Pif Gadget, également connu sous le nom de Pif, est un magazine trimestriel français de bande dessinée pour la jeunesse créé en , dont la fréquence de parution était à l'origine hebdomadaire, qui constitua un phénomène de presse majeur dans les années 1970-1980, avec plusieurs numéros tirés à un million d’exemplaires.

Successeur de Vaillant, le journal de Pif dont il reprend la ligne éditoriale à gauche, dès ses débuts Pif Gadget présentait la particularité d'inclure un gadget à chaque édition, mais également de contenir des récits complets, ce qui était novateur pour l'époque: la plupart des autres revues de bandes dessinées contenaient toujours des histoires à suivre, forçant ainsi à la fidélisation du lecteur par l’achat très régulier du même magazine. Le journal est lié au Parti communiste français mais sans le montrer dans son contenu et , selon Le Monde en 2015..

Alternant à chaque parution les styles comique et réaliste ainsi que la couleur et le noir et blanc, le magazine a notamment lancé des séries culte de la bande dessinée française (telles Corto Maltese, Rahan, Docteur Justice, etc., dans le style « réaliste », mais également Placid et Muzo, Pifou, Supermatou, Horace, cheval de l'Ouest, La Jungle en folie, Gai-Luron ainsi que Léonard et bien d'autres, dans le genre « comique »), tout en continuant à publier les aventures de Pif le chien.

Pif Gadget a été un phénomène de presse majeur dans les années 1970-1980. Après une interruption de 1993 à 2004, il paraît à nouveau sous forme de mensuel jusqu'en , puis sous forme de hors-série en . À la suite du succès des hors-série, la publication du magazine reprend sous le nom Super Pif en puis cesse en avec la parution du 9. La cessation définitive est annoncée fin .

Fin , une opération de financement participatif est lancée avec l'objectif de faire paraître à partir de fin un nouvel hebdomadaire intitulé Pif. Finalement, le magazine, dont la licence d’exploitation a été cédée à l'ancien député et ancien secrétaire d'État Frédéric Lefebvre, ressort à partir du sous le titre de Pif le mag, en parution trimestrielle.

Historique Les journaux communistes avant Pif (1901-1969) Les pionniers Le premier journal illustré pour enfants de la mouvance socialiste s'intitule Jean-Pierre. Il est créé le par une coopérative autogérée, , qui souhaite donner aux enfants autre chose que les traditionnels périodiques jeunesses qui sont le plus souvent catholiques.. Il comporte des contes, jeux et ce qui sera appelé plus tard des bandes dessinées.. Si le fond est comique, . Le travail manuel est mis à l'honneur et, de temps en temps, est publié un reportage sur une entreprise ou une école au fonctionnement socialiste. Par contre, l'idée de révolution socialiste est peu abordée. Faute d'abonnés, le mensuel s'arrête en ..

Il faut attendre le pour qu'un successeur apparaisse avec le journal Les Petits Bonshommes. Il est créé par la Ligue ouvrière de protection de l'enfance, très proche du syndicalisme révolutionnaire de la Confédération générale du travail (CGT), et constitue l'équivalent jeunesse de La Vie ouvrière. Le contenu est relativement similaire à Jean-Pierre et le ton est donné dans le premier numéro Les sciences sont mises à l'honneur, surtout pour combattre les idées de l'Église catholique.. Il contient beaucoup de dessins humoristiques sur les inégalités sociales, mais les bandes dessinées ont peu de contenu idéologique. La diffusion ne dépasse jamais la poignée de milliers de lecteurs et s'arrête en 1914..

Les Petits Bonshommes réapparaît huit ans plus tard. Il est proche, par sa direction, du Parti communiste français ; dans son comité de patronage, se trouve Anatole France ou Ferdinand Buisson. Grâce au soutien du Syndicat national des instituteurs, il connaît une diffusion dix fois plus importante que son prédécesseur.. L'écrit est mis en avant, pour se démarquer des autres périodiques, qualifiés de . L'influence des enseignants se ressent, avec une part belle faite à l'acquisition des connaissances ainsi qu'à des valeurs morales et civiques comme l'honnêteté, la solidarité, le courage ou encore le goût de l'effort. . Contrairement à ses prédécesseurs, il ne prend pas part au combat politique et ne s'en prend pas à l'Église. Les illustrations sont de bonne qualité, mais les bandes dessinées sont limitées à une page par numéro. Le périodique disparaît en 1926, après numéros..

En 1921, est créé Le Jeune Camarade, édité par la Fédération nationale des Jeunesses communistes. Sa ligne éditoriale est très politique, avec des descriptions très crues de la misère ouvrière, le capitalisme et le colonialisme, et les instituteurs sont montrés comme des gens brutaux. Beaucoup d'articles de propagande sur l'Union soviétique sont écrits., mais peu de bandes dessinées sont publiées. Il disparait en 1929..

Mon camarade En , la Fédération d'enfants ouvriers et paysans, émanant du Parti communiste français, crée le journal Mon camarade. Il est créé dans un contexte social explosif, où la crise touche la France et fait grimper le chômage. Des mouvements sociaux d'ouvriers et paysans éclatent dans le pays. Le PCF fait sienne la ligne anti-socialiste des bolcheviks, mais ses effectifs sont en forte baisse et ses résultats électoraux sont les plus mauvais depuis sa fondation. Dans ce contexte, les premiers numéros de Mon camarade sont très politisés. La diffusion du périodique se situe entre et , avec un contenu qui au début compte peu de bande dessinée. La ligne éditoriale est la suivante : dire la vérité aux enfants contrairement aux journaux . ; ainsi, les instituteurs sont dénoncés comme des gens cruels, les programmes scolaires seraient remplis de mensonges et l'école est une institution qui est contre les enfants de prolétaires.. De plus, y sont publiés des articles de propagande qui vantent les réalisations des municipalités de la banlieue rouge et de l'URSS, ainsi que des articles très anticléricaux axés sur l'Histoire et les sciences..

En 1934, le PCF change de ligne et réclame un front populaire antifasciste. La ligne éditoriale de Mon camarade change et devient moins militante.. Plus ouvert, le journal publie de plus en plus de bandes dessinées et, si le ton est toujours antibourgeois, les scénarios sont plus travaillés avec notamment la série Les Aventures de Pat'Soum qui est de loin la série la plus réussie de l'illustré. Une nouvelle formule est lancée en . avec l'introduction de pages de bande dessinée en plus, mais aussi avec plus de récits de fiction ou des jeux.. Le journal recrute de bons auteurs de bande dessinée, avec notamment Bob Dansler qui crée Jim Mystère, la série la plus populaire du périodique. Il s'agit d'un western qui renverse les clichés du genre, puisque le cowboy défend les Amérindiens et défend le gouvernement socialiste du Mexique.. Jean Trubert rejoint le journal en 1937 et adapte des grands récits d'aventures comme Gargantua ou Don Quichotte.. La science-fiction arrive au même moment dans le journal..

Malgré l'actualité brûlante de la fin des années 1930, le journal évite de trop en parler et préfère divertir ses lecteurs.. Le , considérant que le PCF est du côté de l'ennemi hitlérien en soutenant le pacte germano-soviétique, le gouvernement dissout le parti et la presse qui lui est liée dont Mon camarade. La plupart des exemplaires sont détruits pendant la guerre, pour éviter des ennuis avec l'occupant..

Vaillant

Pif est aussi l'héritier du journal de jeunes Vaillant, lié au mouvement communiste de jeunesse « des Vaillants et des Vaillantes ». et garda en sous-titre le nom du journal résistant Le Jeune Patriote, né en 1942 comme feuille ronéotéeJean-Christophe Ogier, La Marche de l'histoire, 26 janvier 2012., et devenu en 1945 le fleuron, côté jeunesse, du groupe de presse Union française de l'information, publiant des textes de très jeunes résistants comme Madeleine Riffaud et Pierre Ollier de Marichard"La résistance illustrée par la Bande dessinée", article publié dans L'Humanité du 22 Août 2014 ..

Pendant la guerre, lors de l'attaque de l'URSS par l'Allemagne nazie, le Parti communiste français appelle à une résistance armée contre l'occupant. En , est publié un tract baptisé Le Jeune Patriote, rédigé par des jeunes communistes et qui appelle à lutter contre les régimes fascistes.. En , le Gouvernement provisoire de la République française autorise les journaux issus des mouvements de résistances à paraître. Le , Le Jeune Patriote sort son premier numéro légal. Il est composé de nouvelles, jeux, dessins politiques et, à partir du numéro trois, de bandes dessinées. À cause de la pénurie de papier, le tirage est limité à quelques dizaines de milliers d'exemplaires.. L'équipe dirigeante transforme alors le journal, pour cibler les 8-12 ans ; une maquette est mise au point et des dessinateurs contactés (dont certains anciens de Mon camarade). Le nom Vaillant est choisi pour introduire le doute avec le journal catholique Cœurs Vaillants, alors interdit pour ses activités durant la guerre..

Le premier numéro de Vaillant sort le avec un contenu proche de celui de Mon camarade.. Le succès est au rendez-vous, puisque les vendus sont atteints à la fin de l'année. Dans le du , Raymond Poïvet et Roger Lécureux lancent la série de science-fiction Les Pionniers de l'Espérance. Dans le du , parait le premier Placid et Muzo de José Cabrero Arnal..

Vaillant rejette les super-héros américains, préférant publier des bandes dessinées avec des héros qui font le bien et refusent l'injustice, comme Yves le Loup de Jean Ollivier et René Bastard ( du ) ou Ragnar le Viking de Jean Ollivier et Eduardo Coelho ( du ). Des jeunes dessinateurs comme Paul Gillon ou Jean-Claude Forest débutent dans le journal. Dans le du , le journal offre à ses lecteurs pour Noël une histoire de Pif le chien, une série créée quelques années auparavant par José Cabrero Arnal dans le quotidien L'Humanité.. Par la suite, les problèmes de santé d'Arnal l'obligent à confier son chien à d'autres dessinateurs comme Roger Mas. ou Michel Motti. Des auteurs qui connaîtront un grand succès plus tard travaillent alors pour Vaillant, comme Jean Tabary, René Goscinny, Nikita Mandryka, Marcel Gotlib ou Christian Godard.

Face à la concurrence des petits récits complets qui séduisent de plus en plus les jeunes, Vaillant lance dans la précipitation une nouvelle formule en , avec un format plus petit et un plus grand nombre de pages. Il lance aussi des hors-série comme Pif Poche, qui se vendent très bien et permettent de compenser financièrement les pertes du journal.

De 1957 à 1964, le journal perd par an et tombe à vendus. De plus, les quelques albums publiés sont un échec commercial. Jean Ollivier et Roger Lécureux quittent la tête du journal. Pour redresser la situation, la direction du PCF impose Pierre Bellefroid au poste de directeur ; celui-ci prend des mesures radicales, parmi lesquelles la fermeture de la Librairie Vaillant qui s'occupait de la politique éditoriale des albums. Il remanie l'équipe dirigeante en licenciant les militants du Parti et nomme Georges Rieu comme rédacteur en chef, avec pour mission de mettre au point une nouvelle formule. Le premier numéro de cette formule sort en . Le chien Pif est mis en avant jusque dans le titre, qui devient : Vaillant, le journal de Pif, alors que le rédactionnel laisse sa place à des histoires complètes. Les ventes remontent grâce à une stratégie qui met l'accent sur des porte-clés offerts pendant plusieurs mois avec le journal et en persuadant les vendeurs volontaires de L'Humanité de vendre aussi Vaillant. Les ventes remontent, mais après l'opération « porte-clés » baissent de nouveau.

Débuts de Pif Gadget : la période rouge (1969-1973)