vignette|Cycle économique Un cycle économique est, en économie, une période d'une durée déterminée qui recouvre une phase de croissance, suivie d'un pic, auquel succède une récession ou du moins un creux. L'activité économique est ainsi rythmée par des variations qui ont des conséquences sur le niveau de vie de la population, les revenus de l'État, l'activité des entreprises.

Les cycles économiques ont fait l'objet d'études théoriques et empiriques par les économistes, qui ont abouti à l'identification de différents types de cycles, chacun ayant ses propres causes. Les cycles financiers sont ainsi différents des cycles des affaires, eux-mêmes différents de cycles économiques d'origine agricole. Certains économistes, comme Nikolaï Kondratiev, ont identifié des cycles économiques longs, dont la durée peut aller jusqu'à soixante années.

Concept

Vue d'ensemble Le système économique fonctionne de manière cyclique, c'est-à-dire par la répétition de motifs où s'enchaînent des pics et des creux, correspondant à des phases d'accélération et de décélération (voire de chute) de la croissance, chacune étant auto-renforcée. Lors des périodes de croissance (d'expansion ou de reprise), l'investissement et la consommation augmentent (l'augmentation de l'investissement est plus que proportionnelle à celle de la demande) ; l'inverse se produit lors des phases de rechute ou de dépression. Autrement dit, la baisse des investissements (sur le marché des biens de production) est plus forte que la baisse de la demande exercée sur le marché des biens de consommation (effet accélérateur)Jean-Marie Albertini, ..., p. 211. Les phases descendantes des cycles sont généralement précédées par une chute de la consommation, puis, en décalé, par une chute de l'investissement. Les biens les plus fortement touchés par la baisse de la demande sont les biens de consommation, suivis des biens intermédiaires, puis des biens d'équipement. Les services sont les moins touchés. De manière générale, le niveau des prix augmente en phase d'expansion du fait de la hausse de la demande.

La définition de référence des cycles des affaires provient du livre Measuring Business Cycles (1946), publié par Arthur F. Burns et Wesley C. Mitchell. Ils écrivent qu'ils sont un , consistant en des phases d'expansion suivies de phases de récessions. Selon eux, ces cycles ne peuvent être décomposés en des cycles plus courts, et s'ils sont récurrents, ne sont pas périodiques : chacun peut durer plus ou moins longtemps que le précédent.

Causes Les cycles économiques peuvent avoir des causes variées. La typologie des cycles économiques est liée à l'identification de causes différentes, produisant des cycles de nature, de durée et d'effets différents. Il n'existe ainsi pas une seule cause aux cycles économiques.

De manière générale, le cycle peut être lié à l'évolution de l'offre ; dans ce cas-là, le retournement est lié à une saturation des capacités de production : la croissance se retrouve bloquée par manque de facteurs de production disponibles. Une chute de la disponibilité du capital, par exemple, ou une pénurie de travailleurs, ou encore un manque de matières premières ou d'énergie. Dès lors qu'il existe une faible substituabilité entre ces facteurs à court terme, il devient difficile pour les entreprises de ne pas réduire l'offre et d'augmenter leurs licenciements. Un tel problème peut être atténué par un recours aux importations (et à la fuite des cerveaux pour les travailleurs qualifiés, et à l'immigration), mais un déséquilibre de la balance commerciale peut aussi renforcer le cycle.

Le cycle peut aussi être lié à l'évolution de la demande ; dans ce cas-là, la baisse de la consommation conduit les entreprises à réduire leur offre et leurs investissements, menant à des licenciements qui aggravent la situation économique et peut la conduire à la déflation. Cette baisse de la consommation peut être liée à un choc exogène comme à une modification du partage de la valeur ajoutée. Selon le modèle de Goodwin, une augmentation rapide des coûts salariaux unitaires peut causer une dégradation de l'investissement, une baisse de la consommation des entreprises, et donc un retournement conjoncturel. Cela est renforcé par l'inertie de l'emploi et la baisse de la productivité marginale des facteurs de production lors de la phase ascendante du cycle : plus la croissance augmente, plus elle exige des travailleurs ; or, les travailleurs les mieux qualifiés et les plus productifs étant embauchés en premier, les derniers travailleurs employés sont les moins productifs.

Toutefois, le point de retournement, lieu où a lieu le retournement conjoncturel qui marque l'entrée dans une nouvelle phase du cycle, est le marché des actions. Le canal du prix des actifs est alors dominant : comme l'écrit Claude Diebolt (2024), , ou vice versa.

Effets Les effets du cycle sont multiples et concernent tous les aspects d'un système économique donné. Le cycle a un effet fort sur l'épargne des ménages et ses déterminants, comme le résument Philippe Sigogne et Jacques Adda : +Effets du cycle sur l'épargne et autres variables économiquesPhase du cycleCroissanceBlocageRécessionRepriseVariableÉpargne de précaution - + ++ --Consommation + -- - ++Épargne logement + +0 --Effet de capitalisation00 + -Salaires réels + +0 --Conditions financières0 - ++ -

Indicateurs L'identification des cycles économiques et des phases qui les composent permet de dégager un certain nombre d'indicateurs. Ces indicateurs, qui sont des variables économiques sur lesquels les cycles ont un effet, se divisent en trois groupes : ceux qui réagissent en avance sur le cycle, avec le cycle, et en retard du cycle. Le département du Commerce des États-Unis a mis en place des indicateurs, classifiés en trois catégories : A (en avance), C (coïncident), et R (retardé). +Indicateurs cycliques opérationnels (source : Survey of Curent Business, Department of Commerce ; Les Cycles économiques 1, dir. Jean-Paul Fitoussi, Philippe SigogneIndicateurs sélectionnésClassification au cycle de référencePicsCreuxEnsembleA. Groupe avancéDurée hebdomadaire du travail, manufacturier, heuresAAADemandes moyennes hebdomadaires d'indemnité chômage, milliers (inversé)ACANouvelles commandes de biens de consommation et demi-produitsAAAPerformance des vendeursAAAContrats et commandes d'investissement productifAAANouveaux permis de construireAAAVariation des carnets de commande de biens durablesAAATaux de variation des prix des matières premièresAAACours des actions (SP 500, indice)AAAMasse monétaire (M2)AAAAttentes des consommateursAAAB. Groupe coïncidentEmploi non agricoleCCCRevenu des ménages, hors transfertCCCProduction industrielleCCCVentes de l'industrie et du commerceCCCC. Groupe retardéDurée moyenne de chômageRRRStocks industriels et commerciaux / ventesRRRTaux de variation du coût unitaire de main d’œuvre manufacturier RRRTaux de base bancaireRRREncours de crédits industriels et commerciauxRRREncours de crédit à tempérament / revenu des ménagesRRRVariation des prix des services aux consommateursRRR

Histoire

Premiers témoignages (Antiquité) La cyclicité de l'activité économique est un motif récurrent dans les écrits humains. L'Ancien Testament mentionne un rêve de Pharaon au sujet d'un cycle à venir dans son royaume, l'épisode des vaches grasses et des vaches maigres. L'agriculture, aussi, suit le cycle des saisons, rendant inévitable la chute de la production, puis sa réaugmentation.

Travaux précurseurs (années 1770 aux années 1860) Les économistes de l'école classique et leurs contradicteurs rédigent des traités d'économie à partir des années 1770, dont certains disposent d'analyses, plus ou moins étoffées, des cycles économiques et de leurs causes. Sont notamment évoqués des cycles de surproduction et de sous-production par Jean-Baptiste Say (1803) et Thomas Malthus (1820) ; David Ricardo (1817) souligne, lui, les effets des décisions politiques et des chocs exogènes comme les guerres sur l'activité économique.

Premières recherches (années 1860 aux années 1940) Les recherches sur les causes et les durées des cycles se sont multipliées à partir des années 1860. Au a en effet lieu une répétition de crises économiques qui commencent à entraîner des faillites et des licenciements à grande échelle et voient le crédit se bloquer. Karl Marx évoque des grandes causes de cycles économiques dans Le Capital (1867), dont l'évolution des taux d'intérêt qui influence la volonté d'investissement des entreprises. La première tentative d'explication systématique est celle de l'économiste français Clément Juglar, en 1862, qui met en évidence un cycle des affaires de 8 à 10 ans en France, en Angleterre et aux États-Unis. Il s'agit donc de la première tentative d'historiographie des cycles économiques français. A sa suite, plusieurs auteurs mettent mis en lumière des cycles économiques plus ou moins longs. Le cycle Kitchin (3 à ), le cycle Kuznets (15 à ), et le cycle Kondratiev (40 à ).

Les écrits de John Maynard Keynes, fondateurs de la macroéconomie moderne, s'inscrivent dans une volonté de fournir aux décideurs publics des outils de pilotage du cycle économique. La Théorie générale de l'emploi, de l'intérêt et de la monnaie expose ainsi des réflexions sur les origines des cycles économiques et les moyens de les lisser..

À l’opposé, la théorie autrichienne du cycle des affaires est développée dans cette période par Ludwig von Mises (L'Action humaine, traité d'économie) puis Friedrich Hayek.

Amenuisement de la recherche (années 1950-1970) Durant les Trente Glorieuses, la faible volatilité du cycle des affaires et la quasi-disparition des crises économiques provoquent un amenuisement de la recherche sur les cycles économiques. En 1969, Martin Bronfenbrenner publie Is the Business Cycle Obsolete?. Il faut attendre le retour des crises dans les années 1970 pour qu'il y ait un regain d'intérêt pour le cycle économique.

Renaissance de la recherche sur les cycles (années 1970 à aujourd'hui) Les cycles économiques puissants provoqués par les chocs pétroliers conduisent à un renouveau de la recherche économique sur les cycles. Face aux effets de ces chocs, les recherches qui sont menées répondent à une volonté prospective, c'est-à-dire au désir de comprendre les crises économiques pour les prévenir, ou, dans tous les cas, en minimiser les effets. La recherche permet alors aux États et aux banques centrales de jouer sur différentes variables macroéconomiques pour lisser les effets du cycle et adopter des politiques contracycliques.

Les programmes de recherche liés aux cycles reviennent sur le devant de la scène académique dans les années 1970, avec les apports des nouvelles écoles de pensée comme le monétarisme et la nouvelle économie classique. Ils mettent par exemple au point la théorie des cycles réels, puis la théorie des bulles rationnelles.

En France, le Comité de datation des cycles de l'économie française (CDCEF) est créé en 2020 par l'Association française de science économique pour travailler à l'élaboration d'une datation de référence des cycles économiques français. Aux États-Unis, le National Bureau of Economic Research fait référence en matière de datation depuis ses premiers travaux sur le sujet en 1978. En Europe, le Center for Economic and Policy Research dispose d'un comité de datation des cycles économiques depuis 2003.

Grands types de cycles

Les cycles mineurs (cycles Kitchin)