Le palais des ducs de Lorraine – Musée lorrain est créé à Nancy en 1850 à l’initiative de la Société d’archéologie lorraine (aujourd’hui Société d’histoire de la Lorraine et du Musée lorrain) et installé dans un ensemble de trois sites classés au titre des monuments historiques. Il comprend le palais ducal et son jardin, l’ensemble des Cordeliers (église et couvent), et le palais du Gouvernement.
Ses collections regroupent plus de aux typologies très diverses illustrant l’histoire et le patrimoine de la Lorraine depuis la Préhistoire jusqu’à l’époque contemporaine. Avec le musée de l'École de Nancy et le musée des Beaux-Arts, il constitue l’un des trois musées municipaux, réunis dans un département commun depuis 2017. Engagé dans un important projet de rénovation, le palais ducal a fermé ses portes au public en 2018, l’église des Cordeliers restant ouverte à la visite. La réouverture progressive des espaces muséaux est prévue à partir de 2029.
Site patrimonial Palais ducal Situé dans la Vieille Ville de Nancy, le palais ducal doit sa forme actuelle aux travaux menés à partir de la fin du , à la suite de la victoire du duc René II de Lorraine à la bataille de Nancy.
vignette|Antoine, duc de Lorraine et de Bar (1508-1544). Copie d'après Hugues de la Faye. Palais des ducs de Lorraine - Musée lorrain.|gauche|alt=Tableau représentant le duc Antoine de trois-quarts, richement vêtu et portant une longue barbe. Au dessus de sa tête est inscrite l'indication « Antoine, duc de Lorraine et de Bar ».
Le duc Antoine de Lorraine, fils de , poursuit la construction du palais en faisant notamment édifier la partie méridionale, toujours visible aujourd’hui en bordure de la Grande rue. Elle comprend la galerie des Cerfs, galerie d’apparat du palais, et la porterie. Celle-ci, encore gothique dans son architecture, est l’un des premiers témoins de l’art de la Renaissance dans l’Est de la France par le vocabulaire décoratif qui s’y développe. On doit enfin au duc Antoine deux escaliers remarquables qui permettent d’accéder aux étages supérieurs du palais. Dans la tour de l’Horloge, un escalier à vis caractéristique de l’architecture palatiale du début du mène jusqu’à la galerie des Cerfs. Dans l’angle sud-est, un escalier monumental surnommé « le Grand Rond » permet d’accéder aux appartements ducaux.
centré|vignette|alt=Tessin du VVIIe s. représentant le palais ducal|Le Palais ducal, gravure de Claude Déruet, 1640. Palais des ducs de Lorraine - Musée lorrain.
Le début du marque l’apogée du palais ducal, alors constitué de quatre ailes et encadré par la collégiale Saint-Georges au sud et par l’église et le couvent des Cordeliers au nord.
vignette|upright=1.2|alt=Plan des bâtiments|Plan général du Palais royal de Nancy, sur lequel figure l'évolution des bâtiments entre le (en gris) et le milieu du (Stanislas, en rouge vermillon) ; en passant par le début du et le projet du nouveau palais du duc Léopold (en rose clair) et les destructions qu'il a impliquées (en jaune).
À la fin du et après les occupations successives de la Lorraine par les rois de France et , le duc Léopold de Lorraine reprend possession du palais. Il charge l’architecte Germain Boffrand de créer un nouveau palais plus moderne. Surnommé « le Louvre de Boffrand », le projet entraîne la démolition des ailes est et sud du palais ainsi que d’une partie de la collégiale Saint-Georges.
Mais en 1702, alors que occupe Nancy dans le contexte de la guerre de Succession d'Espagne, Léopold quitte sa capitale en laissant le palais inachevé et s’installe au château de Lunéville qui devient la résidence officielle des derniers ducs de Lorraine.
En 1739, le dernier duc de Lorraine, Stanislas Leszczynski, ancien roi de Pologne, fait don des bâtiments du palais à la Ville de Nancy. Les vestiges du « Louvre de Boffrand » sont détruits afin d’édifier le palais de la Nouvelle Intendance (actuel palais du Gouvernement) destiné à héberger l’intendant du roi de France Antoine-Martin Chaumont de la Galaizière.
Progressivement, le palais devient la résidence d’officiers de cavalerie ; cette fonction militaire explique que l’ancienne résidence ducale soit en grande partie épargnée durant la Révolution. Toutefois, la statue équestre du duc Antoine placée au-dessus de la porterie ainsi que le blason ducal sont détruits par les révolutionnaires. Ces éléments d’origine sont restitués en 1851 par le sculpteur Giorné Viard, dans une pierre légèrement ocre.
Entre 2005 et 2012, l’aile donnant sur la Grande-Rue, unique vestige du palais du duc Antoine, bénéficie d’une restauration de ses façades et de sa toiture.
Église et couvent des Cordeliers
vignette|gauche|alt=Aquarelle représentant le profil sud de l'église des Cordeliers et les parties visible de la chapelle ducale et du couvent. Le premier plan est occupé par un champ et un environnement boisé.|L'église des Cordeliers, Charles-François Chatelain, 1824, palais des ducs de Lorraine - Musée lorrain.
L’église et le couvent des Cordeliers, situés au nord du palais ducal et de l’autre côté de la rue Jacquot, font partie du palais des ducs de Lorraine – Musée lorrain. Leur édification remonte à la fin du , après la victoire du duc René II de Lorraine lors de la bataille de Nancy contre son rival le duc de Bourgogne Charles le Téméraire. Pour remercier la Vierge de l’Annonciation d’avoir protégé ses troupes durant le siège de Nancy et permis sa victoire, ordonne la construction d’une église et d’un couvent qu’il confie aux Frères mineurs ou cordeliers, branche cadette de l’ordre franciscain. L’église des Cordeliers est consacrée dès 1487. Toujours affectée au culte et dépendant de la paroisse Saint-Epvre de Nancy, elle est l’un des rares exemples français de monument religieux toujours consacré au sein d’un complexe muséal.
L’église et le couvent des Cordeliers sont agrandis et rénovés plusieurs fois après le règne de , notamment par son fils le duc Antoine. À la fin du , le duc y fait faire de nombreux travaux de réfection et lance la construction de la chapelle ducale peu avant sa mort en 1608. Son fils de Lorraine poursuit la construction de l’édifice octogonal, dont la coupole à caissons n’est achevée que sous le règne de son petit-fils . Enfin, , dernier duc de la Maison de Lorraine devenu empereur du Saint-Empire romain germanique en 1745, fait restaurer la chapelle et parachever son ornementation entre 1742 et 1757.
Durant la Révolution, l’église des Cordeliers est la cible de destructions et pillages. Le caveau ducal situé sous la chapelle est profané, les dépouilles sont transférées dans une fosse commune du cimetière voisin de Boudonville. La chapelle et l’église, très endommagées, sont restaurées une première fois dans les années 1820 avant d’être inscrites sur la toute première liste des monuments historiques en 1840.
Au seuil de la chapelle, une dalle de bois scelle l'entrée du caveau abritant les sépultures des princes et princesses de Lorraine. Chaque année, généralement au mois d'octobre, une messe est célébrée en l'église des Cordeliers à la mémoire des ducs de Lorraine, souvent en présence de membres de la famille de Habsbourg-Lorraine. À l'entrée de la chapelle, une plaque de marbre rappelle les visites de certains de ses membres : Marie-Antoinette d'Autriche, fille du dernier duc de la Maison de Lorraine ou encore son frère, l'empereur Joseph II ; au , les empereurs et François-Joseph. Sont mentionnées également sur la plaque les passages des souverains de France , Louis-Philippe ainsi que celui de l'impératrice Eugénie.
En 1937, à l’occasion d’un accord entre la ville de Nancy, le service des monuments historiques et l’évêque de Nancy, l’église, restaurée et enrichie de sculptures funéraires provenant d’établissements religieux de la région, devient un prolongement naturel du Musée lorrain voisin. Quant au couvent des Cordeliers qui abrite successivement diverses écoles à partir du , il est investi en 1981 pour la création de la section des Arts et Traditions populaires du Musée lorrain.
Palais du Gouvernement vignette|alt=Photographie de la façade du Palais du Gouvernement donnant sur la place de la Carrière sur un ciel bleu.|Palais du Gouvernement, Nancy.
Après la destruction en 1745 du Louvre inachevé de Boffrand sur ordre du duc Stanislas Leszczynski, celui-ci décide d’édifier à l’emplacement libéré un nouveau palais pour l’intendant Antoine Martin Chaumont de La Galaizière, détenteur des pouvoirs de justice, de police et de finance.
L’architecte Emmanuel Héré réalise les plans de cette Nouvelle Intendance dans la perspective de la place de la Carrière, en miroir du nouvel hôtel de ville. La construction est confiée à Richard Mique, et le palais est inauguré en 1755.
Après la mort de Stanislas en 1766, l’Intendance devient palais du gouvernement et accueille successivement militaires et préfets avant que l’Armée ne quitte définitivement les lieux en 2010. Le palais du gouvernement est alors intégré au sein du palais des ducs de Lorraine – Musée lorrain.
Histoire du palais des ducs de Lorraine – Musée lorrain Origines du musée Dès 1829, comme dans chaque département français, une commission d’antiquités est instituée par le préfet de la Meurthe. Ses membres rassemblent un certain nombre d’objets trouvés dans les ruines gallo-romaines du département et réclament d’une même voix la mise à disposition d’une partie du palais ducal pour y installer le musée qu’ils se proposent de fonder. Leur demande reste cependant sans suite.
En 1840, l’ancien palais ducal est inscrit sur la première liste des monuments historiques, et, en 1842, la Société des monuments français souligne à l’initiative de Prosper Guerrier de Dumast . Le texte fait de la création du musée un enjeu national, en soulignant que l’installation de ce musée permettrait d’intégrer l’histoire lorraine dans celle de la nation française : . Cependant, cette demande faite au niveau national reste une fois encore un vœu pieux.
gauche|vignette|Prosper Guerrier de Dumast (1796-1883).|alt=Photographie en noir et blanc d'un homme âgé aux cheveux blancs, dont on ne voit que le buste. Il est habillé d'un costume distingué et porte un noeud papillon.
Ces échecs successifs dus au manque d’intérêt des autorités pour le projet encouragent un groupe de Lorrains à constituer la Société d’archéologie lorraine en . Celle-ci se donne pour but principal de Parmi les membres du bureau, on compte notamment Prosper Guerrier de Dumast, l’architecte Charles-François Chatelain, et l’archiviste Henri Lepage.
Poussé par le ministre de l’Instruction publique Alfred de Falloux, le préfet de la Meurthe décide finalement de la constitution du comité du Musée historique lorrain, . Ce comité est élu par la Société d'archéologie lorraine et son président et vice-président sont les mêmes que ceux de la Société. Parallèlement, la commission des monuments historiques confie en à l’architecte Émile Boeswillwald la tâche d’élaborer un projet de restauration du palais ducal.
Néanmoins, l’espoir d’une concrétisation du musée fait face à un obstacle de taille : la mise à disposition du palais par ses occupants. Alors très dégradé, il fait simultanément office d’écuries dans sa galerie du jardin, de grenier à fourrage dans celle des Cerfs, de latrines pour les bureaux de la préfecture derrière la porterie, ou encore de lieu de stockage des pompes à incendie municipales. Après l’accord donné par le maire de Nancy, le Conseil général de la Meurthe cède enfin en les locaux . C’est l’argent d’une souscription qui va permettre au comité du Musée historique lorrain de financer le déplacement des latrines et les travaux essentiels pour la mise en service d’un embryon de musée.
Débuts du musée (1851-1871)