurgés inconnue. Région de Rivne, vers 1947.|vignette|Unité d'insurgés inconnue. Région de Rivne, vers 1947.

L’Armée insurrectionnelle ukrainienne ou UPA (, Ukraïns'ka povstans'ka armiya) est une armée de guérilla ukrainienne formée en , en Volhynie, et dirigée par Dmytro Klyatchkivsky et Roman Choukhevytch. Elle constitue la branche militaire de l'Organisation des nationalistes ukrainiens (OUN-B), un mouvement ultra-nationaliste dirigé par Stepan Bandera, dont le principal objectif est l'instauration d'un État ukrainien indépendant. Cet objectif, selon la déclaration fondatrice de l'OUN, .

Les forces de l'UPA combattent à la fois l'armée allemande, la résistance polonaise, et les forces soviétiques. Bien que motivés initialement par un sentiment d'exclusion ethnique anti-allemand, ils finissent par collaborer avec les nazis à partir de 1944, après que ces derniers aient été chassés d'Ukraine par les troupes soviétiques. L'organisation commet des massacres de masse contre les populations polonaises, qui font entre et victimes selon les estimations. L'UPA assassine également plusieurs plusieurs milliers de Juifs en Volhynie et en Galicie orientale. Ces exactions sont aujourd'hui reconnues par la Pologne comme un génocide, .

Historique En , au cours de son congrès à Cracovie, l'OUN se scinde en deux : Bandera prend la tête de la partie la plus radicale, l'OUN-B, tandis qu'Andriy Melnyk contrôle la deuxième branche, l’OUN-M. Le , au château du Wawel (à Cracovie), les membres de l'OUN-B jurent loyauté au Troisième Reich, représenté par le gouverneur général de Pologne, Hans Frank. Bandera espère ainsi, en échange de son soutien dans la guerre germano-soviétique qui se prépare, l'aide de l'Allemagne nazie contre l'URSS afin de permettre l'instauration d'une Ukraine libre et indépendante.

À la suite du déclenchement de l', l'OUN-B proclame l'indépendance de l'Ukraine le , à Lviv. Cependant le régime nazi refuse de reconnaître la création d’un État ukrainien indépendant et de nombreux dirigeants de l'OUN-B sont arrêtés, puis déportés ou exécutés. Bandera lui-même est incarcéré dans le quartier privilégié du camp de concentration de Sachsenhausen, de à . Cette répression entraîne un revirement de l'OUN-B, qui va progressivement entrer en résistance contre les Allemands. En 1942, elle fonde l'Armée insurrectionnelle ukrainienne, qui affronte à la fois les Allemands et les Soviétiques.

Deux autres UPA ont également existé en Volhynie. La première a été formée au printemps 1942, elle fut d'abord connue sous le nom de Sitch de Polésie et n'avait pas de lien direct avec l'OUN. Cette UPA, dirigée par Taras Borovets, avait des liens avec l'UNR en exil. Elle a par la suite été rebaptisée « Armée révolutionnaire du peuple ukrainien » en 1943, avant d'être plus tard absorbée par l'UPA de l'OUN. La seconde fut l'UPA d'Andriy Melnyk, créée au printemps 1943 ; comme la précédente, elle fut absorbée par l'UPA de Stepan Bandera en .

Massacres contre les Polonais et les Juifs alt=Des membres du groupe "Bira" capturés par des soldats de l'Armée populaire de Pologne dans la région de Zatwarnica en 1946.|vignette|Des membres du groupe « Bira » capturés par des soldats de l'Armée populaire de Pologne dans la région de Zatwarnica en 1946. vignette|Victimes d'un massacre perpétré par l'UPA dans le village de en 1943 vignette|Ruines de l'église de Kysylyn dans laquelle les fidèles furent massacrés par l'UPA le pendant la messe. vignette|Monument aux victimes assassinées par l'UPA dans le cimetière de en Ukraine.

En 1943, l'UPA adopte une politique de massacre et d'expulsion systématique de la population polonaise. En mars 1943, l'OUN-B impose une peine de mort collective à tous les Polonais vivant dans l'ancienne région de Kresy, correspondant au sud-est de l'ancienne Deuxième République. Quelques mois plus tard, des unités locales de l'UPA reçoivent l'ordre de Dmytro Klyachkivsky, Vasyl Ivakhov, Ivan Lytvynchuk et Petro Oliynyk de mener à bien l'opération.

Le nettoyage ethnique des Polonais commençe à grande échelle en Volhynie fin février de cette année-là et se poursuit jusqu'à la fin de 1944 lorsque les derniers territoires sur lesquelles ils effectuaient leurs exactions sont libérés par l'Armée rouge. Le 11 juillet 1943, surnommé en Pologne le , fut l'une des journées les plus meurtrières. Les unités de l'UPA, village après village, massacrent l'ensemble des civils polonais qu'ils rencontrent. Ce jour-là, elles encerclèrent et attaquèrent 99 villages et hameaux polonais dans les raïons de Kovel, Horokhiv et Volodymyr, ne laissant aucun moyen à leur population de fuir, et presque aucun survivant. Le lendemain, 50 autres villages furent pris pour cible. En janvier 1944, le carnage de l'UPA s'étend à la Galicie, mais contrairement à la Volhynie, où les villages furent détruits et leurs habitants assassinés sans sommation, en Galicie orientale, les Polonais eurent parfois le choix entre fuir et mourir. Des paysans ukrainiens se joignaient parfois à l'UPA dans les violences, et de larges bandes de pillards armés, parfois sans lien avec l'UPA, se livraient également à des crimes contre les civils. Certains civils ukrainiens, face à l'ampleur des massacres, ont cherché à protéger leurs voisins polonais, soit en les cachant lors des raids de l'UPA, soit en attestant que les Polonais étaient en réalité ukrainiens.

Les méthodes employées par l'UPA pour perpétrer les massacres étaient particulièrement brutales et commises sans discernement ni retenue. L'historien Norman Davies décrit ainsi les tueries :

Des villages furent incendiés. Des prêtres catholiques furent tués à la hache ou crucifiés. Des églises furent brûlées avec tous leurs paroissiens. Des fermes isolées furent attaquées par des bandes armées de fourches et de couteaux de cuisine. Des gorges furent tranchées. Des femmes enceintes furent tuées à la baïonnette. Des enfants furent coupés en deux. Des hommes furent pris en embuscade dans les champs et emmenés.

Au total, on estime entre 60 000 et 100 000 le nombre de civils polonais tués. Parmi les victimes de l'UPA figuraient aussi des ukrainiens n'adhérant pas au récit nationaliste, et qui par conséquent étaient considérés comme des traîtres. Après le début des massacres, les unités de l'Armia Krajowa et les partisans ripostèrent en menant des attaques contre l'UPA et ses complices. Le , la Diète de la République de Pologne a adopté une résolution qualifiant les massacres commis par l'UPA de génocide.

Participation à la Shoah

L'OUN-B a mené une politique d'infiltration de la police allemande afin d'obtenir des armes et une formation pour ses membres. Ce faisant, elle a aidé les Allemands à perpétrer la Shoah. La police auxiliaire ukrainienne, travaillant pour les nazis, a joué un rôle de soutien crucial dans le meurtre de 200 000 Juifs en Volhynie et en Galicie orientale au cours du second semestre 1942. La plupart des policiers y ayant participé ont déserté au printemps suivant et ont rejoint l'UPA. Avant cela, dès 1940-1941, les publications des organisations politiques ukrainiennes étaient déjà devenues explicitement antisémites. L'historien Shmuel Spector a estimé en 1990 que l'UPA et l'OUN avaient conjointement traqué et tué plusieurs milliers de Juifs.

Début 1943, l'OUN-B entra en conflit armé ouvert avec l'Allemagne nazie. Malgré cela, les meurtres de Juifs ne cessent pas pour autant, ceux réfugiés chez des Polonais étaient souvent tués par l'UPA en même temps que leurs hôtes. Les Juifs ayant fui les ghettos pour se réfugier dans les forêts étaient aussi régulièrement tués par des membres de l'UPA.

Lutte contre l'Allemagne nazie gauche|vignette|Volodymyr Vyatrovych, Roman Hrytskiv, Ihor Derevyany, Ruslan Zabily, Andriy Sova et Petro Solod, Quartier général du district militaire -3 « Lysonya » (VO-3) de l'UPA. Une estimation allemande indiqua que l'UPA alignait jusqu'à (d'autres estimations donnent des chiffres variant de ). Ses hommes ont mené des raids sur des centaines de postes de police allemands et des convois militaires. Vers la fin de 1943 et au début de 1944, l'UPA contrôlait la majeure partie du territoire de Volhynie, en dehors des grandes villes, et a pu organiser les services de base pour les villageois comme les écoles, les hôpitaux et l'impression des journaux. Dans la région de Jytomyr, libérée des nazis par l'Armée rouge en - (un fort groupe de partisans soviétiques s'y installa en février et ), le général allemand - Kommissar Leyser estima que les combattants de l'UPA contrôlaient plus de 80 % des forêts et 60 % des terres agricoles.

alt=Carte de Noël réalisée et distribuée par l'Armée insurrectionnelle ukrainienne.|vignette|Carte de Noël réalisée et distribuée par l'Armée insurrectionnelle ukrainienne (з різдвом христовим = Joyeux Noël).

En , les troupes de SS allemands et les forces de police, sous le commandement du général Erich von dem Bach-Zelewski, considéré comme un expert dans la lutte contre la guérilla, tentèrent de détruire l'UPA du Nord dans la région de Volhynie lors de l'opération « BB » (Bandenbekämpfung). Ce général avait été choisi spécialement par Heinrich Himmler afin de détruire l'UPA lors de cette opération. Au cours de l'opération « BB », Bach-Zelewski avait sous ses ordres 10 bataillons motorisés de troupes SS, des forces de police polonaise et allemande, 2 régiments de l'armée hongroise, et trois Bataillons de Cosaques levés parmi les prisonniers de guerre soviétiques. Au mois d'août, cette opération s'est révélée être un échec militaire. Au cours de cette lutte, les 19 et , les unités militaires de l'UPA ont capturé le centre de Kamin Koshyrsky, battant plusieurs bataillons allemands et saisissant de grandes quantités d'armes et de munitions. Erich von dem Bach-Zelewski a été relevé de son commandement et remplacé par le général Prutzmann. En fin de compte les forces allemandes ont échoué à détruire l'UPA et à rétablir un contrôle sur les campagnes de Volhynie.

Les Carpates ont vu certains des plus lourds combats entre l'UPA et les forces allemandes à la fin de 1943 et au début de 1944, alors que l'UPA essayait de maintenir tant bien que mal le contrôle de plusieurs cols dans les montagnes. En , les bataillons Forêt Noire et Makivka de l'UPA défirent 12 bataillons allemands soutenus par l'armée de l'air allemande, dans une bataille pour le contrôle du territoire tenu par l'UPA.

En , l'OUN envoya une instruction pour « basculer complètement d'une lutte, menée contre les Allemands, vers une lutte totale contre l'Union des républiques socialistes soviétiques ».

En mai et , deux autres tentatives faites par les Allemands pour la capture de cols de montagne des Carpates ont été repoussées. Le , près du village de Nedilna, l'UPA défit une autre division allemande, et captura la totalité de son approvisionnement en colonne, dont de nombreux officiers et soldats.

Dans un compte-rendu des autorités américaines en 1948, un comité d'anciens commandants allemands du front de l'Est a affirmé que « le mouvement nationaliste ukrainien formait le plus fort mouvement de résistance en activité à l'Est, à l'exception de la Russie communiste ».

Lutte contre l'Union soviétique