vignette|Tombe de martyrs juifs à Téhéran L'histoire des Juifs en Iran remonte à près de 2 700 ans et s'inscrit dans la Bible. Selon l'histoire des Juifs dans cette région, cette communauté descendrait directement des Juifs originaires de la terre d'Israël et restés dans la région à la fin de l'exil en Babylone, quand les souverains achéménides du Premier Empire perse ont permis aux Juifs de retourner à Jérusalem. La communauté juive iranienne est formée en majorité de mizrahites locuteurs de l'hébreu mizrahi et suivant le talmud de Babylone.

Avant 1948, ces Juifs Iraniens, alors beaucoup plus nombreux, étaient considérés par les historiens comme descendant en majorité de Perses convertis au judaïsme et d'autres groupes ethniques juifs présents en Iran (dont des Juifs Kurdes). En 1948, la majorité des Juifs iraniens avaient comme langue maternelle le persan.

Forte d'environ 100 000 Juifs vivant en Iran en 1979, la communauté juive iranienne compte entre 8 000 et 15 000 personnes sur une population totale de plus de 80 millions d'habitants, en 2021.

Linguistique Dans la langue persane, le Juif est appelé kalimi, yahudi ou juhud. Pour les musulmans iraniens, Moïse a eu pour nom Kalim-allâh qui veut dire « interlocuteur de Dieu ». Kalimi désigne donc le disciple (kalimiân au pluriel). Ce mot kalimi n'est utilisé que par les Iraniens. Le mot juhud garde en revanche un sens péjoratif et il n’est employé généralement que pour marquer le mépris.

Antiquité vignette|Miniature extraite de Flavius Josèphe, Les Antiquités judaïques, où Cyrus II le Grand, roi de Perse, permet aux Hébreux en captivité à Babylone, de retourner dans leur patrie et de reconstruire la ville de Jérusalem et le Temple, intitulée La clémence de Cyrus II le Grand envers les Hébreux (1470). Vers 735 av. J.-C., les Israélites sont déportés une première fois, après la défaite du royaume d'Israël par Salmanasar V, roi des Assyriens, vers la Perse.

Le Deuxième Livre des Rois, dans les versets (17,6 ; 18 ; 9-12), situe en 622 av J.-C. l'exil de la minorité juive, de Babylone vers l'Empire mède, par le roi Assurbanipal. Plus tard, Cyrus II, laissera les Juifs retourner à Jérusalem. Les Juifs d'Ispahan, de même que ceux de Médie, ont une tradition orale qui les rattache à l'exil de BabyloneShmouël Trigano, Le Monde sépharade, Seuil, 2006..

L'Empire iranien, créé par Cyrus II (dit Cyrus le Grand) dura plus de mille ans, sous diverses formes, puis succomba à la conquête arabe en 642 ap. J.-C. Selon le livre d'Esdras, Shahin, le poète judéo-perse du , réécrit en vers la légende d'Esther et du roi Assuerus. De leur union serait né Cyrus le Grand. Cette légende sera reprise par Tabari.

Se succédèrent les dynasties achéménide, séleucide, arsacide et sassanide. La Michna et la Guémara du Talmud de Babylone ont été rédigés principalement sous les Arsacides et les Sassanides. Ce Talmud fournit, tout comme le Talmud de Jerusalem mais moins abondamment, de nombreuses informations sur divers aspects de la vie des Juifs de BabyloneAmnon Netzer, Le Monde sépharade, Seuil, 2006, .. gauche|vignette|Tombe du prophète Daniel à Suze (1901-1906) Les Arsacides furent assez tolérants envers les Juifs, comme envers les autres minorités. Mais, sous les Sassanides, les conditions furent plus dures, surtout sur le plan religieux. En effet, le zoroastrisme n'était pas particulièrement tolérant envers les autres religions. Ses prêtres persécutèrent les Juifs, comme d'ailleurs les autres minorités tels les chrétiens, les manichéens puis, plus tard, les mazdakistes à travers de sévères décrets.

À l'époque de Péroz (459-484 ap. J.-C.), désigné dans les Écritures juives comme « Péroz le Méchant », pratiquement la moitié des Juifs d'Ispahan et leurs enfants furent enlevés par les zoroastriens. Même Khosro II, qui s'était fait aider par les Juifs pour prendre Jérusalem en 614, les maltraita ensuiteHISTOIRE : Sous domination étrangère L'invasion perse de 614 fut soutenue par les juifs inspirés par l'espérance messianique de délivrance. En reconnaissance pour leur aide, ils obtinrent l'administration de Jérusalem, intermède qui ne dura qu'environ trois ans..

Période islamique Les Juifs accueillirent favorablement les Arabes qui prirent Ispahan en 642. Certains se convertirent à l'islam mais la majorité conserva son identité, l'islam tolérant à l'époque le judaïsme. De par le statut de dhimmi, ils s'engagèrent à payer l'impôt de capitation (jizya), qui fut historiquement institué auparavant dans l'Empire byzantin, quoique sous une forme différente.

Des sectes islamiques et des mouvements de libération nationale apparurent (au Khorassan) à la périphérie du califat arabe. Sous leur influence naquirent des mouvements juifs, qualifiés par certains de « messianiques ». Un nom émerge : celui d'Abou Isa d'Ispahan, sans qu'il soit exactement localisé dans le temps. Certains chercheurs pensent qu'il fut actif à l'époque d'Abd Al Malik Ibn Marwan (685-705). D'autres le situent plus tard. Il fonda une sorte de secte juive et prit les armes avec ses fidèles pour renverser le régime arabe, comme l'indique l'historien musulman Shahrestani (mort en 1153). Cette secte perdurera après sa mort. En fait, il semble que l'Iran ait constitué un terrain favorable à l'émergence de courants et de sectes islamiques, puis juives. Maïmonide (Ben Maïmon) y fait allusion dans l'Épître aux Juifs du Yémen, envoyée en 1172. Période mongole vignette| de Shāhīn Shirazi, manuscrit enluminé par Nehemías ben Amshal de Tabriz (1686)L'invasion mongole (1219-1223) engendra un bouleversement majeur dans le monde iranien de l'époque. Benjamin de Tudèle, cinquante ans auparavant, rapporte que des centaines de milliers de Juifs vivaient dans le Grand Iran.

Au , le médecin juif Rashid al-Din (1247-1318) se convertit à l'islam et devient un homme d'État puissant, un bâtisseur, un mécène et également un historien dont l’œuvre principale intitulée Jami al-tawarikh (Histoire universelle, جامع ‌التواریخ) est d'envergure encyclopédique - avant d'être mis à mort, comme le sera également son fils, Ghiyat al-Din (ou Ghiyas Eddine) ibn Rashid al-Din, devenu lui aussi vizir puis exécuté .

Il n'y a pas d'informations détaillées sur le sort des communautés juives spécifiques pendant l'assaut mongol, bien qu'Ebn Katir (mort en 1373) affirme que les Juifs et les chrétiens ont été épargnés lors de la conquête de Bagdad en 1258Moshe Gil, Jews in Islamic Countries in the Middle Ages, tr. David Strassler, Leiden and Boston, 2004, , 520-32.. , médecin juif de la ville d'Abhar, fut nommé grand vizir d'Arghoun (1282-1291). Grâce à lui, l'Iran se renforça et les provinces sous domination ilkhanide s'apaisèrent.

À la période ilkhanide, , un poète juif du , élabore son œuvre monumentale, constituée de poèmes épiques, pleins de beauté lyrique. Ils sont rédigés en persan, mais en caractères hébraïques (ce phénomène linguistique juif existe aussi dans des écrits en langue arabe et en ladino).

Période séfévide gauche|vignette|Version hébraïque du manuscrit Khosrow et Shirin par Nizami (-)Selon les historiens iraniens, Ismaïl, fondateur de la dynastie séfévide, occupe une place importante dans l'histoire du peuple iranien. Il prit les armes en 1499 pour lutter contre ses ennemis. C'est la première fois depuis la conquête arabe que l'Iran est uni sur les plans politique et religieux (devient chiite). Les sunnites sont alors combattus sans pitié. Les Juifs le sont aussi.

Babaï Ben Lutf de Kashan décrit alors dans un manuscrit rédigé en vers (le Ketab Anoussi) les persécutions des Juifs d'Iran de 1613 à environ 1662. S'ensuivent alors conversions forcées à l'islam ou exécutions.

Babaï Ben Farhad, lui aussi de Kashan, décrit l'invasion afghane (1722-1730) et les persécutions des Juifs (1729-1730). La grande majorité des Juifs retourna cependant vers ses racines mais le judaïsme iranien était atteint physiquement, aussi sur le plan spirituel et culturel. Partir ou se convertir n'était pas la seule possibilité pour eux. Ils pouvaient rester mais au prix du respect de décrets humiliants en tant que dhimmis (minorité religieuse « protégée ») : arborer des signes distinctifs sur leurs vêtements, ne pas construire de belles maisons ou synagogues, ne pas porter de beaux habits, mettre des chaussures dépareillées, ne pas témoigner contre des musulmans à des procès….

Marranes de Mashhad

vignette|Plaque commémorative dans la cour de la synagogue Haji Adoniyah des crypto-Juifs de Mashhad, quartier Boukhari de Jérusalem À l'initiative de Nader Shah (dynastie des Afsharides) en 1734, dix-sept familles juives de Qazvin le suivent dans sa capitale, Mashhad (en persan مشهد) (à Gath-ha-Hepher où Jonas est enterré) dans la région du Grand Khorasan, pour l'aider à gérer ses trésors et s'occuper de la culture des vers à soie. Mais le Shah est assassiné en 1747 et la nouvelle communauté juive de Mashhad se retrouve au milieu de l'hostilité des habitants de la ville chiite, qui ont tôt fait de les pousser en dehors, dans un ghetto où ils vivent dans la peur.

En 1839, eut lieu le Allahdad (« Justice divine ») qui fut une violente et sanglante émeute anti-juive à Mashhad, durant laquelle 35 Juifs furent tués et plus de 400 Juifs de la ville (soit 150 familles) convertis de force à l'islam, outre les viols, les synagogues brûlées, les maisons pillées.... Après la conversion de ces Juifs (anoussim) de Mashhad, dits « Jadid al-islam » (nouveaux musulmans), beaucoup pratiquèrent le crypto-judaïsme en continuant de suivre la Loi juive, à avoir des prénoms hébraïques (pour les hommes), à respecter la casheroute, à convoler en justes noces endogamiques, etc., tout en donnant l'apparence d'être musulmans en faisant montre de piété aux yeux de leurs voisins persécuteurs qu'ils craignaient toujoursPatai, Raphael, (1997) Jadid al-Islam : The Jewish "New Muslims" of Mashhad. Detroit : Wayne State University Press, .

À la fin du , le harcèlement des marranes de Mashhad par les musulmans était à son comble et les chefs de la communauté furent contraints d'effectuer le pèlerinage à la Mecque et recevoir le titre de « Hadj ». Ensuite, les Juifs pèlerins de La Mecque se rendirent à Jérusalem et au Tombeau des Patriarches à Hébron. Parmi eux, Haji M. Cohen acheta un terrain et construisit une synagogue dans le quartier de Boukhara à Jérusalem, en 1900. La de M. Cohen accueillit même des familles d'immigrants venues de Mashhad. Une autre , fondée en 1907, se trouve à Tel Aviv.

Tolérance mais pas de soutien Le Britannique Charles James Wills, qui vécut pendant quinze ans en Iran, écrit en 1886 :« L’État iranien agit avec beaucoup de tolérance envers ses minorités. Par exemple, les gabres, c’est-à-dire les adorateurs de feu, (les Zoroastres), qui vivent principalement à Yazd et dont le nombre est d’environ , n’ont jamais eu à subir de brimades de la part de l’État. Ils travaillent, font du commerce et toujours avec beaucoup de liberté. À peu près tous les chrétiens et les Arméniens sont sous la protection de l’État russe et les protestants sont défendus par les Anglais et les Américains. Contrairement aux juifs qui ne sont aidés par personne. Ils doivent payer des impôts à l’État, sont persécutés par les voyous et ceux qui veulent leur soutirer de l’argent »Charles James Wills, Persia as it is : Being Sketches of Modern Persian Life and Character, traduit en persan par Sa’id ‘Abdollâh, Ed. Zarin, Tehrân, 1987, p. 313.Charles James Wills est très perturbé par cet état de chose et il poursuit : « Cette absence de soutien ne peut continuer et j’informerai leurs coreligionnaires en Europe pour qu’ils réagissent »J. C. Wills, op. cit., p. 318.

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