Le château du Rivau est une forteresse seigneuriale dont les premières fondations remontent au . Situé en Touraine dans la commune de Lémeré dans le département français d'Indre-et-Loire, le Rivau est l'un des châteaux de la Loire et fait l’objet de classements au titre des monuments historiques depuis (château) et (communs) ainsi que d'une inscription en (ferme).

Le Rivau combine des éléments de l'architecture médiévale, l'architecture de la Renaissance, et l'art contemporain.

Depuis 1992, il appartient au couple Patricia Laigneau et Éric Laigneau.

Historique Au , le Rivau est une maison forteD'après les recherches historiques archéologiques réalisés par Anne Allimant en 1994. ALLIMANT (A.), La fouille des jardins du château du Rivau (Indre-et-Loire), rapport de fouille inédit, Service Régional de l'Archéologie Centre, 1994..

Ce château de Touraine fut fortifié au puis humanisé à la Renaissance. Il est à la fois une forteresse imprenable et un lieu de vie agréable.

Situé au cœur des conflits anglo-français, le château du Rivau a un positionnement stratégique. Il domine la vallée de la Vienne et de la Veude, et permet ainsi de surveiller les grands axes de communication.

Au , le bâtiment qui clôturait le quadrilatère du château fut détruit. À la même époque, les fenêtres gothiques de la façade ouest du château furent agrandies et ornées de sculptures. L’avant-cour se dota des prestigieuses écuries.

Au , les bâtiments au sud de l’avant-cour furent reconstruits et couverts de tuiles creuses car la faible pente des toitures ne permettait pas la pose de l’ardoise, qui nécessite une forte pente. La tradition locale utilisait la couverture d’ardoises pour les bâtiments nobles et la tuile pour les bâtiments utilitaires.

Au , il n’y eut pas de modernisation du bâti mais les jardins-terrasses du Rivau furent entourés de murs. Un pont, aujourd’hui disparu, semble avoir été jeté à cette époque sur la douve ouest. La douve fut comblée. Les très importantes terres du Rivau étaient plantées de sainfoin et noyers, et de 45 hectares de vignes. Ces riches terres étaient convoitées et le château devint « château de rapport », ne subissant plus aucune modification. Il conserva ainsi toutes les caractéristiques de sa construction.

Au , la chapelle au nord du « Jardin secret » fut détruite (vers 1880). Des fenêtres à « petits bois » remplacèrent les fenêtres à meneaux, détruisant l’harmonie médiévale. Le château devint un lieu de stockage de blé et oublia ses fastes d’antan.

center|thumb|400px| Évolution du cadastre du château du Rivau. Plans et hypothèses : Anne Allimant, 1994.

Le passage de Jeanne d'Arc 150px|thumb|upright=0.7|Jeanne d'Arc. Le Rivau est réputé pour ses écuries dès le alors que celles-ci ne sont encore qu'en bois.

Au , le royaume de France est en plein conflit avec les Anglais lors de la guerre de Cent Ans. L'un des personnages illustres de celle-ci est Jeanne d'Arc. Après avoir reconnu le dauphin à Chinon en 1427, elle sillonnera la France pour rejoindre différents sièges.

Connaissant sa réputation pour ses destriers, Jeanne d'Arc s'arrêtera au Rivau et viendra chercher des chevaux de combat en 1429 avant de rejoindre le siège d'Orléans.

L'influence de la famille de Beauvau 200 px|vignette|Le Blason de la famille Beauvau, Les armoiries des Beauvau sont constituées d’un cimier en forme de hure de sanglier, qui remémore leur passion pour la chasse. En son centre, le blason représente 4 lions couronnés. Les supports ou « tenans » des armes représentent deux « sauvages » dans l’imaginaire médiéval. Ils ont chacun une massue de guerre à la main. Le cri de guerre de la famille, « Beauvau sans départir », que l’on peut voir dans le gable au-dessus de la porte du château montre la fermeté de la foi des Beauvau et la noblesse de cette famille.

La famille de Beauvau est alliée des rois de France depuis le mariage d'Isabeau de Beauvau avec le comte de Vendôme Jean de Bourbon, prince du sang.

À partir de 1438, le Rivau est donné en dot à Pierre de Beauvau († 1453), premier chambellan du dauphin Charles VII. Il obtint l’autorisation du roi Charles VII de faire fortifier le château, grâce à ses faits d’armes. La maison forte du Rivau devint ainsi château-fort au . Les travaux de reconstruction débutèrent en 1443, la même année que la construction de l’hôtel Jacques Cœur à Bourges.

Le nouveau château en forme de quadrilatère fut élevé d’un seul jet. À l’emplacement de l’actuel « Berceau de Verdure », se trouvait la chapelle indépendante (on en voit encore la forme de la voûte sur le mur du château). Un bâtiment aujourd’hui disparu fermait le quadrilatère. René de Beauvau en rendit hommage le Jean-Pierre Babelon, Hommages... (to 3, 1985), n° 615..

En 1510, François de Beauvau, châtelain du Rivau et capitaine de François , entreprit de construire des écuries monumentales qui fourniront ses étalons au roi. Il mourut à la bataille de Romagne aux côtés de Bayard en 1524.

Son successeur, Gabriel de Beauvau prit le parti, vers 1550, de faire élever un bâtiment très novateur, influencé par les édifices que les grands seigneurs avaient découverts en accompagnant le Roi aux campagnes d’Italie.

À partir de 1631, le Rivau fut épargné par le cardinal de Richelieu, qui avait entrepris de démanteler tous les châteaux entourant l’actuelle ville de Richelieu afin d'en récupérer les matériaux pour construire sa ville nouvelle (à seulement du Rivau). Mais sa sœur Françoise Du Plessis étant mariée à Jean de Beauvau, seigneur des lieux, le Rivau échappa au démantèlement subi par les châteaux du voisinage.

Son descendant Jacques de Beauvau (1627-1702), maréchal des camps et des armées du roi Louis XIV quitta le château du Rivau pour aller à la cour du Roi Soleil. En , il obtint l’érection de la terre du Rivau (sous le nom de Beauvau) en marquisatÉric Thiou, Dict. des Titres... (2003), p 65.. Ruiné par son train de vie à la cour royale, il emprunta livres à Marie Damond, veuve de Charles Croisset, marquis d’Etiau, conseiller du roi. Ne pouvant rembourser sa créance, Jacques de Beauvau dut céder la terre du Rivau en 1697 : Il rendit alors le château inhabitable en enlevant toutes les portes et les croisées qu’il cacha chez le curé de Lémeré.

Son cousin, René, fut conseiller du Roi. La branche directe des marquis de Beauvau du Rivau s'éteignit dans les mâles avec les deux fils de Jacques : Pierre-Madeleine (1663-1734) et René-François (1664-1739 ; archevêque de Narbonne et de Toulouse) ; une sous-branche cadette avait hérité de Montgoger. Quant à la branche aînée des Beauvau, dite de Beauvau-Craon, elle devint prince en Lorraine.

Pendant deux siècles, différents propriétaires se succédèrent : artistes, marquis, etc (dont Michel-Ange de Castellane en 1768 et son fils Esprit-François-Henri de Castellane en 1789 : aussi comtes de Villandry). À partir du , le Rivau demeura inhabité et sombra dans l’oubli.

En 1911, les communs furent vendus à l’exploitant des terres. Un mur fut érigé entre le château et les communs. En 1918, le nouveau propriétaire, le sculpteur Moncel de Perrin obtint son classement aux Monuments historiques.

Le peintre et affichiste Pierre-Laurent Brenot devient propriétaire du château en et l'habite jusqu'à sa revente aux actuels propriétaires, Éric et Patricia Laigneau, en . Ils entament aussitôt les travaux de restauration nécessaires à la remise en état du château, de ses communs et des jardins. En 2000, le site est ouvert au public.

Restauration Lors de l'acquisition du château en 1992, celui-ci menaçait ruine. M. et ont souhaité restaurer les lieux..

La restauration en quelques chiffres : plus de de surfaces de toitures remplacées de chêne nécessaires à la remise en forme de la charpente du seul château 148 fenêtres neuves refaites à l’identique

En 1996, le grand prix de French Heritage Society récompense le travail effectué, suivi du grand prix de La Demeure historique en 2001.

Architecture vignette|upright=1.3|Le château du Rivau. Château vignette|upright=0.7|left|Le donjon du château du Rivau, .

Intégré au paysage des châteaux du Val de Loire, le château du Rivau est une forteresse médiévale dont les premières fondations remontent au . C'était alors une maison forte. De cette époque subsiste le quadrilatère formé par les quatre murs et les tours d’angle.

Le château du Rivau est une construction des années 1450. Après la guerre de Cent Ans, une première série de châteaux furent reconstruits. Le Rivau appartient à cette première génération d’édifices. Les Beauvau y ont réalisé un nouveau type de demeure seigneuriale qui anticipe de plus d’une décennie par son plan d’ensemble et par sa distribution intérieure, les bâtiments les plus modernes de l’époque.

Le château du Rivau est à la fois une forteresse médiévale et un château de la Renaissance.

Forteresse à l’extérieur avec son donjon, ses douves, son pont-levis (en fonctionnement) et son chemin de ronde, le château est aussi un château d’agrément. Dès l’entrée – surmontée du blason de la famille Beauvau et de leur devise « Beauvau sans départir » – le visiteur gravit l’escalier à vis où de nombreux graffitis du sont à décrypter.

Dans les vastes salles du Rivau se dégage une atmosphère chaleureuse. Tout participe à cette impression : des monumentales cheminées gothiques aux murs enduits de badigeon de chaux comme on peut le voir en Toscane, la somptueuse tapisserie de Bruxelles jusqu’aux coussièges devant les fenêtres à meneaux pourvus de coussins où les visiteurs sont invités à s’asseoir pour contempler les jardins.

La salle du grand logis

Cette grande salle d’armes et de banquet fut aussi utilisée par le seigneur de Beauvau pour arbitrer d’une part les conflits entre paysans et d’autre part entre ceux-là et le seigneur. À la tête d’une vaste seigneurie qui s’étendait sur plus de 1200 ha de terre labourables, vignes, vergers et forêts, le seigneur de Beauvau, maître du sol dispose en effet de la justice foncière et publique, c’est-à-dire le pouvoir sur la terre et sur les hommes. La salle du grand logis est peuplée par des trophées de collection, souvenirs de famille. Sous l’Ancien Régime seuls le Roi et les grands seigneurs avaient le privilège de chasser car ils étaient habilités à porter les armes. Les nobles devaient obtenir l’autorisation du Roi pour chasser sur leur propre seigneurie. Les commandes aux artistes contemporains se sont immiscées au sein de la collection familiale sur le thème de l’animal et les enrichissent de leurs propositions.

Le cabinet de travail du Seigneur de Beauvau vignette|left|upright=0.3|Un bargueño, meuble espagnol du .

Cette salle à voûte sexpartite dite Plantagenêt typique de l’architecture gothique angevine, reconstitue l’ambiance du cabinet de travail du seigneur. La richesse des tissus palliait la modestie du mobilier car celui-ci devait être avant tout transportable. Le cabinet présente une collection de meubles et de coffres des , qui constituaient l’essentiel du mobilier des logis seigneuriaux.

La salle du festin vignette|upright=1.1|La salle du festin.

Cette salle est marquée par la Renaissance, car elle garde les traces des fresques de cette époque. Au , tous les murs du château étaient fresqués, nous dit l’abbé Bosseboeuf, historien tourangeau du qui raconte, dans Au jardin de la France (1902) :

Au début du , la mode de la pierre apparente dans le décor fit malheureusement effacer toutes les peintures murales du Rivau. Seule la fresque du plafond de la salle du festin de Balthazar survécut, cachée par ce badigeon qu’une méthodique découpe au scalpel par des ateliers spécialisés remit à l’honneur lors de la restauration du château. Les motifs de vignes qui s’entrelacent déclinent les 4 saisons de l’année. Sur le trumeau de la cheminée, on peut découvrir le tableau d’un maître flamand qui retrace l’épisode biblique le festin de Balthazar.

Le salon des dames upright=1.1|vignette|Le salon des dames.