vignette|redresse|Affiche de la zarzuela (créée en 1923).

La zarzuela [consulté le 15 juin 2016]. (ou zarzuélaEntrée [consulté le 15 juin 2016].) (prononcé []) est un genre théâtral lyrique espagnol né au .

Par sa formule, qui associe action théâtrale, orchestre, chants et dialogues parlés., elle s'apparente à l'opéra-comique français ou au allemand, genres qui, eux, n’apparaîtront qu’un siècle plus tard. Il est recensé quelque zarzuelas, depuis la naissance du genre jusqu'au À titre de comparaison, l'opéra, tous pays et époques confondus, accumule environ titres. Toutefois, sur les quelque zarzuelas, certaines ont été perdues..

Histoire vignette|redresse|Pedro Calderón de la Barca (1600-1681).

L'appellation « zarzuela » provient du nom d’un lieu de villégiature royale au nord de Madrid, le palacio de la Zarzuela (littérallement « palais de la ronceraie »)Nommé ainsi en raison des ronces (, en espagnol) parsemant autrefois les parages, ce palais existe toujours, bien que très modifié., devenu ultérieurement résidence du roi d'Espagne, où sont données au les premières soirées théâtrales et musicales dites ; un intitulé rapidement abrégé et simplifié en « zarzuela », sous l’influence de Pedro Calderón de la Barca, alors grand librettiste de ce genre lyrique.. Cependant, en Espagne, La zarzuela est précédée de vingt ans par des pièces entièrement chantées qu' pas encore « opéras », telles (1622) et (1627), sur un livret de Félix Lope de Vega, à la façon de ce qu’il en est alors depuis peu en Italie. L'opéra espagnol va ainsi désormais poursuivre son chemin, à côté de son dérivé : la zarzuela.

vignette|gauche|redresse|Ramón de la Cruz (1731-1794).

La première œuvre de zarzuela répertoriée est , datée de 1648. À l'origine spectacle de cour, la zarzuela va ensuite essaimer dans les théâtres ouverts à tous, essentiellement à Madrid avant de se répandre dans toute l’Espagne, puis, dès la fin du , dans les Amériques et jusqu'aux Philippines, à travers des ouvrages et des compositeurs aux styles très différents. Parmi les compositeurs majeurs et les œuvres importantes des , il convient de mentionner : Juan Hidalgo, auteur de (1660) et (1672) ; Sebastián Durón, auteur de (1696) et Coronis a été donné dans une mise en scène d'Omar Porras et sous la direction musicale de Vincent Dumestre, dans une production créée à Caen en novembre 2019 puis reprise dans différentes villes de France, dont l’Opéra-Comique à Paris en février 2022. À noter que El imposible mayor en amor le vence Amor, longtemps attribué à Sebastián Durón (y compris pour la partition éditée en 2005 par l’ICCMU), est désormais considéré avoir été composé par José de Torres selon des recherches musicologiques qui ont été menées en 2015 ; voir . (vers 1701-1705) ; Antonio de Literes, auteur de Acis y Galatea (1708) et Júpiter y Semele (1718) ; José de Nebra, auteur de Viento es la dicha de amor (1743) et Ifigenia en Tracia (1747) ; Antonio Rodríguez de Hita, auteur de Briseida (1768) et Las labradoras de Murcia (1769) ; Luigi Boccherini, auteur de ClementinaIl est courant de citer cette œuvre sous le titre La Clementina, or elle trouve son origine dans les traductions en italien (postérieures à Boccherini). Le titre d'origine de l'œuvre, tel qu'il fut créé et attribué en Espagne, est bel et bien Clementina, sans l'article défini. Voir pour cela les notices officielles de la Bibliothèque nationale d'Espagne sur l'édition critique du livret (1992) ou le double disque de 2009 de Música Antigua Aranjuez Ediciones. (1786)

vignette|redresse|Relief en bronze représentant une scène de Pan y toros (1864). Détail d'un monument à Madrid (L. Coullaut-Valera, 1913).

Jusqu’à la moitié du , les thèmes des livrets sont exclusivement mythologiques (cas de et , par exemple), pour ensuite s'infléchir vers des sujets les plus divers et souvent avec des personnages de tous les jours (cas de et ). Cette évolution doit beaucoup au librettiste Ramón de la Cruz, principal instigateur de ce renouvellement du genre. Le style musical quant à lui s'apparente à celui de l'art lyrique baroque dans le reste de l'Europe, avec toutefois des traits propres (dans la musique religieuse espagnole de l’époque) ; puis, à partir de la seconde moitié du , prenant un caractère davantage symphonique dans l’orchestration, de plus en plus mêlé de formes typiquement espagnoles (pasacalles, fandangos, sarabandes, chaconnes)...

vignette|gauche|redresse|Relief en bronze représentant une scène de (1894). Détail d'un monument à Madrid (L. Coullaut, 1913).

Au début du , le genre connaît une renaissance, prenant parfois un ton léger que l’on pourrait rapprocher de l'opérette (apparue en France vers 1840), surtout vers la fin du et début du . Mais la très grande majorité des zarzuelas possèdent une tonalité dramatique, rarement portée à l’amusement et conduisant souvent à des fins tragiques (la meilleure correspondance esthétique serait plutôt l'opéra-comique français ou le allemand, en raison notamment de la présence de dialogues parlés).

, parmi les compositeurs remarquables et les œuvres célèbres des : Emilio Arrieta, auteur de (1855) ; Francisco Asenjo Barbieri, auteur de (1854), (1864) et (1874) ; Federico Chueca, auteur de (1886) dont Friedrich Nietzsche se fera l'écho élogieux (lettre à Peter Gast du Friedrich Nietzsche, Lettres à Peter Gast, traduction de l'allemand vers le français par Louise Servicen. Introduction et notes par André Schaeffner. Éditions du Rocher, 1957 (réédition de 1981 par Christian Bourgois éditeur, où la lettre du 16 décembre 1888 se trouve sur les pages 564 et 565).) ; Ruperto Chapí, auteur de (1887), La revoltosa (1897), Curro Vargas (1898) et (1900) ; Tomás Bretón, auteur de La verbena de la Paloma (1894), qualifiée de chef-d’œuvre par Camille Saint-Saëns (lettre du de Saint-Saëns à Tomás Bretón) et l'une des plus célèbres zarzuelas ; Gerónimo Giménez, auteur de La tempranica (1900) ; José María Usandizaga, auteur de (1914) ; Amadeo Vives, auteur de la fameuse zarzuela (1923) ; Federico Moreno Torroba, auteur de (1932), autre zarzuela fameuse ; Pablo Sorozábal, auteur de (1935) ; ou Ernesto Lecuona, compositeur cubain auteur de la célèbre Œuvre aussi connue sous le titre , du nom d'une vierge. Les deux titres, successivement, sont attribués par Lecuona lui-même. (1930).

vignette|redresse|Carlos Arniches (1866-1943).

Pour ces deux siècles considérés, la zarzuela peut se partager en deux familles principales : la zarzuela « » et la zarzuela « » (petite). La première, généralement en trois actes, est destinée à occuper une soirée entière de représentation, sur des sujets historiques (cas de et de ) ou dramatiques (cas de et de ). Musicalement, elle porte tout d’abord l’influence du bel canto, pour peu à peu s’en libérer par des formes de chant qui lui sont propres, tout en restant parfois sensible aux courants lyriques du reste de l’Europe (Grand Opéra à la française, wagnérisme, vérisme…). La seconde catégorie, généralement en un acte et d'une durée d’environ une heure, revêt un caractère plus spécifique : avec des intrigues et personnages contemporains, issus du petit peuple et des prolétaires, de Madrid en particulier, notamment pour le (« genre petit »), sous-genre de la ; et des rythmes musicaux très souvent puisés aux sources espagnoles (cas de et de ). Carlos Arniches figure alors l'un des florissants librettistes de ces sujets gouailleurs mais non nécessairement joyeux. Il en serait de même pour les zarzuelas des Amériques hispaniques, qui régulièrement s'inspirent de thèmes autochtones et du folklore local..., vol. 2 : .. Ce type de pièces lyriques populaires se rencontre également dans des pays tels que les Philippines, avec, notamment, comme interprète au , Atang de la Rama..

Postérité En Espagne, le goût pour la zarzuela se remet progressivement à l'ordre du jour à partir des années 1970 et le nombre de représentations ne cesse d'augmenter depuis. En 1971, un festival appelé Antología de la zarzuela est célébré à Motril dans la province de Grenade. Les rois de Belgique Baudouin et Fabiola assistent au festival.. et le réalisateur Juan Manuel de la Chica en fait un reportage télévisé : Antología de la zarzuela.. Le titre de ce festival est repris par le producteur de théâtre Fernando García de la Vega pour l'émission hebdomadaire Antología de la zarzuela, diffusée par la TVE de 1979 à 1980, un programme télévisé qui connut un franc succès et plusieurs rediffusions dans les années 1980 et 1990. Ces reportages et émissions, et l'augmentation du goût pour les spectacles lyriques en Espagne, ont contribué à un nouvel intérêt pour les Espagnols envers la zarzuela. Depuis la fin des années 1970, les maisons de disques créent des collections dans lesquelles les disques sont accompagnés de fascicules : livret, synopsis, études sur l'œuvre, biographie du compositeur y sont exposés.

Au cette progression a continué dans la même lignée. Selon la SGAE (équivalant à la SACEM en France), en 2006 la représentation de zarzuelas en Espagne a augmenté de plus de . Au Teatro de la Zarzuela, le nombre de représentations de zarzuelas augmente de 50 % pour la période 2015-2021« El Teatro de la Zarzuela presenta su Temporada 2020/2021 con optimismo, prudencia y garantías », Toda la Música, juin 2020.. De leur côté, les plus grands chanteurs espagnols, à la renommée internationale, se sont illustrés dans la zarzuela : Pilar Lorengar, Victoria de los Ángeles, Teresa Berganza, Montserrat Caballé, María Bayo ; ou Alfredo Kraus, José Carreras, Plácido Domingo...

La réputation de la zarzuela dépasse néanmoins rarement les frontières du monde hispanophone (Espagne, Amérique hispanique, Philippines…) ; en raison peut-être de la langue espagnole des livrets, et d’autant plus pour leurs dialogues parlés qui peuvent aussi constituer un frein à une expansion internationale ; voire aussi en raison des sujets de ces livrets, souvent se rapportant à des thèmes hispanisants, bien que cela ne soit pas une règle générale tant s'en faut. La zarzuela commence toutefois à essaimer au-delà de ce monde, comme le montreraient ces dernières années des représentations en France, en Allemagne, en Autriche, en Suisse, en Italie, aux États-Unis, ou d’autres pays de tradition lyrique non hispanophonePour les pays francophones, par exemple la Suisse romande ou la France, des zarzuelas ont été représentées à Lausanne, Paris, Beaune, Nancy, Toulouse... Voir « Une brève histoire de la zarzuela : 1re partie : Floraison baroque » (31 janvier 2014), premier d'une série de trois articles de Pierre-René Serna publiés sur Concertclassic.com.

Compositeurs vignette|redresse|Francisco Asenjo Barbieri. vignette|redresse|Federico Chueca. vignette|redresse|Tomás Bretón. vignette|redresse|Ruperto Chapí. vignette|redresse|Amadeo Vives. vignette|redresse|Ernesto Lecuona.

Juan Hidalgo (1614-1685) Tomás de Torrejón y Velasco (1644-1728) Juan de Navas (1647-1709) Sebastián Durón (1660-1716) Antonio Literes (1673-1747) Francisco Corradini (vers 1700-1769) José de Nebra (1702-1768) Antonio Rodríguez de Hita (1724-1787) Antonio Rosales (1740-1801) Luigi Boccherini (1743-1805) Manuel Garcia (1775-1832) Ramón Carnicer (1789-1855) Basilio Basili (1803-1895) Tomás Genovés (1806-1861) Baltasar Saldoni (1807-1889) Mariano Soriano Fuertes (1817-1880) Joaquín Gaztambide (1822-1870) Rafael Hernando (1822-1888) Emilio Arrieta (1823-1894) Francisco Asenjo Barbieri (1823-1894) Cristóbal Oudrid (1825-1877) José Inzenga (1828-1891) (1835-1906) Pedro Marqués (1843-1918) (1844-1915) (1846-1910) Federico Chueca (1848-1908) Tomás Bretón (1850-1923) Ruperto Chapí (1851-1909) Gerónimo Giménez (1854-1923) Isaac Albéniz (1860-1909) (1863-1913) Enrique Granados (1867-1916) Rafael Calleja Gómez (1870-1936) Vicente Lleó (1870-1922) Amadeu Vives (1871-1932) José Serrano Simeón (1873-1941) (1875-1918, fils de Joaquín Valverde Durán, voir ci-dessus) Manuel de Falla (1876-1946)