alt=Être un vrai apollon est un classique exemple d'antonomase.|vignette|Être un vrai apollon est un classique exemple d'antonomase. Une antonomase est une figure de style dans laquelle un nom commun est utilisé à la place d'un nom propre ou inversement .. Le mot français antonomase vient du grec ancien « appeler d'un nom différent », formé de « à la place de », et « nommer » (lui-même de ὀνομα / onoma « nom »).

Dans l', c'est parfois une périphrase complète qui remplace un nom propre : Margaret Thatcher est ainsi nommée . De la répétition fréquente d'une pourra résulter la lexicalisation de ce nom propre en un nom commun qui figure alors dans les dictionnaires usuels. Ainsi, le nom d'un préfet désigne aujourd'hui une poubelle, et celui d'un contrôleur général des finances une silhouette.

Antonomase du nom propre Cette antonomase peut être une métonymie, et même une synecdoque (Don Juan fait partie des séducteurs). L'antonomase du nom propre peut aussi relever plutôt de la métaphore (« l'Einstein de la Bourse de Paris », « le Mozart de la finance »). Elle suppose une connaissance partagée des qualités essentielles attribuées au personnage nommé, qui est souvent une personne, réelle ou imaginaire ( est d'abord un nom de personne, comme et ). Le nom propre peut être un prénom (un « jules », une « nana ») parfois qualifié (une « marie-salope »).

Les antonomases désignant un « Don Juan » (un séducteur), un « Tartuffe » (un hypocrite), un « Harpagon » (un avare), une « Pénélope » (une épouse fidèle), un « Apollon » (un bel homme), un « Brummell » (un élégant), un « Quisling » (collabo et dirigeant fantoche), un « Staline » (un dictateur sanguinaire), un « Michel-Ange » (un grand peintre), un « Gavroche » (un gamin des rues), etc. sont autant des métaphores (tel séducteur peut être comparé à Don Juan, etc.) que des métonymies (tel homme appartient au groupe des séducteurs, dont Don Juan est le symbole). On retrouve ce procédé dans le langage familier en français : .

Michel Le Guern estime que pour qu'un nom propre puisse servir d'antonomase, il faut que ce ne soit plus tout à fait un nom propre, et qu'on puisse y déceler des éléments de signification : signifie . On notera dans cette antonomase par métonymie la présence du « s » du pluriel, et ce malgré la majuscule.

Quand le nom propre se lexicalise, la sensation d'avoir affaire à un nom commun domine peu à peu. En français, la majuscule est conservée tant que l'est le lien avec le nom propre originel mais disparait ensuite : la mention d'un « mécène » ne rappelle plus guère le Mécène historique, ni celle d'un « mentor », le Mentor d'Homère.

Inventeurs Les noms de concepts ou de produits (ici, par ordre alphabétique) qui tirent leur origine du patronyme de leur créateur sont des exemples d’antonomase du nom propre : Algorithme est une légère déformation du nom Al-Khwârizmî, un mathématicien perse du . François Barrême était un mathématicien du . Le mot devenu « barème » apparut au . Louis Béchameil de Nointel, maître d'hôtel de Louis XIV, créateur de la sauce béchamel. John Moses Browning, inventeur du pistolet semi-automatique « Browning ». Calepin est issu du nom d'un lexicographe italien, Ambrogio Calepino, auteur d'un dictionnaire en latin-italien publié pour la première fois en 1502. Samuel Colt, créateur du premier revolver souvent appelé colt dans le langage familier. Le godillot, chaussure militaire du nom d'un fabricant et fournisseur de l'armée française, Alexis Godillot. John Loudon McAdam, inventeur du macadam vers 1820. Eugène Poubelle était préfet de la Seine, où il généralisa l'usage de la poubelle en 1884 à des fins de salubrité publique. Eugen Sandow utilisait des lanières de caoutchouc pour ses séances de musculation. Ce mot désigne à présent les tendeurs multi-usages. Les sandwichs ont pris le nom de John Montagu, de Sandwich qui en faisait une consommation habituelle remarquée. Le vernier doit son nom à son inventeur Pierre Vernier, ingénieur militaire et mathématicien franc-comtois. Le bombard désignant un canot pneumatique de survie auto-gonflable et insubmersible qui équipe les navires du monde entier, doit son nom au biologiste Alain Bombard.

En physique, notamment en électricité, de nombreux noms d'inventeurs sont utilisés comme unités de mesure, telles que : un ampère (A = C·s-1) pour honorer André-Marie Ampère, un volt (V = kg·m2·A-1·s-3) pour honorer Alessandro Volta, un watt (W = kg·m2·s-3) pour honorer James Watt, un ohm (Ω = kg·m2·A-2·s-3) pour honorer Georg Ohm, un joule (J = kg·m2·s-2) pour honorer James Prescott Joule, un tesla (T = kg·A-1·s-2) pour honorer Nikola Tesla, un coulomb (C = A·s) pour honorer Charles-Augustin Coulomb, un pascal (Pa = kg·m-1·s-1) pour honorer Blaise Pascal, un hertz (Hz = s-1) pour honorer Heinrich Rudolf Hertz, un newton (N = kg·m·s-2) pour honorer Isaac Newton, un henry (H = kg·m2·A-2·s-2) pour honorer Joseph Henry, un weber (Wb = kg·m2·A-1·s-2) pour honorer Wilhelm Eduard Weber, un farad (F = A2·s4·kg-1·m-2) pour honorer Michael Faraday, un siemens (S = A2·s3·kg-1·m-2) pour honorer Werner von Siemens, un gray (Gy = m2·s-2) pour honorer Louis Gray, un sievert (Sv = m2·s-2) pour honorer Rolf Sievert, un degré celsius (°C = K - 273,15) pour honorer Anders Celsius, un kelvin (K = °C + 273,15) pour honorer Lord Kelvin.

Arts, mythologie Par ordre alphabétique:

« Atlas » vient du Titan Atlas de la mythologie grecque condamné à porter le monde sur les épaulesRenard et robinet, sandow et chatterton – Boileau.pro. Un « dédale » fait référence à Dédale, l'inventeur du Labyrinthe hébergeant le Minotaure. Un « don Juan » renvoie au personnage de séducteur créé par Tirso de Molina et repris notamment par Molière et Mozart. « Dugazon » a désigné une « mezzo-soprano légère, affectée aux emplois de soubrette », en souvenir de la chanteuse Madame Dugazon qui marqua ce type d'emploi lyrique. « Égérie » désigne une inspiratrice, une muse, selon le nom de la nymphe Égérie, que le roi Numa Pompilius rencontrait pour lui demander des conseils. Un « gavroche » renvoie au personnage d'enfant des rues dans le roman Les Misérables de Victor Hugo. Un « harpagon » renvoie au personnage principal dans L'Avare de Molière. « Mécène » désigne un « généreux donateur protégeant les arts et les artistes », en souvenir de Mécène, général romain de l'époque de l'empereur Auguste, qui, ayant accumulé une immense fortune au cours de ses campagnes, s'était offert une villa somptueuse entourée d'artistes. « Mentor » est originellement le nom du précepteur de Télémaque qui accompagna ce dernier dans son périple pour retrouver Ulysse, son père. « Mégère » désigne une « femme violente et agressive », en référence au personnage de Mégère, l'une des trois érinyes, dans la mythologie grecque. Une « odyssée » désigne un long voyage, en référence au personnage d'Ulysse, dont le prénom original, grec, est Odysseus. Pantalon est un personnage de la commedia dell'arte s'habillant d'un pantalon. Le goupil a pris pour prénom « Renart » au à la suite de la rédaction du Roman de Renart. L'antonomase a consisté à utiliser « renart » pour désigner le goupil, renart devenant renard au . « Silhouette » désigne une « figure vaguement esquissée », en souvenir des caricatures dessinées pour ridiculiser Étienne de Silhouette, un contrôleur des impôts du . Un « sosie » désigne une personne ressemblant fortement à une autre, par analogie avec le personnage de Sosie dans la pièce Amphitryon de Plaute. Le personnage de Mercure prend en effet les traits du valet appelé Sosie, pour couvrir les exactions de son père Jupiter. Un « tartufe » renvoie au personnage hypocrite de Tartuffe dans la comédie éponyme de Molière. Un « vatel » a désigné, à l'image de François Vatel, intendant de Fouquet, le chef organisateur d'un banquet : « Un banquet succulent leur a été servi [...] le vatel Duraude s'était surpassé. »L'express du Midi, L'Orphéon bitterois à Luchon, 7 juillet 1934, , col. 7.

Origine géographique Un « vandale » désigne un individu destructeur, par antonomase du nom d'un peuple germanique qui envahit l'Empire romain au , les Vandales. Quelques antonomases du nom propre, contenant le mot « saint », ont perdu leur majuscule en se lexicalisant : un saint-bernard, un saint-émilion, un saint-honoré, le saint-nectaire. Plus généralement, les labels pour des productions de consommation, comme les appellations d'origine contrôlée, font généralement appel à un nom de lieu géographique. Ultérieurement, un produit ainsi labellisé est très souvent désigné par antonomase ; exemples : un brie, un roquefort, un bordeaux, un savoie blanc, une morteau. Il ne porte pas de majuscule à l'initiale.

Marques

Le nom de certaines marques déposées passe parfois dans le langage courant pour désigner certains objets. Ceci constitue une variété d'antonomase de nom propre. On dit ainsi couramment, ou l'on disait, pour certains termes vieillis :

Abribus (« aubette ») ; Bétadine (pour « Povidone iodée ») ; Bic (pour « stylo à bille ») ; Brumisateur (pour « Spray ou Atomiseur ») ; Caddie (pour « chariot de supermarché ») ; Coca (pour « boisson aux extraits de cola ») ; Canadair (pour « Avion bombardier d'eau ») ; Cocotte-minute (pour « autocuiseur ») ; Criterium (pour « portemine » ou « stylo à mine ») ; Everite (pour « plaque fibrociment à l'amiante ») ; Fermeture éclair (pour « fermeture à glissière ») ; Escalator (« escalier mécanique ») ; Fenwick ou Clark (pour « chariot élévateur ») ; Frigidaire — frigo (pour « réfrigérateur ») ; Frigolite (pour « polystyrène ») ; Gramophone (issu du nom de l'inventeur du lecteur de disques à galette faisant suite au phonographe à cylindres) ; Jacuzzi (pour « bain à remous ») ; Kärcher (pour « nettoyeur haute-pression ») ; Klaxon (pour « avertisseur sonore ») ; Kleenex (pour « mouchoir en papier ») ; K-way (pour « coupe-vent imperméable ») ; Limonaire (pour « orgue de foire », originellement fabriqué par les deux frères Limonaire) ; Micheline (pour « autorail » ; origine : type d'autorail sur pneus Michelin) ; Nutella (pour « pâte à tartiner ») ; Pédalo (pour « bateau à pédales ») ; Boules Quies (pour « bouchons d'oreilles ») ; Scotch (pour « ruban adhésif » ou « bande adhésive ») ; Solex ou Mobylette (pour « cyclomoteurs ») ; Sopalin (pour « essuie-tout ») ; Taser (pour « Pistolet à impulsion électrique ») ; Velux (pour « fenêtre de toit » ; tend également à remplacer les mots « vasistas » et « imposte ») ; Zeppelin (pour « ballon dirigeable ») ; Zodiac (pour « canot pneumatique à moteur »), etc.

On peut citer directement la marque pour désigner une substance, comme pour l'eau minérale : de l'Évian, de la Vittel, de la Badoit, de la Contrex ; ou pour un produit à récurer : du Cif, de l'Ajax. De même l'eau de Javel, tirant son nom du quartier de Javel, désigne couramment une solution d'hypochlorite de sodium, tandis que l'eau de Cologne, du nom de la ville de Cologne, désigne une solution alcoolisée parfumée.

Cuisine, plats Par ordre alphabétique:

Le Bellini (cocktail), d'après le peintre vénitien de la Renaissance Giovanni Bellini ; Le carpaccio doit son nom à au peintre italien Vittore Carpaccio ; la charlotte aurait été inventé en l'honneur de la reine Charlotte de Mecklembourg-Strelitz ; Le hachis parmentier été nommé en l'honneur du pharmacien Antoine-Augustin Parmentier ; Le kir est baptisé de son nom par le chanoine et homme politique Félix Kir ; La madeleine tirerait son nom d'une jeune cuisinière de Commercy, Madeleine Paulmier ; Les Œufs Bénédicte ou Bénédict, peut-être d'après Lemuel Benedict ; La pêche melba a été créé en 1894 par Auguste Escoffier, pour la soprano Nellie Melba ; La pizza Margherita a été nommée en l'honneur de la reine Marguerite de Savoie ; Le Tournedos Rossini a été nommé en l'honneur du compositeur Italien Giacono Rossini ; La Salade César a été nommée en l'honneur de Caesar Cardini ;