Les Iraniens ont un sens très fort de la structure en classe de la société. Dans le passé, ils considéraient que leur société était divisée en classes distinctes, appelées tabagheh (littéralement « étage »), qui correspondaient à trois tiers : le premier représentant les classes nobles, le second les classes moyennes et le troisième les basses classes. Depuis la révolution iranienne, la société est maintenant divisée entre les riches (qui sont généralement mal vus), les classes moyennes et les mostazafin (littéralement « défavorisés »). En réalité, la société iranienne a toujours été plus complexe qu'une division en trois classes, parce que ces grandes classes sont elles-mêmes divisées en plusieurs groupes, divisions qui existent à la fois dans les zones urbaines et les zones rurales.
Les classes sociales Conception iranienne de l'élite
Avant la révolution de 1979, les relations politiques étaient considérées comme l'instrument permettant de mesurer le statut social. En d'autres termes, l'accès que quelqu'un avait aux plus hauts niveaux décisionnels déterminait son niveau de prestige. La richesse était importante, mais son acquisition et sa conservation était étroitement liée avec les relations au pouvoir politique. Par exemple, des membres du corps législatif ou de nombreux membres de l'élite politique nommés par le Shah faisaient aussi partie des conseils d'administration d'entreprises industrielles et commerciales et étaient également de grands propriétaires terriens.
Les autres classes sociales essayaient d'imiter l'élite politique en cherchant des relations avec ceux qui détenaient le pouvoir politique, que ce soit au niveau provincial, dans les villes ou dans les villages. Au cours des années 1970, quasiment toutes les couches de la population qui aspiraient à monter dans l'échelle sociale considéraient l'éducation comme un moyen important d'ascension sociale. En effet, l'éducation pouvait permettre de trouver des emplois haut-placés, qui permettraient à leur tour de trouver des relations avec ceux qui possèdent le pouvoir politique. Cependant, la volonté de l'élite de partager son pouvoir en permettant l'éducation des gens n'était pas aussi élevée que celle des classes moyennes à accéder à l'élite, ce qui fut aussi une source de mécontentement qui a mené à la révolution; ceux qui ne faisaient pas partie de l'élite étaient mécontent de voir leurs opportunités bloquées par l'élite qui souhaitait conserver son pouvoir.
Après la révolution, à cause du manque d'études sur le terrain, il est difficile de dire si les conditions d'ascension sociale ont changé. Il est cependant probable que l'accès au pouvoir politique continue à être une part importante du statut social; de même que l'éducation, qui reste aussi un moyen de déterminer le statut d'un individu dans la société.
La classe supérieure
La classe supérieure d'après la révolution est constituée des mêmes éléments que l'élite du temps du Shah, c’est-à-dire: les grands propriétaires, les industriels, les financiers et les marchands en gros. Ils sont restés membres de l'élite parce qu'ils sont restés en Iran et ont aussi conservé une large partie de leur richesse. Cependant, certains n'ont plus eu aucune influence politique, et par la suite, cette absence de soutien politique pourra les empêcher de devenir plus riches.
La classe supérieure avec la plus grande influence politique après la révolution est un nouveau groupe: les hautes sphères du clergé. La richesse n'est alors plus un attribut de l'autorité, comme le montre l'exemple de Khomeini. La piété et l'expertise religieuse sont en revanche devenus les éléments majeurs de distinction de l'élite politique. En conséquence, la nouvelle élite politique est juste jugée sur sa dévotion à l'Islam chiite, et celle-ci n'a aucun lien avec l'élite politique ancienne.
Les classes moyennes
Après la révolution iranienne, la composition de la classe moyenne est la même que ce qu'elle était au temps de la monarchie. On peut identifier plusieurs groupes: les entrepreneurs, les marchands du Bazar (appelés bazaris), les professions libérales, les gestionnaires d'entreprises privées ou nationalisées, les grades les plus hauts de l'administration nationale, les professeurs, les propriétaires terriens de moyenne envergure, les officiers de l'armée et les rangs les plus bas du clergé chiite. Certains de ces groupes ont eu un accès plus grand au pouvoir politique parce que la nouvelle élite politique d'après la révolution a d'abord recruté parmi les classes moyennes.
La classe moyenne est divisée depuis le début du entre ceux qui ont une éducation à l'occidentale, avec une vision laïque de la société et ceux qui se méfient de cette éducation à l'occidentale, et privilégient la religion à la fois dans la vie publique et privée. En général, les individus les plus laïcs sont trouvés dans l'administration, les universités et les professions libérales, alors que les plus religieux sont concentrés entre les bazaris et, bien entendu, les membres du clergé. Parmi les entrepreneurs et les instituteurs, le point de vue laïc ou religieux se partage à peu près également en deux factions. Depuis la révolution, ces deux points de vue sont en opposition. Le point de vue religieux domine la politique et la société depuis, mais il semble que la classe moyenne laïque a ressenti les lois et règles islamiques comme une intrusion dans leurs vies privées et leurs libertés individuelles.
La classe moyenne est aussi divisée par d'autres sujets. Avant la révolution, l'éducation étrangère avait une valeur très élevée. La nouvelle élite politique a toujours considéré avec suspicion l'éducation étrangère; dans certains cas, certains membres de la classe moyenne qui avaient fait leurs études à l'étranger ont même été obligé de suivre des cours spéciaux d'« endoctrinement islamique » afin de garder leurs emplois. Dans certains cas, le refus de se conformer aux codes vestimentaires et comportementaux ont fait perdre leur emploi à certains. La conséquence de ces tensions a été l'émigration de milliers d'iraniens qui avaient fait leurs études à l'étranger depuis 1979.
La classe ouvrière
La classe ouvrière est en formation depuis le début du , sous l'impulsion des programmes d'industrialisation lancés par les Pahlavi. Dans les années 1979 environ, une nouvelle identité ouvrière, les kargar (« ouvrier ») s'était établie, mais ils ne constituaient pas un groupe unifié. La classe ouvrière se divisait alors en deux groupes: ceux de l'industrie pétrolière, du bâtiment, des transports et de la transformation des produits industriels d'un côté, et les mécaniciens et les artisans des ateliers situés dans les bazars de l'autre. Le groupe le plus important était les ouvriers en usine, dont le nombre s'élevait à 2,5 millions en 1978 (le double de ce qu'il était en 1965), ce qui représentait alors 25 % de la population active d'Iran.
Les ouvriers au sein d'un métier, plutôt que de partager une identité unique, sont en fait divisés en fonction de leurs compétences. Par exemple, les charpentiers, électriciens et maçons qualifiés gagnent beaucoup plus que les mêmes ouvriers sans qualifications. Les mêmes différences de statut existent dans tous les domaines. La concentration la plus élevée d'ouvriers non qualifiés est dans le secteur du bâtiment (qui emploie un nombre important de réfugiés afghans depuis les guerres les ayant poussé à fuir leur pays). En plus de salaires peu élevés, ces ouvriers du bâtiment n'ont aucune sécurité d'emploi.
Les syndicats n'ont jamais eu un grand rôle dans la vie des ouvriers. À la fois sous la monarchie et sous la république islamique, l'activité des syndicats est étroitement contrôlée; les dirigeants successifs ont en effet toujours considéré la grève comme des manifestations non patriotiques et ont toujours œuvré afin de supprimer les grèves et de briser les efforts indépendants visant à organiser les ouvriers. Bien que les grèves aient eu une grande importance dans la chute de la monarchie, après l'établissement de la république, le nouveau gouvernement a partagé les vues du régime précédent concernant les activités indépendantes de la classe ouvrière. Le gouvernement a donc considéré les grèves comme anti-islamiques et les a réprimé avec force. De plus, l'absence d'une classe ouvrière unie a contribué au succès relatif des gouvernements qui cherchaient à la contrôler.
Les classes inférieures
Les membres des classes inférieures urbaines peuvent être définis par leur fort taux d'analphabétisme, le fait qu'ils travaillent manuellement et leur existence généralement à la marge de la société. Les classes inférieures peuvent être distinguées en deux groupes: ceux qui ont un emploi régulier et ceux qui n'en ont pas. Les emplois réguliers sont ceux de: domestiques, personnel de bains publics, porteurs, balayeurs, vendeurs de rue, jardiniers, hommes et femmes de ménage, employés des lingeries et des boulangeries. Des milliers de personnes ne travaillent qu'occasionnellement ou de manière saisonnière à ces mêmes emplois. Ceux qui n'ont pas d'emplois réguliers peuvent survivre grâce à la mendicité ou à la charité des autres classes (la mosquée est un instrument important du système, qui organise des distributions de nourriture avec les dons des plus favorisés). Parmi les marginaux, il y a toujours eu un recours aux activités illégales pour augmenter les revenus; comme la prostitution, le jeu, la contrebande et la vente de drogue (opium principalement).
Au moment de la révolution, on estime qu'environ un tiers de la population de Téhéran et un quart de la population des autres grandes villes était composée d'individus vivant aux marges de la société. La pauvreté, la malnutrition, le manque d'accès aux soins et à l'éducation caractérise les quartiers pauvres urbains. En 1987, il n'y avait toujours eu aucune mesures prises par le gouvernement pour remédier à ces problèmes. Depuis la présidence de Mohammad Khatami, les gens ont un accès à l'éducation et à la propriété qui est facilité, même si ces problèmes demeurent.
Société urbaine
Historiquement, les villes en Iran ont toujours été des centres administratifs, commerciaux et de production. L'élite politique traditionnelle en était les familles dont la richesse provenait de la terre et/ou du commerce et parmi lesquelles étaient recrutés les représentants officiels du gouvernement. Dans les villes les plus grandes, les familles pouvaient faire remonter leur influence et leur pouvoir sur plusieurs générations. Les familles influentes se trouvaient aussi parmi le clergé. La classe moyenne était composée des artisans, des ouvriers et des fournisseurs de services à la personne (coiffeurs, tailleurs, cordonniers...) La plupart d'entre eux étaient organisés en corporations ou associations de commerce et travaillaient dans les bazars couverts de la ville.
Les politiques de modernisation des Pahlavi ont à la fois préservé et transformé tous ces aspects de la société urbaine. Ce processus a aussi amené une croissance rapide de la population urbaine. L'extension de l'autorité du gouvernement central à travers le pays a aussi permis le développement de l'appareil administratif dans tous les grands centres provinciaux. Dans les années 1970, ces grands centres urbains étaient devenus le siège de nombreux bureaux du gouvernement, que ce soit dans le domaine de l'éducation, de la justice, des télécommunications ou des finances.