L'auto-stoppeuse fantôme est une légende urbaine dans laquelle une auto-stoppeuse, généralement une jeune femme habillée en blanc, mais aussi parfois un homme ou une femme âgée, fait de l'auto-stop la nuit et disparaît brusquement après être montée dans un véhicule, soit à l'approche d'un passage dangereux, soit en arrivant à une adresse donnée.
Ce phénomène est connu un peu partout dans le monde et est généralement considéré comme appartenant aux légendes urbaines, en particulier depuis la publication du livre de Jan Harold Brunvand The Vanishing Hitchhiker aux États-Unis en 1981 N'a pas été traduit et publié en français.. Selon Jean-Noël Kapferer, des récits de ce type ont été repérés et classés dès 1942Jean-Noël Kapferer, Rumeurs. Le plus vieux média du monde, Paris, Seuil, 1987., mais on en trouve déjà la trace aux États-Unis dans les années 1930.
Typologie du phénomène Malgré des variations notables, on retrouve un certain nombre de points communs à ces manifestations. La rencontre se produit la nuit sur une route peu fréquentée, souvent par le mauvais temps . La rencontre et la disparition se produisent toujours aux mêmes endroits. Le conducteur est le plus souvent un homme seul dans son véhicule, il est en général d'âge moyen ou mûr, et semble ne pas être spécialement pressé. Il existe une variante avec un jeune couple ou encore, plus rarement, une famille qui rencontre l'auto-stoppeuse.
L'auto-stoppeuse est une jeune femme vêtue de blanc, d'où son appellation de dame blanche. En fait, si le blanc ou les couleurs claires prévalent, certaines apparitions ont des vêtements colorés. Il existe même le cas d'une motarde vêtue de cuir, casque sous le bras. In Didier Audinot, Les Lieux de l'Au-delà, JMG, 1999, .. La description de l'auto-stoppeuse indique souvent qu'elle a une raison valable de se faire prendre en stop : une pile de livres, un panier lourd, etc. Ce chargement constitue fréquemment la preuve concrète laissée dans la voiture après la disparition de l'auto-stoppeuse.
Les auto-stoppeurs masculins sont rares, voire inexistantsDidier Audinot, Les Lieux de l'Au-delà, JMG, 1999, .. Toutefois, David Main and Sandy Hobbs dans leur étude de 1978, rapportent le témoignage d'un automobiliste nommé Powell. Ce dernier dit avoir conduit un auto-stoppeur avec lequel il découvrit une passion commune pour les échecs. L'homme propose de lui montrer un problème d'échecs intéressant et lui donne son nom et son adresse. S'il n'est pas chez lui, dit-il, le problème se trouvera dans son pot à tabac. Lorsque plus tard dans la journée Powell arrive à l'adresse donnée, la femme qui ouvre la porte lui apprend que son homme est mort il y a trois jours. Powell remarque le pot à tabac sur la cheminée et demande la permission de l'ouvrir, ce que la veuve accepte. À l'intérieur se trouve le problème d'échecs écrit sur une feuille de papier.
Les témoins semblent n'avoir aucun doute sur la réalité physique de l'auto-stoppeuse.
Témoignages Il existe à travers le monde un grand nombre de récits de ce phénomène. Pour la seule France métropolitaine, on recense précisément une trentaine de lieux. Didier Audinot aurait recensé 297 cas, répétitifs pour 75% d'entre eux, se produisant davantage dans certaines régionsLe chiffre de 297 est repris par Erik Pigani dans Psi Enquête sur les phénomènes paranormaux, Presses du Châtelet, Paris, 1999, en faisant référence aux cas cités dans l'ouvrage de Didier Audinot, Les lieux de l'Au-delà, JMG, 1999. Or seulement 33 cas précis sont répertoriés dans cet ouvrage, 29 en France et 4 à l'étranger. En fait, Didier Audinot avance ce chiffre de 297 cas en France dans une interview à Facteur X, n°20, éditions Cavendish Marshall, 1997. Sans plus de détails, il indique que le cas le plus ancien qu'il a répertorié date de 1907 et que ce phénomène se produit davantage dans des régions qu'il qualifie de « celtiques », soit 75 en Bretagne, 75 en Haute-Normandie, 37 en Pays de la Loire, 23 en Basse-Normandie, 23 en Ile-de-France, 18 en Picardie, 14 en PACA et en Rhône-Alpes, 13 en Centre, 11 en Auvergne, 10 en Poitou-Charentes et en Bourgogne, 9 en Lorraine, 7 en Aquitaine, 6 en Alsace et France-Comté, 5 en Languedoc-Roussillon, 3 dans le Nord, en Midi-Pyrénées et en Champagne-Ardenne, 2 en Limousin, 1 en Corse. Sauf erreur, la liste exhaustive de ces 297 cas présumés n'a jamais été publiée nulle part..
Sources anciennes La première relation du phénomène d'un individu qui monte dans un véhicule de passage, parle avec le conducteur puis disparaît, figure dans le Nouveau Testament, plus précisément dans les Actes des apôtres : un ange incite l'apôtre Philippe à attendre le passage d'un char sur la route déserte qui conduit de Jérusalem à Gaza. Son conducteur, un haut fonctionnaire éthiopien, lit les prophéties d'Isaïe. Philippe monte à bord du char, discute avec l'eunuque, le convertit et le baptise au cours d'un arrêt à un point d'eau. « Mais quand ils furent remontés de l'eau, l'Esprit du Seigneur enleva Philippe, et l'eunuque ne le vit plus »Actes des apôtres 8:26-39..
Un manuscrit suédois de 1602 relate un conte (présenté comme un témoignage réel) ayant des similitudes avec le phénomène de l'auto-stoppeuse fantôme :
Resurrection Mary (États-Unis) vignette|upright=1.4|Le « Resurrection Cemetery » de Justice dans l'Illinois, rendu célèbre par l'affaire de .
Il semble qu'on puisse situer l'ancêtre des auto-stoppeuses fantômes contemporaines dans la ville de Chicago aux États-Unis, au milieu des années 1930. Il s'agit de la légende de , Resurrection étant le nom d'un important cimetière situé à quelques miles au sud-ouest de Chicago.
À cette époque, plusieurs conducteurs circulant sur Archer Avenue, la route allant de la salle de bal « Willowbrook » au cimetière de Resurrection, signalèrent avoir pris en stop une jeune femme aux cheveux blonds et aux yeux bleus portant une robe blanche. Certains précisèrent qu'elle portait également un châle mince, qu'elle chaussait des souliers de danse et qu'elle avait un sac à main. Arrivée à proximité du cimetière, la jeune femme demandait à descendre, puis disparaissait dans le cimetière.
Selon le Chicago Tribune, il y aurait au moins trois douzaines de rapports sérieux relatant à peu près le même scénario de 1930 à nos jours. La tradition voudrait que « Mary » soit le fantôme d'une jeune femme tuée par un véhicule sur le bord de cette route en sortant du bal et qui aurait été enterrée dans sa robe de bal au cimetière de Resurrection. Plusieurs « candidates » à ce rôle, ayant une sépulture dans ce cimetière, ont été recensées sans qu'on puisse déterminer laquelle serait « Mary ». Les témoignages concernant ses apparitions se font plus rares depuis les années 1980Le grand livre du Mystérieux, Sélection du Reader's Digest, 1985, 180-181. Resurrection Mary Chicago's most elusive ghost!.
En France Calvados Une auto-stoppeuse ferait de fréquentes apparitions sur la route départementale 7, partant de Caen (Calvados) vers Luc-sur-Mer. Elle stationnerait dans l'arrêt de bus situé à la hauteur du Centre Hospitalier Universitaire. À l'approche du virage situé à l'entrée de Luc-sur-Mer, elle paniquerait en criant : « Faites très attention, ce virage est très dangereux ! » puis disparaîtrait. Les gendarmes de Luc-sur-Mer sont habitués à recueillir des déclarations sur cet évènement. Il s'agirait du fantôme d'une jeune femme morte accidentellement dans ce virage dans les années 1970Didier Audinot, Les Lieux de l'Au-delà, JMG, 1999, 94-95..
Un carrefour dit de l'Embranchement, situé à de Balleroy (Calvados), est réputé particulièrement dangereux. Il a été le lieu de très nombreux accidents tragiques. Une très jeune femme fait régulièrement du stop à la sortie du village en direction de ce carrefour. Après avoir indiqué qu'elle va chez sa mère qui habite près dudit embranchement, elle panique à l'approche du carrefour, puis disparaît une fois celui-ci franchi. Il s'agirait du fantôme d'une jeune fille morte au cours d'un accident de voiture dans les années 1960. Les rencontres ont souvent lieu par temps de pluie ou le soir du , date d'anniversaire de sa mortDidier Audinot, Les Lieux de l'Au-delà, JMG, 1999, 76-77..
Hautes-Alpes De nombreuses personnes perdues au volant de leurs voitures au cœur de la nuit en raison d'une tourmente de neige au cœur de la « route des Grandes Alpes », non loin du col du Lautaret entre Grenoble et Briançon, déclarent avoir fait une singulière rencontre au détour d’un virage sous la forme d'une dame vêtue d’une robe et d’un grand châle dont la blancheur immaculée la faisait presque se confondre avec la neige environnante. L'originalité de cette légende par rapport aux autres est que cette apparition se situe en haute montagne, à plus de d'altitudeSite de passion montagne, page sur la dame blanche du col du LautaretSite du Dauphiné sur la dame du Lautaret pour les abonnés.
Selon certains récits locauxSite de Michel laos, page sur la dame du Lautaret, cette dame aurait pratiqué l'auto-stop appuyée contre une paroi glacée du col. De nombreux conducteurs, craignant pour sa vie, l'accueillaient dans leur voiture. Son visage dissimulé par son châle, elle gardait le silence. Les automobilistes reprenaient alors leur conduite sans trop tenir compte de leur passagère muette. Une fois la partie enneigée du col franchi, les conducteurs constataient que la mystérieuse auto stoppeuse avait disparu du véhicule. Ce sujet est évoqué durant un épisode de la série Alex Hugo dans l'épisode dénommé « la Dame blanche »Site de France 2 sur la série Alex Hugo. Ce récit est souvent évoqué dans d'autres secteurs du Briançonnais et du QueyrasSite de radio D!ci, page sur la dame blanche des Hautes-Alpes.
Hérault Une habillée de blanc a été prise en auto stop par quatre jeunes gens de 17 à 25 ans du côté de Palavas-les-flots (Hérault) le , pour ensuite disparaître après avoir prévenu les jeunes d'un virage dangereux alors que leur voiture roulait. C'est la déclaration qu'ont effectuée ensemble ces quatre jeunes auprès des services de police de Montpellier. L'affaire a intéressé Yves Lignon, animateur du laboratoire de parapsychologie de Toulouse et il a fait également l'objet de reportages télévisés sans qu'aucun enquêteur n'ait pu expliquer s'il y avait une réelle supercherie ou un effet de psychose collectiveArticle de la Dépêche du Midi sur la dame blanche de PalavasSite du cercle zététique, page sur la dame blanche de Palavas.
Isère Une auto-stoppeuse apparaitrait régulièrement sur la route conduisant à Château-Bernard (Isère). Elle deviendrait de plus en plus fébrile à l'approche d'un virage dangereux, puis disparaîtrait dès celui-ci franchiXavier Yvanoff, Histoire de revenants, JMG, 2007, 365..
Légende urbaine ou réalité ? Il est évident que nombre de « témoignages » sont des canulars, ou relèvent de la grande tradition des légendes urbaines, au même titre que les crocodiles vivants dans les égouts des grandes villes ou les mygales infestant les plantes exotiques d'appartement. S'y ajoutent évidemment des supercheries, en général rapidement découvertes par les forces de l'ordre, comme ce fut le cas à Autun dans les années 1980 où un plaisantin, Jocelyn Béreau, recouvert d'un drap blanc, allait errer la nuit au bord des routes.
Toutefois, dans un certain nombre de cas, l'histoire n'est pas totalement dépourvue de fondement, car il est incontestable que certaines gendarmeries ont vu arriver des automobilistes totalement « sonnés » par la rencontre, réelle ou imaginaire, qu'ils venaient de faire :
Ces croyances sont à rapprocher de celle de l'autoroute hantée.
Dans la culture populaire Littérature La Dame blanche était en noir / Michel Brosseau. Plougastel-Daoulas : EdB, coll. "Polars & grimoires", 09/2009, 194 p. . Rééd. Dinan : Terre de brume, 05/2011, 208 p. . La Dame blanche / Pierre Meige. Paris : Ours blanc, 03/2003, 128 p.