L'église Notre-Dame du Rosaire est une église de Marseille construite de 1868 à 1878 par les architectes Pierre Bossan et Joannis Rey. Elle est l'église du couvent Saint-Lazare des dominicains de Marseille.

Localisation Située au 35 rue Edmond Rostand, dans le centre-ville de Marseille, à proximité de la place Castellane, l'église termine le cloître du Couvent Saint-Lazare des Dominicains. Elle s'insère discrètement dans un tissu urbain dense, sans recul entre la rue Edmond Rostand et la Rue Sainte-Victoire. Historique

Choix de l'architecte Les dominicains, installés sur le site depuis 1865, ne disposaient initialement que d’un hangar destiné à servir d’église provisoire. Rapidement, la question de la construction d’un couvent accompagné d’une église se posa. Deux architectes s’affrontèrent alors pour la réalisation des plans : l'abbé Pougnet, alors au sommet de sa carrière et Gonzague Grinda, jeune protégé du père Cormier encore très inexpérimentéArch. dominicaines Marseille.. Dans les deux cas, les religieux semblent emprunter la voie du couvent de Lyon qui terminaient tout juste leur église néogothiqueEn 1863, l'église du Saint-Nom-de-Jésus est achevé.e. En dépit de l'avancement des plans et du choix quasi arrêté sur Gonzague Grinda, le conseil conventuel propose Pierre Bossan en 1867Arch. dominicaines Marseille : Registre du conseil, 5 aout 1867. Le nom de Bossan s'il est sorti tard, n'est pas sorti par hasard, il avait déjà construit pour les dominicains, la chapelle Saint-Thomas-d'Aquin il avait aussi construit pour les dominicaines un monastère à Saint-Maximin-la-Sainte-Baume, il construira aussi la chapelle du couvent de Coublevie en 1869. Hyacinthe-Marie Cormier, en tant que provincial manœuvra du mieux qu'il pouvait pour faire accepter un projet néogothique, il proposa Louis-Antoine-Maurice Bresson, l'architecte du couvent de Lyon. Alors qu'il semblait l'emporter, le chapitre conventuel choisi définitivement Bossan en Arch. Dominicaines Marseille. Registre du conseil, septembre 1867. le père Cormier s'y plia. gauche|vignette|Église vue depuis le cloître du couvent

Construction La construction de l’église Notre-Dame du Rosaire débuta donc le par la bénédiction de la première pierre présidée par l'archevêque de Marseille, Mgr PlaceAnnée. dominicaine, janv. 1869, p. 26-28 et Semaine liturgique de Marseille, dimanche 29 novembre 1868, n°366, p. 13 sq.. Rapidement Grinda arrête le suivi du chantier et c'est Joannis Rey, habitué à travailler avec Bossan qui prend sa place. Autre fait marquant, Hyacinthe-Marie Cormier est élu prieur du couvent en 1874.

Tout au long de la construction, les Dominicains bénéficient de la grande générosité de leur voisine Anne Rosine Noilly-Prat, à la tête d’un commerce de spiritueux situé en faceAnne-Rosine Noilly-Prat (1825-1902) », Les Marseillais dans l'histoire, [dir. Pierre GUIRAL et Felix REYNAUD], « Les hommes dans l'histoire», Privat, Toulouse, 1988, c'est elle en partie qui a motivé la construction de l'église en faisant un premier don de 50 000 francs en 1866, elle donnera jusqu'en 1900 pour un total de plus de 300 000 francs.

Si l'église est bénie le par Mgr Place, l'aménagement intérieur est loin d'être terminé. Le maître-autel et l'autel du sacré cœur sont inaugurés en 1879, l'autel à saint Joseph en 1883, la chaire en 1894. Enfin, le chœur des religieux est construit entre 1898 et 1899 par Joannis Rey dans la pure continuation de l’œuvre de son maître décédé 10 ans auparavant.

Les deux expulsions L'histoire de cette église a connu quelques remous, notamment l'expulsion des Dominicains en 1880 et en 1903, ces expulsions sont encore visibles sur la porte de la sacristie où subsistent la cire des scellés. En 1906, l'église et le couvent sont rachetés par les enfants d'Anne Rosine Noilly-Prat pour être restitués aux frères dominicains. Pour cette raison, elle est aujourd'hui une propriété privée de la Province dominicaine de Toulouse bien qu’édifiés avant la loi de séparation des Églises et de l’État de 1905.

Depuis 1920 En 1921 les frères sont de retour dans leur église. Ils construisent une statue de saint Thomas en 1923 et l'autel à saint Dominique et à saint Lazare dans les années 30.

Puis, durant les années cinquante, l’église subit de nombreuses modifications : le maître autel ainsi que la chaire sont détruits en 1952 et le bénitier ainsi que la statue du Sacré-Cœur sont détruits en 1957, l'autel actuel est construit cette année là. La chapelle Saint Thomas d'Aquin (deuxième travée gauche) a été profondément modifiée : un nouvel autel a été installé qui remploie le maître autel retiré du chœur et les peintures ont été masquées par un enduit gris, la statue a été détruite. Dans l'ensemble de l'église grande partie des ornements et du mobilier liturgique ont été détruits ou perdu.

De 1970 à 1990, l'église a été complètement fermée, les Offices et la messe étant dit dans la crypte, ce manque d'entretien a créé des dommages importants sur tout l'édifice. L'eau s'est infiltrée, détruisant principalement les décors peints. En 1995 des travaux de réfection sont menés sur les vitraux, la couverture et en 2001 la façade est ravalée. L'église et sa crypte sont inscrites au titre des monuments historiques par arrêté du .

Aujourd'hui, l’église Notre-Dame du Rosaire accueille des célébrations liturgiques quotidiennes, ouvertes au public, rassemblant une assemblée régulière. Le couvent abrite également le noviciat de la Province dominicaine de Toulouse, ce qui confère à l’église une vie liturgique particulièrement soutenue. vignette|État avant restauration de la chapelle Saint-Lazare

Restauration Un projet de restauration est en cours pour préserver ce patrimoine historique et artistique. Une première tranche a été réalisée de 2023 à 2024, la toiture a été intégralement refaite pour mettre l'église hors d'eau. Les tranches suivantes touchent surtout la restauration des décors peints de toute l'église classés du . Les travaux de restauration vont être menés en collaboration avec des experts en patrimoine pour conserver l’intégrité de l’œuvre de Pierre Bossan.

La Direction régionale des Affaires culturelles a montré un intérêt particulier pour l'église Notre-Dame-du-Rosaire, notamment en raison de l’intérêt et de la fragilité de ses décors peints du , gravement dégradés. La DRAC soutient une série de tests innovants. Ils seront réalisés sous l'observation du Centre Interdisciplinaire de Conservation et de Restauration du Patrimoine (CICRP). Il est envisagé de recourir à la technique innovante du nettoyage au laser solution beaucoup moins invasive qu'un nettoyage chimique ou mécanique et permet de préserver les pigments fragilisés par le temps et ainsi de conserver l'intégrité des peintures du .

Architecture

Conception générale vignette|Plan de l'église et du couvent L’église Notre-Dame du Rosaire présente une volumétrie simple : une nef centrale flanquée de deux collatéraux, un chœur avec un chevet plat, sans transept ni clocher. Dans les premiers dessins, apparaît une façade très verticale et tripartite typiquement romane que l'on retrouvera dans des églises néo-romano-byzantines telles que la Basilique du Sacré-Cœur de Montmartre ou bien Cathédrale Notre-Dame-Immaculée de Monaco. Cependant, il est notable que au fil des esquisses, l'église conserve ce rythme ternaire mais perd la verticalité.gauche|vignette|Élévation de la façade de Notre-Dame-du-Rosaire de Marseille|248x248px

Extérieur A l'exterieur de l'église, Bossan déploie son langage habituel avec une muralité assumée et un soubassement marqué, que l'on retrouve dans l'église de l'Immaculée-Conception de Lyon celle-ci est accentuée par les pierres équarries en attente de sculptures de la partie basse côté rue sainte Victoire, du côté du couvent aucune des sculptures n'ont été réalisées. La façade principale est décorée des quinze mystères du Rosaire sculptés en relief sur toute sa hauteur. À gauche les mystères joyeux, à droite les mystères douloureux et au centre les mystères glorieux, avec le couronnement de la vierge dans le tympan du porche saillant soutenu par deux colonnes. Il est important de noter qu'à cette époque les mystères lumineux n'existaient pas encore, ils ont été introduits par Saint Jean-Paul II en 2002.

Crypte vignette|Crypte en 1928 La crypte est disposée dans la largeur de l'édifice, elle possède donc un espace plus restreint. Elle a reçu un traitement moins développé avec des peintures assez simples et des chapiteaux et modillons en pierre de Cassis qui ne seront jamais sculptés. Aujourd'hui à cause de l'humidité les peintures ont totalement disparues et l'autel a été remplacé par une œuvre d'André Gence.

Chœur des religieux vignette|Chœur des religieux en 1928 Ajouté par Johannis Rey en 1898-1899, il semble ne pas faire partie du projet initial. Il permettait aux frères de dire l'office public sans être vu mais en étant entendu des fidèles. Lorsque les frères ont repris possession de l'église, les stalles ont été démontées et placées dans le chœur et devant les marches du chœur pour célébrer l'office plus proche des fidèles. Aujourd'hui l'ensemble est en très mauvais état.vignette|Intérieur de l'église vers 1890|269x269px

Intérieur Bossan met en œuvre une gestion différenciée de l'éclairage naturel. Les baies hautes diffusent une lumière tamisée, tandis que les chapelles latérales ne sont éclairées que par de petites ouvertures quadrilobées munies de vitraux colorés. À l'inverse, de larges baies dissimulées à la vue des fidèles apportent un éclairage abondant au chœur, créant un contraste lumineux qui concentre le regard sur le sanctuaire et met en valeur le haut-relief du chevet.

L’église se distingue dans le patrimoine marseillais par la richesse de son ornementation intérieure, qui comprend sculptures, peintures murales et vitraux. Sa structuration est pensée pour susciter une impression de montée spirituelle : elle s’élève du massif au léger, depuis les piédestaux robustes des chapiteaux jusqu’aux nervures élancées de la voûte qui s'affinent.

Décors et mobilier liturgique

Vitraux Les vitraux, réalisés par Jean-Baptiste Barrelon, représentent de chaque côté de la nef vingt-quatre grandes figures de saints et saintes dominicains. L'unité de composition est très remarquable. Chaque travée a un thème de sainteté.

Il est notable que les vitraux sont très inspirés en partie du travail qui était effectué au même moment avec les dominicains de Lyon dans leur atelier, certains vitraux reprennent exactement les dessins réalisés par le P. Antonin Danzas comme le baiser de Saint Dominique et Saint François, d'autres sont seulement inspirés.Sont représentés sur les vitraux : vignette|Vitraux Nord, les docteurs

Les docteurs Saint Thomas d’Aquin

Saint Albert le Grand

Saint Raymond de Peñafort

Sainte Marie (mère de Jésus) Hugues de Saint-Cher Bienheureux Henri Suso Saint Réginald d'Orléans Saint Vincent Ferrier

vignette|Vitraux Sud, les saintes vierges

Les saintes vierges Bienheureuse Imelda Lambertini Sainte Rose de Lima Sainte Catherine de Ricci Sainte Agnès de Montepulciano Sainte Catherine de Sienne Bienheureuse Lucie de Narni Bienheureuse Osanna de Mantoue Jésus-Christ

vignette|Vitraux Sud, les apôtres

Les apôtres Saint Dominique de Guzmán Saint François d'Assise Saint Louis Bertrand Saint Hyacinthe de Cracovie Saint Elme Bienheureux Romée Catalan Bienheureux André Abellon Bienheureux Bertrand de Garrigues

vignette|Vitraux Nord, les martyrs

Les martyrs Saint Pierre de Vérone Martyrs Avignonet Bienheureux Sadoc et ses compagnons Bienheureux Pons Saint Jean de Cologne

vignette|Vitraux Sud, les pontifes

Les pontifes Saint Pie V Bienheureux Innocent V Bienheureux Augustin de Lucerne Bienheureux Giovanni Dominici Saint Antonin de Florence Bienheureux Benoit XI Bienheureux Barthélémy de Bragance Bienheureux Jacques de Voragine