Le sillon de Talbert est une flèche littorale à pointe libre formée de galets et de sable située dans les Côtes-d'Armor sur la commune de Pleubian. Localisé à l'extrémité de la plateforme rocheuse que forme la presqu'île de Lézardrieux et encadré par les estuaires du Jaudy à l'ouest et du Trieux à l'est, il se rattache à la côte à la pointe nord-est de la commune de Pleubian, au niveau du hameau de l'Armor (Pleubian). Il s'étend vers le nord-est dans la Manche sur environ de long pour une largeur moyenne de et une hauteur comprise entre au-dessus du niveau zéro de la mer (0 m NGF-IGN69). thumb|center|700 px|Le Sillon de Talbert vu des environs de Creac'h Maout. Cette forme écopaysagère particulière est à la fois un site d'intérêt écologique et une curiosité géomorphologique et géologique. Elle est désormais protégée avec la création en 2006 de la Réserve naturelle régionale du Sillon de Talbert qui couvre une superficie de 205 hectares (hors surface couverte par le domaine public maritime). Par ailleurs, le Conservatoire du littoral a établi une zone de préemption sur les terrains privés bordant la limite sud de la réserve naturelle, qui a été étendue à l'archipel d'Olonne en 2018.
thumb|Vue aérienne à marée haute.
Cette flèche sablo-graveleuse joue un rôle de protection de la côte contre les vagues de tempête lors des grandes marées de vive-eau, notamment celle de la presqu'île de Lanros. Il a souvent été indiqué que le sillon de Talbert protégeait également l'île de Bréhat située à au sud-est. Cette idée parait peu convaincante au regard de la distance qui la sépare du sillon de Talbert. La protection relative dont jouit l'île de Bréhat tient à la morphologie des fonds marins dans son ensemble, notamment les faibles profondeurs de la plateforme marine de la presqu'île de Lézardrieux. Le sillon de Talbert fait face à une plateforme à écueils rendant la navigation côtière délicate. Ces nombreux écueils sont également à l'origine de la construction de multiples formes d'accumulation originales fuyant la houle comme les queues de comète ou les tombolos. L'archipel d'Olonne situé à proximité immédiate de la partie distale de la flèche est constitué d'un chapelet d'îlots correspondant aux écueils les plus massifs ayant résisté à l'érosion. À trois kilomètres au nord se trouvent les récifs des Épées de Tréguier sur lesquels est bâti le phare des Héaux de Bréhat marquant l'entrée ouest de la baie de Saint-Brieuc.
Le sillon de Talbert constitue le point continental le plus septentrional de la Bretagne. L'archipel d'Olonne est situé à l'extrémité nord-est du Sillon de Talbert et est constitué de chaos granitiques, de chicots rocheux et de cordons de galets pour partie recouverts d'une maigre végétation ; ces îlots protègent côté est la Baie Blanche, estran découvert à marée basse, zone ostréicole et mytilicole..
Selon la légende, la fée Morgane vivant sur l'île de Talbert aurait bâti un pont de galets entre son île et le rivage afin d'y rejoindre Arthur dont elle était éperdument amoureuse. Une seconde histoire attribue l'apparition du sillon de Talbert à Merlin qui le fit sortir des flots afin de rejoindre Morgane sur son île. Divers aspects du Sillon de Talbert
Toponyme Le sens probable de "Talbert" qui prend un "t" final non étymologique, serait "tal" (front, limite, bordure) et "berr" (court, bref) = « front court ».. Une autre définition est également donnée car "ber" en breton veut également dire "le costaud". Ainsi, Talbert prendrait aussi le sens de "front qui défend".
Géologie et géomorphologie thumb|Carte du Sillon de Talbert et de ses environs en 1771 (Service hydrographique de la marine). Lors de la dernière période glaciaire il y a , le niveau de la mer se situe plus bas qu'aujourd'hui et la plateforme continentale émergée est soumise aux effets de la gélifraction produisant d'importants volumes de matériaux sédimentaires. Lors de la déglaciation entre et BP, l'élévation du niveau de la mer remobilise ce matériel en le remontant vers le continent, et l'émousse sous la forme de galets. Il y a , lorsque le mouvement de transgression marine holocène connaît un net ralentissement, des écueils rocheux qui accidentent aujourd'hui l'avant-côte offrent des points d'appui stables sur lesquels s'accrochent ces galets formant différents cordons littoraux. La mer fait progressivement reculer ces cordons qui se réunissent par coalescence pour former le Sillon de Talbert qui s'accroche au large à l'archipel d'Olonne. Le sillon de Talbert a donc été dans un premier temps un cordon littoral de type "barrière" ancré à ces deux extrémités : au continent dans sa partie SW, et à un îlot de l'archipel d'Olonne au NE. alt=Sillon de Talbert et phare des Héaux de Bréhat|vignette|Sillon de Talbert et phare des Héaux de Bréhat. Le sillon de Talbert évolue sous l'action de deux dynamiques hydrosédimentaires : une dynamique longitudinale sous l'action des courants générés par la dérive littorale qui participe à son allongement et la construction de la "spatule" terminale ; une dynamique transversale qui le fait reculer vers le continent lorsqu'il est submergé par les vagues de tempête combinées à une forte marée de vive-eau.. Le recul du sillon vers la côte entre le et les années 1960 a été estimé à 0,5 m/an par Jean-Pierre Pinot. Le recul pluriséculaire du sillon vers le sud-est a entraîné sa déconnexion de l'archipel d'Olonne, probablement lors de la grosse tempête "The great storm" du qui a durement affecté toute la côté nord-ouest de l'Europe. Une fois la déconnexion effectuée sous la forme d'une brèche de 200 à de long, les courants de marée l'ont entretenue de telle sorte que la morphologie du sillon de Talbert a évolué d'un cordon littoral de type "barrière" à une flèche littorale à pointe libre, encore appelée "poulier". À partir des années 1960, les nombreux épisodes de submersion et d'ouverture de brèches inquiètent les riverains de la côte qu'il protège des houles du large. Cette évolution incite le syndicat mixte gestionnaire du site depuis 1969 pour la sauvegarde du Sillon de Talbert, à entreprendre des travaux de fixation du sillon (épi du Chouk construit en 1974, enrochements posés au pied du sillon sur plus de , reprofilage mécanique et "emmaillotage" des galets dans des filets de pêche). Ces travaux extrêmement coûteux se sont tous soldés par des échecs. Ainsi, au début des années 2000, l'érosion marine avait contourné une majeure partie des enrochements et généré une poursuite de son recul vers la côte, ouvrant de nombreuses brèches dans la partie médiane de la flèche. Lorsque la gestion du sillon a été confiée au Conservatoire du littoral en 2001, une nouvelle politique de gestion fondée sur la nature a été mise en place. En 2004, une majeure partie des enrochements ont été supprimés et concassés sur place pour, d'une part, combler les brèches, et d'autre part, édifier à l'arrière du sillon des "cordons artificiels" visant à freiner son recul. Dans le même temps, un cheminement balisé a été mis en place sur la partie basale sableuse du cordon afin de la protéger du piétinement et/ou de favoriser le rétablissement de la végétation dunaire fixatrice. En 2005, le Conservatoire confie à la commune de Pleubian la gestion du site qui est élaborée par un conseil scientifique qui se réunit tous les ans, et fixe tous les cinq ans un plan de gestion définissant les différentes actions entreprises dans le cadre de la réserve naturelle..
Ce cordon littoral d'une largeur moyenne de et d'une hauteur comprise entre 6 et 9 m NGF, est constitué d'un mélange de sable, de gravier et de galets, en proportion variable selon les secteurs ; de même, la pente de la plage avant varie suivant les différentes sections du cordons. La partie distale (de la base du sillon ancrée au continent jusqu'à l'épi du Chouk) est constituée d'une très forte proportion de sable ; on y trouve également des dunes. La section proximale sablo-graveleuse comporte une plus forte proportion de galets ; c'est une zone très sensible à la submersion marine car la hauteur de la crête du cordon reste faible (entre 6 et 7 m NGF). La section médiane est essentiellement constituée de galets. En se déplaçant vers le NE, elle devient de plus en plus massive et la hauteur de la crête augmente (~8 m NGF). La dernière partie du sillon formée par la partie distale correspond à la spatule. Cette section très massive s'élargit et sa hauteur dépasse souvent 9 m NGF. La construction (et l'élargissement) de la spatule se fait par l'accolement de rides de galets transportées par la houle qui se diffracte autour du musoir de la flèche. L'accrétion sédimentaire se fait donc sur le revers de la spatule dont la largeur augmente au fil du temps. Le volume sédimentaire global du sillon de Talbert est estimé à . Comme indiqué plus haut, lors de la transgression marine holocène, le déplacement vers la côte du matériel sédimentaire (galets, graviers, et sables) accumulé sur la plateforme littorale lors de la dernière phase glaciaire du Quaternaire (Würm dans les Alpes ou Wistulien pour l'Europe du Nord), a certes formé le sillon de Talbert, mais il a également créé au passage des "queues de comète" à l'arrière de plusieurs îlots..
La composition pétrographique du sillon de Talbert révèle que les galets sont constitués essentiellement de roches magmatiques et filoniennes d'origine locale (granodiorite de Talbert et plus au large de la microgranodiorite de Pleubian)Carte géologique et géomorphologique du Sillon de Talbert. Selon Valérie Morel (1997), le matériel est constitué à 71 % de microgranite, 19 % de granite, et 3 % de dolérite. On trouve également 4 % de roches volcaniques (rhyolite, tuf, trachyte), et 3 % de roches sédimentaires (grès, quartzite et quelques rognons de silex)Valérie Morel, « De la géomorphologie à la gestion des cordons de galets littoraux du bassin de la Manche et de ses abords : étude de cas (Bretagne, Haute-Normandie, Picardie, Sud Angleterre) et réflexions générales », thèse de cycle, Université de Bretagne Occidentale, 1997, 286 p.. Des études plus récentes ont permis d'enrichir ces statistiques et de montrer que les galets constituant le sillon de Talbert présentent une diversité pétrographique extrêmement plus riche. thumb|Enrochements protégeant le début du Sillon de Talbert, côté ouest (efficacité contestée).