La deuxième croisade (1145 ou 1147-1149), p. 37 et 382 (chronologie comparée des croisades). Selon les médiévistes et les conventions historiographiques modernes, la date de la promulgation de la bulle pontificale peut aussi être utilisée comme début officiel de la croisade, soit 1145. La BnF retient : 2 croisade (1147-1149) est une expédition des chrétiens d'Occident vers la Terre sainte qui est lancée en par le pape Eugène III à la suite de la prise d'Édesse par l'atabeg seldjoukide de Mossoul en 1144, suivi de la conquête du comté d'Édesse, qui met en danger les États latins d'Orient, issus de la première croisade (1095-1099).

Prêchée en France et dans le Saint-Empire par Bernard de Clairvaux en 1146, l'expédition en Terre sainte commence avec la participation du roi de France Louis VII, accompagné de son épouse, Aliénor d'Aquitaine, et de l'empereur Conrad III, par la traversée de l'Empire byzantin par voie de terre. Arrivés sur place à la fin de 1147, les Croisés subissent plusieurs défaites face aux Turcs seldjoukides, puis à Damas, qu'ils ne parviennent pas à prendre (), de sorte que l'expédition s'achève, en 1149, par un retour à la situation de 1146.

Cette expédition vers la Terre sainte est associée avec des opérations sur deux autres théâtres de conflit des chrétiens d'Occident : la péninsule Ibérique, où a lieu depuis le la guerre de reconquête des chrétiens sur les musulmans, et les pays de la mer Baltique, où ils sont aux prises avec des populations païennes (polythéistes), principalement slaves.

Contexte Chrétiens d'Occident, chrétiens d'Orient, musulmans La rupture politique entre l'Empire romain d'Occident, qui disparaît en 476, et l'Empire romain d'Orient, qui devient l'Empire « byzantinCette dénomination est purement historiographique. Pour ses habitants, c'était l'Empire romain continué. Mais « Empire byzantin » est utilisé par tous les historiens universitaires. », est prolongée par un écart religieux de plus en plus grand entre deux formes de christianisme qui se séparent formellement lors du schisme de 1054 entre les chrétiens qui reconnaissant l'autorité suprême de l'évêque de Rome, successeur de Saint Pierre, le pape, et les chrétiens grecs, à l'origine associés à l'Empire byzantin, désormais en partie sous domination musulmane, dirigés par des patriarches autonomes (Constantinople, Antioche, Alexandrie).

L'Empire byzantin subit des pertes considérables à partir du , lorsqu'il est attaqué par les armées musulmanes de Mahomet (570-630), puis des califes omeyyades. Ils leur abandonnent l'Égypte (Alexandrie), la Terre sainte (Jérusalem) et la Syrie (Damas, Alep, Antioche).

Au apparaissent de nouveaux acteurs, les Turcs seldjoukides, qui perturbent l'équilibre géopolitique de la région. La prise de Jérusalem aux Fatimides d'Égypte par les Turcs Seldjoukides en 1070 est suivie en 1078 de l'interdiction par eux des passages des pèlerinages chrétiens, ce qui déclenche 18 ans plus tard, en 1096, la première croisade.

Première croisade (1099) L'appel à la croisade est dû au pape Urbain II en 1095.

L'expédition organisée en conséquence de son appel de Clermont-Ferrand aboutit à des résultats tangibles : prise de Jérusalem par les croisés, puis après qu'ils ont repoussé une armée de secours musulmane, fondation des quatre États latins d'Orient, du sud au nord : le royaume de Jérusalem, le comté de Tripoli, la principauté d'Antioche et le comté d'Édesse.

Puissances musulmanes au début du Le monde musulman a perdu l'unité qu'il avait sous les califes omeyyades (Damas), puis sous les califes abbassides (Bagdad). Il existe désormais plusieurs pouvoirs de religion musulmane.

Notamment, dans le voisinage des États latins : l'Empire seldjoukide (capitale Ispahan) avec ses annexes et provinces : le sultanat de Roum en Anatolie (capitale Konya), la régence de Mossoul : tenu par l'atabeg Zengi jusqu'en 1146 l'émirat d'Alep tenu par Zengi, puis par son fils Nur ad-Din l'émirat de Damas le califat d'Égypte, tenu par la dynastie des Fatimides, qui inclut la ville d'Ascalon à la limite du royaume de Jérusalem.

États latins d'Orient de 1099 à 1144 Confrontés aux musulmans d'une part, aux Byzantins de l'autre, les croisés se trouvent en état de guerre quasi permanent.

Un des éléments essentiels de leur défense, en plus des seigneurs féodaux vassaux des princes chrétiens, est constitué par les ordres militaires, dont le plus connu est l'ordre du Temple.

Les États latins parviennent ainsi à se maintenir pendant plusieurs décennies.

Chute du comté d'Édesse (1144) et conséquences

thumb|left|États croisés du Proche-Orient en 1140.

En 1144, le comté d'Édesse est attaqué par l'atabeg Zengi qui s'empare d'Édesse le . Cette victoire musulmane place les États latin dans une situation critique, qui pousse le pape Eugène III à appeler à une nouvelle croisade.

Josselin II d'Édesse reprend la ville après la mort de Zengi, mais Nur ad-Din réussit à le chasser en .

Débuts de la croisade Appel du pape Eugène III (1145) Après avoir appris la chute d'Édesse, le pape Eugène III promulgue, le , la bulle Quantum prædecessores, appelant à une nouvelle croisade.

Cet appel reste d'abord sans réponse. Mais dès le , à l'occasion de sa « cour couronnée » de Noël à Bourges, Louis VII le Jeune fait part de son intention de se rendre en Terre sainte et prend l'initiative de cette croisade, malgré l'opposition de Suger.

Il ne se produit pas d'enthousiasme populaire pour la croisade, contrairement à ce qu'on avait pu observer en 1095-1096 pour la première.

Le pape Eugène III confie à Bernard de Clairvaux, connu comme un prédicateur hors pair, la charge de prêcher la croisade, accordant aux croisés les mêmes indulgences que celle accordées par le pape Urbain II en 1095..

Prédication de Bernard de Clairvaux en France (1146) vignette|gauche|redresse|Saint Bernard prêchant la , à Vézelay, en 1146.

Le , jour de Pâques, en présence du roi Louis VII et de la reine Aliénor, il prêcha à Vézelay, devant une foule immense, évaluée par la tradition à . Ce prêche prend place au lieu-dit « la Croix Saint Bernard », situé à quelques centaines de mètres en contrebas de la basilique, sur le versant face à Asquins et non au sommet de la colline en raison de l'exiguïté de l'abbatiale beaucoup trop petite pour contenir une telle foule (pour commémorer l’événement, l'abbé du monastère, Ponce de Montbroissier, fait élever la chapelle commémorative Sainte-Croix, consacrée en 1152, et une croix en pierre détruite à la Révolution).

À la suite du prêche de Bernard de Clairvaux, Louis VII, son épouse, les princes, les hauts seigneurs présents et toute l'assistance se prosternent devant lui en réclamant des croix de pèlerin (selon la légende, le tissu serait venu à manquer et Bernard de Clairvaux aurait donné son habit pour que l'on y taille des croix).

Le pape Eugène vient en personne en France, en 1146, pour encourager l'entreprise..

Dans le Saint-Empire Bernard se rend ensuite dans le Saint-Empire, où la rumeur des miracles qui se multiplient à chacun de ses pas contribue à la réussite de sa mission. À Spire, l'empereur Conrad III de Hohenstaufen et son neveu, Frédéric Barberousse, reçoivent la croix des mains de Bernard..

Comme lors de la première croisade, le prêche de Saint Bernard provoque, sans qu'il l'exprime, des attaques contre les juifs ; un moine français, nommé Radulphe, est à l'origine de massacres de juifs en Rhénanie, à Cologne, à Mayence, à Worms et à Spire, en reprochant aux juifs de ne pas contribuer (financièrement) au secours de la Terre sainte. Bernard, ainsi que l’archevêque de Cologne et l’archevêque de Mayence, est opposé à de telles accusations. Il se rend sur place pour empêcher la poursuite de ces exactions. Rencontrant Radulphe à Mayence, il parvient à le réduire au silence et à le renvoyer dans son monastère..

Personnalités prenant la croix en 1146 La nouvelle entreprise attira des princes de toute l'Europe, à l'exemple de Louis VII et d'Aliénor : Thierry d'Alsace, comte de Flandre ; Henri, héritier présomptif du comté de Champagne ; le frère de Louis VII, Robert de Dreux ; le comte Alphonse de Toulouse ; Guillaume II de Nevers ; Guillaume III de Warenne, comte de Surrey ; Hugues VII de Lusignan, Amédée III de Savoie, etc.

Interventions des croisés en Europe Croisade contre les païens slaves Dans le Saint-Empire, les Saxons du Nord sont réticents pour partir en Terre sainte. Ils font donc part à saint Bernard de leur souhait de faire la croisade contre les peuples slaves païens vivant au nord-est de l'Empire, lors d'une réunion de la Diète d'Empire, tenue à Francfort le .

Le pape Eugène III approuve le plan des Saxons et le , promulgue la bulle Divina dispensatione, stipulant qu'il n'y aurait aucune différence en ce qui concerne les récompenses spirituelles entre leur croisade et celle de Terre sainte.

Les volontaires pour la croisade contre les Slaves païens sont principalement les Danois, les Saxons et les Polonais., secondairement les Tchèques.. Le légat du pape, Anselme de Havelberg, est désigné comme chef spirituel de l'expédition. La campagne, elle-même, est menée par des familles saxonnes comme les Ascaniens, le Wettin et les Schauenburger..

Outrés par la participation des Allemands à cette croisade, les Abodrites envahirent, par anticipation, la Wagrie en , entraînant le mouvement des croisés à la fin de l'. Après avoir expulsé les Abodrites des territoires chrétiens, les croisés prirent en ligne de mire les forteresses de Dobin et de Demmin. Parmi les forces qui attaquèrent Dobin, se trouvaient les troupes de Knut V et Sven III de Danemark, celles d', l'archevêque de Brême, et le duc de Saxe Henri le Lion. Lorsque certains croisés suggérèrent de ravager la campagne, d'autres objectèrent en demandant . L'armée saxonne d'Henri le Lion se retira après que le chef païen Niklot eut accepté que la garnison de Dobin fît son baptême. Après le siège infructueux de Demmin, un contingent de croisés fut persuadé par les margraves de plutôt attaquer la Poméranie. Ils atteignirent la ville de Stettin, déjà convertie au christianisme, d'où les croisés se dispersèrent après avoir rencontré l'évêque Albert de Poméranie et le duc Racibor . Selon Bernard de Clairvaux, l'objectif de la croisade était de combattre les Slaves païens Cependant, la croisade échoua en grande partie dans son entreprise de conversion des Wendes. Les conversions obtenues par les Saxons à Dobin étaient surtout des conversions symboliques, vu que les Slaves revinrent à leurs croyances païennes à la suite de la dispersion des armées chrétiennes. Albert de Poméranie dit à ce sujet :

À la fin de la croisade, les campagnes du Mecklembourg et de la Poméranie furent pillées et dépeuplées dans un bain de sang, particulièrement par les troupes d'Henri le Lion. Cela aura eu pour conséquence de faciliter d'autres victoires chrétiennes dans les décennies suivantes. Les autochtones slaves perdirent également une grande partie de leur matériel de production, ne leur permettant d'offrir par la suite qu'une résistance limitée aux envahisseurs.

Départ de la croisade anglaise et prise de Lisbonne (24 octobre 1147) redresse|gauche|vignette|Alphonse de Portugal. À la mi-, une flotte de près de deux cents navires quitte le port de Dartmouth en Angleterre, emmenant des croisés flamands, frisons, normands, anglais, écossais, ainsi que quelques Allemands et Français.

Aucun prince ni roi n'est présent sur cette flotte, le royaume d'Angleterre connaissant alors une période d'anarchie.