La main de justice est un insigne du pouvoir royal en France utilisé à partir du lors du sacre. Symbole de l'autorité judiciaire, cet objet qui faisait partie des regalia du royaume de France prit son nom au . Il consiste en un sceptre terminé par une main dont les trois premiers doigts sont ouverts.. Par extension, un condamné est dit « placé sous main de justice » lorsqu'il est suivi, par exemple, par un juge d'application des peines. Histoire left|thumb|Louis II le Bègue recevant les Regalia - Grandes chroniques de France. (enluminure).

Peu de récits du sacre des rois capétiens existent, ce qui rend difficile l'établissement d'une chronologie de l'apparition de la main de justice. Cependant on sait que jusqu'à la fin du , les rois de France reçoivent lors de la cérémonie du sacre une verge, symbole de commandement. On ne sait si avant le , cette verge était une main de justice. Des théories divergentes demeurent encore aujourd'hui sur l'analyse d'une représentation du sceau de Hugues Capet datant de 1681 et sur laquelle le premier des Capétiens y figure tenant une main de justiceJean Mabillon, De re diplomatica lib. VI, Paris, 1681, pl. XXXVIII, d'après le sceau autrefois fixé sur un diplôme du roi en faveur de Saint-Philibert de Tournus (22 mai 989).. Interprétation abusive ou réalité ? Quoi qu'il en soit, la main de justice n'apparait plus par la suite sur les sceaux royaux.

La main de justice du sacre des rois de France était formée d’une main droite faisant un geste de bénédiction faite « d’ivoire de licorne », c’est-à-dire taillée dans une défense de narval, fixée en haut d’un bâton d’orfèvrerie, qui fut détruite en 1793. Pour le sacre de Napoléon Ier, Vivant Denon demanda en 1804 à l’orfèvre Martin-Guillaume Biennais de refaire une main de justice, en s’inspirant de la gravure de Bernard de Montfaucon, sans prendre garde à l’avertissement signalant que la gravure est inversée, de sorte que celle qui fut sculptée dans de l’ivoire d’éléphant est une main gauche. Elle fut fixée sur un bâton de cuivre doré, enrichi d’un nœud d’orfèvrerie formé par le chaton médiéval de l’Anneau de Saint-Denis , auquel furent ajoutés deux camées en cristal de roche et une intaille d’améthyste provenant aussi de Saint-Denis. Elle est conservée au musée du Louvre à ParisMain de Justice du Sacre avec anneau de Saint-Denis, 1804, Musée du Louvre, site collections.louvre.fr.. right|thumb|Moulage du sceau de François II et Marie Stuart, roi et reine de France - François tient le sceptre de saint Louis dans la main droite et la main de justice dans la main gauche - 1559 - Archives nationales. Hervé Pinoteau a fait le point des connaissances sur la main de justiceHervé Pinoteau, La symbolique royale française, s, P.S.R. éditions, 2004, et 315. :

La main de justice du roi, qui fut dite de Charlemagne au , devait en fait dater des derniers Capétiens directs ou des premiers Valois. Le roi de France étant classiquement comparé à David depuis Charlemagne, la fausse étymologie de David qui signifierait « main forte » donnée par saint Jérôme et encore connue en 1300, suggérerait que la main de justice est un sceptre davidique (le roi David de l'église Saint-Bénigne de Dijon porte d'ailleurs une main de justiceDom Urbain Plancher OSB, Histoire générale et particulière de Bourgogne, Dijon, 1739, t. 1, face .). Le terme « main de justice » n'apparaît dans les textes que depuis la seconde moitié du , lors des obsèques de . Il n’existe qu’une seule représentation précise de cette main de justice, sur le tableau représentant qui est à Furnes (Veurne, Flandre-occidentale, Belgique) qui serait d’Henri Testelin. Long de avec une main de , ce sceptre court fut envoyé à la casse par la Convention nationale. La reine en recevait une également lors de son sacre. Lors de la cérémonie du sacre, la main de justice était remise après le sceptre, dans la main gauche du souverain. Après la cérémonie, elle était confiée au trésor de l'abbaye royale de Saint-Denis avant d'être ressortie pour le prochain sacre. D'autres souverains que le roi de France ont utilisé la main de justice : les rois de Navarre et d'Écosse au ; le duc de Lorraine (lors des obsèques de de Lorraine en 1608) ; , Félix Baciocchi, prince de Lucques, Louis-Napoléon roi de Hollande, Jérôme-Napoléon roi de Westphalie, Joachim-Napoléon roi des Deux-Siciles ; les empereurs du Brésil au ; l'empereur du Mexique ; les rois des Belges depuis 1830 ; Louis-Philippe roi des Français. La main de justice n'est plus utilisée de nos jours en France sauf sur le faisceau de pique du Sénat que l'on retrouve d'ailleurs sur les insignes actuels des sénateurs ainsi que ceux des députés de la République, insignes surnommés « baromètres ». thumb|140px|La Main de Justice côté paume.

Symbolisme

Du fait de son nom, on attribue à la main de justice la signification que le roi peut rendre la justice. Il a donc le pouvoir judiciaire.

Traditionnellement, on lui attribuait une dimension religieuse, chaque doigt de la main ayant une signification précise. Ils représentent ainsi :

le pouce : le roi ; l'index : la raison ; le majeur : la charité ; Les deux doigts : la foi catholique.

Les trois doigts ouverts symbolisaient également la Trinité .

Galerie Un des plus anciens des sceptres royaux et ayant subsisté jusque nos jours, la Main de Justice est sans aucun doute le sceptre le plus fréquemment représenté sur les portraits et représentations des rois de France, également souvent intégré aux armoiries du pouvoir royal en France.

Enluminures

Tableaux et portraits

Autres

Anecdote On pensait autrefois que la main avait été sculptée dans une corne de licorneFélibien, page 543.

Voir aussi

Articles connexes Regalia du royaume de France Régalia Sceptre

Liens externes

Le « sceptre à la main » des rois de France, Pascal Texier, L’Harmattan (2012), HAL open science

Notes et références

Catégorie:Main Catégorie:Regalia Catégorie:Regalia du royaume de France Catégorie:Histoire du droit en France Catégorie:Objet du pouvoir au Moyen Âge Catégorie:Objet en or