vignette|175px|Carte de 1860. vignette|175px|La chapelle orthodoxe (reconstruite) de fort Ross, en Californie.

La colonisation russe de l'Amérique est la période durant laquelle l'Empire russe possédait des territoires en Amérique du Nord, principalement l'Alaska, avant la vente de celle-ci aux États-Unis en 1867 ; les marchands et trappeurs russes, dans le but de trouver des fourrures de loutres de mer, touchèrent également le nord de la Californie, entrant ainsi en compétition avec les Espagnols établis au sud.

Géographie Limites territoriales Les colonies russes d'Amérique comprenaient : L'Alaska actuel (États-Unis, État d'Alaska), dont les limites territoriales n'ont été fixées que tardivement par le traité russo-britannique du Les dates sont données selon le calendrier grégorien en vigueur actuellement. La date selon le calendrier julien, en vigueur en Russie avant 1917, est donnée entre parenthèses. (141° E jusqu’au mont Saint-Élie, puis la côte et les îles jusqu’à 54° 40’ N, la ligne de crête servant de frontière entre l'Alaska et la Colombie-Britannique)Accord reproduit chez Тихменев, П. : "Историческое обозрѣнiе образованія Российско-американской компанiи", tome I, Saint-Pétersbourg, E. Weimar, 1861, Annexes . Les îles Komandorski (Командорские острова, îles du Commandeur), toujours situées en Russie, au large de la péninsule du Kamtchatka. L'établissement de Fort Ross (1812-1841), actuellement dans l'État de Californie aux États-Unis, et dont les limites avec la Nouvelle-Espagne, puis le Mexique, n'ont jamais été définies. Au cours du , l'administration des colonies s'est aussi vu confier les îles Kouriles (Russie et Japon). À cela il faut ajouter, pendant une courte période (1815-1817), Kauai (Hawaï). En 1815, le docteur Schäffer, entrepreneur russe, occupa l'île et négocia un traité de protection avec le chef de l'île , vassal du roi Kamehameha d'Hawaï, mais Alexandre refusa de ratifier ce traité Pierce, Richard A.: "Russia's Hawaiian Adventure 1815-1817", Fairbanks, The Limestone Press, 1976. Une colonie russe s'installe sur les îles Farallon (en face de San Francisco) de 1800 à 1848. Les Russes y pratiquent la chasse intensive de phoques, provoquant la disparition temporaire de l'animal dans la région.

Ethnographie Avant l'arrivée des Russes, et toujours au , le territoire des colonies était peuplé par les autochtones d'Alaska, répartis entre les groupes ethno-linguistiques suivants :

Groupe Eskimo-Aléoute Aléoutes (îles Komandorski, îles Aléoutiennes et partie occidentale de la péninsule d'Unalaska, Alaska. Le peuplement des îles Pribilof ne s'effectuera que sur l'instigation des Russes). Désignation des groupes selon les îles ou groupes d'îles : Ounalachkintsi, LéssitsiEthnonymes provenant des sources russes, notamment Véniaminov et Wrangell (voir bibliographie) (Fox).... Inuits Iñupiat (Côte nord-ouest et nord de l'Alaska, à partir du Norton Sound) Yupiit (Yupiit de l'île Saint-Laurent, Yupiit centraux (côte orientale de l'Alaska, entre la Bristol Bay et le Norton Sound : Tatchigmioutes, Kvikpaks, Pachtoligmioutes, Agoulmioutes, Maguimioutes, Kuskokwim ou Kouskokvimtsy, Kiiataïgmioutes ou Kiatintsy, Agolégmioutes, Alutiiq - pl. Alutiit- ou Sugpiaq, Kadiaks dans la partie orientale de la péninsule d'Unalaska, Kodiaks dans la Kenai et Tchougatches de la baie du Prince-William du nord au sud)

Groupe des langues Na-Dené Athabasques, sous-groupe des langues athapascanes (intérieur de l'Alaska) Ahtnas (Atnakhtianes, Médovskié, Médovtsy, rivière Copper ou медная) Holikachuk Han Ingalik (Deg hit'an, Inkalites) Koyukon (Inkioulioukhliouates) Kutchin (Gwich'in) Tanacross Tanaina (Kénaïtsy, golfe de Cook) Tanana & Tuchtone (Koltchanes, Galtchanes) Verkhno Kuskokwim (Inkalikhliouates) Verkhno Tanana Eyak (Ougalentsy, région de Yakutat) Tlingits (Koloches, corridor géographique) Haïdas (Koloches, sud de l'île du Prince-de-Galles) langues na-dené

Autochtones d'Amérique (Amérindiens) proprement dits

Pénutiens (?) : Miwoks de la côte Pacifique (environs de la baie Roumiantsev ou Bodega Bay) Hokanes (?) : Pomos, principalement Kashaya (arrière-pays de Fort Ross)

Groupe Altaïque Aïnous (îles Kouriles)

Aléoutes

Les Russes appelaient « Aléoutes » non seulement les Aléoutes proprement dits, mais aussi les habitants de Kodiak et des environs (Alutiiq et Yupiit). Cette confusion mena quelquefois les premiers ethnographes, travaillant sur les témoignages russes, à confondre us et coutumes des différents groupes ethniques rassemblés sous ce vocable. Les Aléoutes proprement dits ont bien été étudiés par Ivan Véniaminov (Saint Innocent de Moscou) vers 1830-1840Veniaminov, I.: Записки объ островахъ Уналашкинскаго отдѣла, Saint-Pétersbourg, RAK, 1840 ; Notes on the Islands of the Unalashka District, Kingston, The Limestone Press, 1984 et R.G. Liapounova Ляпунова, Роза Гавриловна: Алеуты: очерки этнической истории, Léningrad, Naouka, 1987 dès les années 1960 Liapunova, R.G.: Essays on the ethnography of the Aleuts, Fairbanks, University of Alaska Press, 1991. Plusieurs publications U.S. ont également traité du sujetParmi les plus récents, Wilson F. & Richardson J.: The Aleutian Islands of Alaska, Fairbanks, University of Alaska Press, 2008. Les Alutiiq (Sugpiaq) : une des premières études sur les habitants de Kodiak et leurs us et coutumes nous a été donnée par l'officier de marine Gabriel Ivanovitch Davydov dans le deuxième tome de ses Deux voyages en Amérique Давыдов, Г.И.: Двукратное путешествiе въ Америку, Saint-Pétersbourg, Typographie de la Marine, 1812 ; Davydov, G.I.: Two Voyages to Russian America 1802-1807, Kingston, The Limestone Press, 1977; Dawüdov, G.I.: Gawrila Iwanowitsch Dawüdov’s Nachrichten von der Insel Kad’jak in "Sammlung Russischer Geschichte", X. Band, Saint-Pétersbourg 1816 . Les publications en langue anglaise sur Kodiak sont nombreusesParmi elles, Crowell, A & Al.: Looking both ways - Heritage and Identity of the Alutiiq people, Fairbanks, University of Alaska Press, 2001. La plus belle collection de masques alutiit se trouve en France, au musée de Boulogne-sur-MerMusée de Boulogne-sur-mer , Giinaquq - like a face, catalogue de l'exposition. Les Yupiit : les publications sur les Yupiit sont en général réparties dans plusieurs revues spécialisées. À noter cependant l'ouvrage d'Ann Fienup-Riordan Eskimo Essays Fienup-Riordan, Ann: Eskimo Essays, Rutgers, Rutgers University Press, 1994 et les Hummocks de Jean Malaurie Malaurie, Jean : Hummocks tome II "Alaska, Tchoukotka sibérienne", Paris, Plon 1999. Les « Aléoutes » vivaient dans des huttes regroupées en villages, à demi-enterrées et couvertes de terre auxquelles on accédait par le trou de fumée pratiqué dans le haut à l'aide d'un tronc muni d'encoches, appelées ciqluaq en alutiiq et barabara par les Russes, qui utilisent pour cela le terme kamtchadal (itelmen) usité encore aujourd'hui dans les Aléoutiennes. La plus ancienne représentation d'un barabara aléoute nous est donnée par deux gravures illustrant le troisième voyage de James Cook"Natives of Oonalashka & their habitation" & "Inside of a house, in Oonalashka" . Les villages yupiit, quant à eux, avaient en plus un kajim (qasgiq en alutiiq et aqumnavaq en kuskokwim), maison commune des hommes : C'étaient des sociétés hiérarchisées, de type patriarcal avec des restes de matrilinéarité, un chef à leur tête. Le produit de la chasse ou de la pêche était en général partagé par la communauté.

Histoire Alaska

vignette|La bataille de Sitka (1804) a joué un rôle important dans l'histoire des Indiens Tlingits et dans la formation de l'Alaska russe. Le site de la bataille forme maintenant le Sitka National Historical Park, le plus vieux parc national de l'Alaska.

Après la découverte du nord de l'Alaska par Ivan Fedorov en 1732, puis des îles Aléoutiennes, du sud de l'Alaska et des côtes nord-ouest de l'Amérique du Nord en 1741 durant l'exploration russe menée par Vitus Béring et Alekseï Tchirikov, il s'écoula 50 ans avant la création de la première colonie russe en Alaska en 1784 par Grigori Chelikhov. La Compagnie russe d'Amérique fut fondée en 1799 par Nikolaï Rezanov pour la chasse aux loutres de mer et la vente de leur fourrure. Le but était en effet d'effectuer la traite de fourrures, et des postes de traite ainsi que des comptoirs et des forts se répandirent alors assez vite tout le long de la côte du Pacifique, depuis le nord-ouest de l'Alaska jusqu'au nord de la Californie. Ce commerce des fourrures procura d'abord aux trappeurs russes (промышленники, promychlenniki) de bons profits, mais, très vite, la chasse aux fourrures engendra également une plus grande rareté des mammifères ainsi que la presque disparition des loutres de mer des eaux d'Alaska (ce qui fut une des causes de l'expansion vers le sud des Russes), et donc une perte de profits et de rentabilité.

La Compagnie russe-américaine (selon le terme employé en français par les textes des traités internationaux de l'époque qui traduisaient « Российско-американская компания », PAK) gérera les colonies russes d'Amérique (Alaska et Fort Ross en Californie, auxquelles on adjoindra les Kouriles) sous la tutelle du ministère des Finances jusqu'à la vente de l'Alaska en 1867. À compter de 1818, le directeur général (главный начальник, gouverneur de fait mais titre auquel il n'avait pas droit car dépendant d'une société privée) sera un capitaine de (capitaine de vaisseau) nommé pour cinq ans qui seront comptés pour son avancement. Outre leur rôle d'administrateurs des hommes et des biens, les directeurs généraux eurent à gérer les ressources naturelles : face à la raréfaction du gibier à fourrure à la suite de la sur-chasse des premières années, ils prirent des mesures conservatoires telles que limite d'âge du gibier, quotas, voire moratoires dans certaines zones, mesures fortement critiquées par les tenants pétersbourgeois du libéralisme.

Le un accord était signé à Hambourg avec la Compagnie de la Baie d'Hudson lui cédant à bail le sud de la Pan-handle (région de l'embouchure de la rivière Stikine dont la majorité du cours est situé en Colombie-Britannique). Bien que les colonies fussent rentables, les coûts de transport terrestre à travers la Sibérie orientale vers Khiatka (au sud d'Irkoutsk, à la frontière de la Chine, leur premier client) étaient exorbitants, le port de Canton étant resté fermé aux Russes pendant longtemps. Bien qu'avec la Compagnie de la Baie d'Hudson les colonies russes d'Amérique aient obtenu la neutralité en cas de conflit, celles-ci eurent beaucoup à souffrir de la guerre de Crimée, leurs navires étant capturés en haute mer par les Britanniques ou les Français. Sous la pression des tenants du libéralisme économique, opposés au monopole de la Compagnie russo-américaine et les priorités de l'Empire se tournant vers l'Extrême-Orient (Oblast de l'Amour et de l'Oblast d’Oussouri), le gouvernement, après avoir approché la Compagnie de la Baie d'Hudson, se décida à vendre l'Alaska aux États-Unis à l'aube des années 1860, mais la vente fut reportée à cause de la guerre de Sécession. À l'initiative du Secrétaire d'État William Henry Seward (1801-1872), le Sénat des États-Unis approuva l'achat de l'Alaska à la Russie pour dollars américains le . Le , le drapeau tricolore frappé de l'aigle bicéphale était amené et le Stars and Stripes le remplaçait sur le Castle Hill de Sitka.