Le Casabianca est un sous-marin de première classe, dit « de grande patrouille » du type « » (coque Q.183) lancé en 1935 et entré en service en 1936. Il est resté célèbre pour s'être échappé de Toulon lors du sabordage de la flotte le afin de reprendre le combat contre les Allemands et les Italiens. Il s'illustra en participant à la libération de la Corse pendant la Seconde Guerre mondiale sous les ordres du capitaine de frégate Jean L'Herminier. Il assura la liaison entre la France occupée et l'état major basé à Alger.

Il est l'un des cinq sous-marins de cette classe, sur 31, à avoir survécu à la Seconde Guerre mondialeIl s'agit d’Argo, Archimède, Casabianca, Le Centaure et Le Glorieux..

Historique Le bâtiment doit initialement s'appeler « Casablanca ». François Pietri, alors ministre de la Marine et corse, s'étonne que le nom du glorieux marin corse Luc-Julien-Joseph Casabianca ne soit plus porté par aucun bâtiment de la Marine nationale. Il fut donc facile de satisfaire le ministre, il n'y avait qu'une lettre à changer… Le nom de « Casablanca » est donc remplacé par « Casabianca » avant le lancement. Le premier commandant, le capitaine de corvette Bonneau prend comme écusson pour le bateau les armes de la famille Casabianca et sa devise « In bello leones, in pace colombae » (Dans la guerre, des lions, dans la paix, des colombes).

Commandant Carré En 1938 le Casabianca part au Royaume-Uni pour coopérer avec les Britanniques.

À la déclaration de guerre, le Casabianca surveille déjà les ports de guerre espagnols au cas où des navires allemands voudraient y faire escale. Au retour, le Casabianca rencontre fortuitement de nuit plusieurs croiseurs de la classe La Galissonnière dont le Georges Leygues. Persuadé que les croiseurs, qu'il n'a pu identifier, ne peuvent pas être allemands, le commandant ne lance pas de torpille. Un croiseur envoie trois obus de 152 sur le Casabianca qui s'échappe en plongeant.

Commandant Sacaze En , il escorte le convoi HX 11 entre Halifax et Liverpool. Les conditions hivernales étant jugées trop dures par l'amirauté britannique, les escortes suivantes par sous-marins sont repoussées au mois d'avril. Le bateau effectue du au une mission le long des côtes de Norvège au départ d'Harwich. Sacaze conduit trois incursions dans les fjords de Bergen (Norvège) malgré leur largeur trop faible pour manœuvrer un sous-marin de cette taille. Le retour de patrouille se fait à Dundee.

La patrouille suivante débute le à destination du Skagerrak où le il détecte un convoi allemand qu'il ne peut rattraper car la surveillance allemande décourage la poursuite en surface. Le commandant prend le risque de sortir une grande longueur de périscope pour accroître la portée de l'antenne radio fixée dessus et signale le convoi à l'amirauté. Le Coastal Command ainsi alerté attaque le convoi coulant trois cargos et dispersant le reste. Le , dans la nuit relative de ces latitudes, le Casabianca fait surface pour ventiler et pour recharger ses batteries. Il est presque aussitôt repéré par une vedette rapide allemande qui le grenade. La vedette est rapidement rejointe par un chalutier armé portant de plus grosses charges de fond. Celui ci est équipé d'un ASDIC. C'est la première rencontre d'un sous-marin allié avec un chasseur de sous-marin allemand muni de l'ASDIC, vraisemblablement copié de celui du sous-marin capturé quasiment intact moins de deux mois plus tôt. Le Casabianca doit son salut à l'inexpérience des opérateurs ASDIC allemands, trompés par le bouillonnement de leurs propres grenades, et à son dérobement vers l’intérieur du Skagerrak, alors que les chasseurs le guettent au large. Le le Casabianca accoste à Dundee.

La patrouille suivante est prévue pour le . Au dernier moment le départ est annulé en raison de l'entrée en guerre de l'Italie qui entraîne la nécessité de la surveillance sous-marine en mer Méditerranée. Les Anglais sont peu satisfaits de cette décision dont les conséquences s'atténuent avec l'arrivée de sous-marins hollandais, chassés de leurs ports par l'invasion et par le maintien du Rubis déjà en patrouille, lequel fera toute la guerre dans les rangs des Forces navales françaises libres.

Le , le ravitailleur de sous-marins Jules Verne suivi de huit sous-marins dont le Casabianca appareille pour Brest en contournant l’Écosse pour éviter de traverser la mer du Nord.

L'escale à Brest se passe mal. Devant la progression allemande le désordre gagne avec le départ des Anglais. L'amirauté française est muette, « aux abonnés absents ». Les Allemands larguent par avion des mines magnétiques dans la rade. Le , l'évacuation est ordonnée, les documents secrets sont détruits et les bateaux chargés de tout ce qui peut servir y compris, pour le Casabianca, les pièces de rechange du sous-marin Pasteur qui, irréparable dans les délais, est finalement sabordé. Cette cargaison en chargement donne au bateau des rechanges pour le reste de la guerre. Un autre de la deuxième division de sous marins, l'Achille est sabordé (ainsi que deux autres, lOuessant et lAgosta). Un moment gêné par le Surcouf qui a des difficultés de manœuvre, il prend le sillage des cuirassés Courbet et Paris ce qui le protège des éventuelles mines magnétiques. Le Jules Verne conduit quatorze sous-marins valides vers Casablanca où ils arrivent le . Ceux qui ne sont pas en état d'affronter cette traversée se rendent en Angleterre.

Le , des sous-marins appareillent pour attaquer l'escadre anglaise qui vient d'attaquer Mers el-Kébir. Ils arrivent trop tard. Le Casabianca plonge pour éviter un patrouilleur anglais qui le recherche à l'ASDIC. Le le second est remplacé par le lieutenant de Vaisseau Henri Bellet qui reste cinq années à bord et remplacera L'Herminier comme commandant.

Le le Sfax et le Casabianca appareillent pour relever à Dakar le Bévéziers et le Sidi-Ferruch. Chacun escorte un bateau dont les vitesses ne sont pas compatibles : Le Rhône, pétrolier de la marine faisant huit à neuf nœuds et le paquebot Marrakech marchant à onze nœuds. Le Casabianca parti plus tard dépasse le Sfax le à . Un message radio l'informe que le Sfax et Le Rhône ont été torpillés le (les Britanniques ont été suspectés dans un premier temps, mais il s'avérera par la suite que c'est une méprise du sous-marin allemand U-37).

Le Casabianca et le Marrakech arrivent le à Dakar .

Jean L'Herminier, qui vient de prendre le commandement du Sidi-Ferruch, convainc le commandant de la marine à Dakar que son bateau doit rester à Dakar pour remplacer le Sfax.

Les deux bateaux repartent pour Casablanca le . Le Casabianca rentre à Toulon le et perd aussitôt son commandant affecté ailleurs sans qu'un remplaçant soit désigné. Quelques mois plus tard, le capitaine de corvette Laroze est désigné comme commandant. Le bateau est encore en réparation ; L'Herminier est à l’hôpital pour les prémisses de l'artérite qui écourtera sa carrière (et sa vie). Laroze prend donc le commandement du Sidi-Ferruch dont les travaux sont terminés, le Casabianca attend L'Herminier.

Commandant L'Herminier Le , l'invasion de la zone libre par l'Allemagne entraîne le sabordage de la flotte française à Toulon pour empêcher qu'elle ne tombe entre les mains des troupes allemandes.

À cinq heures du matin, le quartier-maitre de quart à la coupée déclenche le klaxon d'alerte : les Allemands envahissent le port. À bord du Casabianca, les précautions sont prises depuis la veille. Les batteries sont chargées, les amarres sont fixées aux crocs de remorquage et peuvent être larguées instantanément sans exposer les matelots (elles sont lestées de façon à couler sans menacer les hélices) et le gyrocompas est déjà lancé. Le Casabianca appareille donc très vite, juste devancé par le Vénus, un 600 tonnes. Le Vénus enfonce une panneBarrage léger constitué de madriers assemblés par des câbles. y accroche une barre de plongée et s'immobilise. Le Casabianca dispose de la place pour passer. Il vire à gauche et longe la jetée du Mourillon encore vide d'Allemands. Il est retardé par le temps nécessaire au remorqueur Le Dardennes pour ouvrir le filet anti sous-marins qui le sépare de la grande rade. Il franchit encore une estacade anti-vedette juste ouverte par le remorqueur Gapeau et plonge aussitôt. Les mines magnétiques mouillées par des avions allemands explosent, vraisemblablement au contact de filets anti sous-marins sans qu'aucun des sous-marins à l'appareillage ne soit touché. Le choc est cependant suffisant pour que le gyrocompas du Casabianca tombe en avarie. De plus, les protections des têtes de périscopes n'ont pas été retirées avant l'appareillage ce qui oblige le sous marin totalement aveugle à se guider au sondeur.

Après avoir attendu au large, soit des ordres, soit des ralliements, en accord avec ses officiers et avec son équipage qui veulent reprendre le combat avec les Alliés, il fait route vers Alger le à 2 heures du matin. Arrivé près des côtes algériennes, dépourvu des codes de reconnaissance des Alliés, il est inquiété par un destroyer de la Royal Navy au moment où il fait surface, avant de se faire reconnaître. Parmi les cinq sous-marins qui ont échappé au sabordage avec le Casabianca, deux autres, le et le continuent la lutte aux côtés des AlliésLes deux derniers sont l'Iris, et la Vénus. cf .. 300px|thumb|left|Le Casabianca dans son état d'origine avant sa modernisation aux États-Unis.

À Alger, le Casabianca se trouve sous les ordres de l'amiral Darlan, venu au chevet de son fils Alain gravement malade. Le sous-marin reste sous son autorité jusqu'à son assassinat, le , par le jeune résistant monarchiste Fernand Bonnier de La Chapelle. Il passe alors sous les ordres du général Giraud, jusqu'à ce que celui-ci soit définitivement évincé par le général de Gaulle.

Dès son arrivée et sa première rencontre avec l'amiral Darlan, L'Herminier demande que son sous-marin entre en action dès que possible. À partir du le Casabianca est utilisé à des missions de renseignement et de transport de combattants et d'armes, missions souvent périlleuses comme dans le cas de l'opération Pearl Harbour au profit des maquisards corses. Les premiers agents envoyés le sont Toussaint Griffi, Pierre Griffi, Laurent Preziosi, Roger de Saule. Ces hommes procèdent à la coordination politique des réseaux de résistance en vue du débarquement. Ils sont ensuite remplacés par Paulin Colonna d'Istria qui assure la coordination militaire de ces réseaux avec l'aide du radio Pierre Griffi resté dans l'île.

Coïncidence de l'histoire, le rôle du Casabianca a été déterminant pour la libération de l'île en septembre 1943Plaquette concernant le de la libération de la Corse., lui qui porte le nom du plus prestigieux marin natif de cette île, mort héroïquement à la bataille d'Aboukir. L'Herminier et son second Bellet pensent qu'il est possible d'utiliser le sous-marin pour des débarquements plus importants. Avec la complicité du commandant Gambier, du bataillon de choc cantonné à Staoueli, ils effectuent un essai de chargement d'un maximum de soldats à bord du sous-marin. Bellet fait réaliser des bancs sur mesure et trois essais sont réalisés de nuit en prenant des précautions pour qu'ils passent inaperçus. Le chargement optimum est de 106 hommes, sans que les sous-mariniers ne soient gênés dans leurs manœuvres. Le , un essai est réalisé du port à la plage de Sidi-Ferruch. Après une approche discrète en plongée, les 106 militaires sont débarqués et 106 autres embarqués et ramenés au port.