La guerre civile en Palestine de 1947-1948 couvre la période du , lendemain du vote du plan de partage de la Palestine, au , qui marque la fin du mandat britannique sur la Palestine.

Cette période constitue la première phase de la guerre de Palestine de 1948. Durant celle-ci, la communauté juive et la communauté arabe de Palestine s'affrontent tandis que les Britanniques, qui sont censés y garantir la sécurité, organisent leur retrait et n'interviennent que ponctuellement.

La phase suivante, la guerre israélo-arabe de 1948-1949 démarre le , avec la création de l'État d'Israël la veille et l'entrée en guerre contre Israël des armées de plusieurs États arabes voisins.

Les différents épisodes et événements clés de la période de la guerre civile constituent la première phase de la guerre de Palestine de 1948Il s'agit d'une guerre civile du fait que les deux groupes qu'elle oppose essentiellement, Arabes et Juifs de Palestine, dépendent d'un même pouvoir central. Après le 15 mai, le conflit interpalestinien évolue vers une guerre inter-états entre Israël et plusieurs États arabes. La dénomination de guerre civile est générale parmi les historiens, quelles que soient leurs opinions sur d'autres aspects du conflit. Benny Morris, dans Victimes, histoire revisitée du conflit arabo-sioniste, met l'expression entre guillemets..

Contexte historique

vignette|right|Entre 1923 et 1948, la Palestine est sous administration britannique dans le cadre d'un mandat de la société des Nations. right|thumb|Plan de partage de la Palestine par l'ONU en 1947. Depuis la défaite de la Turquie en 1920, la Palestine est sous contrôle et administration britanniques mais le pays est l'objet d'un conflit entre les nationalismes juif sioniste et arabe palestinien, qui s'opposent l'un à l'autre ainsi qu'à l'occupant britannique.

L'opposition palestinienne culmine avec la grande révolte de 1936-1939. Menée par les nationalistes palestiniens, elle s'oppose à la fois au sionisme, à la présence britannique en Palestine et aux hommes politiques se réclamant d'un nationalisme panarabe. À son terme, les nationalistes palestiniens obtiennent toutefois des Britanniques une diminution draconienne de l'immigration juive traduite par le Livre blanc de 1939. Mais les conséquences sont lourdes. Le bilan de la révolte est très élevé (environ et blessés dont , et .). Les différentes organisations sionistes paramilitaires se sont renforcées et les Britanniques pratiquent des arrestations massives parmi les Arabes palestiniens dont le chef du Haut Comité arabe, Hadj Amin al-Husseini qui se réfugie en Allemagne nazie où il cherche un soutien à sa cause et rencontre Hitler. Les milices sionistes mènent une grande contre le colonisateur pendant quatre ans.

Les Britanniques ne parviennent pas à concilier les points de vue. Le , ils annoncent l'abandon de leur mandat sur la région. Le , l'Assemblée générale des Nations unies vote un plan de partage de la Palestine avec le soutien des grandes puissances, mais pas celui des Britanniques. Ce plan prévoit la partition de la Palestine en trois entités, avec la création d’un État juif et d’un État arabe, Jérusalem et sa proche banlieue étant placées sous contrôle international en tant que . Accepté par les dirigeants de la communauté juive en Palestine, par le biais de l'Agence juive à l'exception de ceux de l'Irgoun, le plan est rejeté par la quasi-totalité des dirigeants de la communauté arabe, y compris par le Haut Comité arabe, qui est appuyé dans son rejet du plan par les États de la Ligue arabe..

Déclenchement de la guerre civile ( à compter 30 novembre 1947) Dès le lendemain de l'adoption du plan de partage par l'ONU, les manifestations de joie de la communauté juive sont contrebalancées par les manifestations d'opposition arabe dans tout le paysExtraits du Time de l'époque. et dès le , le Haut Comité arabe décrète une grève générale de trois jours..

Un « vent de violence »L'expression est tirée de . va rapidement et spontanément s'installer, annonciateur de la « guerre civile »..

Mise au point du plan Daleth

Le Yichouv avait établi des plans pour la guerre et l’expulsion des Arabes de Palestine. Fin 1947, quand le plan de partition de la Palestine est connu, Ben Gourion met en place un comité restreint pour la conduite des opérations au quartier-général de la Haganah, installé à la de Tel-Aviv ; il est accompagné des dossiers Villages, rassemblant des renseignements sur tous les villages palestiniens qu’il est envisagé d’expulser..

Montée de la violence

200px|right|thumb|La rue Ben Yehuda après l'attentat du . Dans toutes les zones mixtes où vivent les deux communautés, à Jérusalem et Haïfa en particulier, attaques, représailles et contre-représailles de plus en plus violentes se succèdent. Les tirs isolés évoluent en batailles rangées ; les attaques contre le trafic se transforment en embuscades. Des attentats de plus en plus sanglants se produisent, auxquels répondent à leur tour des émeutes, des représailles et d'autres attentats.

Par exemple, le , à Haïfa, des membres de l'Irgoun lancent deux bombes dans une foule d'ouvriers arabes faisant la queue devant une raffinerie, tuant six d'entre eux et en blessant quarante-deux. La foule en colère tue en représailles trente-neuf Juifs avant que les soldats britanniques ne rétablissent le calme.The Palestine Post du 31 décembre 1947 : Archives du journal.. En représailles, le , des soldats du Palmah et de la brigade Carmel attaquent le village de Balad-al-Sheikh et de Hawassa. Selon différents historiens, ils y font entre vingt-et-un et soixante-dix morts..

Le , à Jérusalem, les hommes d'Hadj Amin al-Husseini organisent à l'aide de déserteurs britanniques un triple attentat à la voiture piégée qui vise les bureaux du journal The Palestine Post, le marché de la rue Ben Yehuda et l'arrière-cour des bureaux de l'Agence juive, faisant respectivement 22, 53 et juifs ainsi que des centaines de blessés.. Le , en représailles, le Lehi mine la voie de chemin de fer Le Caire-Haïfa au nord de Rehovot, provoquant la mort de vingt-huit soldats britanniques et en en blessant trente-cinqThe Times, .. Il réitère l'opération le près de Césarée, provoquant la mort de quarante personnes et en blessant soixante, pour la plupart des civils arabesLes journaux de l'époque : The Palestine Post, ; The Times, attribuent l'incident à un attentat du Lehi..

Sur les deux mois, et , on compte près de mille morts et deux mille blessésUnited Nations Special Commission (16 avril 1948), § II.5.. Fin , un rapport fait état de plus de deux mille morts et quatre mille blessés.. Ces chiffres correspondent à une moyenne supérieure à cent morts et deux cents blessés chaque semaine, ce sur un total de deux millions d'habitants.

Guerre des routes Situation géographique des zones juives 300px|thumb|left|Zones d'implantation juive et routes de Palestine le . En dehors de la zone côtière, les zones d'implantations du Yichouv en Palestine sont très dispersées. La communication entre la zone centrale la plus développée et les zones périphériques s'effectue par des liaisons routières. Ces liaisons constituent une cible d'autant plus facile que la plupart traversent ou longent des localités arabes, voire parfois des zones entièrement arabes.

Dans cette configuration, l’« isolement » des cent mille Juifs de Jérusalem et alentours (comme le Gush Etzion, à mi-chemin sur la route stratégique entre Jérusalem et Hébron), celui des vingt-sept villages et implantations du Néguev. et celui de ceux du Nord de la Galilée constituent un point faible stratégique pour le Yichouv.

La possibilité d'évacuer ces zones difficilement défendables est envisagée mais à Jérusalem comme dans toute la Palestine, la politique de la Haganah a été fixée par Ben Gourion. Elle est simple. « Ce que tiennent les Juifs doit être conservé. Aucun Juif ne doit abandonner son domicile, sa ferme, son kibboutz ou son travail sans autorisation. Chaque avant-poste, chaque colonie, chaque village, quel qu’en soit l’isolement, doit être occupé comme s’il s’agissait de Tel Aviv même. ».. Dans les faits, aucune implantation juive n'a été évacuée avant l'invasion de mai 1948. Seuls une douzaine de kibboutz de Galilée ainsi que ceux de Gush Etzion envoient femmes et enfants dans les zones plus sûres de l'intérieur..

Ben Gourion donne des instructions pour renforcer les implantations du Néguev en hommes et matériel, notamment dans les kibboutz de Kfar Darom ou Yad Mordechai (nord de Gaza), Revivim (sud de Beer-Sheva) et au Gush Etzion. Conscient du danger qui pèse sur le Néguev, le Commandement suprême de la Haganah y assigne un bataillon entier du Palmah..

Le cas de Jérusalem est encore plus critique de par l'importance de sa population juive (un sixième du total du Yichouv) et de la grande difficulté d'accès de la ville. La route Tel Aviv - Jérusalem est longue et escarpée. Elle quitte la zone juive à Houlda puis suit les contreforts de Latroun. Ensuite, le parcours des vingt-huit kilomètres entre Bab-el-Oued et Jérusalem prend pas moins de trois heures. et la route traverse ou passe à proximité de villages arabes tels Saris, Qastel, Deir Yassin, ou Qaluniya..

Le , afin de s’assurer le contrôle du territoire, le comité consultatif avec lequel Ben-Gourion dirige les opérations de nettoyage ethnique décide de détruire la totalité des villages arabes situés à proximité des routes Tel-Aviv-Haïfa, Jérusalem-Jaffa et Haïfa-Jénine. Seuls quelques villages ont échappé à ce sort..

Stratégie d'Abd al-Kader al-Husseini thumb|right|150px|Abd al-Kader al-Husseini. Abd al-Kader al-Husseini arrive à Jérusalem en avec l’objectif d’« étouffer » la communauté juive de la ville..

Il s'installe à Tzurif, un village au sud-ouest de Jérusalem, avec ses hommes, une centaine de combattants qui se sont entraînés en Syrie avant la guerre et qui servent de cadres à son armée, la Jaych al-Jihad al-Mouqaddas. Il est rejoint par une centaine de jeunes villageois et de vétérans de l'armée britannique.. La bande armée passe rapidement à plusieurs milliers d'hommes. et transfère son quartier général et son centre d'entraînement à Bir Zeit, près de Ramallah. Sa zone d'influence s'étend jusqu'à Lydda et Ramleh. où Hassan Salameh, un vétéran de la grande révolte de 1936-1939 à la tête de mille hommes., coordonne ses actions avec Abd al-Kader al-Husseini dans le harcèlement du trafic routier..

Le , la première attaque organisée se produit sur un convoi entre Bethléem et Gush Etzion. Dix passagers et membres de l'escorte sont tués.

Le , Abd al-Kader mène personnellement une attaque contre Kfar Etzion dans laquelle mille hommes sont impliqués. L'attaque est un échec et il laisse deux cents morts derrière lui. Toutefois, une section de trente-cinq hommes du Palmah cherchant à renforcer l'implantation se fait surprendre, puis encercler et massacrer..

Le , une attaque d'envergure a lieu près du village arabe de Qastel. À la suite d'un appel d'Abd al-Kader al-Husseini, plusieurs villages du nord-est de Jérusalem se joignent à l'attaque. D'autres préfèrent ne pas le faire de peur des représailles ou s'excusent auprès de leurs voisins juifs arguant que l'appel ne concernait pas l'attaque du convoi mais la défense du village voisin de Bet Suriq..

La campagne pour le contrôle des routes prend un caractère militaire croissant et focalise l'effort de guerre arabe. À partir du , les convois de ravitaillement vers Jérusalem ne passent plus. Ce jour-là, un convoi d'une trentaine de véhicules est anéanti aux gorges de Bab-el-Oued.. Le , un important convoi de ravitaillement de retour de Kfar Etzion est pris dans une embuscade au sud de Jérusalem. Encerclés par plusieurs milliers d'Arabes et à court de munitions après vingt-quatre heures de combats, les membres du convoi demandent l'assistance des Britanniques : ils abandonnent néanmoins armes et munitions aux Arabes, mais surtout tous les véhicules.