Le prénom est un nom personnel utilisé pour désigner une personne, en complément de son nom de famille. Il peut être unique ou multiple. Il sert, dans une société, à distinguer les différents individus.
Il arrive en français que par abus de langage on parle de prénom pour n'importe quel nom personnel même dans les langues où celui-ci vient en dernier (par exemple Zedong pour Mao Zedong, dont Mao était le nom de famille).
Dans la plupart des langues indo-européennes, le prénom précède le nom de famille (ou un patronyme voire un matronyme). Certaines cultures utilisent un ou plusieurs postnoms ; d'autres peuples, comme les Javanais, n'ont qu'un nom seul pour se désigner.
Les courbes temporelles de diversité et popularité des prénoms évoluent plus ou moins rapidement, souvent à l'échelle de chaque génération, reflétant les changements socioculturels du passé plus ou moins proche.
Étymologie Dérivé du latin prænomen, le terme désigne dans la Rome antique, un nom placé avant le nom de famille qui permet de distinguer les individus.
Histoire Dans les petits groupes humains, un « nom » seul suffit, car les personnes n'utilisent généralement qu'un seul terme pour désigner leur identité. Les noms de famille, patronymes, surnoms et postnoms n'apparaissent que lorsqu'un besoin de différenciation émerge, dû à une hausse de la démographie par exemple, qui ne permet plus de différencier les individus par leur seul nom.
En France, on en retrouve les premières traces écrites au . Jusqu'à la fin du Moyen Âge, le nom de personne ou nom de baptême (le plus souvent celui d'un des saints du jour de sa naissance) est donc le nom principal de toute identité. Il joue le même rôle, pour l'Europe latine, que le gentilice ou nomen gentilicium romain. Il est accompagné (généralement suivi), afin de distinguer les différentes personnes portant le même prénom, de différents noms déterminants : nom d'origine géographique, de résidence (du chêne, l'angevin…), de filiation (patronyme : Martin, Jean…), de parentalité, de métier (le marchand, boucher, …), ou surnom . Aussi a-t-on, durant les derniers siècles du Moyen Âge en Europe, plus tard ailleurs (dans les pays arabes par exemple), au moment de fixer pour chacun un nom de famille, choisi ces déterminants. L'un d'eux devient nom de famille et acquiert, dans l'identité, une place prépondérante. Le nom de personne n'est plus alors qu'un « pré-nom », ce n'est plus lui qui sert d'entrée dans les dictionnaires bien qu'il précède le nom de famille dans le temps (c'est le nom de l'enfance), dans la graphie et dans l'usage oralJean-Pierre Gutton, Établir l’identité : l’identification des Français du Moyen Âge à nos jours, PUL, mai 2010., d'ailleurs étymologiquement, prénom signifie avant le nom (pré-, de l’adverbe et préfixe latin prae, « devant, avant »).
Il reste quelques traces de l'ancienne prépondérance du nom de personne. Quand les Russes (cf. usage du prénom en russe) veulent être particulièrement polis et respectueux, ils s'adressent à une personne par son nom (le prénom) suivi de son patronyme (prénom de son père) et en omettant le nom de famille (Aleksandr Isaïevitch pour Alexandre Soljenitsyne). Quand les maitres arabes établissent la liste de leurs élèves, ils rangent les noms par ordre alphabétique des prénoms, estimant secondaire le nom de famille. Bien que vivant au , le peintre Rembrandt van Rijn n'est connu que par un nom de personne qui ne précède rien. De même les papes, les évêques et les monarques sont connus par un nom de personne accompagné d'un numéro d'ordre ou (et) d'un déterminant géographique (, , , Anne d'Autriche, …)
Pour tous les noms antérieurs au , c'est un anachronisme et une erreur lexicographique de parler de prénom : dans Jean Chrysostome, Jean est un nom de personne assorti d'un surnom comme déterminant.
Son choix dans le monde Contrairement au nom de famille (habituellement hérité des pères dans les sociétés patriarcales), le prénom est choisi par les parents à la naissance (ou avant), selon des critères influencée par la loi et/ou les conventions, pression et/ou tendances sociales. De nouveaux prénoms gagnent en popularité alors que d'autres noms sont progressivement oubliés. Des changements notables de diversité dans les prénoms peuvent signaler des changements sociaux majeurs.
À sa naissance (et/ou à son baptême), généralement, chaque personne se voit attribuer un ou plusieurs prénoms, dont un seul (qui peut être composé) sera utilisé par la suite : le prénom usuel. Mais dans nombre de cultures, notamment en Asie et en Afrique, le prénom n'est traditionnellement attribué que plusieurs jours (ou plusieurs semaines) après la naissance.
Dans certaines langues (par exemple en vietnamien, en chinois ou en coréen), le nom de famille précède le prénom (simple ou composé). De même, en hongrois ou en japonais ; mais, pour éviter les malentendus et pour se conformer aux usages occidentaux, les Hongrois et les Japonais tendent à inverser l'usage traditionnel, lors d'échanges internationaux.
En France, comme dans beaucoup de sociétés occidentales, le choix du/des prénom(s) donne souvent lieu pour les parents à une intense réflexion. De nombreux livres ont été publiés ces dernières années à ce sujet. On observe des phénomènes de mode. Plus particulièrement en France, de nos jours, après une vague des prénoms américains apparus dès les années 1970/1980 et issus des séries télévisées américaines (Anthony, Gregory, Michael/Mickaël ou encore Ste[e]ve), on observe au cours des années 2000 un retour aux prénoms des grands-parents ou aux prénoms courts (Léa, Théo, Jules...).
Cette inspiration donnée par les séries ou les films américains ou autres n'affecte pas tous les pays : parmi les plus résistants aux influences étrangères, en Europe, la Norvège, l'Islande et la Finlande figurent en bonne place, les deux premiers piochant dans un fonds extrêmement fourni, qui doit non seulement à l'énorme répertoire norrois, mais aussi aux influences d'autres peuples germaniques et des Gaëliques, essentiellement irlandais, entre le et le de notre ère. En outre, la conscience de la signification du prénom de son enfant est inégale selon les cultures et les aires linguistiques. On remarque, au moins dans les pays francophones et anglophones, que le choix du prénom tient plus souvent à sa consonance ou à la mode, comme dit plus haut, qu'à son sens : nombreux sont les exemples comme Mélanie — du grec : « noire (de chevelure) » —, porté par une jeune fille blonde, qui aurait tout aussi bien pu se nommer Terry (de Theodoric, prénom masculin signifiant « protecteur »)... À l'inverse, un Slave sait que son nouveau-né — Volodya, (ou Volya, Volusya), diminutifs de (Volodymyr), auquel correspondent le russe (Vladimir) ou le polonais Waldemar — aura les qualités d'un « prince régnant par la paix », un Caucasien espère bien que son jeune (Zviad, du géorgien ზვიად) sera à la hauteur de l'« orgueil » que l'on a de l'avoir mis au monde, , et le petit Lakhota Mato Sapha souhaite bien avoir l'intelligence et la force de l'« ours noir ».
La tradition sápmi (saami) se contente originellement du prénom. L'indication de la filiation est relativement récente, essentiellement pour des raisons administratives. Il en va de même pour les populations turques et altaïques, amérindiennes et bien d'autres.
En dehors de l'Europe, certains choix peuvent étonner les Occidentaux : cela n'a rien d'extraordinaire de « numéroter » son enfant, comme en Chine, au Viêt Nam ou ailleurs. Par exemple, le prénom Samba, fréquent en Afrique de l'ouest, signifie en pulaar « Deuxième [fils] ». Ceci se retrouve parfois dans les prénoms occidentaux, mais la notion de numération n'est plus présente dans la conscience générale, même s'il en reste des traces dans certains prénoms d'origine latine ; ainsi : Quentin, le cinquième, Sixte, le sixième, Septime, le septième ou Octave, le huitième.
Certaines dénominations peuvent surprendre, comme Benjamin (de l'hébreu בנימין, benyamīn), le « Fils du Sud, ou de la droite (côté favorable) ». Une femme chinoise peut se nommer de façon en apparence banale, comme 瓶子 (Pīnyīn píngzi), une « (petite) bouteille », mais la connaissance de la culture concernée empêchera de sous-estimer la valeur de tels prénoms.
Dans les deux cas, ceci n'empêche pas les parents de faire appel à des termes aux significations plus élogieuses ou poétiques, comme c'est souvent le cas partout : Գոհար (Gohar : émeraude, féminin en arménien, provenant du farsi گوهر — plutôt réservé à des femmes dans les langues iraniennes) ; ainsi, l'un des plus courants, en Chine comme ailleurs : 花 (Pīnyīn huā, « fleur », seul ou en composition), მზექალა (Mzekala : fille du soleil, en géorgien), Алмаз ou Алмас (Almaz ou Almas — prénom féminin dans certaines langues, masculin dans d'autres), omniprésents en Asie centrale et dans le Caucase, de l'arabe ألماس, signifiant « diamant », et bien d'autres encore.
Au Viêt Nam, il est courant d'adjoindre au nom de famille (họ) et au prénom (tên) un nom intercalaire définissant le sexe de l'enfant : Thị pour une fille et Văn pour un garçon, entre autres possibilités.
Dans certains pays, notamment en Asie, le prénom change au cours de la vie. Ainsi, en Corée, les nouveau-nés se voient attribuer un « prénom de lait » à la naissance. Puis un autre, le prénom scolaire, vers l'âge de 6-, lors de leur entrée à l'école. Un troisième prénom, qui sera cette fois conservé jusqu'à la fin de leur vie, est enfin choisi pour leur vie adulte, souvent lors du mariage (question 3, de 12 min 37 s à 16 min 05 s)..
Au Rwanda, les enfants, à leur naissance, sont simplement appelés « le garçon » ou « la fille », et on attend qu'ils aient grandi un peu pour voir quel est le prénom qui va leur correspondre le mieux. De même en Grèce, un enfant non baptisé sera appelé μπέμπης/μπέμπα (du français «bébé») jusqu'à son baptême, qui peut être célébré quelques années après sa naissance, l'extrême limite étant la scolarisation de l'enfant (5-).
En France, une même personne peut, lors de sa déclaration de naissance à l'état civil, se voir attribuer plusieurs prénoms (il n'est pas rare qu'une personne porte un ensemble de cinq ou six prénoms). L'usage variera alors beaucoup selon les traditions familiales. Ainsi, dans certaines familles catholiques, le prénom Marie sera systématiquement choisi pour premier ou deuxième prénom, même pour un garçon, en hommage à la Vierge Marie. Le prénom du grand-père et de la grand-mère, ainsi que ceux du parrain et de la marraine, sont aussi fréquemment inclus dans la liste des prénoms. Dans la vie courante, seul le prénom d'usage, en général le premier de la liste, sera normalement employé.
Législation Canada
Québec En droit civil québécois, l'article 54 du Code civil du Québec permet au tribunal d'intervenir dans certaines situations. L'article de loi dit ceciCode civil du Québec, RLRQ c CCQ-1991, art 54, <https://canlii.ca/t/1b6h#art54>, consulté le 2022-06-24 :
Une décision historique sur cette question est l'arrêt Lavigne c. Beaucaire RJQ 1970 de 1996, surnommé l'arrêt « Spatule » car le litige tourne autour du fait que les parents ont choisi le prénom Spatule pour leur enfant. Le juge a accueilli la demande du directeur de l'état civil qui demandait un changement de prénom pour l'enfantMichel Beauchamp et al. Thema - Droit des personnes physiques. Montréal: LexisNexis Canada, 2017 .
France
vignette|Quelques prénoms féminins sur des bols bretons dans un magasin de l'île aux Moines (Morbihan). La loi du () régule le choix des prénoms. Les prénoms acceptés par l’état civil sont ceux qui figurent dans les différents calendriers mais aussi ceux des personnages de l'Histoire ancienne..