Lucien Louis Bunel, dit Jacques de Jésus ou le père Jacques de Jésus, né à Barentin (Seine-Maritime) le et mort à Linz (Autriche) le , est un prêtre catholique, religieux carme et résistant français.
Il est Serviteur de Dieu de l'Église catholique. Il est honoré à Yad Vashem comme un Juste parmi les nations.
Biographie Très jeune, Lucien Bunel décide de devenir prêtre. Il entre au petit séminaire de Rouen où on le juge « forte tête » et où ses professeurs apprécient son ardeur au travail, mais nullement son caractère.
Il fait son service militaire alors qu'il est séminariste, au fort de Montlignon près de Paris. .
Il fait deux retraites à la Trappe de Notre-Dame de Port-du-Salut et se croit appelé à la vie cistercienne. L'influence de la prieure du carmel du Havre et une retraite au couvent des Carmes d'Avon l'orientent définitivement vers le Carmel.
Il est ordonné prêtre le . Il souhaite s'orienter vers l'ordre du Carmel, mais l'archevêque de Rouen lui refuse son consentement. Ce n'est qu'en 1931 que Lucien Bunel peut entrer au noviciat du couvent des Carmes déchaux de Lille, où il prend le nom de frère Jacques de Jésus.
Il cherche Dieu dans la solitude, la nature, la vie d'oraison, .
Pédagogue En 1934, il fonde et dirige le Petit Collège Sainte-Thérèse de l'Enfant-Jésus à Avon (Seine-et-Marne) à la demande de son provincial, le père Louis de la Trinité (futur amiral d'Argenlieu), dans une partie du couvent des Carmes. Il y enseigne les lettres classiques. C'est un grand pédagogue, pas un théoricien mais un praticien. Sa manière d'éduquer est un succès.. Il y est professeur de lettres classiques et surveillant : les élèves l'appellent parfois « El Santo », le saint. Pour lui, éduquer c'est .vignette|L'ancienne cour d'école du Petit Collège d'Avon.|centré En 1936, il fait une retraite au carmel de Chaville, puis à Pontoise.
Engagement pendant la Seconde Guerre mondiale thumb|Le père Jacques de Jésus mobilisé avec d'autres soldats français en 1939|gauche Durant la campagne de France de 1939-1940, il est mobilisé comme maréchal des logis-chef au groupe autonome d'artillerie ( GAA). Fait prisonnier le à Lunéville, il est ensuite libéré en et rendu à la vie civile.
Tout en reprenant ses activités au collège d'Avon, il s'engage très vite dans la Résistance et participe à un groupe clandestin lié au réseau de résistance Vélite-Thermopylessous le numéro de matricule R.X 3.280, témoignage de M. Ballen de Guzman, cité dans ..
Il offre la protection du collège à des réfractaires au STO. Il permet à Lucien Weil, professeur de sciences naturelles interdit d'enseignement au lycée de Fontainebleau, parce qu'il est Juif, de donner quelques cours au Petit Collège. Le père Jacques accueille également des enfants juifs dont Hans-Helmut Michel (1930, Francfort - 1944, Auschwitz), Jacques Halpern (1926, Paris - 1944, Auschwitz) et Maurice Schlosser (1928, Paris - 1944, Auschwitz), sous les identités de Jean Bonnet, Jacques Dupré et Maurice Sabatier. Il prévient certains de leurs condisciples en disant : « C’est un risque que nous prenons. Une vie sans risque est une vie qui ne vaut pas la peine d’être vécue. […] J’en appelle à chacun de vous pour garder le silence et ne jamais en parler autour de vous ».
Arrestation et déportation dans les camps nazis vignette|190px|De cette plate-forme le père Jacques salua les élèves du Petit Collège le 15 janvier 1944 : « Au revoir les enfants, continuez sans moi !».À la suite d'une dénonciation au sujet des enfants juifs que son établissement protège, le collège des Carmes est encerclé par des soldats de la Wehrmacht le , entre 10h et 10h 30 du matin. Le père Jacques est arrêté par la Gestapo avec les trois dits élèves. Au moment où ils quittent le Petit Collège, le plus grand serre les mains de tous ses camarades en silence. Le père Jacques en soutane s'adresse en souriant aux autres collégiens du Petit Collège en disant : « Au revoir les enfants, continuez sans moi ! ».
L'arrestation du père Jacques et des trois enfants en inspirera Louis Malle qui assista à la scène à l'internat, alors âgé de 12 ans, pour réaliser en 1987 son film Au revoir les enfants qui remportera le Prix Louis-Delluc et le Lion d'or à la Mostra de Venise, la même année, ainsi que 7 César l'année suivante. : « ... jusqu’à ma mort, je me rappellerai chaque seconde de ce matin de janvier », confie le réalisateur.
Les trois adolescents, Hans-Helmut Michel, Jacques Halpern et Maurice Schlosser, seront déportés depuis la gare de Bobigny par le convoi 67Serge Klarsfeld. Le Mémorial de la déportation des Juifs de France. Beate et Serge Klarsfeld: Paris, 1978. Nouvelle édition, mise à jour, avec une liste alphabétique des noms.FFDJF (Fils et Filles des Déportés Juifs de France), 2012. du et rapidement gazés à leur arrivée au camp d'extermination d'Auschwitz.
Cependant, c'est surtout l'implication dans la Résistance de père Jacques qui motive sa déportation finale au camp de concentration de Gusen. Il est tout d'abord interné à la prison de Fontainebleau puis au camp de Royallieu, près de Compiègne en France. Il est ensuite déporté dans le convoi parti de Paris le (convoi I.193) au camp de représailles de Neue Bremm, près de Sarrebruck en Allemagne, puis à Mauthausen et Gusen en Autriche.vignette|left|195px|Murs du camp de Mauthausen. vignette|Vue du camp de Gusen. S'occupant des malades et de l'infirmerie, disant la messe dans le campIl y dira au moins trois fois la messe, à Noël 1944, le janvier 1945 et à Pâques 1945, malgré l'interdiction des Allemands. et chaque jour, l'offrande de sainte Thérèse avec les prisonniers ; durant ses promenades, il porte une poutre autour des murs du camp ; il est très aimé de ses camarades prisonniers, et même des Allemands. Il va s'appuyer sur des réseaux existants, même ceux des groupes de solidarité mis en place par les communistes, groupes qu'il étend et généralise : trois ou quatre déportés par groupe prélèvent une part de leur ration pour la donner à un plus faible. Dans le souci de l'autre, et du plus faible, c'est encore l'homme qui se tient debout. Tous les témoins le diront : le père Jacques était là, près d'eux, aidant ceux qui n'en pouvaient plus, relevant ceux qui tombaient, donnant même son pain à ceux qui avaient faim. Alors que les SS et les gardiens cherchaient à réduire l'homme, à l'anéantir, le père Jacques « réconciliait la guerre avec l'espèce humaine » :vignette|Image de la libération du camp de concentration de Mauthausen le ., dit un témoin à Güsen. Au camp, il encourage chaque prisonnier dans l'amour du Christ.
À la fin, il tombe malade, mais il trouve encore la force, à la libération du camp, de représenter les Français aux réunions du Comité international de Mauthausen (CIM).
Il meurt à Linz en Autriche, le , à l'hôpital Sainte-Élisabeth. Son corps est transféré à Avon et inhumé dans le cimetière du Carmel.
Procès en béatification En France, sa cause en béatification est introduite à Rome le ..
Hommages et postérité vignette|Plaque commémorative à Avon. Jean Cayrol, son compagnon de déportation, écrit sur lui quelques poèmes, en particulier Chant funèbre à la mémoire du révérend père Jacques (dans Larmes publiques, Poèmes de la nuit et du brouillard, Seghers, 1946) dont la dédicace est : « Pour mon plus que frère le Révérend Père Jacques du Carmel d'Avon, directeur du collège de Fontainebleau, qui fit sourire le Christ dans le camp de Gusen, mort d'épuisement à Linz, le . »
Son supérieur provincial, le père Philippe de la Trinité, rassemble, dès 1947, de très nombreux témoignages dans un ouvrage intitulé Le père Jacques, martyr de la charité (collection Études carmélitaines, éditions Desclée de Brouwer, 510 pages). vignette|Rue Père Jacques à Avon. En 1948, Henri Bouchard réalise une sculpture du père Jacques.
Distinctions 50px Croix de guerre 1939-1945 avec étoile de vermeil (citation de la France Combattante à l'ordre du corps d'armée) ; Juste parmi les nations () : médaille décernée par le mémorial Yad Vashem (à titre posthume) Dictionnaire des Justes de France, Fayard 2003, p. 129.
Voir aussi Bibliographie
. Préface du carme Michel de Goedt - 10 photographies hors-texte. Jacques Chégaray, Un carme héroïque. La vie du père Jacques, Nouvelle Cité, 1989, 344 p. . Textes des journées de rencontre organisées à la mémoire du père Jacques, les 9- et 22- Préface par le carme Frère Philippe Hugelé.
Alexis Neviaski, Le père Jacques. Carme, éducateur, résistant. Taillandier, 2015, 408 pages. .. La Lettre du Comité Père Jacques de Jésus (39 numéros parus en ), publiée par le Comité Père Jacques de Jésus, 1, rue Père Jacques - 77210 Avon.
Filmographie Les Enfants du père Jacques, 1990, documentaire de 52 minutes, Éditeur : Frère Carmes.. Vidéo disponible au couvent d'Avon - 1 rue du Père-Jacques - 77210 Avon) avec le livret : Lucien Bunel 1900-1945 Au revoir les enfants, film français réalisé par Louis Malle, sorti en 1987. Lion d'or de la Mostra de Venise 1987.
Articles connexes Jean Cayrol Résistance spirituelle au nazisme en France Liste de religieux français tués hors de France
Liens externes
Site officiel Jacques de Jésus Dossier sur le père Jacques, Carmel de France Lucien Bunel (père Jacques), site de Yad Vashem Page sur le père Jacques sur un site consacré à Mauthausen-Gusen Père Jacques, United States Holocaust Memorial Museum
Notes et références
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