Taillefer, parfois Ivo Taillefer, est le nom d'un personnage probablement légendaire qui participe à l'expédition de 1066 menée par Guillaume le Conquérant pour la conquête de l'Angleterre.
Engageant héroïquement la bataille d'Hastings, il incarne le type même du jongleur-chevalier et ses exploits sont rapportés par plusieurs auteurs médiévaux dont Wace, qui conte ses actions en vers dans son Roman de Rou.
L'histoire thumb|Champ de bataille d'Hastings, 2010 Taillefer apparaît dans les récits de la bataille de Hastings, qui s'est déroulée le , mettant en lice les troupes du duc de Normandie Guillaume et celles du souverain anglo-saxon Harold. Dans le souvenir anglo-normand, c'est son action héroïque qui ouvre la bataille capitale qui fait basculer le destin de la Grande-Bretagne et de la Normandie, inaugurant la période anglo-normande de l'histoire de l'Angleterre.
Tandis que les armées se font face dans le matin, un chevalier-jongleur du nom de Taillefer sollicite auprès de Guillaume duc l’honneur de porter le premier coup de la journée. Il sort alors des rangs normands, exhorte les normands en évoquant la Chanson de Roland puis caracole sur sa monture en face des troupes anglaises, les provoquant et les impressionnant par d'habiles jongleries avec ses armes, un type de provocations guerrières dont on trouve d'ailleurs mention concernant les celtes insulaires. Il charge enfin abattant des ennemis avant, selon certaines versions, d'être massacré par les troupes de Harold. Les troupes normandes se déploient et s'engagent alors dans un combat victorieux.
Par sa mort héroïque, Taillefer incarne la geste épique de Roland qu’il vient de chanter et les chroniqueurs du ne manquent pas de reprendre l'épisode comme scène inaugurale de la célèbre bataille, bien que la scène comme son héros soient probablement légendaires.
Références littéraires thumb|Charge des cavaliers normands contre les fantassins anglo-saxons, Tapisserie de Bayeux, Le nom de « Taillefer », à connotation agressive, est souvent la marque d'une activité militaire et plusieurs guerriers, princes ou héros épiques ont porté ce sobriquet.
Taillefer n'apparait pas sur la tapisserie de Bayeux mais plusieurs œuvres littéraires rapportent plus ou moins longuement des anecdotes le concernant : à la suite de Guy d'Amiens, l'épisode concernant Taillefer est relaté par Geoffroy Gaimar, Wace, Robert de Torigni, Benoît de Sainte-Maure ou encore Henri de Huntingdon. On notera toutefois que ni Guillaume de Poitiers ni Guillaume de Jumièges (morts à fin du ) ne la mentionnent. Enfin, si Guillaume de Malmesbury évoque bien Roland, il n'est pas sûr que ce soit en relation avec Taillefer qui n'est pas mentionné.
Les histoires de ces chroniqueurs diffèrent sensiblement, certaines ne mentionnant que le jonglage, d’autres que la chanson de geste, mais toutes ont des éléments en commun. Cependant, selon que les auteurs soient favorables aux Normands ou aux Anglo-saxons, sa témérité vaut au héros soit de remporter les premiers assauts de la bataille, soit d'être massacré.
Dans son History of the English Speaking Peoples, Winston Churchill a élaboré une version tirée de toutes les différentes sources.
Guy d'Amiens Taillefer apparait pour la première fois dans le Carmen de Hastingae Proelio, poème attribué à Guy, évêque d'Amiens (1014–1075) qui l'aurait rédigé peu après la victoire des troupes normandes à la bataille d'Hastings en 1066.
Le texte l'introduit comme . Taillefer précède les troupes de Guillaume (v. 391-394). Taillefer s’avance alors au-devant des troupes anglo-saxonnes, tue un soldat qui est sorti des rangs pour le défier et montre sa tête comme un trophée.
Geoffrey Gaimar Dans son Estoire des Engleis, vers 1136, Geoffrey Gaimar reprend l'histoire des bravades de Taillefer, (v. 5268-5270) mais explique qu'il se fait massacrer par les anglo-saxons.
Wace Environ une trentaine d'années plus tard, dans le Roman de Rou du poète normand Wace (c.1110-c.1180), Taillefer n'est plus décrit comme un jongleur : il s'agit davantage d'un chevalier qui manie sa monture, sa lance et son épée avec agilité. Celui-ci terrifie les anglo-saxons par l'aisance avec laquelle il jongle avec ses armes.
Taillefer galvanise en outre les troupes de Guillaumes grâce à la Chanson de Roland :
Henri de Huntingdon Pour Henri de Huntingdon (mort vers 1160), dans son Historia Anglorum (V, 30), Taillefer s’élance témérairement vers les troupes anglo-saxonnes et abat trois adversaires avant de se faire tuer puis piétiner par les troupes ennemies qui s’ébranlent : « Quidam uero nomine Tailefer dudum bantequam coirent bellatores, ensibus iactatis ludens coram gente Anglorum, dum in eum omnes stuperent, quemdam uexilliferum Anglorum interfecit. Secundo, similiter egit. Tercio, idem agens et ipse interfectus est et acies sibi offenderunt. »
Notes et références
Bibliographie Recherche contemporaine
Ouvrages anciens Gervais de La Rue, Essais historiques sur les bardes, les jongleurs et les trouvères normands et anglo-normands, Caen, Mancel, 1834
Catégorie:Anglo-Normands Catégorie:Jongleur Catégorie:Personnage littéraire Catégorie:Personnage légendaire médiéval Catégorie:Chevalier français