Charlemagne-Émile de Maupas, né à Bar-sur-Aube (Aube) le , mort à Paris le , est un homme politique français. Avec Morny et le général de Saint-Arnaud, il est l'un des principaux acteurs du coup d'État du 2 décembre 1851 pour le compte de Louis-Napoléon Bonaparte, futur Napoléon III.

Biographie Origine et famille Les parents de Maupas, Memmie-Rose Maupas et Virginie Maupas, sont cousins issus de germains. Memmie-Rose Maupas (1799-1861) est maire de Bar-sur-Aube de 1846 à 1848, membre du conseil général de l'Aube, puis est élu député au Corps Législatif de la deuxième circonscription de l'Aube (Sud-Est, Troyes, Chaource, Bouilly et Bar-sur-Seine) de 1852 à 1861. Maupas père entretient avec son fils une correspondance épistolaire de la monarchie de Juillet au Second Empire. Par son mariage en secondes noces à Adeline Louis, Memmie-Rose étend son réseau à la Côte-d'Or, puisque sa nouvelle épouse est la fille du député Jean-Baptiste-Charlemagne Louis-Bazile, député et conseiller général de la Côte-d'Or.

En , Maupas épouse à Dijon Irène Guillemot (1826-1912), fille unique de Pierre Guillemot, président de la cour d’appel de Dijon, et de Célestine Locquin. Le parcours des ascendants d’Irène de Maupas est le reflet typique des unions traditionnelles entre une bourgeoisie de robe, les Guillemot, avec une carrière judiciaire sur plusieurs générations, et une bourgeoisie terrienne, les Locquin, composée d'officiers et d'exploitants fonciers.

Deux filles naissent de cette union, Marguerite, en 1849, et Gabrielle, en 1858. Marguerite se marie le à Henri Vyau de Baudreuil de Fontenay. Gabrielle épouse en 1880 Antoine Bellet de Tavernost.

L'aristocratie d'Ancien Régime exerçant sur Maupas un véritable pouvoir de fascination, il commence dès les années 1840 à ajouter la particule "de" à son nom patronymique et sollicite les services d'un faussaire pour lui fabriquer une généalogie qui fasse illusion. Sa particule ne lui est reconnue officiellement que sous le Second Empire, par un décret du Cyprien Henry, « La reconnaissance officielle », Papiers Charlemagne-Émile de Maupas 607 AP. Répertoire numérique détaillé par Éric Landgraf, Paris, Archives nationales, 2013, p. 207-208..

Carrière

L'éphémère préfet de police de Paris et le coup d'État Maupas est tour à tour : sous-préfet d’Uzés (Gard) le , sous-préfet de Beaune (Côte-d'Or) le (révoqué en ), sous-préfet de Boulogne-sur-Mer (Pas-de-Calais) le , préfet de l'Allier le , préfet de Haute-Garonne le . Dans ces dernières fonctions, il fait campagne pour la prorogation du mandat présidentiel de Louis-Napoléon Bonaparte.

Il est nommé le à la tête de la préfecture de police de la Seine, alors située rue de Jérusalem. Lors du coup d'État du décidé par Louis-Napoléon Bonaparte, Maupas fait arrêter les chefs de l'opposition, dont plusieurs parlementaires, et organise le déploiement des forces de police postées dans les rues stratégiques et aux portes de la capitale. Les papiers de Maupas indiquent son rôle décisif d'informateur et d'organisateur du coup d'État. Maupas souhaite prévenir une éventuelle insurrection à Paris en positionnant la troupe et en surveillant les faubourgs. Son avis n'est cependant pas suivi, au profit de celui de Morny qui, lui, préfère laisser éclater l'émeute pour mieux la réprimerClaude Vigoureux, Maupas et le coup d’État de Louis-Napoléon. Le policier du Deux-Décembre 1851, Paris, Éditions SPM, « Kronos », 2002..

Le ministre de la Police générale vignette|Charlemagne-Émile de Maupas photographié en costume de ville par Eugène Disdéri, en 1860. Maupas est nommé le ministre de la Police générale, reconstitution du ministère de Fouché, situé alors au 78, rue de Varenne. L'instruction des affaires, la correspondance et les rapports des départements remontent au ministère par les trois directeurs, dont le préfet de police du département de la Seine. Les deux autres directeurs se répartissent les départements en deux arrondissements, l'un au nord du Massif Central, l'autre au sud. Enfin, les inspecteurs généraux, qui seront remplacés par les commissaires départementaux en 1853, sont une branche du ministère de la Police.

Maupas fait surveiller les opposants politiques, en France comme à l'étranger, mais également la société élitaire sur laquelle il constitue des dossiers. Ses informateurs sont en partie originaires de son Aube natale. La police met au jour plusieurs complots et déjoue notamment un projet d’attentat contre l’empereurM. de Maupas, Mémoires sur le Second Empire, t. II : L'Empire et ses transformations, Paris, E. Dentu, 1885, p. 80-81..

Mais Maupas empiète de plus en plus sur les prérogatives du ministre de l'Intérieur, Persigny, et sur celles du ministre de la Guerre, Saint-Arnaud, au sujet de la direction de la gendarmerie. En outre, il se met à dos Morny et Fould, dont il surveille de près les opérations financières. Le ministère de la Police générale est finalement supprimé le et devient la direction de la Sûreté générale du ministère de l'Intérieur.

Sénateur et diplomate Le , Maupas est nommé sénateur et le reste jusqu'à la chute du Second Empire en , les sénateurs étant alors inamovibles et nommés à vie. Le lendemain, il est nommé ministre plénipotentiaire à la légation de France à Naples auprès de Ferdinand II, roi des Deux-Siciles. Ces fonctions s'avèrent délicates pour une personne n'ayant pas d'expérience dans ce domaineFrantz Laurent, « Maupas diplomate : l'intermède napolitain (juin 1853 - mars 1854) », Histoire, économie & société, 2015/2 ( année), p. 76-87., et Maupas est rappelé en France en .

Il exerce alors ses fonctions de sénateur et est également membre du conseil général de l'Aube, qu'il préside durant presque tout le Second Empire. Les grands travaux de sa région natale, comme le chemin de fer, sont largement favorisés par ce rôle politique comme le montrent les lettres échangées avec sa famille et ses réseaux notabiliaires de l’Aube.

Le Archives départementales de l'Aube, 2 E 72/162, acte de vente du domaine de Vaux, signé le 27 février 1855 en l'étude de Me Victor Blavot, notaire à Bar-sur-Seine., Maupas acquiert le château de Vaux, sur la commune de Fouchères, dans l'Aube.

L'administrateur des Bouches-du-Rhône et les grands travaux de Marseille Lors de son premier séjour dans la cité phocéenne, du 25 au , Louis-Napoléon ordonne le lancement de trois grands chantiers prioritaires : une nouvelle Bourse, un troisième bassin portuaire - le futur "port Napoléon" - et une nouvelle cathédrale pour remplacer la vieille Major. Le second voyage qu'entreprend l'empereur huit ans plus tard est l'occasion pour lui de donner une nouvelle impulsion aux grands travaux marseillais. Aussi, par un décret du , il nomme Maupas au poste de "sénateur chargé de l'administration du département des Bouches-du-Rhône", titre supérieur à celui d'un préfet. Suivant l'exemple donné par son collègue Haussmann à Paris, il entreprend une rénovation en profondeur de Marseille en faisant notamment percer de nouvelles artères, dont la plus remarquable est la rue Impériale, aujourd’hui rue de la République, inaugurée en 1864. Au cours des six années de son préfectorat, « 14 quartiers voient le jour tandis que 166 rues ou boulevards sont percés et bordés de 2 800 immeubles neufs ». Maupas poursuit la construction du nouveau port de la ville. Il fait édifier la préfecture, rue Saint-Ferréol, qui sera qualifiée de « plus beau palais départemental de l'EmpireDenise Jasmin, « Marseille. Le plus beau palais départemental de l’Empire », Préfectures, numéro spécial de Monuments historiques, 1991, , p. 58-63. ». Sa conduite "honorable" lors de l'épidémie de choléra de 1865-1866 est reconnue par le ministère de l'Intérieur, qui lui reproche néanmoins d'avoir essayé d'en tirer parti pour valoriser son imageFrantz Laurent, Charlemagne-Émile de Maupas (1818-1888) : étude d'une trajectoire administrative, politique et notabiliaire, des monarchies censitaires à la Troisième République, thèse de doctorat en histoire, dir. Éric Anceau, Sorbonne Université, 2022, p. 477-487.. Cela lui vaut d'être relevé de ses fonctions le , quatre jours seulement avant l'inauguration du nouveau palais préfectoral.

De la fin du Second Empire à la Troisième République Revenu au Sénat en 1867, Maupas y prononce plusieurs discours importants, notamment à propos des lois de 1868 sur la presse et les réunions publiques. Quoiqu’il n’approuve pas ces lois, il estime que, puisqu’elles ont été prises, la constitution de l’Empire doit être modifiée de manière que les ministres soient responsables et que le régime devienne parlementaire. Le , il écrit à l’empereur une lettre dans laquelle il conseille au souverain de transformer le régime en un Empire libéral. Après la chute de Napoléon III en , il s'exile momentanément en Angleterre, où il commence ses Mémoires. Maupas rentre en France en , dans son château de Vaux.

Lors des élections législatives partielles de 1872, la remontée du groupe parlementaire bonapartiste se confirme, avec Eugène Rouher à sa tête. Maupas fait partie des candidats bonapartistes malheureux aux élections législatives de 1876 et 1877.

Affaibli par de récurrentes crises de goutte qui l'obligent à rester de plus en plus souvent alité, Maupas se retire de la vie politique et pousse son gendre, Henri Vyau de Baudreuil de Fontenay (1843-1925), à prendre la relève, mais sans référence bonapartiste et sous l'étiquette monarchiste et conservatrice. Il dirige ainsi sa campagne lors des élections législatives de 1885, mais les républicains l'emportent une nouvelle fois dans l'Aube.

En 1884 et 1885, Maupas publie ses Mémoires. Dans le premier tome, il assume complètement son rôle lors du coup d'État de 1851. Il écrit qu’il a alors « engagé [s]a part de responsabilité pour ramener, dans notre malheureux pays, la stabilité qu’il cherchait en vain depuis plusieurs générationsM. de Maupas, Mémoires sur le Second Empire, t. II : L'Empire et ses transformations, Paris, E. Dentu, 1885, p. 339-340.. » Le coup d’État a été bénéfique : il a procuré à la France des années de prospérité. Retraçant dans le second tome de ses Mémoires l’histoire du Second Empire, Maupas estime que la guerre d’Italie en 1859 a exercé sur la situation intérieure de la France une influence fâcheuse, à la suite de laquelle l’Empereur a réformé la constitution de 1852 dans un sens libéral. Il a ensuite autorisé la liberté de la presse et la liberté de réunion, ce qui a eu « des effets désastreuxM. de Maupas, Mémoires sur le Second Empire, t. II : L'Empire et ses transformations, Paris, E. Dentu, 1885, p. 300. ».

thumb|285px|La chapelle funéraire des familles Maupas et Baudreuil de Fontenay au cimetière de Fouchères (Aube).

Dans ses dernières années, Maupas se rapproche des royalistes et du boulangismeInterview publiée le 21 avril 1888 dans Le Matin.. Il meurt le , à l’hôtel de Ségur (aujourd'hui hôtel de Salm-Dyck), 97, rue du Bac, dans le arrondissement de Paris. Il est inhumé dans la chapelle familiale au cimetière de Fouchères dans l'Aube.

Décorations Décorations françaises gauche|sans_cadre|50x50pxGrand-croix de la Légion d'honneur (1866) (grand officier en 1862, commandeur en 1852, officier en 1851, chevalier en 1850). gauche|sans_cadre|50x50px Officier de l'Instruction publique (1864).

Décorations étrangères