Jacques Dufilho est un comédien français, né le à Bègles (Gironde) et mort le à Lectoure (Gers).

Au cinéma, il incarne d'abord des personnages comiques de second plan, alternant films alimentaires oubliés ou productions plus ambitieuses où ses rôles marquèrent le public, notamment dans La Guerre des boutons d'Yves Robert ou Zazie dans le métro de Louis Malle. Familier de l'univers de Jean-Pierre Mocky, pour lequel il a joué plusieurs fois, Jacques Dufilho voit évoluer sa carrière dans les années 1970 à la faveur d'un premier rôle dans Une journée bien remplie de Jean-Louis Trintignant et d'un emploi de chef-mécanicien récompensé par un César du meilleur acteur dans un second rôle dans Le Crabe-tambour. Épicier patriote dans La Victoire en chantant de Jean-Jacques Annaud la même année 1976, film récompensé par un Oscar du meilleur film en langue étrangère, puis paysan bigouden dans l'adaptation par Claude Chabrol du Cheval d'orgueil, il obtient à nouveau le César du meilleur acteur dans un second rôle pour le personnage d'homosexuel mature dans Un mauvais fils de Claude Sautet en 1980. L'une de ses dernières compositions au cinéma est la figure controversée du maréchal Pétain dans le film homonyme de Jean Marbœuf.

Biographie Famille et premières années Issu d'une famille aisée de pharmaciens, originaires du Sud-Ouest de la France, Jacques Dufilho songe d'abord à devenir agriculteur. Sa passion pour le théâtre le rattrape à la fin des années 1930 où, élève de Charles Dullin à Paris, il débute sur les planches et dans les cabarets, imposant progressivement ses textes décalés et des personnages comiques, dont le plus célèbre reste Victorine, la domestique qui fait la Visite du château. Repéré par les metteurs en scène André Barsacq et Georges Vitaly, Dufilho enchaîne presque sans discontinuer des pièces du répertoire ou des créations contemporaines au cours de six décennies, d'abord comme figurant puis comme tête d'affiche. Son travail sur scène est récompensé par deux fois, notamment par un Molière du comédien en 1988 pour son rôle dans Je ne suis pas Rappaport, mise en scène par son ami Georges Wilson.

vignette|droite|Jacques Dufilho a passé une partie de sa jeunesse entre Bègles et Bordeaux, dans une famille croyante et pratiquante. Un des vitraux de l'église Sainte-Geneviève fut même offert par sa famille lors de l'inauguration de l'édifice en 1927. Les ancêtres de Jacques Dufilho sont originaires de Gascogne, dans le Sud-Ouest de la France et plusieurs d'entre eux se sont engagés dans l'activité pharmaceutique. Le plus célèbre, Louis Joseph Dufilho (1788-1824) quitte son Mirande natal au début du pour s'établir à La Nouvelle-Orléans, aux États-Unis, y ouvrir la Pharmacie Dufilho au 514 Chartres Street et devenir le premier pharmacien diplômé d'Amérique du NordStanley Arthur, Old New Orleans, A History of the Vieux Carre, Its Ancient and Historical Buildings, Heritage Books, 1936, ..

Son frère Alexandre s'installe également outre-Atlantique pour devenir armurier, la guerre de Sécession l'obligeant à renoncer à son commerce. Le père (1883-1938) de Jacques Dufilho est lui aussi né à Mirande mais ne tente pas l'aventure américaine : après ses études en pharmacie, il préfère s'installer dans son village natal en 1906 puis revendre quelques années plus tard son officine pour devenir directeur d'une usine de produits chimiques et pharmaceutiques à Bègles (Gironde). Avec sa femme Joséphine, il a déjà deux enfants, Yvonne (1909-1985), laquelle va reprendre plus tard les affaires de son père et André (1912-2003), qui est médecin à Mirande puis devient écrivain à la fin de sa vie.

Jacques Dufilho naît dans la maison familiale de Bègles, route de Toulouse, quelques mois avant le déclenchement de la Première Guerre mondiale pendant laquelle son père est mobilisé comme pharmacien dans une ambulance puis à la production de gaz de combat. Son enfance, heureuse, est marquée par l'arrivée des Américains à Bordeaux en 1917, un souvenir marquant aux yeux du petit garçon, la découverte de la nature, de la botanique et du théâtre.

Vers l'âge de dix ans, lorsqu'il déménage avec ses parents rue Brun à Bordeaux, il assiste de plus en plus souvent son père, désormais directeur d'un laboratoire d'analyses médicales, comme apprenti-laborantin. Pour autant, son tempérament sérieux et sa curiosité ne lui permettent pas d'envisager, à l'instar du reste de sa famille, de longues études ; élève médiocre, il n'obtient de bonnes notes qu'en dessin et surtout en français ; discipline qu'il prend plaisir à découvrir par des lectures personnelles, notamment les romans d'aventures de Jules Verne ou Alexandre Dumas. Il obtient péniblement son certificat d'études, entre au lycée Montaigne de Bordeaux et échoue à l'examen du baccalauréat. Encouragé par son père qui ne peut se résoudre à le laisser entrer aux Beaux-arts, il intègre une formation de prothésiste dentaire pendant une année, avant de la quitter pour s'engager dans l'armée, au régiment de hussards de Tarbes, pour une période de dix-huit mois. Il en sort au grade de brigadier.

Passionné par la nature et le monde rural depuis son enfance, sa vie rythmée par de nombreux voyages familiaux vers les villages gascons de ses ancêtres, Jacques Dufilho décide en 1936, au sortir de son service militaire, de devenir paysan. Son ambition première le pousse à emprunter de l'argent pour acquérir le château de Cornac et ses cent hectares de terrain, près du village de Ricourt, pour y cultiver la terre. S'il ne parvient pas à réunir les fonds suffisants, il fait pourtant l'acquisition d'une paire de bœufs et de deux vaches avec lesquels il commence son apprentissage chez des propriétaires des environs. Obstiné et heureux à une tâche qui n'est pas encore celle de l'agriculture industrielle, le jeune garçon développe pour ce métier, un profond attachement qui le suivra tout au long de sa vie.

Débuts sur les planches et au cinéma Les raisons qui poussent Jacques Dufilho à quitter son métier d'agriculteur pour devenir comédien restent incertaines mais coïncident avec la mort brutale de son père en 1938. Ainsi, il déclare dans une interview que sa première motivation, naïve, a été de faire du théâtre pour gagner de l'argent afin d'acheter la ferme qu'il n'a pas pu acquérirMarie Talon, "Jacques Dufilho au Musée de Cluny" dans Paris Lumière, 1994, TV5 Monde.. À d'autres reprises, il relate une rencontre déterminante avec l'actrice Madeleine Lambert, venue dans la pharmacie de sa sœur à Barèges et qui aurait encouragé le jeune homme curieux à faire du théâtre, à s'inscrire aux cours de Charles Dullin de ParisCélébrations nationales : Charles Dullin par Jacques Dufilho (1999). Jacques Dufilho reçut le consentement maternel à une installation parisienne et son aide pour trouver une petite chambre à louer, rue Taitbout dans le arrondissement. Après quelques hésitations, il ose enfin demander à Charles Dullin de pouvoir intégrer son cours, au théâtre de l'Atelier. Dufilho raconte souvent son arrivée en blouson de cuir et culotte de cavalier devant le maître, épris de chevaux, qui lui conseille de s'inscrire dans son école. Il y apprend rapidement son métier, l'improvisation, la manière de poser sa voix ou d'appréhender un personnage, aux côtés de jeunes espoirs tels que Georges Wilson, Alain Cuny, Madeleine Robinson ou Jean Marais, déjà vedette en devenir.

Encore élève chez Dullin, Jacques Dufilho fait ses réels débuts sur les planches en 1939, grâce à la Compagnie des Quatre Saisons fondée quelques années plus tôt par André Barsacq, Maurice Jacquemont et Jean Dasté. Ils assistent à l'une de ses auditions et l'engagent pour un petit rôle, dans deux pièces de Molière; Les Fourberies de Scapin et Le Médecin volant, toutes deux jouées sous un chapiteau de cirque, à l'occasion du cinquantenaire de la Tour Eiffel. La même année, il débute dans un petit rôle au cinéma pour le film inachevé de Marc Allégret, Le Corsaire, tourné aux Studios de la Victorine à Nice et interrompu par le déclenchement de la Seconde Guerre mondiale.

Jacques Dufilho est nommé au grade de maréchal des logis dans la réserve le . Mobilisé le pour être affecté au dépôt de cavalerie 18, il reprend du service à la déclaration de guerre au sein du Groupe de Reconnaissance de Division d'Infanterie ( GRDI), dérivé du Hussards, commandé par le chef d'escadrons de Rolland et unité de reconnaissance de la Division d'Infanterie.

Il obtient son brevet de chef de peloton en et participe à la campagne de 1940 au sein de l’escadron moto sous les ordres du capitaine de Lestrange. Durant cette période, il est posté trois fois quarante-cinq jours en première ligne. Sa conduite au feu lui vaut une citation à l’ordre du régiment le . Il est nommé au grade de maréchal des logis chef à compter du même jour. Devenu sous-officier adjoint, il est contraint quelques semaines plus tard, de se rendre devant la trop puissante Wehrmacht encerclant son unité. Il passe une vingtaine de jours dans un camp de prisonnier à Pont-Saint-Vincent, près de Nancy. Il recevra la croix de guerre puis la Légion d'honneur plusieurs années plus tard.

L'Occupation allemande Démobilisé en 1940, il retourne vivre un temps seul à Bordeaux puis retrouve son appartement de la rue Chappe à Paris pour continuer sa carrière de comédien. En , Dufilho participe à un spectacle en plein air intitulé 800 mètres, mis en scène par Jean-Louis Barrault dans le Stade Roland-Garros, au profit du Secours populaire français.. Aux côtés de Jean Marais, Fernand Ledoux ou Louis Jourdan, il interprète un petit rôle de coureur.

À partir de 1943, Jacques Dufilho travaille pour la télévision allemande de Paris « Fernsehsender Paris » dans les studios des 13-15, rue Cognacq-Jay où il côtoie Mouloudji, Howard Vernon, Suzy Solidor, Henri Cochet, Léon Smet (père de Johnny Hallyday), le chorégraphe Serge Lifar ainsi que Serge ReggianiThierry Kubler et Emmanuel Lemieux, Cognacq-Jay 1940 : La Télévision française sous l'Occupation, éditions Plume / Calmann-Lévy, 1990.. En , il obtient son certificat officiel d'acteur de la chaîne, notamment grâce à Suzanne Bridoux, ancienne secrétaire du pionnier de la télévision René Barthélémy, tout comme le marionnettiste Jacques Chesnais, les acteurs Pierre Risch, Olivier Hussenot, Jean-Pierre Grenier ainsi que le célèbre René SimonEmmanuel Lemieux, On l'appelait Télé-Paris, Paris, éditions L'Archipel, « L'Histoire secrète des débuts de la télévision française (1936-1946) », page 168, 2013, 259 p. .

Jusqu'à la fin de la guerre, parachevant sa formation et cantonné aux figurations ou modestes rôles, il se voit engagé à plusieurs reprises dans des pièces mises en scène par Charles Dullin, notamment dans La Princesse des Ursins de Simone Jollivet ou Le Misanthrope et l'Auvergnat d'Eugène Labiche. Au cinéma, qui lui procure beaucoup plus d'argent que le théâtre pour un travail moins significatif, il enchaîne quelques apparitions, dont sa toute première dans Croisières sidérales en 1941 et une interprétation plus remarquée dans Premier de cordée de Louis Daquin en 1944, film pour lequel il est censé affronter les difficultés d'un tournage en décors naturels dans les Alpes.

L'homme de théâtre Il fait ses débuts au cabaret-théâtre en 1951 chez Agnès Capri. vignette|gauche|La silhouette longiligne reconnaissable de l'acteur (Studio Harcourt). Son interprétation de L'Avare en 1962 reste pour lui, un moment de théâtre essentiel ; il joue également dans Colombe de Jean Anouilh, est l'interprète de Marcel Aymé, à chaque fois sous la direction d'André Barsacq et dans des œuvres de Jacques Audiberti. Dufilho obtient un vif succès dans Le Gardien d'Harold Pinter en 1969, ainsi que dans L'Escalier de Charles Dyer, mis en scène par Georges Wilson, avec lequel il montera également Les Aiguilleurs et Léopold le bien-aimé.