La rue Saint-Jacques est située sur la rive gauche de la Seine, dans le .
Situation et accès Ancien axe majeur de la ville gallo-romaine (cardo maximus), elle constitue toujours l'une des principales voies de transit à travers le quartier Latin, parallèlement au boulevard Saint-Michel (mais en sens opposé pour la circulation de véhicules). Elle se distingue par la présence de nombreux étudiants et, dans sa partie septentrionale, de touristes.
Elle commence au 79, rue Galande et se termine au 84, boulevard de Port-Royal. Des 1 bis et 2 bis à 161 et 184, elle traverse le quartier de la Sorbonne, et des 163 et 186 à 307 et 350, celui du Val-de-Grâce.
La rue Saint-Jacques est desservie à proximité par la ligne de RER B, aux gares de Saint-Michel - Notre-Dame, du Luxembourg et de Port-Royal et par la ligne de métro 10, à la station Cluny - La Sorbonne.
La rue Saint-Jacques rencontre les voies suivantes, dans l'ordre des numéros croissants (« g » indique que la rue se situe à gauche, « d » à droite) en montant cette rue depuis la Seine :
Origine du nom Son nom est dû à une ancienne chapelle Saint-Jacques, donnée au aux Dominicains, surnommés depuis Jacobins.
Historique
Antiquité Au Néolithique, s’appuyant sur le monceau Saint-Séverin, on pouvait se rendre de la place Maubert (actuelle) à l’île de la Cité, en période de basses-eaux, par un gué.
Ancienne piste gauloise, elle devient le principal axe nord-sud gallo-romain sous le nom de Via Superior. Large de neuf mètres et solidement pavée, c'est la route de Genabum (Orléans) depuis la rue des Feuillantines jusqu'au boulevard de Port-Royal. Son tracé correspond à la partie sud du cardo de l'ancienne Lutèce, la ville romaine dont le centre se situait dans l'actuel Quartier latin (Luxembourg, Panthéon). Elle se trouve dans le prolongement de la rue du Petit-Pont et se poursuit vers le sud par la rue du Faubourg-Saint-Jacques.
Moyen Âge Au Moyen Âge, c'était la principale artère qui reliait Paris à Étampes et Orléans. Elle était empruntée par les nombreux pèlerins qui se rendaient à Saint-Jacques-de-Compostelle, depuis l'église Saint-Jacques-la-Boucherie, dont l'actuelle tour Saint-Jacques est le dernier vestige, par les rues Saint-Jacques, du Faubourg-Saint-Jacques et de la Tombe-Issoire.
La rue a changé de très nombreuses fois de dénomination. Au , elle s'appelait : « Grant-Rue-Oultre-Petit-Pont », « Grand'rue du Petit-Pont » ; vers 1280-1300, elle est citée dans Le Dit des rues de Paris de Guillot de Paris sous la forme « Grant-Rue ». Au , elle prit selon les tronçons les noms suivants : « Grand'rue Saint-Jacques-des-Prêcheurs », « Grand'rue Saint-Étienne-des-Grès », « Grand'rue Saint-Benoît-le-Beslournet », « Grand'rue près du chevet de l'église Saint-Severin », « Grand'rue outre Petit-Pont », « Grand'rue vers Saint-Mathelin », « Grand'rue Saint-Benoît », enfin « Grand'rue Saint-Jacques », en raison de la chapelle Saint-Jacques, où s'établirent en 1218, dans un établissement qui devint le couvent des Jacobins et subsista jusqu'en 1790, les religieux dominicains, frères Prêcheurs, dits depuis Jacobins. Cette voie, jusqu'à la rue de la Bourbe, porte enfin le nom de « rue Saint-Jacques » depuis 1806.
La rue Saint-Jacques formait l'une des limites du fief du clos de Garlande.
La porte Saint-Jacques de l'enceinte de Philippe Auguste était située entre la rue Soufflot et la rue des Fossés-Saint-Jacques. Appelée aussi « porte Notre-Dame-des-Champs » car on l'empruntait pour se rendre au faubourg et au monastère portant ce nom, elle a vu passer le les troupes de Charles VII entrant dans Paris libéré des Anglais. La porte fut abattue en 1684.
Temps modernes Le , la rue Saint-Jacques est le théâtre de l'affaire de la rue Saint-Jacques, fait divers sanglant et prélude aux guerres de Religion.
thumb|La rue Saint-Jacques sur le plan de Gomboust (1649-1652). Du s'y concentrent les premiers imprimeurs en France puis les libraires-imprimeurs comme le Soleil d’Or et les Trois Cigognes. L'usage a été entériné par un arrêt du prescrivant à tous les imprimeurs et libraires de Paris de se cantonner dans le quartier de l'Université, autour de la rue Saint-Jacques, et de ne pas dépasser la rue des Noyers, sous peine de mortLouis Batiffol, La Vie de Paris sous Louis XIII, Éditions Calmann-Lévy, 1932, .. La rue est de la sorte également le lieu où résident des graveurs comme Guillaume Chasteau, Laurent Cars, Charles-Eugène Duponchel, Étienne Jehandier Desrochers, Edme Jeaurat, Jean-Baptiste Scotin, Noël Le Mire, Jean-Jacques Le Veau, Charles-François-Adrien Macret, Clément-Pierre Marillier ou Simon Thomassin.
Elle est citée sous le nom de « rue Saint Jacques » dans un manuscrit de 1636.
Au milieu du , la Municipalité entend exprimer son attachement au roi Louis XV en lui offrant une statue à son effigie, sur une place de grande ampleur. Parmi les sites envisagés figure le bas de la rue Saint-Jacques, projet présenté par l’architecte du roi Michel-Barthélemy Hazon. La nouvelle place s’étendait de la Seine jusqu’à l’emplacement approximatif de la rue des Écoles (alors inexistante). De chaque côté est prévu un promenoir en colonnades à quatre rangs. À l’emplacement du Petit Châtelet, un arc-de-triomphe devait être érigé. Un rocher, situé au centre de la place, servait de piédestal au monument représentant le roi dans un char traîné par un quadrige, conduit par la Victoire. Le projet n’a pas été retenu, au profit de la place de la Concorde.
Après 1806 Jusqu'en 1806, la rue Saint-Jacques se limitait à la partie comprise à l'intérieur de l'ancienne enceinte de Philippe Auguste. Son extrémité sud était à l'ancienne porte Saint-Jacques démolie en 1684 située sur la rue entre l'actuelle rue Soufflot et la rue des Fossés-Saint-Jacques. Au-delà, l'actuelle rue Saint-Jacques était dénommée rue du Faubourg-Saint-Jacques.
La rue Saint-Jacques fut étendue à cette partie de la rue du Faubourg-Saint-Jacques jusqu'aux rues de la Bourbe et des Capucins, à l'emplacement du boulevard de Port-Royal réalisé de 1857 à 1867 qui a absorbé ces deux anciennes rues.
La rue perdit beaucoup de son importance après le percement du boulevard Saint-Michel, par le préfet Haussmann sous Napoléon III. Ce nouveau boulevard, parallèle à la rue Saint-Jacques, beaucoup plus large, n'est situé que à l'ouest.
La rue Saint-Jacques étroite et irrégulière fut élargie dans sa partie nord par un décret d'alignement de 1855 appliqué en 1907. Les maisons anciennes du côté pair furent abattues dégageant l'église Saint-Séverin. Plusieurs immeubles côté impair ont cependant été préservés.
La construction de la nouvelle Sorbonne en 1893-1897 et de la façade du lycée Louis-le-Grand entre 1895 et 1898 a également élargi la rue dans la montée vers la Montagne Sainte-GenevièveAlexandre Gady, La Montagne Sainte-Geneviève et le Quartier Latin, Hoëbeke, 1998, , . Entre la rue Soufflot et la rue Gay-Lussac, la rue retrouve son étroitesse médiévale. Le recul de quelques immeubles plus récents accroît l'irrégularité de son tracé.
Le 23 mars 1918, durant la Première Guerre mondiale, un obus lancé par la Grosse Bertha explose dans le lycée Louis-le-Grand situé au rue Saint-Jacques.
Le boulevard Saint-Michel et la rue Saint-Jacques sont à sens unique (pour la partie basse du boulevard) et inverse et constituent ainsi un des axes de circulation automobile de Paris.
Bâtiments remarquables et lieux de mémoire De la rue Galande à la rue des Ecoles ou 2 : au bas de la rue Saint-Jacques, rue du Petit-Pont, Pierre le Petit, libraire-imprimeur du Roy, est installé en 1674 à l'enseigne de La Croix d'Or, où il imprime l'Ancien et le Nouveau Testament, selon le sieur de Royaumont, prieur de Sombreval. Puis le libraire-imprimeur Jacques Chardon (1688-1766) reprend l'enseigne de La Croix d'Or en 1724Henri Sauval, Histoires et recherches des antiquités de la ville de Paris, , Paris chez Jacques Chardon, imprimeur-libraire, rue du Petit-Pont, au bas de la rue Saint-Jacques à La Croix d'Or.. La veuve de Jean Camusat tenait l'imprimerie-librairie à La Toison d'Or et à La Croix d'Or, dans cette rue.. En 1749, La Croix d'Or était à Pierre-Alex Le Prieur. 5 à 25 : anciennes maisons.
12 : à cette hauteur commence la rue Saint-Séverin, et à l'angle de ces deux rues se trouvait la fontaine Saint-Séverin. Construite par le sculpteur Augustin Guillain en 1625 et reconstruite à l'identique par Jean Beausire en 1685, elle fut détruite : face à la fontaine Saint-Séverin se trouvait l'imprimerie-librairie Au Phénix de Prosper Marchand, venu s'installer là en 1701 avec Gabriel II Martin, issu d'une famille de libraires-imprimeurs de la rue Saint-Jacques à l'enseigne du Soleil d'Or ; près de la fontaine Saint-Séverin se trouvait, en 1699, la librairie-imprimerie de François André Pralard (fils) (-1708), à l'enseigne de La Fortune ; au-dessus de la fontaine Saint-Séverin se trouvait le libraire-imprimeur Estienne-François Savoye à l'enseigne de L'Espérance en 1739Les Vies des Saints…, Paris, chez Estienne-François Savoye, 1739. ; au-dessus de la Fontaine Saint-Séverin se trouvait en 1693 le libraire-éditeur Pierre Debats à l'Image Saint-FrançoisClaude Horry, Institution à la pratique bénéficiale ecclésiastique, Paris, 1693, 862 p. ; proche de la fontaine Saint-Séverin se trouvait le libraire P. G. Le Mercier fils à l'enseigne Saint-Hilaire en 1726, et le même en 1738 toujours rue Saint-Jacques, mais à l'enseigne du Livre d'OrLettres édifiantes, et curieuses écrites des missions étrangères, par quelques missionnaires de la Compagnie de Jésus, recueil XVII, à Paris chez Nicolas Le Clerc, 1726, et le recueil XXIII au Livre d'Or en 1738.. 18 : église Saint-Séverin.
vignette|redresse|Plaque en hommage au résistant René Vinchon« Vinchon, René, Joseph », maitron-fusilles-40-44.univ-paris1.fr., mort en 1944. 28 : école élémentaire, au croisement avec la rue de la Parcheminerie. À cet emplacement, le plan de Gomboust (1652) mentionne un passage nommé « La Grande Poste ». En 1572, un relais de poste existe dans l’« hôtel du Chapeau-Rouge ». Il devient, en 1621, « La Grande Poste », première installation d’un bureau de poste aux lettres à Paris, page 203.. 30 : lycée professionnel public Abbé-Grégoire ; annexe, le site principal étant 70 bis rue de Turbigo. 33 : à ce niveau se trouvait la chapelle Saint-Yves, construite en 1357 et détruite en 1796. 36 : vers cet actuel numéro se trouvait l'imprimeur ordinaire du roi en 1698, Jacques Langlois, en face du couvent des Mathurins de ParisLe couvent des Mathurins fut la maison parisienne de l'ordre des Trinitaires du début du jusqu'à la dissolution de l'ordre en 1790. Il occupait le terrain délimité actuellement par la rue Saint-Jacques, le boulevard Saint-Germain, l'hôtel de Cluny et la rue Du Sommerard (anciennement appelée « rue des Mathurins-Saint-Jacques »). Paul et Marie-Louise Biver, , . à l'enseigne de La Reine de PaixArrest du grand conseil concernant l'usurpation des Biens Ecclésiastiques du treize janvier 1698.. Théâtre de Cluny. 43 : les fouilles archéologiques menées en par Charles Magne mirent au jour, parmi le mobilier trouvé, une lance et un petit scramasaxe (Paris, musée Carnavalet). 46 ou 96 : ancien emplacement de l'église Saint-Benoît-le-Bétourné. 47 : le photographe Dornac y est mort en 1941Les amis du Père Lachaise.. : siège de la revue ésotérique Tour Saint-Jacques, dirigée par l’écrivain Robert Amadou, fondée en 1955, page 133..
55 : maison ayant porté l'enseigne Le Barillet en 1485, La Croix Verte en 1523, et À l'Éléphant en 1540. Elle abrite une cave voûtée en berceau, et un bloc de grès du cardo maximus de Lutèce, pris dans le mur de la cave, le niveau actuel de la rue ayant été rehaussé d'environ Catherine Brut, « La rue Saint-Jacques de l'Antiquité au Moyen Âge », Les Dossiers d'archéologie, , septembre-octobre 2015, ..