Madeleine-Sophie Barat, née Magdeleine Sophie Barat le à Joigny (Yonne) et morte le à Paris, est une religieuse française, fondatrice en 1800 de la Société du Sacré-Cœur de Jésus (Congrégation des religieuses du Sacré-Cœur), béatifiée par Pie X le sous le nom de Madeleine-Sophie Barat, puis canonisée sous ce nom par Pie XI le .

Issue d'une famille d'artisans tonneliers, Sophie a reçu une solide éducation chrétienne de la part de son frère Louis. À l'initiative du père Joseph Varin, jésuite, auprès de qui œuvrait son frère Louis, elle fonde le la Société du Sacré-Cœur de Jésus dont l'objet est de développer l'enseignement pour les jeunes filles.

Très attirée à la fois par une vie de prière mais aussi par le désir d’aider la société de son temps, elle est une femme étonnamment ouverte aux besoins de son époque et très attentive à y répondre de son mieux. Elle cherche à donner aux femmes un rôle de premier plan pour la reconstitution du tissu social. Elle révèle de remarquables qualités relationnelles, manifestant de l'aisance aussi bien avec les grands de ce monde qu'avec les enfants et leurs familles. L'ouverture des lycées napoléoniens, puis républicains, aux filles, œuvre du ministre de l'Instruction publique Victor Duruy, est, en un certain sens, un hommage rendu à l'intuition de Sophie.

Élue supérieure de la congrégation dès le alors qu'elle n'avait que , elle le restera jusqu'à sa mort le . Comptant alors réparties en , la congrégation s'est considérablement développée à travers le monde, notamment en Amérique du Nord dès le , grâce à Philippine Duchesne, religieuse de la congrégation béatifiée par le pape Pie XII le et canonisée le par le pape Jean-Paul II.

Biographie Enfance thumb|upright|La maison natale de Sophie Barat à Joigny. Sophie Barat naît dans une famille relativement modeste, mais instruite. Son père Jacques Barat est tonnelier, cultivateur et vigneron à Joigny dans l'Yonne actuelleL'acte de mariage de ses parents précise : « le père de l'époux dit ne pas savoir signer ».. Il a su s'élever de la condition de vigneron de son père et a fait fructifier son commerce, tout en devenant propriétaire d'une petite maison. Sa mère, née Madeleine Fouffé, est d'une naissance un peu moins modeste. Instruite pour son temps, elle donna à ses trois enfants une éducation qui fera de deux d'entre eux des personnalités marquantes dans le monde catholique.

C'est le De nombreux documents (livres, sites Internet, ...) donnent la date du 13 décembre 1779. La date exacte est le 12 décembre comme en témoigne l'acte de naissance. que Sophie vient au monde. Une circonstance tragique préside à sa naissance. Dans la nuit du 12 au 13, un incendie éclate dans la maison voisine de celle de Jacques Barat. Le danger est si menaçant que sa femme qui attendait son troisième enfant, donne le jour prématurément de deux moisAbbé Baunard, Histoire de la vénérable Mère Madeleine-Sophie Barat, fondatrice de la Société du Sacré-Cœur de Jésus, Librairie Poussièlgue Frères, en 1879, , à la petite Sophie. Elle est si chétive qu'on la fait immédiatement baptiser, à l'église Saint-Thibault, de crainte qu'elle ne vive pas, et l'on choisit son frère aîné, Louis Barat, comme parrain. Il est âgé d'une quinzaine d'années et se destine à la prêtrise.

Grâce à des soins assidus, Sophie se fortifie et montre très vite une intelligence peu commune : « Je n'avais que dix-sept mois quand je m'aperçus que j'existais, écrit-elle dans ses mémoires »Lettre à son neveu Stanislas Dusaussoy, Turin, le .. Louis lui fait suivre le soir à la maison les cours qu'il donne aux jeunes gens du collège de Joigny, tant dans le domaine des sciences exactes que dans les domaines de la littérature ou de la religion.

Montée à Paris et rencontre avec le père Varin thumb|upright|Broderie faite par Sophie à Paris et envoyée à sa mère à Joigny. Jeune diacre du diocèse de Sens, régent au collège de Joigny, Louis Barat prête dans un premier temps le serment à la Constitution civile du clergé mais se rétracte en 1792. Il fait alors partie du clergé réfractaire fidèle au pape et à la monarchie. Emprisonné, il échappe à la guillotine et retrouve sa liberté à la chute de Robespierre, il est ordonné prêtre en 1795 et décide d'aller exercer son ministère à Paris. Il demande à ses parents d'emmener sa sœur qui a 15 ans « pour tenir son petit ménage » et lui donner une éducation supérieure et théologique sous sa conduite rigoureuse.

Âgée de 9 ans quand éclate la Révolution française et de 14 quand Robespierre est renversé, la jeune Sophie est profondément marquée par la Terreur qui joue un rôle important dans sa vie spirituelle. C'est pour en réparer les excès et les erreurs qu'elle souhaite voir se créer une nouvelle forme de vie religieuse. Elle voit dans la Révolution française un régime qui a « atteint les droits de Dieu et outragé le Cœur du Christ » dans la mesure où il a entravé les modalités habituelles du culte, contrarié les formes traditionnelles de la transmission de la foi, brisé les cadres ecclésiastiques anciens et empêché le clergé de tenir son rôleMonique Luirard, Madeleine-Sophie Barat, .

Le , les jeunes prêtres Charles de Broglie, Joseph Varin (1769-1850), Charles Leblanc et les frères Léonor et Xavier de Tournély s'étaient regroupés pour constituer la « Société du Sacré-Cœur », pour préparer la restauration de la Compagnie de Jésus en France. « Saint Ignace sera glorifié de compter pour enfants les enfants du Sacré-Cœur » écrit l'abbé Léonor de Tournély, qui a également en projet de créer une Société de femmes dévouées à assurer par le Sacré-Cœur l'éducation des jeunes filles, et en rédige les bases : « Se dévouer au Cœur de Jésus, ressusciter l'amour de Jésus dans les âmes et la lumière de sa doctrine dans les esprits ; pour cela prendre les sentiments et les dispositions intérieures de ce Cœur divin et les répandre par le moyen de l'éducation de la jeunesse ». Il meurt le avant d'avoir pu réaliser son projet. L'idée est alors reprise par son confrère Joseph Varin. Louis Barat, qui avait rallié ces prêtres et qui était devenu l'auxiliaire de l'abbé Varin, lui présente sa sœur Sophie. « J'allai voir Mademoiselle Sophie Barat, racontait l'abbé Varin, et je trouvai une personne très délicate de tempérament, extrêmement modeste et d'une grande timidité. Quelle pierre fondamentale ! me dis-je en moi-même. En effet, c'était sur elle que Dieu voulait édifier la Société de son Cœur. » Le noviciat commença presque aussitôt. De Paris, Sophie, envoie à sa mère une broderie du Sacré-Cœur, qui s’appuie sur l’Écriture, la théologie, la tradition et tout son élan mystique.

Fondation de la Société du Sacré-Cœur de Jésus vignette|redresse=0.9|Le pape Grégoire XVI approuve les constitutions en 1843. vignette|redresse=0.8|Les constitutions de 1852. Le , Sophie et ses compagnes prononcèrent leurs premiers vœux lors de la fondation de la Société du Sacré-Cœur de Jésus (Congrégation des Religieuses du Sacré-Cœur). La Société prit corps avec l'ouverture de la maison d'Amiens en . Sophie fit profession religieuse le jour de la Pentecôte, le , tome 8.

De toute la France arrivèrent très vite de nouvelles jeunes filles à former. Successivement, de petites communautés assemblées dans le même but que le Sacré-Cœur demandèrent à s'y rattacher. À ces maisons multipliées, il fallait une autorité centrale. La nomination d'une supérieure générale s'imposa en très peu de temps. Le , « Madame Barat » fut élue, elle n'avait pas encore vingt-sept ans.

Avant de s'appeler Société du Sacré-Cœur de Jésus, la congrégation s'est appelée Dilette di Gesù, puis en 1804 Dames de l'association de l'Instruction chrétienne. Le , l'empereur Napoléon approuve par décret la fondation de l'« Association de l'Instruction chrétienne » peu avant de disperser le les Pères de la Foi, suspects de royalisme. En 1814, après que Pie VII a rétabli la Compagnie de Jésus, l'association prend son nom définitif.

Après quelques difficultés dans la rédaction des constitutions, certaines mères ayant fait prendre une orientation différente des vues d'origine, Sophie réussit à revenir aux intentions primitives avec d'autant plus de vigueur que, parallèlement, la Compagnie de Jésus ayant été rétablie, les Pères de la Foi, dont l'abbé Varin, y étaient entrés. C'est avec son aide qu'elle établit les premières constitutions en .

À partir de 1815, la Société du Sacré-Cœur entre dans une phase de consolidation et d'affirmation qui apaise progressivement les conflits. Le passage à un nouveau régime politique, le rétablissement de la royauté surtout, permettent d'user de l'appellation de « Sacré-Cœur » à laquelle on ne faisait auparavant référence qu'entre soi. La Société pouvait désormais porter un nom qui exprimait son charisme et sa raison d'êtreMonique Luirard, Madeleine-Sophie Barat, ..

Les constitutions sont approuvées en 1816 par Pie VII et la Société du Sacré-Cœur de Jésus est reconnue par un bref de Léon XII le .

La révolution de 1830 amène le transfert du noviciat hors de France. L'extension internationale crée de nouvelles exigences. L'adaptation des constitutions, trop alignées sur celles de la Compagnie de Jésus, suscite de nouveau une menace de crise. L'obéissance de Sophie, la dignité de son attitude, la qualité de ses relations avec les papes successifs, notamment avec Grégoire XVI, permettent de franchir une nouvelle fois les obstacles.

Le pape Grégoire XVI approuve les nouvelles constitutions en 1843 et à partir de cette date, les fondations se multiplient en France, en Irlande, en Angleterre, en Belgique, en Autriche, en Suisse et en Espagne. Ces institutions donnaient ainsi dans toute l'Europe un enseignement uniquement en français (il en sera ainsi jusque dans les années 1970) pour les jeunes filles des classes élevées.

En 1850, Sophie Barat rencontre à Rome le pape Pie IX, qui approuve les réformes qu'elle lui propose, concernant notamment la nomination de supérieures provinciales.

Développement de la congrégation à travers le monde thumb|upright=0.6|Ancien emblème des religieuses du Sacré-Cœur de Jésus. La congrégation est consacrée à l'éducation des jeunes filles. Le premier pensionnat dont Sophie Barat prend la direction est installé à Amiens en , puis vient Grenoble en 1805. Sophie reçoit la bénédiction de Pie VII à Lyon. L'extension se poursuit à Poitiers et Niort en 1808, Beauvais, Chambéry, Lyon, Bordeaux, Le Mans, Autun, Besançon, Turin, Metz, Lille, Perpignan, Avignon, Rome, Bruxelles en 1836, Marseille, Nantes, Tours, Montréal en 1842,Algérie en 1844, Laval, Montpellier, Nancy, Galicie. Sophie a une vie très itinérante et mouvementée. À partir de 1806 et pendant tout le reste de sa vie, au moins jusqu'en 1852, elle va de maison en maison pour fonder, agréger des communautés qui demandent la fusion, communiquer l'« esprit » de la congrégation, dynamiser et renforcer l'unitéMonique Luirard, Madeleine-Sophie Barat, ..

Philippine Duchesne seconde Sophie. Elle avait prononcé ses vœux en 1805, peu après la création de la congrégation, et apporté une dot importante. La rencontre avec Guillaume-Valentin Dubourg, venu recevoir la consécration épiscopale en 1816 comme premier évêque de Louisiane va être déterminante. Il demande des religieuses pour l’éducation féminine dans son diocèse d’Amérique nouvellement créé. Le , pour Madame Duchesne, c'est le grand départ pour la Louisiane. De là, elle va développer considérablement la congrégation. Philippine Duchesne sera béatifiée par Pie XII le et canonisée le par le pape Jean-Paul II.

Mort vignette|Portrait post-mortem de Madeleine-Sophie Barat.

Mai 1865 En , la congrégation comprenait réparties en . à travers le monde. Le , Sophie Barat annonce sa mort prochaine : Sophie Barat meurt à Paris, dans la maison mère du boulevard des Invalides (aujourd'hui musée Rodin), le jour de l'Ascension, le . Sa dernière pensée, consignée dans son testament, résume bien toute sa vie .