vignette|upright=1.5|Manifestation dans le cadre de la dékoulakisation. Les calicots portent : « Nous allons liquider les koulaks en tant que classe » et « Tout pour la lutte contre les saboteurs de l'économie agricole ».

La dékoulakisation (en , ) est une campagne de répression en Union soviétique dirigée vers les koulaks. Elle accompagna la collectivisation forcée des terres, pendant la dictature de Joseph Staline de 1929 à 1933. Cette politique se caractérisait par des emprisonnements, des confiscations, des exécutions et des déportations de masse.

L'objet de ces oppressions brutales a été en particulier les familles paysannes supposées riches, mais aussi les paysans de classe moyenne et leurs proches, ainsi que les habitants des campagnes qui n'adhéraient pas à la politique du Parti communiste de l'Union soviétique (PCUS). Environ ont été fusillées. Environ de personnes ont été déportées dans des régions éloignées et inhospitalières, dont 1,68 à de 1930 à 1931. En outre, de personnes ont été expulsées dans leur propre région vers des sols plus pauvres. Des experts estiment que la faim, les maladies et les exécutions ont coûté la vie à de . Les paysans ont réagi, surtout en 1930, par une résistance considérable. De nombreux soulèvements ont agité les campagnes contre la violence de l'état. À plusieurs reprises, les fonctionnaires du parti et de l'état ont craint que la résistance paysanne ne s'étende à une révolution dans tout le pays.

La dékoulakisation a menacé la paysannerie par l'anéantissement physique, la déportation et la confiscation. C'est de cette manière qu'elle devait aider au succès de la collectivisation. Le résultat fut que la dékoulakisation et la collectivisation ont soumis toute la paysannerie au contrôle de l'état, et ont largement contribué à modifier le comportement social agricole traditionnel. En même temps, la dékoulakisation a posé les fondements pour une généralisation du système du goulag.

La combinaison de la dékoulakisation, de la collectivisation forcée, et d'autres mesures répressives a conduit dans de nombreuses régions d'Union soviétique, en particulier dans des régions traditionnellement excédentaires sur le plan de la production agricole, à un effondrement de l'économie agricole. Cet effondrement a été une des causes du Holodomor (1932-1933), une catastrophe de la faim marquante, cause de de morts..

Contexte historique Paysans et bolcheviks Lors de la révolution d'Octobre, le parti minoritaire des bolcheviks s'empare du pouvoir. Un de ses premiers décrets porte sur la terre, autorisant les paysans à confisquer les propriétés foncières privée ainsi que celles de l'Église. Les terres sont ensuite redistribuées par la communauté, le Mir (). Pour autant, enrôlés parfois de force dans les unités de l'Armée rouge, des armées blanches ou des armées vertes (révolte de Tambov par exemple), les paysans, jusqu'en 1921, ne sont pas libérés des contraintes liées à la guerre civile. En outre, ils subissent d'importantes réquisitions de produits agricoles de la part des bolcheviks, censées assurer la subsistance des troupes et des villes. Au total, la guerre civile, les terreurs rouge et blanche, les révoltes, les réquisitions et le délaissement des tâches agricoles ont conduit, à la campagne comme en ville, à une famine qui toucha en 1920-1921 environ de personnes et coûta la vie à d'entre elles.., la politique de réquisition des bolcheviks..

La Nouvelle politique économique (NEP)... annonçait Elle apaise, sans toutefois les éliminer complètement, les tensions entre les paysans, soit 85 % de la population, et les bolcheviks. Ceux-ci remplacent les confiscations par des impôts d'abord en nature, puis en monnaie ; ils autorisent le réintroduction de mécanismes de marché pour l'allocation des ressources concernant les produits agricoles ; de même, ils freinent les initiatives tendant à nationaliser les possessions paysannes.. Contrairement donc à leur programme idéologique, les bolcheviks orientent l'économie de ces premières années dans un sens mi-étatique, mi-capitaliste..

Avec le retrait des villages des commandos de confiscation bolcheviks et des unités de terreur de la Tchéka, il s'avère que les communistes n'ont que peu de base en dehors des villes. : le régime des soviets reste pour la majorité des paysans une puissance extérieure et étrangère.. Pour les fonctionnaires du Parti, la campagne est une dangereuse, avec un milieu social auquel ils n'avaient aucun accès.. Le « village » était pour eux le symbole de l'arriération, symbole de la vieille Russie des « icônes et cafards » (Trotski).. Certains dirigeants, notamment Joseph Staline, Lazare Kaganovitch, Grigory Ordjonikidze, Anastase Mikoyan, Kliment Vorochilov ou Viatcheslav Molotov, ne cachent pas leur aversion à l'égard des paysans... De fait, les villages, souvent coupés des moyens ou chemins de communication vers la « civilisation », restent imprégnés de rumeurs, d'analphabétisme, de foi et de superstition, d'alcoolisme et de violence.. La communauté villageoise s'administre elle-même par une assemblée de village ()Signification dans ., l'institution du soviet de village prônée par les communistes restant pratiquement sans effet..

En définitive, la revitalisation de l'économie agricole par la NEP n'a pas éliminé les rapports de domination.. Tout cela n'avait rien à voir avec ce que les bolcheviks considéraient comme le progrès. La majorité des paysans refusait la nouvelle forme de l'État et les formes de vie urbaines, sur le plan mental, politique, culturel ou économique. C'est pourquoi les bolcheviks se méfiaient des paysans et les tenaient pour des restaurateurs potentiels du capitalisme. En particulier, les koulaks leur apparaissaient comme des ennemis..

Structure de la paysannerie Dans les années de la NEP, la proportion des campagnards dans la population totale a décliné. En 1924, 83,7 % de tous les citoyens soviétiques vivaient au village, en 1930, ce n'étaient plus que 80,7 %. Mais le nombre absolu des habitants des villages avait pourtant augmenté ; même en soustrayant l'urbanisation, il restait un accroissement de de personnes. En même temps, la population des villages était jeune. Un recensement de 1926 montrait que plus de 50 % des habitants des villages avaient moins de ..

La conception marxiste de classes clairement définies ne trouvait pas de base dans les rapports matériels à la campagne. Les habitants des villages prenaient au cours de l'année plusieurs rôles économiques et sociaux : ils étaient en été paysans, en hiver travailleurs saisonniers ou à domicile, selon la saison colporteurs ou journaliers pendant la récolte. La différence sociale ne s'était pas cristallisée en « classes. ». Cependant les économistes et statisticiens marxistes de l'Union soviétique, avec leur monopole extensif d'interprétation.Évocation de l'alternative néopopuliste de Tchayanov : ). ont réparti les villageois dans les groupes sociaux suivants : d'une part le groupe des travailleurs agricoles sans terre (), comme les bergers, les journaliers ou les valets. Beaucoup de membres de cette catégorie étaient jeunes et en sortaient après être entrés dans une nouvelle phase de vie ; les pauvres étaient ceux dont les terres ne suffisaient pas à nourrir une famille. Généralement, ils n'avaient pas de bêtes de trait. Ils étaient forcés de louer leur force de travail hors de leur propre domaine - comme valets, journaliers ou saisonniers. En tout, après la guerre civile, les sans terre et les pauvres formaient de la population campagnarde. ; un autre groupe était identifié comme paysan moyen. Ils constituaient la grande masse des campagnards, leur proportion après la fin de la guerre civile est estimée à . Le paysan moyen était le propriétaire d'une ferme qu'il exploitait avec ses propres moyens. Les revenus n'étaient pas considérables, mais suffisaient pour subvenir à la vie de la famille et pour vendre de maigres superflus. Il lui fallait parfois compléter ses appareils par l'emprunt de machines supplémentaires, et il prêtait lui-même parfois des machines. Souvent, il possédait un peu de bétail. En hiver, les membres du groupe s'occupaient à des travaux à domicile. Ils produisaient par exemple des sandales de raphia, des textiles ou des jouets. Les paysans moyens étaient les principaux producteurs de céréales, pour l'essentiel responsables de l'approvisionnement des villes, et pour cela l'objet des principales attentions de la NEP. ; dans la perspective des marxistes soviétiques de l'époque, qui s'occupaient des affaires de la campagne, le koulak avait la plus haute puissance économique. Le concept avait d'ailleurs une signification dépréciative et devait étiqueter l'exploiteur du village. Les critères faisant rentrer un paysan dans la catégorie des koulaks n'ont jamais été clairs — Staline lui-même se demandait dans ses notes . On pourrait penser par exemple au prêt d'appareils agricoles ou de chevaux de trait, ou l'utilisation de journaliers, mais ces phénomènes ne concernaient pas seulement les koulaks dans la vie réelle du village... Tout au plus un demi-million d'exploitations entraient dans cette catégorie ; ceci correspondait à un nombre d'environ trois millions de personnes ou 2 % de tous les ménages..

Industrialisation forcée Avec la décision d'industrialisation forcée de l'Union soviétique Staline a posé le jalon décisif du Grand Tournant. Depuis la mort de Lénine en , non seulement l'opposition de gauche avait été vaincue, mais aussi la droite du Parti autour de Nikolaï Boukharine, qui avait plaidé pour un rythme modéré du processus de modernisation, est exclue. L'ambition d'une industrialisation-éclair voit son expression dans le premier plan quinquennal (1928–1932) adopté en 1929, dans le but de se raccorder au niveau économique et technologique des pays industriels en une décennie. Staline considérait un tel saut de développement, comme il le souligne en . . En conséquence, la mise en route d'une industrie lourde est au premier plan, devant celle d'une industrie des biens de consommation..

Comme l'industrialisation ne peut être financée ni par l'exploitation des colonies, ni par l'emprunt de crédits à l'étranger, selon Staline, la paysannerie doit se soumettre à un tribut. Les installations et biens nécessaires pour la construction de l'industrie doivent être financés par des exportations de céréales. Les paysans eux-mêmes ne peuvent plus recevoir le plein prix pour les denrées agricoles achetées chez eux., discours de Staline à propos du tribut des paysans.. C'est ainsi que Staline a fait de la paysannerie quasiment une colonie interne, d'où le capital nécessaire pour le développement économique devait être extrait..

Collectivisation de l'agriculture La décision d'une industrialisation forcée du pays a correspondu à des efforts renforcés pour collectiviser l'agriculture. Malgré des efforts importants de propagande, et de nombreuses pressions administratives, la collectivisation n'avait guère avancé jusqu'à la fin des années 1920. En 1926, il n'y avait en Union soviétique que coopératives de ce genre. C'est en particulier les paysans qui n'avaient rien à perdre qui se sont réfugiés dans ces kolkhozes. Les sovkhozes d'État étaient encore moins importants.. En 1929, la proportion de paysans qui avaient abandonné leur propriété individuelle s'élevait à 7,6 %..