La critique des médias (presse écrite, télévision, radio et Internet) est un concept aux formes multiples dont la définition ne fait pas consensus. Au sens large, toute analyse ou commentaire portant sur le fonctionnement des médias, sur la sociologie des journalistes ou encore sur le traitement de l'information entre dans le champ de la critique des médias. Toutefois, la définition la plus couramment admise est la critique des dysfonctionnements des médias ou tout du moins des facteurs susceptibles de nuire à la qualité , la véracité ou la pertinence des informations qu'ils diffusent.
La critique des médias français est généralement effectuée selon des angles d'attaque très divers par trois corps sociaux distincts : les journalistes eux-mêmes, les hommes politiques et enfin la société civile (intellectuels, universitaires ou encore associations).
La critique des médias est un sujet polémique. Le concept prétend à une généralisation alors qu'il peut être argué qu'il n'existe pas une critique mais une multitude de critiques ou encore que le pluralisme des médias empêche toute critique généralisatrice à l'encontre des médias. À l'inverse, il peut être argué que les médias ne constituant que le reflet d'une certaine forme de société (dite de consommation ou encore capitaliste), la critique des médias reste superficielle si elle n'analyse pas le contexte dans lequel ils fonctionnent (cette critique ne serait plus alors qu'une branche particulière de la critique plus générale de la société). Enfin, il peut être reproché aux critiques d'être partielles, partiales, réductrices, caricaturales, populistes, conspirationnistes, antisémites, etc.
Genèse de la critique des médias S'il est difficile de dater la genèse d'une telle critique, le chercheur Stéphane Arpin considère que son essor va de pair avec l'industrialisation de la presse dans la deuxième moitié du :
Diverses formes de la critique des médias La critique des médias peut être décomposée en différents thèmes selon l'angle d'attaque choisi. Il est cependant rare qu'un critique se concentre sur un unique thème, et il est même possible qu'elle regroupe l'ensemble des thèmes pour adopter une approche holiste.
Critique centrée sur le fonctionnement industriel des médias Course à l'audience En considérant que l'information et la culture sont des biens marchands, les médias ont pour objectif principal d'obtenir l'audience la plus large possible afin de capter le plus de revenus directs (vente de journaux ou d'abonnement TVs) et indirects (revenus publicitaires ou de petites annonces).
À titre d'illustration, Patrick Le Lay, ancien PDG de TF1, effectue ce constat comme l'attestent ses propos recueillis dans le livre Les dirigeants face au changement (éditions du Huitième jour) :
(Patrick Le Lay a confirmé plus tard son analyse tout en précisant qu'il avait « Patrick Le Lay s'explique dans Télérama sur ses propos controversés », Le Monde, 8 septembre 2004.).
Cette course à l'audience est susceptible d'influencer la manière dont est traitée une information, les médias concernés pouvant être tentés à rendre l'information séduisante pour le public, quitte à faire de la désinformation. Ainsi, l'Association des journalistes lesbiennes, gays, bi, trans et intersexes a pointé du doigt l'impact du traitement sensationnaliste des personnes transgenre de la part d'une grande partie de la presse.
Les actionnaires des médias En France, nombre de groupes industriels détiennent une part importante des médias : Lagardère, Dassault, Bouygues, Bolloré. Plusieurs critiques peuvent émaner de ce constat : La concentration des médias réduit le pluralisme ; La détention des médias par des groupes industriels risque de réduire la possibilité d'une information transparente et objective sur ces groupes industriels (autocensure). La détention des médias par des groupes industriels pose le risque d'un paysage médiatique servant davantage de chambre d'écho au service de l'idéologie de ces derniers qu'à informer de façon objective.
Lionel Jospin, premier ministre français de 1997 à 2002, a résumé cette approche ainsi dans son livre Le Monde comme je le vois (Gallimard) :
Pouvoir des annonceurs La dépendance accrue des médias aux revenus de la publicité peut entraîner trois risques : Les médias peuvent être incités à orienter leur ligne éditoriale pour cibler les audiences génératrices de revenus pour les annonceurs (CSP+) ; Cette dépendance peut inciter au consumérisme en présentant de manière favorable des produits de grande consommation (voiture, gadgets hi-tech) ; La puissance financière des annonceurs risque de réduire la possibilité d'une information transparente et objective sur ces mêmes annonceurs (autocensure). À titre d'exemple, Le Canard enchaîné affirme que les dépenses publicitaires effectuées par les groupes EDF et Areva ont pour but principal d'assurer une ligne éditoriale favorable à leurs activités nucléairesLe Canard enchaîné, 12 octobre 2011. Cette affirmation peut être corroborée par le journal L'Express qui soutient que le groupe EDF,
Critique centrée sur les journalistes Formation des journalistes Le livre à charge du journaliste François Ruffin, Les Petits Soldats du journalisme, paru en 2003 aux éditions "Les Arènes" a critiqué la formation donnée au CFJFrançois Rufin dans Le Monde diplomatique, février 2003., suivie pendant deux ans par l'auteur, qui dénonce l'abandon progressif de tout esprit critique, le renoncement à la curiosité professionnelle et le non-recours à la documentation. À la suite de la parution du livre, une cinquantaine d'élèves du CFJ, trouvant le récit "caricatural", ont publié une lettre en réponse dans Libération.
Conditions de travail et négligence des sources d'information Faute de temps, les journalistes ne parviennent pas toujours à recouper leurs informations ni à diversifier leurs sources. Dans certains cas, le recours à la protection des sources d'information des journalistes ne permet pas au consommateur de contenu médiatique de forger un point de vue critique vis-à-vis des dires du journaliste.
Les journalistes travaillant pour des médias peu profitables, peuvent être sujet à la précarité, à de bas salaires et de mauvaises conditions de travail. En 1996, Éric Marquis, du SNJ) affirmait que ces conditions de travail dégradées allaient de pair avec une réduction de l'analyse : Critique des conditions de travail dans les médias par Éric Marquis, d'après Acrimed.
Corporatisme Lors des états généraux de la presse en 2008, le président de la République Nicolas Sarkozy a déclaré que la presse pouvait être menacée de corporatisme (Le Monde, « Nicolas Sarkozy veut lutter contre les 'immobilismes' de la presse », 2 octobre 2008..). À cette même occasion, l'éditorialiste du quotidien Le Monde emploie (entre autres) ce terme pour qualifier la presse : Le Monde, « Occasion manquée, hélas ! », 15 novembre 2008..
Connivence avec le monde politique et industriel
Cette connivence est de nature à appauvrir le contenu informatif, sauf si les journalistes recourent au principe de protection des sources d'information des journalistes pour contourner les connivences qui soudent les milieux politiques et industriels. Connivence qui nuit par ailleurs à l'objectivité dont se réclament pourtant officiellement de nombreux médias.
La connivence peut avoir plusieurs origines : volonté de ne pas déplaire pour conserver une position hiérarchique, proximité idéologique, ou "relation de prestation", l'expression consacrée étant , acte pourtant interdit par la Charte de Munich, qui régit la déontologie du journalisme.
À titre d'exemple, le journaliste Daniel Psenny a fustigé dans un article du quotidien Le Monde la trop grande proximité entre journalistes et politiques :
Autre illustration, le journaliste Nelson Monfort aurait effectué des « ménages » pour le compte du groupe ArevaLe Post, « FranceTelevisions : Nelson Monfort convoqué pour des 'ménages' avec Areva », 21 février 2011, ce qui est strictement interdit par la Charte de Munich, qui régit la déontologie du journalisme. Le journaliste Stéphane Paoli est également accusé de faire des « ménages », par exemple en faveur des Galeries Lafayette Libération, « Paoli rattrapé par ses ménages », 5 octobre 2005.Le Nouvel Observateur, « Paoli pris à partie sur ses 'ménages' », 26 septembre 2005..
La crainte de déplaire peut être mise en lumière par l'éviction du journaliste Patrick Poivre d'Arvor de TF1 en 2008. En effet, le magazine L’Express affirme que cette éviction s'explique en grande partie par l'inimitié entre le journaliste et le président de la République Nicolas SarkozyL'Express, « Nicolas Sarkozy à la manœuvre », 9 juin 2008..
Le directeur du magazine Le Point Franz-Olivier Giesbert a une forme de connivence en estimant que les journalistes sont avant tout des Nice Matin, « Giesbert à livre ouvert », 16 décembre 2011..
Critique centrée sur le traitement de l'information Objectivité L'objectivité (ou son manque supposé) et le biais idéologique des médias (dits « de gauche », « de droite », « extrémiste ») est une critique récurrente à l'encontre des médias : les médias ne seraient pas objectifs et chercheraient de manière plus ou moins volontaire et conscientes non pas à décrire les faits mais à les interpréter à la lumière de leurs orientationsVoir par exemple cette analyse du traitement de la « révolution orange » par deux titres de presse écrite belges, qui serait caractérisé par beaucoup de simplisme et une lecture strictement occidentale des événements : Orange ukrainienne à la sauce belge, Politique, revue de débats, Bruxelles, , février 2008..
Une première illustration peut être apportée par le magazine Courrier international qui classe les titres de presse internationaux selon leur orientation idéologiqueClassification du Courrier international des titres de presse internationaux. ; sans être à proprement parler une critique, cette classification dénote qu'il peut être fondé de classer la presse selon sa ligne éditoriale.
Une deuxième illustration, sans aucun rapport et polémique, touche à la guerre des mots dans le conflit israélo-palestinien.
Depuis l'apparition des chaînes d'information en continu, générant un phénomène d'infobésité, et le fait que les réseaux sociaux et les blogs constituent une source d'information davantage consultée que la presse institutionnelle et qu'un grand nombre de ceux qui s'y expriment, non soumis à la déontologie, multiplient les fakes (bidonnages) et les hoaxes (canulars), les journalistes professionnels sont de plus en plus contraints de pratiquer la technique du fact-checking (vérification des faits), mais son efficacité est mise en doute au point que se généralise le concept de « post-vérité »Comment le numérique a ébranlé notre rapport à la vérité, Katarine Viner, Courrier international, 9 septembre 2016..
Absence de pluralisme Il peut être reproché aux médias de ne pas faire connaître la pluralité des points de vue sur un sujet donné, en choisissant par exemple systématiquement des experts idéologiquement proches à se prononcer sur un sujet donné.
L'économiste Frédéric Lordon soutient par exemple qu'une très large majorité des économistes invités à se prononcer dans les médias sont des économistes orthodoxes issus des mêmes horizons :
Réduction de l'analyse Les médias peuvent être accusés de réduire le temps consacré aux analyses au profit des micro-trottoirs ou du sensationnalisme. Cette réduction de l'analyse peut s'expliquer par la nécessité de travailler dans l'urgence pour répondre à la culture du zapping ou encore par la volonté d'augmenter les ventes, comme l'explique Patrick Eveno, professeur en histoire des médias :